L'Épître aux Romains est une lettre du Nouveau Testament envoyée par l'apôtre Paul à l'Église de Rome.
Elle répond à un double objet. D'une part, il s'agit d'une lettre adressée aux chrétiens de Rome qui connaissaient des tensions entre partisans du maintien des rites et lois juives et les nouveaux convertis étrangers au judaïsme ; Paul mobilise donc ses frères afin de promouvoir ensemble une nouvelle évangélisation ; d'autre part, Paul expose sa vision du salut et de la foi, et insiste sur l'idée qu'ils sont tous deux ouverts aux juifs comme aux non-juifs dès lors qu'ils adhèrent au message de Jésus de Nazareth.
Rédigée dans le grec de la koinè, elle est la plus longue des épîtres de Paul et, à ce titre, figure en tête du canon néotestamentaire. Les idées qu'elle développe forment le fondement de la doctrine des Églises chrétiennes au sujet de la justification par la foi. Cette épître a joué un rôle central dans l'histoire du christianisme et représente en particulier la base de la Réforme protestante.
Rédaction Date, langue et lieu de rédaction vignette|droite|Carte du troisième voyage missionnaire (vers 54-58). L'Épître aux Romains fait partie des sept épîtres reconnues comme authentiquement rédigées par Paul"Finally, there are seven letters that virtually all scholars agree were written by Paul himself: Romans, 1 and 2 Corinthians, Galatians, Philippians, 1 Thessalonians, and Philemon. These 'undisputed' epistles are similar in terms of writing style, vocabulary, and theology. In addition, the issues that they address can plausibly be situated in the early Christian movement of the 40s and 50s of the Common Era, when Paul was active as an apostle and missionary." Bart Ehrman (2000, ed.), The New Testament: A Historical Introduction to the Early Christian Writings.. vignette|Papyrus, Oxyrhynchus, Égypte : – Épître aux Romains 1 : 1–16. La date exacte de la rédaction n'est pas mentionnée dans la lettre, mais on peut la déduire des projets de voyage qu'elle contient. Paul anticipait sur son prochain voyage à Jérusalem. On comprend généralement que la lettre a été écrite alors que les voyages en mer étaient interrompus pendant le semestre d'hiver et qu'ils reprenaient au printemps Stefan Schreiber, Der Römerbrief, Stuttgart 2020, .. Néanmoins, la majorité des chercheurs datent aujourd'hui cette lettre de 55/56 après J.-C. Michael Theobald : Der Römerbrief. Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt 2000 , ., ici sp. 612., peut-être un ou deux ans plus tard durant le troisième voyage missionnaire, à Corinthe où Paul passe l'hiver 57-58 (Ac 20,2-3). Il y annonce qu'il va bientôt se rendre à Jérusalem pour y porter des aumônes (Rm 15,25-28).
En faveur de Corinthe comme lieu de rédaction, il y a entre autres le fait qu'un Gaius soit mentionné dans l'épître, qui avait accueilli Paul chez lui au moment de la rédaction de la lettre. Or, ce Gaius est probablement identique au Corinthien Gaius, baptisé par Paul. Paul le désigne respectueusement comme « l'hôte de toute l'Église », ce qui signifie probablement que Gaius hébergeait des chrétiens de passage à CorintheUlrich Wilckens : Der Brief an die Römer (Röm 12-16), Neukirchen-Vluyn 1982, ..
Tertius écrit la lettre sous la dictée de PaulDunn, xliv; Stuhlmacher, 5.. Phœbé de Cenchrée, où il y avait aussi une communauté chrétienne, a transmis la lettre à la communauté chrétienne à Rome. Phœbé était diacreEn ., ce qui, d'après Wilckens, signifie probablement qu'elle y était la personne de contact pour les chrétiens qui arrivaient ou partaient et qu'elle leur offrait une aide. Or, elle avait elle-même quelque chose à faire à Rome, et elle avait besoin du soutien des chrétiens sur placeDunn, xliv.. Paul demanda de l'accueillir honorablement et de l'aider après avoir été soutenu lui-même par PhœbéUlrich Wilckens : Der Brief an die Römer (Röm 12-16), Neukirchen-Vluyn 1982, et suivantes..
