Rodrigo, ou Ruy, Díaz de Vivar (parfois écrit ), dit ou simplement El Cid (Le Cid en français), né vers à Vivar près de Burgos et mort à Valence le , est un chevalier mercenaire chrétien, héros de la Reconquista, qui devint prince de Valence.

Généralités Capitaine de , le premier roi de Castille, Rodrigo (« Rodrigue ») s'illustre au combat et acquiert le nom de (« champion » en français).

À la mort de , en , il passe au service d', roi de León. En , celui-ci lui donne pour épouse une parente, (« Chimène »). En , banni de Castille par le roi qui craint son ambition, il est contraint à l'exil. Il se met alors au service de Yusuf al-Mutaman, l'émir houdide de Saragosse. Les musulmans, auprès desquels il combat désormais, lui donnent le titre de Sid (« seigneur » en arabe dialectal). Le Alberto Montaner Frutos, «La fecha exacta de la rendición de Valencia», en Montaner Frutos y Boix Jovaní (2005:285-287)., il s'empare du royaume de Valence (taïfa de Valence ou de Balansiya en arabe) où il règne jusqu'à sa mort. Son épouse Chimène, en hérite et le conserve jusqu'en 1102, date à laquelle il passe de nouveau sous domination musulmane.

Originaire d'une famille aristocratique , il est le grand-père du roi , par le biais de sa fille Cristina.

En dépit de sa représentation actuelle comme héros national espagnol (plus particulièrement en Castille) ou comme acteur majeur de la Reconquista, il s'est placé durant la plus grande partie de sa vie sous les ordres de différents seigneurs, chrétiens comme musulmans, tout en agissant de son propre chef et dans son propre intérêt. De ce fait, des auteurs contemporains peuvent le comparer à un mercenaire, un soldat et chef militaire professionnel marchandant ses services.

Biographie Naissance et généalogie Selon la tradition, Rodrigo Díaz de Vivar est né à Vivar (aujourd'hui Vivar del Cid, commune de Quintanilla Vivar), petit village à de Burgos. Il est le fils de Diego Laínez et de Teresa Rodríguez, fille de Rodrigo Álvarez et de Teresa Núñez

Jeunesse : au service de de Castille, puis d' vignette|304x304px|Chimène et le Cid (Mío Cid Campeador) Il a 15 ans lorsque son père meurt. Il est alors élevé à la cour du roi de León et de Castille , auprès de son fils héritier, le futur . Il le sert lorsqu'il accède au trône en 1065.

Après l'assassinat de (1072), Rodrigo passe au service du nouveau roi, . Celui-ci le charge de recouvrer pour lui les parias, tributs dus par le roi maure de Séville. En récompense, lui donne en mariage sa nièce, Jimena Díaz (Chimène), fille du comte d'Oviedo.

Premier exil : au service de la taïfa de Sarragosse Pour avoir enfreint la paix du roi, en l'accusant plus ou moins directement d'avoir participé à l'assassinat de son propre frère, il est exilé en 1081, et parcourt l'est de la péninsule, offrant ses services aux princes, tant chrétiens que musulmans. De cette époque date son surnom de Cid (de l'arabe سيد (Sayyid), « seigneur »). ; son autre surnom, Campeador (le « Champion »), vient du latin campidoctor, instructeur « maître d'armes ».

Rodrigo Díaz de Vivar sert alors le roi taïfa de Saragosse.

