Bernadette Lafont, née le à Nîmes et morte le dans la même ville, est une actrice française.

Grâce à ses rôles dans Les Mistons (1957) de François Truffaut , Les Bonnes Femmes (1960) de Claude Chabrol, La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan (1969), ou encore La Maman et la Putain (1973) de Jean Eustache, cette vedette populaire est considérée comme l’une des égéries de la Nouvelle Vague.

Biographie Origines familiales et formation

Issue d'une famille protestante des Cévennes, elle nait à la maison de santé protestante de Nîmes.

Elle est la fille de Roger Lafont, pharmacien à Saint-Geniès-de-Malgoirès, et de son épouse Simone Illaire« Bernadette Lafont », Who's who in France..

Elle fait ses études secondaires au lycée de jeunes filles (actuel collège Feuchères) de Nîmes, où sa famille s'installe dans les années suivantes. Bernadette, qui se destine à la danse, suit aussi des cours de danse à l'opéra-théâtre de NîmesDétruit en 1952 par un incendie (Un peu d'histoire sur le site du théâtre de Nîmes). Un nouveau théâtre a été inauguré en 1988, mais sur un autre site., et elle rêve de cinéma en regardant les premiers films de Brigitte Bardot. Elle est reçue au baccalauréat (première partie) à .

Mariage et premiers pas au cinéma En 1955, alors en vacances, elle fait la connaissance de l'acteur Gérard Blain, qui répète la pièce de Shakespeare Jules CésarDocumentaire de Véronique Aubouy, « Une sacré bonne femme », 2012, aux arènes de Nîmes. Elle l'épouse âgée de et le suit à Paris.

François Truffaut lui offre son premier rôle dans son court-métrage Les Mistons (1957), tourné la même année à Nîmes. Pour ce premier film, Truffaut, qui dispose de peu de moyens financiers, .

Actrice fétiche de la Nouvelle Vague Prenant goût au cinéma, elle devient rapidement une figure représentative de la Nouvelle Vague notamment après deux films de Claude Chabrol essentiels dans ce mouvement, Le Beau Serge en 1957 avec son mari, puis Les Bonnes Femmes en 1960.

Elle va également travailler avec Jacques Doniol-Valcroze, Édouard Molinaro, Costa-Gavras, Georges Lautner et Louis Malle, Philippe Garrel, Michel Drach et Moshé Mizrahi, Jean-Daniel Pollet et Marc'O, montrant sa prédilection pour un cinéma d'auteur exigeant.

Divorce et repli sur la famille aux côtés de Diourka Medveczky Divorcée de Gérard Blain, elle devient en 1959 la compagne du sculpteur et cinéaste hongrois Diourka Medveczky qui en fait . Elle met au monde trois enfants en trois ans : Élisabeth, David et Pauline (1963).

En , elle fait une des trois voix provençales accompagnant la représentation de Mireille dans le cadre de la félibrée de SceauxJean Fourié, Le Félibrige parisien après la Deuxième Guerre mondiale (1944-1976), Paris, Les Amis de la langue d'oc, 1987, p. 42 ..

Elle vit alors à la campagne et sa carrière connaît un creux mais cela lui est égal, car :

Retour au cinéma En 1969, elle tourne dans un film de son époux Paul, unique long métrage de celui-ci, qui malgré , n'est pas distribué (il n'est paru qu'en 2012 en DVDCoffret « Diourka-Lafont » chez Filmedia.).

La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan, en 1969 également, lui permet de renouer avec le succès. Alors que la mode est aux actrices blondes, cette brune de type méditerranéen détonne et se fait qualifier de « Bardot nègre » dans Le Monde par l'écrivain Hervé Guibert. vignette|Bernadette Lafont lors du festival de Cannes 2007. En 1971, elle est l'une des femmes du manifeste des 343, publié le par le Nouvel Observateur en faveur du droit à l'avortement..

Elle est ensuite l'héroïne de Une belle fille comme moi (1972) de François Truffaut et joue le rôle de Marie dans La Maman et la Putain (1973) de Jean Eustache qui marquent sa filmographie. Lafont enchaîne avec des films signés László Szabó (Zig-Zig), Jacques Bral, Jacques Rivette (Noroît), l'italien Pasquale Festa Campanile (Le Larron), Jacques Davila et Juliet Berto, ainsi que des comédies et « nanars » réalisés par Gérard Pirès, Jean-Marie Poiré voire Max Pécas, où sa voix gouailleuse et son ton décalé la rendent populaire.

