Fernando Casado Arambillet, dit Fernando Rey, est un acteur espagnol, né le à La Corogne et mort le à Madrid.

Il est l'un des grands acteurs du cinéma espagnol après la dictature de Franco et le plus international d'entre eux. Il est surtout connu pour ses personnages élégants, suaves et parfois perfides dans les films du réalisateur surréaliste Luis Buñuel (Viridiana, 1961 ; Tristana, 1970 ; Le Charme discret de la bourgeoisie, 1972 ; Cet obscur objet du désir, 1977) et pour le rôle du baron de la drogue Alain Charnier dans French Connection (1971) et French Connection 2 (1975). En tout, il a joué dans plus de 200 films en un demi-siècle. Il était l'acteur préféré de Luis Buñuel.

Il est à ce jour l'un des sept acteurs à avoir reçu le prix national de Cinématographie du ministère espagnol de la Culture, avec Francisco Rabal, Fernando Fernán Gómez, Carmelo Gómez, Javier Bardem, Antonio Banderas et José Sacristánhttps://www.mecd.gob.es/cultura-mecd/areas-cultura/cine/promocion/premios/premio-nacional-de-cinematografia/premiados.html.

Biographie Les débuts vignette|gauche|300px|Fernando Rey (à droite) en 1955. Fernando Rey a étudié l'architecture mais le déclenchement de la guerre civile espagnole (1936-1939) a interrompu ses études. Il est le fils de l'officier d'artillerie , républicain et assistant de Manuel Azaña (à ne pas confondre avec le colonel du même nom, Segismundo Casado).

En 1936, il commence sa carrière d'acteur, apparaissant parfois au générique. C'est alors qu'il choisit son nom de scène. Il conserve son prénom mais adopte le second nom de famille de sa mère, Sara Arambillet Rey. Pendant la guerre civile, il a combattu du côté républicain. Son père, alors colonel, est nommé inspecteur général de l'artillerie à la fin de la guerre. À la fin de la guerre, Fernando et son père sont faits prisonniers par les nationalistes. Fernando est interné dans le camp de détention improvisé à Valence, dans le stade de Mestalla. Alors que son père est resté emprisonné pendant des années, le jeune Fernando réussit à s'échapper de Mestalla, à embarquer dans un train de marchandises et à rejoindre Madrid.

Percée au cinéma Vers 1940, Fernando Rey débute comme acteur de doublage après avoir lu une annonce recherchant une nouvelle voix espagnole pour un acteur tout aussi nouveau, Tyrone Power. Sa voix, considérée comme intense et personnelle dans un ensemble sobre, a également été l'une des premières à être entendue en espagnol par Laurence Olivier, qui l'a même félicité pour son doublage dans le film Hamlet (1948).

Après avoir participé en tant que figurant dans plusieurs films, Rey a eu en 1944 son premier rôle parlant en interprétant le duc d'Albe dans le film , de José López Rubio, avec Amparo Rivelles. En 1948, il incarne Philippe le Beau dans Poignard et Trahison, un mélodrame sur Jeanne la Folle qui connaît un succès retentissant, réalisé par Juan de Orduña et dans lequel le jeune acteur travaille aux côtés d'Aurora Bautista et d'une Sara Montiel débutante.

C'est le début d'une carrière prolifique au cinéma, à la radio, au théâtre et à la télévision, au cours de laquelle Fernando Rey alterne des participations purement alimentaires dans des films commerciaux avec d'autres projets plus importants. Son palmarès comprend des classiques du cinéma espagnol tels que Les Comédiens (1954) et (1959), tous deux de Juan Antonio Bardem, films dans lesquels il a côtoyé des vedettes telles que María Félix, Francisco Rabal et Emma Penella, et Zampo y yo (1965), premier long-métrage d'Ana Belén. Il fait également du doublage à la télévision espagnole et il est devenu le narrateur de films importants tels que Bienvenue Mr Marshall (1953) de Luis García Berlanga, violente satire du régime franquiste, Marcelin, Pain et Vin (1955) de Ladislas Vajda, ou encore le film inachevé Don Quichotte d'Orson Welles dont le tournage a commencé en 1969. En fait, il est apparu dans quatre versions différentes de Don Quichotte, dans des rôles différents.

