vignette|Document imposant la djiizîa pour les villageois dhimmis de Chokmanovo à Smolyan (Bulgarie) dans l'ancien empire ottoman, 1615. La jizîa, djizîa ou djizîatarabe : , capitation, tribut, taxe., suivant les transcriptions ( ; turc ottoman : جزیه, turc : cizye), est dans le monde musulman un impôt annuel de capitation évoqué dans le Coran et collecté sur les hommes pubères non musulmans en âge d'effectuer le service militaire contre leur protection.
Présentation Alors que les non-musulmans vivant sur les territoires de « Dar al-Islam » sont tenus de payer la djizîa, certains dhimmis en sont théoriquement exemptés : les femmes, les enfants, les personnes âgées, les infirmes, les esclaves, les moines, les anachorètes, et les démentsTraduction : Traduction : . En sont également exemptés ceux des dhimmis qui sont autorisés à porter les armes pour effectuer un service militaire., tout comme ceux qui n'ont pas les moyens de la payer, selon certaines sources
Le montant de la djizîa, habituellement fixe et annuel, dépend de la capacité financière du redevable, mais connaît des variations Traduction : .
Cette taxe n'est plus imposée actuellement par les États-nations dans le monde musulman.., même s'il existe des rapports de cas d’organisations comme les talibans pakistanais et Daesh qui essayent de faire revivre la pratique dans les territoires qu'ils contrôlentComing home to Orakzai ABDUL SAMI PARACHA, Dawn.com (JAN 05, 2010). ou encore d'autres cas en Égypte« Égypte : La pratique de la Jizya », DIDR/OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), République française, 3 juillet 2015Mary Abdelmassih, « Deux coptes tués en Égypte pour avoir refusé de payer la Jizya », AINA News (Assyrian International News Agency), 13/09/2013 ou dans certaines prisons occidentales.
D'après Khaled Abou El Fadl, la majorité des musulmans rejettent actuellement le système de la dhimma, qui inclut la djizîa, et le considèrent comme étant inapproprié à l'âge des États-nations et des démocraties.
Étymologie et signification
Les orientalistes « retiennent avec incertitude une origine araméo-syriaque du mot gzîthâ, mot lui-même très vraisemblablement emprunté au pehlevi gazidag, vocable qui sous les Sassanides désignait une taxe par tête ». La domination perse sur l’Arabie du Sud laisse supposer « que ce mot ait pu transiter vers l’arabe hedjazien via le sud arabique ». Cependant, l’origine arabe du terme jizya est plus probable. « Du point de vue étymologique, l’on peut... supposer que le terme « jizya » ait eu à l’origine le sens de tribut en fonction de la racine arabe jazâ puis que lorsque l’islam post-coranique en fit une taxe de capitation à appliquer aux Gens du Livre, il prit fonction et sens empruntés au gazidag sassanide ».
Les commentateurs et orientalistes divergent donc sur la définition et l'étymologie du mot djizîa : La traduction du Coran de emploie le mot « taxe » pour traduire djizîa, alors que le linguiste Muhammad Asad (Juif converti à l'islam) utilise l'expression « taxe d'exemption ». Au , Marmarduke Pickthal et Arthur John Arberry la traduisent par le mot « tribut ». Selon Abou Nahla Al’Ajamî, les« philologues arabes font dériver jizya de la racine jazâ / rétribuer, ce terme aurait ainsi le sens de rétribution en compensation de la vie sauve et de la protection. En ce cas, la jizya correspond au tribut que devait payer la tribu vaincue à ses vainqueurs en signe de soumission et de dépendance, pratique courante dans le monde bédouin et jusqu’aux guerres modernes. La jizya n’est donc pas un impôt de « capitation », mais « tribut de capitulation » ». Yusuf Ali a choisi de translittérer le terme en jizyah. Pour lui aussi, le sens de la racine du mot djizîa est « compensation »Yusuf Ali (réédition de 1991), Notes 1281 et 1282 du verset 9:29, p. 507., alors que pour Muhammad Asad, c'est « satisfaction ». Al-Raghib al-Isfahani, un lexicographe musulman classique du , définit la jizya comme « une taxe qui est perçue à charge des dhimmis et qui est nommée ainsi car elle est établie en échange de la