L'épître a été écrite en grec de la koinè. Paul étaye souvent ses propos par des citations de l’Ancien Testament notamment du livre d'Isaïe. Il s'appuie généralement sur la traduction grecque des Septante.
Genre littéraire L'épître aux Romains est une lettre d'amitié telle que l'a décrite le Pseudo-Demetrios. Les tentatives de déterminer la structure de la lettre n'ont pas donné de résultats universellement reconnus. Mais si on part de Romains 1,16–17, il devient clair que ces versets font office de propositio qui indique le thème de l'ensemble de la lettreStefan Schreiber : Der Römerbrief, Stuttgart 2020, ..
Paul utilise dans certains passages la forme courante à son époque d'une diatribe, lorsqu'il écrit comme s'il répondait à des interpellations et à des critiques de sa thèse que le salut est accordé par la foi seule. Le texte est ainsi structuré comme une discussion entre Paul et des critiques qui lui serait formulées. La forme laisse supposer que Paul soupçonnait des malentendus sur sa théologie qu'il voulait éviter avant de venir lui-même à Rome. Au cours de la lettre, Paul change plusieurs fois d'interlocuteurs : il semble qu'il s'adresse parfois aux chrétiens juifs, puis aux chrétiens non-juifs et parfois même à l'ensemble de l’Église.
Dans différents passages, Paul recourt à d'autres genres littéraires plus spécifiques. Au chapitre 7, on reconnaît en particulier une prosopopée, c'est-à-dire un discours qui consiste à donner la parole à une personne ou entité à la première personne.. Ses lecteurs connaissaient ce procédé dans les drames antiques. En se glissant ainsi dans des rôles différents, Paul montrait des choses typiques et impliquait émotionnellement ses lecteurs. Comme Jésus, Paul utilise aussi le style de la parabole.. Il utilise par exemple à plusieurs reprises l'image de la relation entre maître et esclave, qui se réfère à la position de l'homme face au péché ou à la grâce.. L'épître recourt aussi au genre littéraire de l'interprétation, c'est-à-dire du commentaire savant des Écritures, ce qui révèle une influence du judaïsme hellénistique et des pharisiens de Jérusalem Theobald : Der Römerbrief, 2000, ...
Destinataires Le christianisme avait d'abord trouvé des adeptes à Rome parmi les nombreux juifs de la diaspora et dans les communautés synagogales juives, auxquelles se joignaient également des prosélytes et des non-juifs qualifiés de « craignant Dieu ». Mais à l'époque de l'épître aux Romains, les chrétiens n'étaient déjà plus tolérés dans les synagogues.. Il semble que des conflits à ce sujet ont conduit à l'expulsion des juifs de Rome sous l'empereur Claude, comme le rapporte SuétoneSuétone, Claude, 25,4..
L'église de Rome à laquelle Paul écrivait comprenait aussi bien des juifs que des chrétiens non-juifs.. Les premières communautés avaient probablement atteint une taille considérable et étaient réparties dans plusieurs églises de maison, probablement indépendantes les unes des autres (Rm 16,5.10f.14f.). Le fait qu'un tiers des personnes nommées soient des femmes, comme Junia, pourrait être un indice du rôle important que jouaient les femmes dans l'Église primitive de Rome.
Le fait que les membres de l'Église devaient payer des impôts et que la plupart des noms n'étaient pas typiquement romains suggère qu'il s'agissait d'un nom de famille. Les noms laissent penser que la plupart n'étaient pas des citoyens romains, mais des peregrini, c'est-à-dire des affranchis ou des esclaves comme Narcisse Peter Lampe : Die Stadtrömischen Christen in den ersten beiden Jahrhunderten. Recherches sur l'histoire sociale. (WUNT 2/18), Mohr, Tübingen 1987 ; 2. erg. A. ibid. 1989 , ..
Contrairement aux destinataires de ses autres lettres, Paul n'avait pas fondé la communauté romaine et ne la connaissait pas.. Cependant, il connaissait déjà certains membres, comme Prisca et Aquila, qui avaient quitté Rome en raison de l'édit de Claude, depuis la Grèce.
