Le Sinaï (en ) est une péninsule égyptienne d'environ , à la forme triangulaire et située entre la mer Méditerranée au nord, la mer Rouge au sud, le golfe de Suez et le canal de Suez à l'ouest et le golfe d'Aqaba et la frontière entre l'Égypte et Israël à l'est. La péninsule du Sinaï est géographiquement située en Asie. La limite orientale de la péninsule est marquée par une faille tectonique qui écarte, année après année, la mer Rouge. Des gisements de pétrole, de fer et de manganèse sont exploités dans le nord et dans le centre-sud. D'anciennes mines existent depuis des millénaires.

Cette région au climat désertique chaud est aujourd'hui habitée par plus de , principalement au nord le long de la frontière israélienne et de la bande de Gaza. Les villes les plus connues sont Charm el-Cheikh et Taba, qui sont des destinations touristiques importantes.

Le point le plus élevé, situé au sud de la péninsule, est le mont Sainte-Catherine culminant à Référence : UNESCO : évaluation du site de la Zone Sainte-Catherine. et qui est aussi le sommet le plus haut d'Égypte. Le mont Sinaï, (en arabe : جبل موسى Djebel Musa : « Montagne de Moïse », ), voisin, est d'après la Bible, le lieu où Moïse aurait reçu les Dix Commandements. Toutefois, les historiens et les archéologues rejettent généralement l'idée que le site marquerait l'emplacement du mont décrit dans la Bible. À proximité des deux sommets se trouve le monastère Sainte-Catherine, fondé au et la plus ancienne architecture byzantine préservée jusqu'à aujourd'hui.

Toponymie En égyptien ancien le Sinai était appelé Mafkat (Mfkt) », qui signifie « turquoise ».

Le Sinaï est appelé سيناء (Sayna''') en arabe, ⲥⲓⲛⲁ (Sina) en copte, (Sináy) en hébreu, et ܕܣܝܢܝ (Dsyny) en araméen.

Géographie vignette|Carte du Sinaï avec la localisation des principales villes.|gaucheLe Sinaï a une longueur approximative de 210 km pour une superficie globale de 59 000 km². Les côtes ont une longueur totale d’environ 600 km et la mer dans le golfe de Suez a une profondeur de 80 m. Entre le golfe d’Aqaba s’ajoute une profondeur de 1 830 m.

Le Sinaï est un territoire quasi entièrement désertique mais il est toutefois habité vers Taba, près de la ville israélienne d'Eilat, où se trouvent hôtels et casinos. Au sud, le long de la côte, se trouve Nuweiba, Dahab et Charm el-Cheikh. La péninsule du Sinaï est aussi peuplée sur la côte nord à proximité de la bande de Gaza à El-Arich.

Dans la partie sud de la péninsule, se trouvent les plus hauts reliefs, dont le sommet le plus haut de l’Égypte, le mont Sainte-Catherine mais aussi le mont Sinaï et le mont Serbal.

La zone orientale de la péninsule est connue comme la vallée du Grand Rift et est une fosse géologique qui s’étend de la vallée du Jourdain vers le sud, de l’autre côté de la mer Rouge, au Kenya.

Histoire Antiquité Le désert du Sinaï, très aride et difficilement franchissable, a cependant été traversé à maintes reprises par les armées et les caravanes marchandes dans l'histoire du Moyen-Orient. Les pharaons Thoutmôsis III et Ramsès II le traversent pour conquérir les cités du Levant. L'Exode hors d'Égypte des Hébreux, d'historicité incertaine, tient une place importante dans la tradition du peuple juif car c'est là que Moïse aurait reçu la révélation des Dix Commandements, ce qui en fera plus tard un lieu de pèlerinage chrétienGiovanna Magi, Sainte-Catherine du Sinaï, Bonechi, 2005, p. 2.. En sens inverse, les Assyriens traversent le désert au pour envahir l'Égypte. Peu après, Nékao II, avec des mercenaires grecs, est le dernier pharaon à emprunter la « route d'Horus » vers le Levant mais il est vaincu par les Babyloniens. L'historien grec Hérodote raconte comment le roi perse Cambyse a traversé le désert grâce à l'aide des Arabes Nabatéens, seuls à connaître les pistes du désert ; les archéologues ont trouvé des restes des réservoirs d'eau qui permettaient l'approvisionnement des troupes. Le gisement de turquoise de Sarabit al-Khadim est exploité pendant toute l'Antiquité : on y a trouvé des inscriptions en alphabet protosinaïtique, un des plus anciens alphabets connus. Le royaume nabatéen de Pétra, couvrant le Sinaï, le Néguev, le sud de la Jordanie et le nord-ouest de l'Arabie saoudite actuelles, sert d'intermédiaire entre la péninsule arabique et les royaumes hellénistiques même après son annexion par Rome au .