protection qui leur est garantie. » Traduction : (lire en ligne) Selon le Britannique Muhammad Abdel-Haleem, le terme « impôt par tête » ne traduit pas le mot arabe djizîa, car il ne prend pas en compte les exemptions accordées aux enfants, femmes, etc., alors qu'un impôt par tête est par définition levé sur chaque individu (tête) sans considération de genre, d'âge, ou même de capacité contributive. Il fait remarquer que le verbe racine de la djizîa est j-z-y, qui signifie , . Il ajoute qu'elle est établie en retour de la protection d'un état musulman avec tous les bénéfices qui en résultent, comme les exemptions du service militaire et des taxes que paient les musulmans telle que la zakât. Aux s, l'historien al-Tabari relate que certains membres de la communauté chrétienne auraient demandé à Omar ibn al-Khattâb, compagnon de Mahomet, s'ils pouvaient référer à la djizîa par le terme sadaqah, qui veut dire littéralement « charité », une demande qu'Omar a acceptée Traduction : Traduction : (lire en ligne).. Pour l'historien contemporain Arthur Stanley Tritton, la djizîa en Occident et kharâj dans l'Ouest arabique signifiaient . Elle était aussi nommée jawali à Jérusalem. Selon Shemesh, Abu Yusuf, Abu Ubayd, Qudama, Khatib et Yahya ont utilisé les termes jizya, kharaj, ushr et tasq comme synonymesA Ben Shemesh (1967), Taxation in Islam, Vol. 1, Netherlands: Brill Academic, p. 6..
Fondements vignette|Coran en français. Le Coran évoque la jizya en un seul et unique verset (sourate 9 verset 29), selon la traduction standardLe Saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets, version bilingue arabe-français, Presses du Roi Fahd, Médine, première édition 1989 : Pour la majorité des juristes et savants musulmans, la djizîa est un impôt spécial perçu à charge de certains non-musulmans en échange de la responsabilité de protection assumée par les musulmans contre toute forme d’agression.... et pour exempter les non-musulmans du service militaireThis tax was not imposed on the Christians, as some would have us think, as a penalty for their refusal to accept the Muslim faith, but was paid by them in common with the other immīs or non-Muslim subjects of the state whose religion precluded them from serving in the army, in return for the protection secured for them by the arms of the Musalmans. Traduction : (lire en ligne) Traduction : Traduction : mais aussi pour l'aide financière accordée aux pauvres Traduction : .
Dans un traité conclu par le général Khalid ibn al-Walid, compagnon de Mahomet, avec des villes des environs de Hira, il est stipulé : Again, in the treaty made by ālid with some towns in the neighborhood of Hīrah, he writes : “If we protect you, then jizyah is due to us; but if we do not, then it is not due.” Traduction : . :
L'orientaliste Thomas Walker Arnold donne l'exemple de la tribu d'al-Jurajima, une tribu chrétienne au bord d'Antioche qui a Traduction : (lire en ligne).. Il ajoute que même les musulmans ont été contraints de payer une taxe s'ils étaient exemptés du service militaire, tout comme les non-musulmans Traduction : ..
La djizîa est légiférée au à travers le statut de dhimmi contenu dans ce qu'on appelle le pacte d'Omar « qui assujettissait juifs et chrétiens à l’autorité musulmane mais leur garantissait un traitement meilleur qu’aux autres ennemis de l’islam... (en les protégeant) des masses musulmanes qui avaient interdiction de porter atteinte à leur intégrité physique »Tarek Oubrou, Ce que vous ne savez pas sur l'islam : Répondre aux préjugés des Musulmans et des non Musulmans, éd. Fayard, 2016, Émission « La Source de vie », France 2, rabbin Josy Eisenberg, 19 février 2017, Visionner en ligne.
Le paiement du tribut de la djizîa est l’une des trois possibilités offertes à tout ou partie des non-musulmans vivant en terre d'islam : soit le paiement du tribut, soit la conversion à l’islam, soit l’épée avec pour conséquence l’asservissement des prisonniers, des enfants et des femmes, et la mainmise des musulmans sur les biens des vaincusS. Aldeeb, op. cit., Introduction.
