Colette Dacheville, dite Stéphane Audran, est une actrice française, née le Extrait de naissance /1932, . à Versailles et morte le à Neuilly-sur-Seine..
Après avoir commencé sa carrière au théâtre dans les années 1950, Stéphane Audran obtient quelques rôles secondaires dans des films de la Nouvelle Vague. Sa rencontre avec Claude Chabrol en 1958 est décisive : elle devient à la fois son épouse et son actrice fétiche. Elle joue dans certains des films les plus reconnus du réalisateur, comme Le Boucher, Poulet au vinaigre et Les Noces rouges. Elle participe aussi au film de Luis Buñuel, Le Charme discret de la bourgeoisie, qui reçoit l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1973. Stéphane Audran a été une figure emblématique du cinéma français des années 1970.
Après 1980, sa carrière s'essouffle. Elle retrouve le succès avec le film danois Le Festin de Babette en 1987, qui reçoit lui aussi l'Oscar du meilleur film étranger. Par la suite, elle se fait plus rare à l'écran.
Reconnaissable à sa voix traînante, elle est connue pour ses rôles de femmes élégantes, calmes et complexes. Stéphane Audran a reçu plusieurs récompenses au fil de sa carrière, dont un Ours d'argent de la meilleure actrice, un BAFTA de la meilleure actrice et un César de la meilleure actrice dans un second rôle.
Biographie Origines et débuts Stéphane Audran est la fille de Corneille Dacheville., médecin, mort alors qu'elle a six ans.. Son enfance est difficile, car elle est de santé fragile entre six et quinze ans.. Sa mère, Jeanne Rossi, qui a perdu sa première fille en bas âge, est obsédée par la santé de sa fille cadette. Stéphane Audran montre très tôt un goût pour le déguisement et pour la comédie ; sa mère désapprouve son rêve de devenir actrice. Après ses études secondaires au lycée Lamartine de Paris, Stéphane Audran suit les cours d'art dramatique de Charles Dullin, Tania Balachova, Michel Vitold et René SimonInterview de Stéphane Audran, On n'est pas couché du 25 avril 2009, France 2..
Stéphane Audran rencontre Jean-Louis Trintignant au cours Dullin., ils se marient en novembre . Elle commence sa carrière au théâtre dans La Tragédie des Albigeois de Maurice Clavel et Jacques Panijel en 1955, pièce dans laquelle joue aussi son mari. La même année elle joue dans La Maison carrée, puis en 1957, elle obtient un rôle dans La Nuit romaine. Contrairement à plusieurs de ses anciens camarades de cours de théâtre, comme Delphine Seyrig, Michael Lonsdale, Laurent Terzieff ou Jean-Louis Trintignant, Stéphane Audran n'obtient pas un grand succès sur scène. Daniel Costelle lui offre son premier rôle au cinéma en 1957, dans son court-métrage Le Jeu de la nuit, puis elle enchaîne avec des petits rôles dans des longs métrages, sous la direction d'Éric Rohmer, Jacques Becker et Hervé Bromberger.
Rencontre avec Claude Chabrol left|vignette|Le réalisateur Claude Chabrol, deuxième époux de l'actrice. Désireuse de tourner avec Claude Chabrol, qui vient de réaliser son premier film, Le Beau Serge en 1958, elle demande à Gérard Blain de le lui présenter. Chabrol lui donne un petit rôle dans Les Cousins tourné au cours de l'été 1958, ils entament une relation amoureuse peu après le tournage. Les deux films sortent à quelques semaines d'intervalle au début de 1959 et remportent un énorme succès, couronné par un Ours d'Or au Festival de Berlin pour Les Cousins. Stéphane Audran obtient un rôle plus important dans Les Bonnes Femmes, également réalisé par Chabrol et mal accueilli par le public. Elle y interprète aux côtés de Bernadette Lafont une vendeuse qui occupe ses nuits à chanter dans un cabaret. Mécontente de sa vie, elle aspire à un avenir meilleur mais ne parvient pas à changer de situation. France Roche note « la douceur lasse de Stéphane Audran » dans un article qu'elle signe sur le film pour France-Soir..
