vignette|Manifestation Charlie Hebdo Toulouse, 10 janvier 2015

Charlie Hebdo est un journal hebdomadaire satirique français fondé en 1970 par François Cavanna et le professeur Choron. Il fait une large place aux illustrations, notamment aux caricatures politiques, et il pratique aussi le journalisme d'investigation en publiant des reportages à l'étranger ou sur les domaines les plus divers : les sectes, les religions, l'extrême droite, l'islamisme, la politique, la culture. L'hebdomadaire paraît tous les mercredis. Il publie également des hors séries à périodicité variable.

Créé en 1970 pour remplacer la version hebdomadaire du magazine Hara-Kiri né en 1960, édité par la même équipe et venant d'être interdit à la suite d'un titre raillant la mort du général de Gaulle, il est publié régulièrement jusqu'en 1981. Défenseur acharné de la liberté de la presse, son positionnement politique est celui d'un journal de gauche critique, antimilitariste et anticlérical, dans une société profondément marquée par . Après un unique numéro en 1982, la parution cesse jusqu'en 1992, date à laquelle une partie des membres de l'ancienne équipe, Cabu en tête, se retrouve pour relancer Charlie Hebdo avec de nouvelles personnes.

La reprise par Charlie Hebdo des caricatures de Mahomet du Jyllands-Posten, en 2006, a déclenché contre le journal de vives réactions, parfois violentes, dans des pays musulmans et un procès d'associations musulmanes pour « injures publiques à l’égard d’un groupe de personnes en raison de leur religion » gagné par la rédaction. En , le siège du journal est endommagé par un incendie criminel.

Le , un attentat islamiste perpétré par les frères Kouachi tue douze personnes, dont huit collaborateurs de l'hebdomadaire en pleine conférence de rédaction. Les manifestations des 10 et contre les attentats ayant visé Charlie Hebdo et la prise d'otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes réunissent plus de quatre millions de manifestants, ce qui en fait le plus important rassemblement de l'histoire moderne du pays. Le numéro 1178, dit « des survivants », sort le mercredi suivant, tiré à près de huit millions d'exemplaires ; le journal passe en moins d'un mois de à .

Le , le PEN club international remet à New York le prix du courage et de la liberté d'expression à l'équipe des survivants. L'initiative, chaudement soutenue par Salman Rushdie, provoque une controverse aux États-Unis et au Royaume-Uni.

« L'esprit Charlie » est invoqué pour défendre la liberté d'expression, l’humour décapant et irrévérencieux, les valeurs de gauche, la défense de la laïcité, et a influencé plusieurs médias français.

Positionnement et sujets abordés Charlie Hebdo est une publication satirique de tradition libertaire avec un esprit caustique et irrévérencieux hérité de Hara-Kiri. La ligne politique du journal est nette, marquée d'une visualisation de la gauche assez particulière. Si l'hebdomadaire fustige plus volontiers les idées et hommes politiques de droite, il n'est guère complaisant avec les partis de gauche, qu'ils soient au gouvernement ou non. Il est fréquent que les différents chroniqueurs soient en désaccord plus ou moins profond entre eux, par exemple lors du référendum sur la Constitution européenne.. En , Charb, directeur de la publication, décrit la ligne politique du journal comme une réunion de ..

Les sujets les plus abordés sont la politique, les personnalités médiatiques (par exemple du sport, de l'audiovisuel ou du spectacle), l’actualité économique et sociale ainsi que la religion.

Critique envers l'ensemble de la classe politique, le journal s'oppose de manière particulièrement virulente au Front national durant le milieu des années 1990, allant jusqu'à lancer en 1996 une pétition réclamant l'interdiction de ce parti, qui recueille au moment de son dépôt au ministère de l'Intérieur.. En 1998, lors de la scission proposée par Bruno Mégret, Charlie Hebdo dépose la marque Front national auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI), estimant qu'elle est juridiquement tombée dans le domaine public : la journaliste Anne Kerloc'h explique que, , mais aussi que , en référence au mouvement de résistance du même nom qui a été créé, lui, durant la Seconde Guerre mondiale.. En 2012, l'hebdomadaire publie un dessin représentant une fausse affiche électorale de Marine Le Pen, où la candidate du FN est symbolisée par un étron fumant..