La djizîa à l’ère classique Assujettissement et exemption Si les premiers juristes musulmans Abou Hanifa et Abu Yusuf déclarent qu'il faut exiger la djizîa à tous les non-musulmans sans distinction, d'autres juristes plus extrémistes n'autorisent pas plus tard la djizîa pour les idolâtres vivant en terre d'islam mais leur permettent seulement de choisir entre la conversion à l'islam et la mortKishori Lal Saran, « Les conditions politiques des Hindous sous le Khaljis », Actes du Congrès l' histoire indienne. 9 : 232..
Outre certains des Samaritains, des Sabéens, des Nazaréens, des zoroastriens (al-majus), les hindous ou les bouddhistes, les dhimmis assujettis à la djizîa en terres musulmanes étaient majoritairement des gens du Livre, juifs et chrétiensBernard Lewis, Juifs en terre d'Islam (trad. J. Carnaud), Paris, 1986S. Aldeeb, op. cit., p. 16Peter Jackson, The Delhi Sultanate : A Political and Military History, 2003, Cambridge University Press, , p. 282-289. Présentation en ligne.
Certains juristes musulmans ont exempté de la djizîa les femmes, les enfants, les personnes âgées, les infirmes, les esclaves, les moines, les anachorètes, et les déments. Pour le juriste hanbalite Al-Qâdî Abû Ya'lâ, Al-Qâdî Abû Ya'lâ, al-Aḥkām al-Sulṭāniyyah, p. 160.Extrait : Traduction : . Des rapports historiques parlent d'exemptions accordées par le second calife Omar à un vieux Juif pauvre et aveugle ainsi qu'à d'autres dans une situation comparableمرّ عمر بن الخطاب رضي الله عنه بباب قوم وعليه سائل يسأل: شيخ كبير ضرير البصر، فضرب عضده من خلفه وقال: من أي أهل الكتاب أنت؟ قال: يهودي، قال: فما ألجأك إلي ما أرى؟ قال: أسأل الجزية والحاجة والسن، قال: فأخذ عمر بيده وذهب به إلى منزله فرضخ له بشيء من المنزل، ثم أرسل إلى خازن بيت المال فقال: انظر هذا وضرباءه فوالله ما أنصفناه، أن أكلنا شبيبته ثم نخذله عند الهرم frameless|20x20pxإِنَّمَا الصَّدَقَاتُ لِلْفُقَرَاءِ وَالْمَسَاكِينِframeless|20x20px والفقراء هم المسلمون، وهذا من المساكين من أهل الكتاب، ووضع عنه الجزية وعن ضربائه Traduction : Traduction : . Ibn Qayyim écrit au que l'opinion apparente de l'imam Ahmad Ibn Hanbal est que les paysans et laboureurs sont aussi exemptés de la djizîaIbn Qayyim al-Jawziyya, Ahkam Ahl Al-Dhimma, 1/17. Extrait: «وأما الفلاحون الذين لا يقاتلون والحراثون [...] وظاهر كلام أحمد أنه لا جزية عليهم» Traduction : "En ce qui concerne les paysans qui ne participent point à la guerre ainsi que les laboureurs... l'opinion apparente des écrits d'Ahmad [ibn Hanbal] est qu'ils sont exemptés de la djizîa.".
Néanmoins, selon l'islamologue Kristen A. Stilt, les sources historiques indiquent qu'en Égypte mamelouke, la pauvreté n'excusait pas nécessairement le dhimmi de payer l'impôt, et les garçons aussi jeunes que neuf ans pouvaient être considérés comme des adultes à des fins fiscales, ce qui rendait la taxe particulièrement lourde pour les familles nombreuses et pauvres, et beaucoup ont dû se cacher pour éviter la prisonEliyahu Ashtor & Leah Bornstein-Makovetsky (2008), Encyclopaedia Judaica, 2nd édition, volume 12, Thomson Gale, Article : Kharaj et Jizya.. Ashtor et Bornstein-Makovetsky déduisent également des documents de la Guéniza du Caire que la djizya a été prélevée en Égypte chez les dhimmis à partir de l'âge de neuf ans au et même pour des membres décédés de la famille.
Montant de la djizîa