En 1960, il épouse l'actrice argentine , avec laquelle il a un fils unique, Fernando Casado Campolongo, en 1961.

Rencontre avec Luis Buñuel Son travail avec Luis Buñuel dans les années 1960 et 1970 le rend internationalement célèbre ; il est devenu le « premier acteur espagnol international ». Dans une de ses déclarations décalées, Buñuel explique pourquoi il a d'abord choisi Fernando Rey : il l'avait vu dans Sonatas jouer un mort, et l'avait trouvé tout à fait crédible dans ce rôle. Rey apparaît d'abord dans Viridiana (1961) aux côtés de Silvia Pinal. Il témoigne que « Viridiana me sauva la vie ; ce film me fit sentir que j'étais le véhicule de quelque chose de plus important de ce que j'avais fait jusqu'alors ». Le film obtient la palme d'or au festival de Cannes 1961. Neuf ans plus tard, face à Catherine Deneuve dans Tristana (1970), il incarne Don Lope, le vieillard tyrannique et pervers du célèbre roman de Benito Pérez Galdós.

Il est ensuite face à Jean-Pierre Cassel dans Le Charme discret de la bourgeoisie (1972), un film surréaliste qui a remporté l'Oscar du meilleur film en langue étrangère cette année-là.

Le dernier succès du tandem Rey-Buñuel est Cet obscur objet du désir (1977), nommé pour un autre Oscar du meilleur film étranger et pour le Golden Globe dans la même catégorie, mais qui n'a remporté aucun prix. La voix de Fernando Rey y est doublée par Michel Piccoli. À l'époque, l'acteur alternait déjà depuis plus de dix ans entre l'Espagne et l'étranger, mais c'est à partir de sa période avec Buñuel qu'il a acquis une renommée dans le cinéma international, de sorte qu'il a été appelé pour des projets de films tournés en Italie, en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis, fréquemment pour des rôles de personnages fourbes derrière une façade élégante et suave.

Consécration internationale vignette|300px|Fernando Rey et Gloria Paul dans Deux Mafiosi contre Goldginger (1965). Fernando Rey fait ses débuts dans un film étranger en 1958, dans un film réalisé par Roger Vadim, Les Bijoutiers du clair de lune, où il côtoie Stephen Boyd, Marina Vlady et une jeune Brigitte Bardot. L'année suivante, il est l'ennemi du musclé Steve Reeves dans Les Derniers Jours de Pompéi, co-réalisé par Mario Bonnard et Sergio Leone.

Il est au sommet de sa célébrité internationale dans les années 1960. Il côtoie Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans la comédie Échappement libre (1964 ; de Jean Becker), et Burt Reynolds dans Navajo Joe (1966), un western spaghetti réalisé par Sergio Corbucci. Il apparaît dans deux suites des Sept Mercenaires : Le Retour des sept (1966) et Les Colts des sept mercenaires (1969), dans lesquels il retrouve Yul Brynner et George Kennedy. En 1968, il joue un rôle dans la production de Vincent Sherman, Les Aventures extraordinaires de Cervantes, sur le célèbre écrivain, aux côtés de Horst Buchholz, Gina Lollobrigida et José Ferrer ; il apparaît également dans le western Pancho Villa, avec Yul Brynner et Robert Mitchum.

Son travail avec Buñuel l'avait rendu célèbre parmi les cinéphiles, mais il est devenu un visage connu du grand public dans French Connection (1971) de William Friedkin dans lequel il campe le rôle d'Alain Charnier, le chef de la filière française d'un trafic de drogue transnational et l'antagoniste du policier Gene Hackman. Le film est un triomphe dans les salles et remporte cinq Oscars. La scène de poursuite dans le métro y est particulièrement mémorable, lorsque Charnier (Rey) parvient à s'échapper dans la voiture d'une rame et salue le policier (Hackman) par la fenêtre en se moquant de lui. Initialement, Friedkin voulait que Francisco Rabal joue le rôle de Charnier, mais il ne connaissait pas son nom ; il savait seulement qu'il était un acteur espagnol, et Rey a été choisi par erreur avant que Friedkin ne le voie. Il ne parlait pas français, mais Friedkin savait que Rabal ne parlait ni français ni anglais, il a donc décidé de garder Fernando Rey dans la distributionLe réalisateur William Friedkin raconte ces anecdotes sur les auditions dans Making the Connection : The Untold Stories (2001), en bonus sur l'édition 2001 du DVD édité chez Five Star Collection.. Une suite réalisée par John Frankenheimer a été tournée quelques années plus tard, avec également Gene Hackman et Fernando Rey : French Connection 2.