Dans les années 1980, elle apparaît dans plusieurs films de Jean-Pierre Mocky (dont Le Pactole avec sa fille Pauline) et Claude Chabrol (dont Inspecteur Lavardin et Masques), mais surtout dans L'Effrontée de Claude Miller en 1985 qui lui vaut le César de la meilleure actrice dans un second rôle. C'est aussi durant cette décennie qu'elle intensifie son activité sur le petit écran, où elle avait débuté dès 1961 : elle participera au fil des ans aux séries Merci Bernard de Jean-Michel Ribes, Maigret face à Bruno Cremer, Pepe Carvalho, Les Enquêtes d'Éloïse Rome, La Minute vieille, jusqu'à Scènes de ménages en 2013 ; elle sera dirigée par Liliane de Kermadec, Paul Vecchiali, Élisabeth Rappeneau, Bruno Garcia, et retrouvera Nelly Kaplan pour un téléfilm en 1985 ; elle interprétera même la gouvernante du Père Noël en 1997.

En 1988, sa fille Pauline, elle aussi actrice, meurt accidentellement. Elle surmonte son chagrin en multipliant les films et les pièces de théâtre. Elle rencontre alors Marion Vernoux et Pierre-Henri Salfati, Raoul Ruiz, Pascal Bonitzer, Claude Zidi, Julie Delpy, Zoe Cassavetes… Tout au long de sa carrière, non contente de multiplier les collaborations avec des cinéastes souvent prestigieux et confidentiels, elle aura eu les partenaires les plus brillants et les plus diversifiés : Eddie Constantine, Laurent Terzieff chez Garrel, Ugo Tognazzi, Jean-Paul Belmondo chez Malle, Jean-Pierre Léaud, Jean-Pierre Kalfon, Jean-Louis Trintignant, Daniel Duval, Michel Bouquet, Alain Cuny, Michel Duchaussoy, André Dussollier chez Truffaut, Michel Galabru, Francis Blanche, Peter Ustinov, Michel Serrault (La Gueule de l'autre), Miles Davis, Richard Bohringer, Victor Lanoux, Jean Lefebvre et Bernard Ménez, sans oublier Anna Karina, Bulle Ogier, Micheline Presle, Jane Birkin et Charlotte Gainsbourg… Elle retrouvera cette dernière dans la comédie à succès Prête-moi ta main d'Éric Lartigau en 2006. Deux ans plus tard, elle incarne la mère de Michel Blanc dans Nos 18 ans.

Carrière théâtrale Bernadette Lafont a débuté au théâtre en 1963 mais ce n'est qu'en 1978, en jouant la comtesse Bathory dans « Bathory Erzsebet » de Marie-Françoise Egret, que l'amour des planches la saisit. Elle s'illustre ensuite, entre autres, dans La Tour de la défense de Copi, Désiré de Sacha Guitry mis en scène et interprété par Jean-Claude Brialy avec aussi Marie-José Nat, L'Arlésienne d'Alphonse Daudet aux côtés de Jean Marais, Monsieur Amédée (1999) avec son cher Galabru qu'elle retrouve dans La Femme du boulanger de Marcel Pagnol (où elle interprète la bonne du curé), Un beau salaud avec Bernard Tapie, Les Monologues du vagin d'Eve Ensler, Si c'était à refaire de Laurent Ruquier, L’Amour, la mort, les fringues de Nora et Delia Ephron, mis en scène par Danièle Thompson avec Karin Viard, Géraldine Pailhas et Valérie Bonneton dans la distribution, des lectures de Claude Bourgeyx et Marcel Proust notamment ; sa dernière apparition sur scène s'effectue dans l'opérette Ciboulette où figure Jérôme Deschamps.

De 1990 à 1996, elle préside les Ateliers de création audiovisuelle de Sommières, une petite structure de formation, délocalisée à Saint-André-de-Valborgne la dernière année.

En 2005, le festival du film de Belfort - Entrevues lui consacre une rétrospective.

Ses derniers films, Paulette et Attila Marcel, sortis en 2013, reçoivent un très bon accueil du public. Elle déclare à cette époque , alors que son compagnon, le peintre figuratif Pierre de Chevilly, vit principalement à la campagne, acquéreur de l'ancienne école de garçons de la commune d'Argenton-ChâteauDeux-Sèvres - depuis Argenton-les-Vallées. ; sur sa suggestion elle achète, en 2006, une petite maison dans ce lieu calme, sa « thalasso mentale », où elle offre gracieusement son concours de conteuse lors de manifestations culturelles locales en 2011 et 2013. À partir de 2004, elle séjoure ponctuellement à Argenton-les-Vallées, bourgade poitevine, avec son dernier compagnon le peintre Pierre de Chevilly, et depuis 2001 aime participer bénévolement aux animations locales.