Réconciliation avec le roi thumb|left|Royaumes chrétiens et royaumes de Taifas en 1086, avant la bataille de Zalaca. Le , conquiert la taïfa de Tolède et en 1086, il commence le siège de Saragosse, ville ayant à sa tête qui a pris Rodrigo à son service. Mais en août de cette année, une armée almoravide progresse dans les terres du royaume de León, forçant Alphonse à intervenir, et aboutissant à la défaite chrétienne de la bataille de Sagrajas le . Il est possible que durant le siège de Saragosse, Alphonse se réconcilie avec le Cid, mais dans tous les cas celui-ci n'est pas présent à Sagrajas. L'arrivée des Almoravides, qui suivent assez strictement la loi islamique, rend difficile pour le roi de la taïfa de Saragosse de maintenir à la tête de ses armées un chef chrétien, ce qui aurait pu lui faire renoncer aux services du Campeador. D'un autre côté, Alphonse a pu pardonner à Rodrigo avec la nécessité d'avoir à son service de précieux chefs de guerre pour affronter le nouveau pouvoir arrivant d'Afrique du nord.

Rodrigo accompagne la cour du roi Alphonse en Castille dans la première moitié de l'année 1087 et au printemps il se dirige vers Saragosse, où il se retrouve de nouveau aux côtés d'Al Musta'in II. Ensemble, ils prennent la route de Valence pour assister le roi fantoche Yahya al-Qadir au siège initié par (roi de la taïfa de Lérida entre 1082 et 1090), qui s'est de nouveau allié avec du comté de Barcelone pour conquérir la riche taïfa de Valence, qui est à l'époque sous la protection d'. Le Cid réussit à repousser l'agression d'Al-Mundir de Lérida, mais peu de temps après celui-ci prend la place forte de Murviedro (l'actuelle Sagonte), menaçant de nouveau dangereusement Valence. Dans cette position difficile, Rodrigo Díaz va en Castille à la rencontre de son roi pour solliciter des renforts et planifier la future défense stratégique de la ville. La conséquence de ces plans sera la future intervention du Cid au Levant, qui aura pour résultat une succession d'actions belliqueuses enchaînées l'amenant à abandonner la ville. La compagnie du Cid renforcée, il se dirige vers Murviedro avec pour objectif de chasser le roi houdide de la ville. Pendant qu' sort de Tolède par le sud, Rodrigo Díaz part de Burgos, campe à Fresno de Caracena et le il célèbre la Pentecôte à Calamocha puis se dirige de nouveau vers le Levant.

Quand il arrive, Valence est assiégée par , alors allié à de Saragosse, empêché par le Cid de récupérer la ville lors de leur précédent affrontement. Rodrigo, face à la force de cette alliance, réalise un accord avec et négocie la levée du siège. Par la suite, le Cid commence à récupérer les tributs que Valence payait précédemment à Barcelone ou au roi et il établit avec elle un protectorat sur toute la région, incluant la taïfa d'Albarracín et de Murviedro.

Second exil : Son intervention au Levant espagnol Avant la fin de l'année 1088, il se produit un nouveau sujet de désaccord entre le Cid et son roi. a conquis la ville d'Aledo (Région de Murcie), d’où il met en danger les taïfas de Murcie, Grenade et de Séville avec des raids incessants. De fait, les taïfas andalouses sollicitent une fois de plus l'intervention de l'empereur almoravide Youssef ben Tachfine, qui mit le siège à Aledo au printemps 1088. vient à la rescousse de la forteresse et ordonne à Rodrigo de venir à sa rencontre à Villena pour unir leurs forces. Néanmoins, le Cid ne rejoindra finalement pas son roi, sans qu'il puisse être établi si la raison est un problème logistique ou une décision du Cid d'éviter la rencontre. Au lieu d'attendre à Villena, il campe à Ontinyent et positionne des sentinelles à Villena et à Chinchilla de Monte-Aragón pour annoncer l'arrivée de l'armée du roi. , à son tour, au lieu d'aller au point de rendez-vous décidé, prend un chemin plus court par Hellín et par la vallée de la Segura jusqu'à MolinaLa España del Cid, Madrid, Plutarco, 1929, 2 vols.; Madrid, Espasa-Calpe, 1969.. De ce fait, punit à nouveau le Cid d'un nouveau bannissement en lui appliquant une mesure qui n'était réservée qu'aux cas de trahison, entraînant l'expropriation de ses biens, ce qui n'avait pas été le cas au premier exil. C'est à partir de ce moment-là que le Cid commence à agir comme un seigneur indépendant et planifie son intervention au Levant comme une initiative personnelle et non comme une mission pour le compte du roi.