Fernando Rey a collaboré à plusieurs projets d'Orson Welles, bien que seuls deux d'entre eux aient été menés à bien : Falstaff (1965) et Une histoire immortelle (1968), dans lequel il donne la réplique à Welles lui-même ainsi qu'à Jeanne Moreau.

vignette|gauche|Fernando Rey (à gauche). Fort d'un prestige consolidé, l'acteur continue d'alterner entre productions étrangères et espagnoles ; en 1967, il tient un rôle dans un film musical de Rocío Dúrcal, , et apparaît également dans (Más allá de las montañas), avec Maximilian Schell, Irène Papas et Raf Vallone.

En 1970, il apparaît dans Les Derniers Aventuriers, un film plus ou moins inspiré de la vie du playboy Porfirio Rubirosa ; il est réalisé par Lewis Gilbert et réunit une distribution de choix : Candice Bergen, Charles Aznavour, Olivia de Havilland, Ernest Borgnine... En 1972, Rey apparaît dans Un amour insolite d'Alberto Bevilacqua, aux côtés de Jean Seberg et d'Ugo Tognazzi, et il est dirigé par Charlton Heston dans Antoine et Cléopâtre ; l'année suivante, il tourne Tarot de José María Forqué, un film destiné au marché international. En 1974, Rey côtoie Giancarlo Giannini et retrouve Catherine Deneuve dans La Grande Bourgeoise, un film de Mauro Bolognini qui remporte un David di Donatello. En 1977, Rey et Giannini se retrouveront lorsqu'ils tourneront ensemble la comédie Pasqualino de Lina Wertmüller, qui sera nommée pour trois Oscars., un cas rare pour une production non américaine.

Le nom de Fernando Rey est envisagé pour un second rôle dans Le Parrain, 2e partie, qu'il n'a finalement pas joué. Mais en 1976, il participe à l'ambitieuse production de Stuart Rosenberg, Le Voyage des damnés, avec une distribution de choix : Faye Dunaway, Orson Welles, James Mason, Max von Sydow..... Dans ce film, il a joué un bref rôle de président cubain ; des années plus tard, il a déclaré avoir reçu un gros salaire pour quelques heures de travail à Barcelone. Très actif dans ces années-là, l'acteur espagnol a également tenu un rôle dans le dernier film de Vincente Minnelli, Nina, aux côtés de Liza Minnelli, Ingrid Bergman et Charles Boyer ; ainsi que dans Le Dernier Amant romantique (1978) de Just Jaeckin et dans Le Désert des Tartares de Valerio Zurlini, où il partage l'affiche avec Vittorio Gassman, Max von Sydow, Jean-Louis Trintignant et son compatriote Francisco Rabal.

Considéré comme un acteur prestigieux et rentable, qui donnait de la substance à n'importe quel personnage, aussi éphémère soit-il. Fernando Rey a joué des petits rôles et des apparitions dans de nombreux films de qualité. Il a toutefois regretté que sa célébrité ne soit survenue qu'autour de la cinquantaine : « Il est peut-être dommage que mon succès soit arrivé si tard dans la vie », a-t-il déclaré au Los Angeles Times.. « Il aurait peut-être été préférable de connaître le succès en étant jeune, comme El Cordobés dans l'arène. Ensuite, vous avez toute la vie devant vous pour en profiter ».

En 1977, il incarne le roi Gaspar dans la série Jésus de Nazareth, réalisée et produite par Franco Zeffirelli avec une distribution composée de Laurence Olivier, Anne Bancroft ou Claudia Cardinale.

Dernières années En 1980, il apparaît dans Caboblanco de J. Lee Thompson, face à Charles Bronson ; en 1981, dans La Dame aux camélias de Mauro Bolognini, face à Isabelle Huppert et Gian Maria Volonté ; et en 1982, dans Monsignor de Frank Perry, face à Christopher Reeve et Geneviève Bujold.