Résumé Thèmes vignette|Représentation allégorique de l'Épître aux Romains, Bible de Johannes Buno, 1680. Rome est une Église naissante, que Paul n'a pas lui-même fondée, mais à laquelle il envisage de rendre visite. À Rome, se côtoient des judéo-chrétiens et des pagano-chrétiens. Les deux communautés initialement séparées doivent apprendre à cohabiter et coopérer.
Le thème central est le caractère universel de la foi en Dieu. Juifs et non-Juifs sont déclarés justes devant Dieu par la foi en Jésus (Rm 3: 21-26). La justification : tous les êtres humains sont coupables devant Dieu et méritent sa colère (Rm 2: 1 - 3: 20), mais il y a une bonne nouvelle : la promesse de salut en Christ pour qui croit ; sa mort lave du péché dont la conséquence est la mort. (Rm 3: 21 - 5: 21) Unis à Jésus, les chrétiens expriment l'action du Saint-Esprit qui leur permet de mener une vie juste ici-bas (Rm 6-8). Enfin la réconciliation et la sensibilité à l'autre au-delà des barrières culturelles. On trouve également des conseils pour la résolution de conflits dans l'église (Rm 14: 1 - 15: 6) : prendre exemple sur Christ. (Rm 15: 1-6). Paul rappelle l'enseignement de Jésus : l'amour pour son prochain accomplit l'objectif de la loi (Rm 13: 8 - 10).
Paul souligne l'importance de l'Ancien Testament et sa continuité avec le message du Christ et redonne une place particulière au peuple d'Israël dans l'histoire du salut. Il insiste néanmoins aussi sur la portée du message de Jésus pour les non-Juifs et le rôle de la foi. Paul exhorte donc les deux communautés à s'entendre et propose une théologie à ambition universelle visant à amener les Juifs et les non-Juifs à se réunir autour de la figure de Jésus.
Partie doctrinale La partie doctrinale représente la première partie de la lettre et s'étend du chapitre 1 à 12. Elle se présente sous la forme d'un exposé méthodique. Paul y évoque la malédiction du péché, la détresse de l'humanité et lui oppose la justice de Dieu et sa compassion, la puissance de la grâce, la justification par la foi en Jésus-Christ, la gloire du Christ ressuscité et la force de l'action du Saint-Esprit.
Après l'exposé du salut de Dieu pour les hommes (chapitre 1 à 8), Paul examine la situation d'Israël à la lumière de l'incarnation (chapitre 9 à 11).
vignette|Le début de l'épître dans le Codex Alexandrinus. Le salut de Dieu pour les hommes (1-8) L'adresse à l'Église de Rome (1,1-17) L'épître débute par une présentation spirituelle de Paul, . Il poursuit par des salutations et des actions de grâce adressées aux membres de l'Église de Rome (1,1-8). Puis, l'auteur fait part de son désir de se rendre à Rome (1,9-15).
Il présente ensuite le thème principal : Dieu est venu sauver le peuple élu (les Juifs), mais aussi les païens, au moyen de l'évangile annoncé par le Christ et grâce à la foi (1,16-17).
La condition des hommes devant Dieu (1,18 - 3,20) Dans un premier temps, il démontre que les hommes ont besoin d'être sauvés par Dieu. Les païens notamment qui refusent de croire en lui malgré le témoignage de sa puissance créatrice. Ne se souciant pas de posséder la connaissance de Dieu, ils sont abandonnés à eux-mêmes, livrés à leur esprit insouciant, à une conduite indigne. C'est comme une punition, mais cette punition est la conséquence de l’absence d’une vraie lumière, d’un guide sûr (1,18-32). Il s'adresse ensuite à ceux qui jugent les autres à la place de Dieu pensant ainsi échapper au jugement sur leur propre conduite (2,1-6).
La vie éternelle sera pour ceux qui font le bien, qu'ils soient juifs ou païens, car faire le bien ne dépend pas de l'application scrupuleuse d'une loi ni de la circoncision mais d'une disposition intérieure du cœur (2,7-29).