Au début de l'année 1089 il pille la taïfa de Dénia et se rapproche ensuite de Murviedro, ce qui aboutit au paiement de tributs par Yahya al-Qadir de la taïfa de Valence pour assurer sa protection. Au milieu de cette année il menace la frontière sud du taïfa de Lleida dirigée par et de en s'établissant fermement à Borriana, à peu de distance des terres du taïfa de Tortosa qui appartiennent à Al-Múndir de Lerida. Celui-ci, qui voyait ses domaines de Tortosa et Denia menacés, s'allie avec , qui attaque le Cid à l'été 1090, mais ce dernier le met en déroute à la , possiblement dans une pinède située entre Monroyo et Morella. Il capture de nouveau à cette occasion le comte de Barcelone qui, à la suite de cette bataille, est contraint d'abandonner ses ambitions au LevantMontaner Frutos (2007:).. gauche|vignette|Portrait de Rodrigo Díaz de Vivar, El Cid Campeador (1791) À la suite de cette victoire, le Cid devient le personnage le plus important de l'est de la péninsule, établissant un protectorat sur le Levant qui avait comme tributaires les taïfas de Valence, Lérida, Tortosa, Dénia, Albarracín, Alpuente, Sagonte, Jérica, Segorbe et AlmenaraPierre Guichard (2001:67)..

En 1092, il reconstruit la forteresse de Peña Cadiella (actuel , dans la ). a de fait perdu son influence sur Valence, remplacée par le protectorat du Cid, et pour rétablir sa domination sur cette région, il s'allie avec d'Aragon et Berenger-Raimond II, et s'assure le soutien naval de Pise et de Gênes. Le roi d'Aragon, le comte de Barcelone et la flotte de Pise et de Gènes attaquent la taïfa de Tortosa, qui s'était soumise au Cid en payant des tributs, et en été 1092, la coalition harcèle Valence. s'est rendu de son côté par voie terrestre pour diriger cette alliance multiple contre le Cid, mais le retard de l'armada pisano-génoise qui devait le soutenir, ainsi que le coût élevé du maintien du siège, l'obligent finalement à abandonner les terres valenciennes.

Rodrigo, qui était à Saragosse (la seule taïfa de la région à ne pas lui verser de tribut), reçoit le soutien d', et effectue des représailles sur le territoire castillan au travers d'une intense campagne de pillage à La Rioja. Après ces événements, aucune force chrétienne n’a pu s’opposer au Cid, et seul le puissant empire Almoravide, alors au sommet de sa force militaire, a pu le faire de front.

La menace almoravide fut certainement la raison qui a mené le Cid à faire un pas de plus dans ses ambitions au Levant, et dépassant l'idée de créer un protectorat sur les différentes places fortes de la région et soutenu par les tributs des taïfas voisines (dont Tortosa, Alpuente et Albarracín), il décide de conquérir la ville de Valence pour établir une seigneurie héréditaire, statut extraordinaire pour un seigneur de guerre indépendant en ce qu’il n’était soumis à aucun roi chrétienFletcher (2007:190)..

Conquête de Valence

Après le printemps de l'année 1092, le Cid étant encore présent à Saragosse, le Cadi Ibn Ŷaḥḥāf (appelé « Abeniaf » par les chrétiens), favorise l'exécution de Yahya al-Qadir (alors protégé et tributaire du Cid) avec l'appui du camp almoravide, le , et prend le pouvoir à Valence. Apprenant la nouvelle, le Cid retourne à Valence au début de novembre et assiège le , aujourd'hui dans la commune d'El Puig. Il en vient à bout durant l'année 1093 dans le but de s'en servir comme base d'opérations pour un assaut définitif sur Valence.