La Camargue (prononcé en français standard ; localement) est une région naturelle française située au bord de la mer Méditerranée, dans les départements du Gard et des Bouches-du-Rhône, et formée par le delta du Rhône. Même si le véritable centre urbain de la Camargue est Arles., les Saintes-Maries-de-la-Mer. sont généralement reconnues comme étant la capitale de la Camargue du fait de leur position relativement centrale sur la côte.
La Camargue est une zone humide paralique de qui abrite de nombreuses espèces animales et végétales. Elle est classée comme parc naturel régional depuis 1970 et reconnue réserve de biosphère par l'Unesco depuis 1977.. Depuis le , elle a fait l'objet d'importants aménagements hydrauliques.
Toponymie En provençal, « Camargue » s'écrit (graphie mistralienne), ou Camarga (graphie classique).
Le poète camarguais Elly Rul a recensé en 1938 les hypothèses anciennes, non étayées par des documents d'archives ou simplement fantaisistes : Caii Marii Agger (retranchement ou camp de Marius en latin), Ca-mar (champ recouvert d’eau, en dialecte celto-ligurien), cara-marca (« chère frontière », en provençal), ou n'a cap marca (« n’a pas de frontière »)Rul d'Elly, La Camargue gardiane, Michel Delaveau, Paris, 1938.. L'hypothèse Caii Marii Agger avait précédemment été soutenue par l'historien du Louis-Pierre AnquetilLouis-Pierre Anquetil, Histoire de France, édition 1833, t.1, p. 53-54..
Après avoir rappelé que certains historiens ont fait dériver le nom de Camargue du cognomen du notable arlésien Aulus Annius Camars qui eut une brillante carrière dans l'Empire romain au et fut un important propriétaire en Camargue, Fernand Benoit fait dériver son nom de Camars du toponyme Camargue. Pour lui, le mot Camargue désigne un territoire voisin de la mer et ce mot se retrouve aux embouchures du Rhin, sur l'Adriatique, en Orient et dans de nombreuses localités citées par Alfred Holder dans Alt-celtischer Sprachschatz (t. 1, 1896 : Cama-acu-s, Camar-ica, col.709-710) : Kammerich, Kamerik, Camarsac, Chéméré ou Camargo près de Santender..
Selon les lexicographes Bénédicte et Jean-Jacques Fénié (qui signifie ).
Jacques Astor pour sa part affirme que les toponymes CAMARET (Vaucluse), CHAMARET (Drôme), CAMARADE (Ariège), CAMARAT (Var) et LA CAMARGUE (in insula Camaricas en 923, peut-être pour désigner les actuels îlots des Rièges) représentent des dérivés latins en -etum (collectif) ou -ittu (diminutif), -atum/-ata (collectif) et -icum (d'appartenance) d'un simple camar- dont le sens est à déterminer et à rechercher autour de toponymes du type CAMARRE (le puech de CAMARRE) du CantalJacques Astor, Dictionnaire des noms de famille et noms de lieux du midi de la France, Millau, Éditions du Beffroi, 2002, 1293 p., p. 837..
Géographie La Camargue forme un triangle de dont les pointes sont Arles, Le Grau-du-Roi et Fos-sur-Mer. On distingue trois parties : la Camargue proprement dite, comprise entre les deux bras du Rhône encore actifs, le Grand-Rhône à l'est et le Petit-Rhône à l'ouest (Bouches-du-Rhône) ; la Petite Camargue, ou Camargue gardoise, qui est la partie de la Camargue située à l'ouest du Petit-Rhône, dans le département du Gard. le Plan du Bourg à l'est du Grand-Rhône (Bouches-du-Rhône), contigu à la plaine de Crau.
Arles, au nord du delta, est la plus grande ville de Camargue. Son territoire communal, le plus grand de France métropolitaine, couvre la majeure partie de la Grande Camargue. Le reste est couvert par les communes des Saintes-Maries-de-la-Mer, la troisième plus étendue de France métropolitaine, et de Port-Saint-Louis-du-Rhône.