Audran et Chabrol vivent ensemble à partir de fin 1959 ; les années 1960 marquent le début d'une longue collaboration. L'échec commercial de plusieurs de ses films de l'époque place Chabrol dans une position financière difficile. Le jeu de Stéphane Audran n'est pas acclamé par la critique dans un premier temps. Le coproducteur italien de Landru (1963) se plaint même auprès de Chabrol de la prestation de la « petite actrice » qui joue le rôle de la dernière maîtresse du personnage principal, ignorant qu’il s’agissait de sa compagne. Chabrol divorce d'Agnès Goute, sa première épouse qui a financé ses deux premiers films.. Audran et Chabrol se marient en . Roger Hanin, avec qui Stéphane Audran joue Macbeth au théâtre, et sa femme la productrice Christine Gouze-Reynal sont leurs témoins.
Il faut attendre Les Biches en 1968 pour que le talent d'actrice de Stéphane Audran soit distingué par l'Ours d'Argent au Festival de Berlin et pour que Chabrol renoue avec le succès. Dans Les Biches, qui réunit d'ailleurs Audran et son ancien mari Jean-Louis Trintignant, l'actrice brille par son interprétation d'une bourgeoise belle mais froide, égoïste et possessive. Le jeu d'Audran est alors très éloigné de celui qu'elle présente dans Les Bonnes Femmes, elle a délaissé la spontanéité caractéristique des actrices de la Nouvelle Vague pour la froideur et le détachement. Le succès du film auprès de la critique encourage Chabrol à réaliser d'autres films avec des rôles similaires, parfaitement adaptés au jeu de son épouse. Plus tard, il dit d'elle qu'« elle a eu de la veine, à l'époque pompidolienne, de correspondre assez bien à ce que je voulais montrer de la classe dominante. [...] Elle en représente une idéalisation »..
À cinq reprises, à partir de L’Œil du malin (1962), Chabrol lui fait jouer un personnage portant le même prénom : Hélène, bien que dans chaque film la personnalité du personnage diffère d'une manière ou d'une autre. Ces films ayant de nombreux points communs et s'appuyant tous sur le personnage joué par Stéphane Audran, ils sont souvent réunis dans ce qui est appelé le « cycle Hélène. » ou le « cycle pompidolien. » Ces films sont La Femme infidèle (1969), Le Boucher (1970), La Rupture (1970) et Juste avant la nuit (1971). Ils ont en commun une femme intelligente, Hélène, douée d'un tempérament calme, qui se sacrifie pour sauver l'ordre bourgeois dans lequel elle vit. Ces films marquent un tournant dans la définition des personnages féminins chez Chabrol. Auparavant, Chabrol les cantonnait à des rôles de fautives, héritières du péché originel.. Ensuite, ses personnages deviennent plus justes et montrent de la solidité et de l'indépendance. Ils correspondent davantage à une image de femme contemporaine. Ainsi, l'institutrice jouée par Audran dans Le Boucher est une femme calme et digne malgré son angoisse. Elle refuse les avances du boucher joué par Jean Yanne non pas par frigidité mais tout simplement parce qu'elle n'est pas attirée par lui..
Stéphane Audran a déclaré à plusieurs reprises qu'elle devait sa carrière à sa rencontre avec Chabrol. De leur côté, les critiques ont souvent pensé que le réalisateur avait été énormément inspiré par l'actrice, ce qu'il a minimisé dans son autobiographie Par lui-même et par les siens. Il indique qu'elle est à l'origine du film Le Boucher, puisqu'elle a incité son mari à la faire tourner avec Jean Yanne et qu'il s'agit là de l'influence la plus directe qu'elle ait eue sur son œuvre..
Années 1970 Les Biches, La Femme infidèle ou encore Le Boucher assoient son image d'actrice froide, élégante et sophistiquée, qui est exploitée dans de nombreux films des années 1970, notamment Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel, chronique mondaine teintée d'humour noir et pince-sans-rire. Claude Chabrol salue ce film qui fait selon lui la synthèse de ses propres films dans lesquels joue Stéphane Audran. Le Charme discret de la bourgeoisie et Juste avant la nuit lui permettent de remporter le BAFTA de la meilleure actrice en 1973. Elle est la seule actrice française avec Marion Cotillard et Emmanuelle Riva à avoir remporté cette récompense depuis que le BAFTA de la meilleure actrice et celui de la meilleure actrice étrangère ont été réunis en un seul. Et la seule à l’avoir obtenu pour deux films une même année.
