Une mort très douce est un court récit autobiographique de Simone de Beauvoir, publié en 1964, qui décrit comment l'auteure a vécu les derniers mois de la vie de sa mère auprès d'elle.

D'après Sartre, ce livre est le meilleur qu'elle ait écrit. Il est un des cinq autobiographies qu'elle a écrit; elle a écrit aussi Tout compte fait (1972), La Force des choses (1963), La Force de l'âge (1960), et Mémoires d'une jeune fille rangée (1958).

Résumé Une mort très douce commence quand Beauvoir reçoit un appel: sa mère avait eu un accident. Après l'accident, les médecins détectent un cancer de l'intestin grêle qui se révèle foudroyant. Le reste du livre suit Beauvoir et sa sœur, Hélène, en naviguant à travers la maladie de leur mère et finalement sa mort.

Le livre est écrit dans un style autobiographique, ce que Beauvoir avait utilisé dans plusieurs autres livres. Cependant, Une mort très douce est unique pour les descriptions de la maladie et de la mort, et pour l'emphase sur les sentiments qui sont moins présents dans les autres livres de Beauvoir. Le livre se focalise sur la relation entre, Simone de Beauvoir, sa mère et Hélène. Il parle aussi de la maladie et de l'établissement médicale, surtout les interactions entre les femmes et les médecins. La relation entre mère et fille est un autre thème très important dans le livre. Comme d’autres livres par Beauvoir, la philosophie de l’existentialisme influence sa perception de la maladie et de la mort de sa mère. L'expérience de la mort lui donne une autre façon de voir l'existentialisme: Beauvoir devient une témoin directe à la mort.

Genre Simone de Beauvoir fait de son texte un mélange de genres: de l’autobiographie, la biographie, le documentaire, le journal intime et des modalités de la fiction. Les frontières entre la fiction et la non-fiction se retrouvent brouillées. L’auteure considère elle-même que tout évènement qu’on écrit est toujours partiellement - si ce n’est majoritairement - recréé. Pourtant, Beauvoir établit d’emblée un pacte d’authenticité avec son lecteur, certes dans la mesure du possible. Ricœur rejoint Beauvoir dans cette perception de la littérature comme portant une fonction épistémologique - la littérature comme laboratoire de la pensée. Dans Une mort très douce, c’est surtout un journal intime qui domine la forme narrative, un récit au jour le jour qui donne l'illusion d’une reproduction directe des évènements. Simone de Beauvoir a une triple identité : celle d’auteure, de personnage principal et de narratrice.

Thèmes

La relation mère-fille Certains postulent que ce roman porte en lui en réalité un matricide sous-jacent par le biais duquel l’auteure va rompre avec la puissance phallique exercée par sa mère. Simone de Beauvoir reconsidère sa famille et le rôle qu'elle y a joué ; elle est une écrivaine déjà connue et économiquement privilégiée : elle a dû soutenir financièrement sa mère. Elle y évoque les réactions de celle-ci, très attachée aux valeurs bourgeoises, face à son œuvre et à sa vie d’auteure engagée.

Pourtant, ce texte raconte aussi l’évolution, certes un peu tardive, d’une relation mère-fille auparavant tendue. Les Beauvoir, mère et fille, finissent par comprendre et accepter les différentes perspectives qu’elles partagent. Par exemple, la mère arrête de prononcer ce discours racial et politique propre à sa classe de bourgeoise qui enrageait sa fille et cette dernière sympathise avec la première. Nous observons un rapprochement voire une fusion entre la narratrice et sa mère mourante. Avant que Françoise de Beauvoir ne meure, l’auteure semble presque heureuse, fière, de voir sa mère se révolter contre la mort, d’aimer la vie parce que ceci permet de la rapprocher de cet être envers qui elle a été longtemps indifférente voire hostile.