Par ailleurs, Charlie Hebdo se revendique un ton très antireligieux et anti-secte, profondément athée et anticlérical.., qualifiant notamment de , et appelant à .. La religion n’est cependant le thème que de 7 % des unes. Le journal a été taxé d’islamophobie et accusé de faire preuve d’une « obsession » à l’encontre des musulmans : cependant, de 2005 à 2015, 1,3 % seulement des couvertures se sont moquées en premier lieu de l'islam, qui a été le sujet principal de sept une alors que le catholicisme a été traité par vingt et une d'entre elles. Par ailleurs, c'est contre l’extrême droite française et la religion catholique que sont dirigées les charges les plus agressives.. Charlie Hebdo critique régulièrement les dérives du libéralisme économique, qui étaient l'un des thèmes récurrents des chroniques de Bernard Maris jusqu'à sa mort dans l'attentat du ..

« L'Esprit Charlie » Selon Le Monde, est . Après la publication des caricatures de Mahomet du Jyllands-Posten, qui lui a valu une poursuite en justice d'associations musulmanes françaises contre lesquelles il gagne le procès, Charlie Hebdo . Selon Le Monde, l’esprit Charlie a ..

Pour l’historien du journalisme Alexis Lévrier, les critiques des caricatures de Charlie et du dessin de presse en général génèrent un appel à la censure sur les réseaux sociaux, mais « au nom du respect dû aux personnes ou aux communautés, toute critique des religions est ainsi devenue suspecte. Il faut rappeler pourtant, inlassablement, que la grande loi sur la presse de 1881 protège les individus, mais autorise les moqueries à l’égard des croyances, qu’elles soient politiques ou religieuses. Charlie Hebdo est, de ce point de vue, le dernier héritier d’une longue tradition française du dessin de presse anticlérical, et n’a fait qu’appliquer à l’islam une volonté de désacraliser le sacré qui s’est épanouie à la Belle Époque ». Le New York Times ne publie plus de caricatures depuis au motif que ce type de dessins est et pour Alexis Lévrier . Il dénonce que et pour lui la liberté d'expression qui datent de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, et il n'est donc pas possible « de mettre sur le même plan les dessins de Charlie moquant l’islam et les insultes d’un Éric Zemmour à l’égard des musulmans », pour lesquelles il a été condamné, ni Gabriel Matzneff, se présentant lui et les , peu après les attentats, comme des victimes à l'instar de la rédaction de Charlie assassinée. Selon Alexis Lévrier, s' à cause de la liberté éditoriale de l'hebdomadaire et de son histoire, il ..

Selon Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite qui écrit dans l'hebdomadaire, lors de la décision de l'Unesco de retirer le carnaval d'Alost de sa liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité à la suite de stéréotypes antisémites, et la victimisation qui a suivi, « de nombreuses voix ont invoqué en Belgique « l’esprit Charlie » pour légitimer un antisémitisme incontestable. Mettons donc les choses au point : la caricature et la satire ne consistent jamais à traiter un groupe d’êtres humains comme de la vermine à éradiquer. Quand celui que vous n’aimez pas perd sa figure humaine, tout devient possible. Il n’y a aucune forme d’humour dans l’animalisation systématique de l’adversaire, vieux procédé nazi dont la banalisation a préparé les esprits à l’extermination des Juifs comme étant une opération prophylactique. Les salafistes ne doivent pas comparer les « mécréants » (et parmi eux les « mauvais musulmans ») aux singes et aux porcs. Les hassidim ne peuvent être des fourmis traitées au gaz »..