Au cours des années 1970, Stéphane Audran est très sollicitée, même si elle privilégie Chabrol. Les autres réalisateurs la cantonnent généralement à des rôles secondaires et n'exploitent pas totalement son jeu d'actrice. Elle tourne par exemple sous la direction de Claude Sautet dans Vincent, François, Paul… et les autres, de Philippe Labro dans Sans mobile apparent, et de Michel Audiard dans Comment réussir quand on est con et pleurnichard, film qui marque ses débuts dans la comédie.
L'actrice démarre également une carrière internationale. Elle tourne avec des réalisateurs américains, comme Orson Welles, dans De l'autre côté du vent (achevé par Peter Bogdanovich en 2018), Anatole Litvak pour l'adaptation du roman de Sébastien Japrisot La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, Peter Collinson dans Dix Petits Nègres, et Samuel Fuller dans Au-delà de la gloire qui lui permet d'élargir son répertoire avec un film de guerre. Stéphane Audran n'est jamais parvenue à devenir populaire aux États-Unis, le public américain trouvant son jeu trop froid. Elle n'obtient que des rôles secondaires, excepté dans The Black Bird de David Giler (1975), qui est une suite du Faucon maltais (1941). Ce film est un échec commercial.
En 1978, Violette Nozière de Chabrol marque une étape importante dans la carrière de l'actrice et du réalisateur. C'est la fin du cycle Audran, le premier rôle étant tenu par Isabelle Huppert, nouvelle égérie de Chabrol. Stéphane Audran joue symboliquement le rôle de la mère de Violette, dont la position sociale est très éloignée de celle des bourgeoises qu'elle est habituée à jouer. L'actrice était d'ailleurs réticente à accepter le rôle, sentant qu'il ne lui allait pas. Finalement, sa prestation a été acclamée et lui a notamment permis d'obtenir le premier rôle dans Le Festin de Babette une dizaine d'années plus tard. Stéphane Audran a témoigné à plusieurs reprises de son admiration pour le jeu d'Isabelle Huppert, reconnaissant qu'elle n'aurait pas été capable de jouer les mêmes personnages qu'elle...
Années 1980 Séparés depuis 1978, Stéphane Audran et Claude Chabrol divorcent en 1982. La carrière de l'actrice décline peu à peu, bien qu'elle continue à jouer avec le réalisateur jusqu'au début des années 1990. Ainsi, elle le retrouve en 1983 dans Le Sang des autres, en 1985 dans Poulet au vinaigre puis dans Jours tranquilles à Clichy en 1990 et Betty en 1992. Les rôles que Claude Chabrol lui propose sont assez anecdotiques. À partir des années 1980, elle obtient des seconds rôles dans plusieurs comédies françaises, comme Les Saisons du plaisir de Jean-Pierre Mocky, Arlette de Claude Zidi et La Fille de Monaco d'Anne Fontaine, jouant le plus souvent des bourgeoises décalées. Elle joue aussi dans des films plus graves, comme Coup de torchon de Bertrand Tavernier et Mortelle randonnée de Claude Miller, dans lesquels elle interprète des femmes méchantes et hystériques. À partir des années 1980, Stéphane Audran apparaît régulièrement à la télévision, autant dans des téléfilms que des feuilletons. Elle est par exemple au générique de la série britannique Brideshead Revisited (1981) auprès de Laurence Olivier, et de la série américaine L'Amour en héritage en 1984.
En 1987, le Danois Gabriel Axel lui offre l'un de ses plus grands rôles dans Le Festin de Babette, film opposant l'austérité de la société danoise du à la fantaisie parisienne. Axel avait initialement fait une liste de cinquante actrices pour le rôle de Babette, parmi lesquelles Stéphane Audran et Catherine Deneuve. Il choisit finalement Audran, lui trouvant une manière très parisienne de faire la moindre chose, comme entrer dans une pièce. Il avait initialement remarqué l'actrice dans Violette Nozière.