Le delta comprend deux zones. Au nord, une Camargue fluvio-lacustre dominée par l'eau douce. Un système d'irrigation y a été établi au fil des siècles, permettant l'agriculture et notamment la riziculture. Au sud, se trouve une Camargue laguno-marine façonnée par les incursions de la mer et sous l'emprise du sel : on y trouve les marais salants de Salin-de-Giraud et d'Aigues-Mortes. Entre le nord et le sud, l'étang de Vaccarès et ses marais périphériques forment une zone de transition.
Climat
La Camargue est soumise au climat méditerranéen avec une longue période estivale, chaude et sèche, des hivers doux, un ensoleillement important et des précipitations irrégulières. Son climat comporte des particularités liées à sa situation géographique au sud du couloir rhodanien entre les Cévennes et les Alpes du Sud. Ainsi les automnes, et dans une moindre mesure les périodes avril-début mai, sont arrosés par des précipitations brèves, mais importantes et les hivers sont parfois rigoureux à cause du mistral.
En hiver les températures descendent fréquemment sous zéro sur des périodes pouvant dépasser parfois plusieurs semaines.
Des orages se produisent généralement en automne et peuvent provoquer des précipitations de par jour et parfois plus. D'une durée de quelques heures, ils sont souvent violents. Toutefois, la hauteur annuelle des précipitations n’est que de , une des plus faibles de France et le nombre de jours de pluie (+ /jour) d’environ 60 par an.
Histoire thumb|left|Carte des tours-sémaphores et des avancées de la Camargue depuis le .
Géologie et aménagements Le delta du Rhône s'est formé il y a environ par la pénétration et le recul de la mer puis l'édification de flèches de sable.
Dès l'Antiquité, le delta est mis en culture et voit la création de grands domaines agricoles. La construction de digues débute au Moyen Âge alors que l'exploitation forestière fait reculer les boisements. Du au , l'agriculture et les salins progressent ainsi que la construction de digues se poursuit.
Au cours du , le débit du Rhône est canalisé et les flux d'eau maitrisés par l'irrigation et le drainage. La riziculture et le maraîchage se développent au cours de la seconde partie du siècle ainsi que l'industrialisation et l'urbanisation aux périphéries de la Camargue, ce qui provoque une régression générale des milieux naturels : entre 1944 et 1988, le delta perd d'espaces naturels. C'est à partir de cette époque que se mettent en place des politiques de protection des paysages et de l'écosystème (parc régional, espaces protégés, etc.).
Fréquentation estivale A l'est de la Camargue, la plage de Piémanson fut reliée en 1971 à la route D36 et au village de Salin-de-Giraud: l'ancienne piste, goudronnée, permet alors un accès plus facile« De la plage appropriée à la plage patrimonialisée, analyse de pratiques balnéaires «déviantes» sur le littoral camarguais : l'exemple de Piémanson et Beauduc », par Cécilia Claeys-Mekdade et Laurence Nicolas, dans la revue Méditerranée en 1999 . Deux établissements commerciaux furent par ailleurs fondés, à l'ouest, par des pêcheurs, au milieu des années 1970, sur le site proche de Beauduc, symbole d'une plage « non débarrassée de ses travailleurs », appartenant « encore aux pêcheurs » et « où la séparation avec les baigneurs n’est pas effective »« La plage de Beauduc : entre communitas et utopie » par Laurence Nicolas, en 2008, dans la revue Géographie et cultures .
En 1974, l’association des Cabaniers soutenue par la mairie d'Arles, chercher à acquérir les 24 hectares du hameau des Sablons mais l'État oppose un droit de préemption et en 1975, l’intégralité de l’espace deltaïque camarguais devient un site inscrit. Dans les années qui ont suivi, entre 1975 et la fin des années 1980, l’occupation du site s’est accélérée avec l’émergence du quartier de Beauduc nord. Les motivations et l’origine sociale des campeurs sont « souvent très différentes de celles des cabaniers »« La gestion d’un grand site camarguais : les cabanes de Beauduc », par Paul Minvielle, dans la revue Méditerranée en 2005 .