Histoire Prémices

vignette|upright|Le professeur Choron, l'un des fondateurs de Charlie Hebdo, en 1996. Les origines de Charlie Hebdo sont étroitement liées à l'histoire d'un autre journal, Hara-Kiri.. En 1960, Georges Bernier et François Cavanna, qui avaient fait connaissance dans les années 1950 alors qu'ils travaillaient tous deux au journal Zéro destiné à donner leur première chance aux jeunes talents, lancent le mensuel Hara-Kiri, « journal bête et méchant ». Choron (dont le pseudonyme dérive du nom de la rue du où était alors installé le siège du journal) en est le directeur de publication. François Cavanna, rédacteur en chef, rassemble progressivement une équipe qui comprend Francis Blanche, Topor, Fred, Reiser, Wolinski, Gébé, Cabu. Interdit de publication dès 1961, il reparaît pour être de nouveau interdit en 1966. L'interdiction est levée six mois plus tard. Lorsqu'il reparaît, certains collaborateurs ne reviennent pas, tels Gébé, Cabu, Topor et Fred partis chez Pilote, mais de nouveaux rédacteurs et dessinateurs viennent compenser ces absences : Delfeil de Ton, Pierre Fournier, qui signe alors Jean Nayrien Nafoutre de Sayquonlat, et Willem.

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En , Cavanna, Choron et Delfeil de Ton lancent Charlie MensuelDelfeil de Ton, « Vive Siné ! », Le Nouvel Obs, du , .. Ce journal de bandes dessinées, publié comme Hara-Kiri par les Éditions du Square que dirige Choron, est initialement la version française du mensuel italien Linus. Charlie publie des séries américaines classiques, mais aussi des bandes dessinées contemporaines françaises, italiennes et américaines : comme son homologue italien, il tire son titre du nom de l'un des personnages des Peanuts (en l'occurrence Charlie Brown).... Delfeil de Ton, pendant un an, puis Georges Wolinski, dirigent la rédaction de ce Charlie Mensuel qui publie, contribuant ainsi à les faire découvrir en France, les Peanuts de Charles M. Schulz (que le magazine Spirou avait déjà présentés en mini-récit ainsi que l'hebdomadaire féminin Elle, dès 1964).

Toujours en 1969, l'équipe de Hara-Kiri, sous la direction de Cavanna et Choron, décide de créer une version hebdomadaire du journal, tout en continuant à publier le mensuel. Gébé et Cabu reviennent pour l'occasion. En février, Hara-kiri-hebdo est lancé. En mai, il est renommé L'Hebdo hara-kiri.

1970-1982 : Charlie Hebdo première époque Le , le général de Gaulle meurt. Sur une idée de Choron, l'hebdomadaire titre en couverture de son du ., de façon sobre, sans aucun dessin, avec un seul encadré noir, « Bal tragique à Colombey - un mort » : il s'agit d'une parodie des titres que la presse avait, dix jours avant le décès du Général, consacrés à un incendie dans une discothèque qui avait fait cent quarante-six morts. Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur, interdit la vente de l’hebdomadaire aux mineurs, ainsi que tout affichage et publicité en sa faveur : le ministère réfute toute « censure politique » et affirme avoir pris sa décision le en conséquence de dessins « pornographiques », sous le couvert de la commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence... La profession journalistique se mobilise largement pour défendre l'hebdomadaire , à la surprise de la rédaction qui a en mémoire sa discrétion lors des interdictions du mensuel en 1961 et 1966.. Claude Perdriel propose à la rédaction du journal la couverture de Nouvel Observateur, ainsi qu’une double page : la rédaction de Hara-Kiri accepte, Le Nouvel Observateur publie ainsi, deux jours après la mise en vente du premier numéro de Charlie Hebdo, un texte de Cavanna intitulé « Loi destinée à honorer les bons journaux et à punir les mauvais », ainsi que des dessins de Reiser, Cabu, Gébé et Wolinski. Le , Raymond Marcellin modifie son arrêté, ne conservant que l’interdiction de la vente aux mineurs.