La perte de soi Le roman s’ouvre sur une présence affirmée de Simone de Beauvoir en tant que sujet (nous soulignons) :

La mort Le thème de la mort a toujours fait l’objet des réflexions de Simone de Beauvoir, Il en est de même dans Une mort très douce dans lequel l’auteure existentialiste féministe exploite la chute aiguë de sa mère dans une maladie fatale pour se questionner sur la mort. La mort est évoquée du point de vue de la narratrice athée et de sa mère croyante. Dans ce récit, l’auteure expose son angoisse, sa souffrance et sa solitude face à la mort de la figure maternelle. Beauvoir semble projeter à différents moments ses propres craintes sur sa mère qu’elle décrit comme : "[…] farouchement accrochée à la terre et [qui] avait de la mort une horreur animale . Par moments, la narratrice laisse percer une violence masquée envers sa mère, des reproches qui restent informulés. Elle blâme probablement sa mère qui l’oblige involontairement à considérer son propre sort de mortelle. Ceci nous pousse à nous questionner sur le titre : ce titre qui suggère une idée de sérénité, de mort acceptée, détourne-il le lecteur de la réalité ? Pour qui cette mort a-t-elle été douce ? Françoise de Beauvoir ou sa fille aînée ? Ou est-ce une ironie sur notre sort de mortels universel. ?

La solitude Beauvoir exprime une peur de la solitude dans son récit. Elle avoue organiser son emploi de temps de façon qu’elle n’ait pas une minute de libre dans sa journée. ; le divertissement pascalien est pratiqué et reconnu par l’auteure qui redoute sa seule compagnie.. :

Le corps Beauvoir explore la fragilité et horreurs qui existent dans le corps. Elle dit, par exemple,Mais l’extérieur même de son corps lui échappait: son ventre blessé, sa fistule, les ordures qui s’en écoulaient, la couleur bleue de son épiderme, le liquide qui suintait de ses pores; elle ne pouvait pas l’explorer de ses mains presque paralysées et quand on la soignait, sa tête était renversée en arrière. L'état du corps de sa mère est choquant, particulièrement avec ces images trop vives. Beauvoir montre la réalité d'avoir un corps dans les détails explicites et inquiétants, et le maladie de sa mère devient une séparation entre la mère et son corps.

Le monde médical Le livre est très notable pour illuminer la déshumanisation et les épreuves d'être un patient (ou encore plus une patiente) dans le monde médical. Les médecins sont inutiles ou encore cruels; Beauvoir utilise les lettres pour les identifier, par exemple « le docteur N. ». Ce choix montre l'anonymat d'une système qui est responsable pour la vie de sa mère (et beaucoup d'autres). Les airs des médecins, aussi, montrent la déshumanisation et le manque de souci dans le monde médical. Par exemple:En revanche, le docteur N. et moi nous ne nous aimions pas. Élégant, sportif, dynamique, ivre de technique, il réanimait maman avec entrain : mais elle était pour lui l'objet d'une intéressante expérience et non un être human.C'est vrai que le docteur N. est capable, mais le traitement de la mère du Beauvoir montre qu'elle n'est pas une personne mais une pièce dans un système. Le livre illumine la tragédie de sa mort avec des sentiments très touchants. Cependant, cette tragédie est opposé avec les réactions des médecins et du monde médicale, qui ne sont pas concernés avec les sentiments du maladie.

Beauvoir réfléchit dans ce contexte sur l'euthanasie et l'acharnement thérapeutique : elle sait sa mère condamnée mais reste impuissante et indécise devant les médecins qui exercent une tyrannie sur leur malade.L’individualité de sa mère est annulée à cause de la technologie médicale qui refuse l’euthanasie et maintient l’être, désormais déshumanisé, dans cet état de souffrance ineffablement injuste.

Beauvoir fait de son récit une réflexion sur la condition de la femme dans le corps médical. Elle est indignée mais se retrouve obligée de se résigner à ses observations. Elle remarque d’une part, les conditions de travail des infirmières qui sont méprisées et reléguées aux tâches dépréciées et marginalisées du savoir des médecins :

D’autre part, elle note le mépris des docteurs pour cette femme âgée et leur manque de compassion :

Toute la tension dramatique de ce récit, communiquée par le titre, réside dans le fait que la mort de cette mère aurait pu être douce, n’étaient-ce les médecins qui choisissent de prolonger le temps de la douleur physique et morale, d’intensifier l’humiliation de Françoise de Beauvoir dont la douleur devient un spectacle que l’auteure supporte péniblement.

Citations

Notes et références

Liens externes Christie McDonald, “The Death of Maternity?: Simone De Beauvoir's A Very Easy Death.”, French Politics, Culture & Society, vol. 28, n° 2, 2010, pp. 56–65. Doris Y. Kadish, “Simone De Beauvoir's Une Mort Très Douce: Existential and Feminist Perspectives on Old Age.”, The French Review, vol. 62, n° 4, 1989, pp. 631–639.

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