Mort et funérailles Partie se reposer dans sa maison familiale de Saint-André-de-Valborgne, elle est victime d’un accident vasculaire cérébral le . Au cours de sa convalescence au centre héliomarin du Grau-du-Roi, elle subit un malaise cardiaque le en fin d'après-midi. Transportée par le SAMU au centre hospitalier universitaire de Nîmes, elle y meurt le à l'âge de .

Sa mort coïncide avec la tenue du festival de Vebron, dont elle est la marraine depuis ses origines en 1988 et qui lui rend hommage.

La cérémonie religieuse des obsèques a eu lieu au temple protestant de Saint-André-de-Valborgne le en présence de 250 personnes. Le réalisateur Jean-Pierre Mocky, qui participait à Nîmes au Festival « Un réalisateur dans la ville », est présent, aux côtés de Lionnel Astier et Marianne DenicourtLe Point, 30 juillet 2013. . Il déplore ensuite l'absence de la profession et du gouvernementDéclaration de Jean-Pierre Mocky sur RMC le 6 août 2013.

Selon la tradition des cimetières protestants des Cévennes, Bernadette Lafont est inhumée dans le caveau funéraire de la propriété familiale, aux côtés de ses parents et de sa fille Pauline.

En 2013, le cinéaste Gérard Courant lui rend hommage avec un film In Memoriam Bernadette Lafont, dans lequel Alexandra Stewart, Stéphane Audran et Guillaume Gouix lisent des lettres de Bernadette Lafont et des textes de François Truffaut et de Claude ChabrolCe film a été édité en DVD en 2016 aux éditions L'Harmattan..

Filmographie Cinéma Courts métrages

Longs métrages Années 1950 1957 : La Tour, prends garde ! de Georges Lampin 1958 : Le Beau Serge de Claude Chabrol - Marie 1958 : Les Jeunes Maris (Giovani mariti) de Mauro Bolognini - Une figurante 1959 : Bal de nuit de Maurice Cloche - Nicole 1959 : À double tour de Claude Chabrol - Julie, la servante

Années 1960 1960 : Me faire ça à moi de Pierre Grimblat - Annie 1960 : L'Eau à la bouche de Jacques Doniol-Valcroze - Prudence 1960 : Les Bonnes Femmes de Claude Chabrol - Jane 1960 : Les Mordus de René Jolivet - Mado 1961 : Les Godelureaux de Claude Chabrol - Ambroisine 1962 : Un clair de lune à Maubeuge de Jean Chérasse - Charlotte 1962 : Et Satan conduit le bal de Grisha Dabat - Isabelle 1962 : Jusqu'à plus soif de Maurice Labro - Solange 1962 : Tire-au-flanc 62 de Claude de Givray - Bernadette 1963 : Les Femmes d'abord de Raoul André - Miss Jujube 1964 : La Chasse à l'homme d'Édouard Molinaro - Flora 1965 : Compartiment tueurs de Costa-Gavras - La sœur de Georgette 1965 : Les Bons Vivants ou Un grand Seigneur de Georges Lautner (segment Les Bons Vivants) - Sophie 1965 : Pleins feux sur Stanislas de Jean-Charles Dudrumet - Rosine Lenoble 1967 : Un idiot à Paris de Serge Korber - Berthe 1967 : Lamiel de Jean Aurel - Pauline 1967 : Le Voleur de Louis Malle - Marguerite, la servante 1968 : Le Révélateur de Philippe Garrel - La mère 1968 : Les Murs (Falak) d'András Kovács - Marie 1968 : Les Idoles de Marc'O - Sœur Hilarité 1969 : Paul de Diourka Medveczky - Marianne 1969 : Je, tu, elles… de Peter Foldes 1969 : La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan - Marie 1969 : Le Voleur de crimes de Nadine Trintignant - La logeuse

Années 1970 1970 : d'Henry Chapier - Salomé 1970 : Piège de Jacques Baratier 1970 : Élise ou la Vraie Vie, de Michel Drach - Anna 1970 : Caïn de nulle part, de Daniel Daërt - Marielle 1971 : Les Stances à Sophie, de Moshé Mizrahi - Céline 1971 : Valparaiso, Valparaiso de Pascal Aubier - Edwarda 1971 : Les Doigts croisés (To Catch a Spy) de Dick Clement - Simone 1971 : La Famille de Yvan Lagrange 1971 : L'amour c'est gai, l'amour c'est triste de Jean-Daniel Pollet - Marie Annassian 1971 : Out 1 : noli me tangere (Out 1) de Jacques Rivette et Suzanne Schiffman - Sarah 1972 : Out 1: Spectre de Jacques Rivette - Sarah