En , Le Monde observe des tentes et caravanes sur 20 kilomètres de plage, du camping sauvage et comme un « Woodstock-sur-Mer », soit « quarante mille personnes entre sable et soleil, selon les comptages approximatifs d'avion »« Les « sauvages » s'apprivoisent » par Guy Porte, le 11 août 1979 dans Le Monde . Trois équipes municipales des Saintes-Marie sont alors affectées à l'enlèvement des ordures ménagères des campeurs, une ou deux fois par jour, via 30 conteneurs de 27 mètres cubes, le long du littoral.
L'année suivante, le ministre de l'environnement Michel d'Ornano a survolé les 40 km de plage, « entre le village des Saintes-Maries-de-la-Mer et l'embouchure du Rhône », qui fait « objet d'une intense fréquentation » avec plus de « campeurs sauvages » y installant des caravanes, tentes, ou baraques, via une « intense circulation automobile » qui a causé neuf morts en 1979, alors que les campings sont à demi vides. Michel d'Ornano annonce que l'État apportera son aide à l'ouverture de terrains de camping car le camping « sauvage » prend des proportions jugées « inquiétantes pour la salubrité et la protection des sites »« Le gouvernement prend des mesures très sévères pour réglementer l'accès des automobiles » dans Le Monde du 5 août 1980 .
Selon la direction de l'équipement des Bouches-du-Rhône, le nombre de tentes passe de 600 en 1975 à en 1980 et celui des caravanes de 300 à plus de 1800, créant une « ville spontanée de vingt mille à trente mille campeurs » aux portes des Saintes, multipliant sa population par dix ou quinze« Le camping sauvage est interdit en Camargue », le 8 mai 1981, dans Le Monde .
En 1981, il est confirmé que la plage des Saintes-Maries sera interdite à la circulation automobile et au camping sauvage, conformément à la directive nationale d'aménagement du territoire, du . Revenant à nouveau sur les « conséquences très graves » du camping sauvage sur les bords de mer lors d'une émission le , sur France-Inter, Michel d'Ornano a déclaré avoir mis en place, à la demande du président de la République, « une politique systématique de protection de tous les milieux naturels », le camping de bord du littoral devant se développer « sur des terrains d'accueil organisés, parfaitement réalisables, car ils ne coûtent pas des sommes considérables »", dans Le Monde le 18 août 1980 . Après l'interdiction de 1981, du camping sauvage, les anciens campeurs des Saintes-Mariés auraient trouvé refuge à Piémanson, malgré le raz-de-marée de 1985 en Camargue touchant Piémanson comme Beauduc et précédé par un plus petit en juillet 1981. Les deux plages échappent ensuite à la nouvelle législation, et se « distinguent fortement » du reste du littoral français par « les pratiques, les usages et les représentations » liés à ce camping sauvage, des « loisirs tournés vers la sociabilité comme la pétanque » ou « la recherche de toutes sortes de coquillages ».
Population
vignette|Riziculteurs indochinois dans une rizière de Camargue. Soumise à la mer et au Rhône, la Camargue n'a jamais connu d'importantes densités de population. Les plus importantes se sont établies à la périphérie du territoire : Arles dès l'Antiquité, Saint-Gilles et Aigues-Mortes au Moyen Âge.
Parmi les habitants de Camargue, on compte de grands propriétaires terriens issus de Paris, Lyon, Marseille, Sète et Arles, et de nombreuses communautés venues travailler dans le delta du Rhône. Les salins embauchent dès le des ouvriers venus de Grèce, d'Italie, d'Arménie alors que des Espagnols et Maghrébins travaillent dans l'agriculture.
Le village de Salin-de-Giraud est ainsi créé par le besoin de main-d'œuvre qu'il faut fidéliser : deux cités ouvrières y sont construites. La commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône est créée en 1904 : jusqu'au milieu du , ce territoire était peuplé de chasseurs, pêcheurs et gardiens de troupeaux mais le développement du port — notamment soutenu par des investissements lyonnais — favorise l'industrialisation. La ville fait aujourd'hui partie du complexe portuaire de Marseille.
À partir de la Seconde Guerre mondiale, la France a fait venir de force en métropole des Indochinois grâce à qui, en Camargue, on développe la riziculture.