Époque médiévale vignette|gauche|Le monastère Sainte-Catherine et le mont Horeb, lithographie d'après une peinture de David Roberts, 1839. À partir de 640, la conquête musulmane de l'Égypte fait du Sinaï une voie de passage du califat arabe. Les Égyptiens chrétiens (Coptes), brimés dans leur religion par les Byzantins, opposent peu de résistance : la religion musulmane et la langue arabe remplacent peu à peu le christianisme et la langue copte. Le christianisme subsiste dans l'isolement du monastère Sainte-CatherineGiovanna Magi, Sainte-Catherine du Sinaï, Bonechi, 2005..

Les souverains et gouverneurs musulmans de l'Égypte ont le privilège d'assurer la protection du pèlerinage de La Mecque qui traverse le Sinaï. Vers 875, Ahmad Ibn Touloun, gouverneur de l'Égypte pour le califat abbasside, fait creuser des puits et des citernes pour ravitailler les pèlerins. La construction de forteresses dans le Sinaï permet aussi aux souverains musulmans de contrôler la circulation maritime sur le golfe d'Aqaba.

La fondation du royaume de Jérusalem en 1099 fait du Sinaï une zone frontière entre le royaume de Jérusalem et l'Égypte musulmane. Le roi Baudouin de Jérusalem (1100-1118) mène plusieurs expéditions au cœur de la péninsule. La lagune séparant le nord du Sinaï de la mer Méditerranée, porte encore le nom du roi sous sa forme arabisée de lac Bardawil.

L'autre figure majeure de l'époque des croisades est le sultan Saladin (1171-1193). On peut encore visiter les deux forteresses de Ras Sudr, située sur un éperon rocheux entre le désert et la mer, et de l'île de Graye, aussi appelée île du Pharaon, dans le golfe d'Aqaba. Ces édifices avaient pour fonction d'assurer la protection du principal axe de circulation qui reliait les deux parties de l'empire de Saladin, à savoir l'Égypte et la Syrie, tout en contournant par le sud le royaume latin de Jérusalem.

Le Sinaï n'est plus à la fin du Moyen Âge la terre chrétienne et le foyer du monachisme de la fin de l'Antiquité. Bien au contraire, cette terre est devenue très largement musulmane, La nouvelle géographie du Sinaï qui se met en place dans les derniers siècles du Moyen Âge est encore largement perceptible aujourd'hui, même si, à son tour, elle est menacée par des transformations profondes et d'une tout autre ampleur : ce sont les migrations des agriculteurs de la vallée du Nil qui viennent coloniser les terres nouvellement irriguées de ce désert tandis que le tourisme de masse gagne peu à peu l'ensemble des côtes de la mer RougeLe Sinaï médiéval, entre christianisme et islam..

Époque ottomane et alaouite Conquête ottomane et intermède français En 1517, le sultanat mamelouk d'Égypte, qui s'était imposé comme la grande puissance régionale après le départ des croisés, est vaincu et conquis par le sultan ottoman Sélim . Le Sinaï est désormais une voie de passage entre la province ottomane d'Égypte et la Syrie ottomane.

En 1798, l'armée française de l'expédition d'Égypte, commandée par Bonaparte, bat les Mamelouks, franchit le désert et tente, sans succès, de conquérir le Levant. Après le retrait des Français, un pacha ottoman, Méhémet Ali, rétablit l'ordre en Égypte où il s'impose comme vice-roi de fait : il fonde la dernière dynastie égyptienne, nominalement vassale des Ottomans jusqu'en 1914.

Dans la carte annexée au firman du reconnaissant à Méhémet Ali la possession héréditaire de l'Égypte, la frontière orientale du pays est fixée au milieu du Sinaï, le long d'une ligne Rafah-Suez. Le Caire se voit néanmoins reconnaître certains pouvoirs administratifs sur le sud de la péninsule dans le but de protéger les pèlerinages à la Mecque Gabriel R. Warburg, The Sinai Peninsula borders, 1906-47, Journal of contemporary history, vol. 14, , p. 677-692, octobre 1979.

Entre Ottomans et Britanniques thumb|Un Bédouin devant un acacia (Vachellia seyal), plante aromatique appelée shittim par la Bible. Illustration de John Douglas Woodward, 1881.Après leur prise de contrôle de l'Égypte en 1882, la volonté d'assurer la protection du canal de Suez conduit les Britanniques à prendre le contrôle de la péninsule. En , Jennings Bramly reçoit l'ordre d'installer un poste frontière à Umm Rashrash (l'actuelle Eilat). Quelques jours après son arrivée, Rushdi Pasha, commandant ottoman de la place d'Aqaba, lui demande de se retirer et Bramly se replie pour éviter un affrontement contre des forces supérieures en nombre. Doté de troupes supplémentaires, Bramly est de retour quelques jours plus tard avec instruction de s'installer à Taba (Égypte). Entretemps, le lieu a été occupé par les Ottomans qui ont reçu d'importants renforts. L’officier britannique décide donc de s'installer à proximité sur l’île de Faron.

Si la situation évolue peu sur le terrain dans les mois qui suivent, l'activité diplomatique est par contre intense. Les Turcs font une première proposition de concession assurant à l'Égypte le contrôle du Sinaï au nord d'une ligne Rafah-Suez et au sud d'une ligne Aqaba-Suez, tout en conservant pour eux-mêmes un triangle leur permettant de prolonger le chemin de fer du Hedjaz vers Aqaba et Suez. La proposition est rejetée par les Britanniques, le prolongement de la ligne de chemin de fer menaçant leur contrôle sur le canal de Suez.

Constantinople fait alors une seconde proposition divisant en deux le Sinaï le long d'une ligne allant de El-Arich au nord à Charm el-Cheikh au sud. Mais les Britanniques rejettent de nouveau une proposition qui ferait du golfe d'Aqaba une mer intérieure ottomane pouvant servir de base à l'attaque des navires britanniques en route vers l'Inde.

Finalement, le gouvernement britannique décide le d'envoyer un ultimatum au sultan Abdülhamid II lui donnant 10 jours pour évacuer Taba et reconnaître comme frontière une ligne allant de Rafah à Aqaba. Ne pouvant, dans cette affaire, obtenir le soutien de l'Allemagne, de la Russie ou de la France, Constantinople finit par céder aux exigences de Londres.vignette|Pose du chemin de fer britannique dans le Sinaï, v. 1916.|gauchePendant la Première Guerre mondiale, l'armée ottomane tente à deux reprises, en 1915 et 1916, d'attaquer les troupes britanniques pour couper le canal de Suez mais c'est l'armée expéditionnaire britannique qui sort finalement victorieuse de la campagne du Sinaï et de la Palestine.

Partition de la Palestine et conflit avec Israël Dans la deuxième moitié du , des conflits ont opposé l'Égypte et Israël pour le contrôle de la région. Depuis la guerre israélo-arabe de 1948, le Sinaï est le théâtre de combats opposant les armées israélienne et égyptienne.thumb|Défenses égyptiennes pendant la guerre de 1956.Pendant la guerre israélo-arabe de 1948-1949, l'armée égyptienne traverse le désert et livre bataille aux Israéliens à Ramat-Rachel et Ashdod mais elle est repoussée. L'armistice de 1949 laisse le Sinaï et la bande de Gaza sous contrôle égyptien.

En 1956, lors de la crise du canal de Suez, le président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalise le canal tout en établissant un blocus du port israélien d'Eilat sur la mer Rouge. Il s'attire une riposte conjointe d'Israël, des Britanniques et des Français. Tsahal envahit en quelques jours la péninsule tandis que les Franco-Britanniques mènent une opération aéroportée sur le canal. Les pressions américaines et soviétiques obligèrent les Israéliens à se retirer et l'ONU déploie des forces pour démilitariser la péninsule.

Occupation israélienne (1967-1979)

gauche|vignette|La colonie militaro-agricole israélienne de , dans le Sinaï égyptien occupé, 1969.