La fusillade d'El Paso a eu lieu le à El Paso, au Texas. Vingt-trois personnes sont tuées, au moins vingt-trois autres blessées. Le tueur, arrêté après s'être rendu à la police, déclare avoir voulu tuer le plus de Mexicains possible. Le crime de haine raciste est l'hypothèse privilégiée par l'enquête. Suspectant un acte terroriste, le FBI ouvre une enquête nationale, et la justice fédérale décide aussi de traiter la tuerie comme un acte terroriste. Le gouvernement mexicain considère qu'il s'agit d'un attentat anti-Mexicains, et l'ONU parle d'acte terroriste contre la communauté latino-américaine des États-Unis.

Contexte Les États-Unis sont un pays touché par les fusillades et les tueries de masse. Depuis le début de l'année 2019, l'attentat d'El Paso est la ou (selon la source) fusillade de masse survenue sur le territoire américain et comptant au moins quatre victimes (qu'elles soient blessées ou tuées)...

Quelques jours plus tôt, le , un autre attentat considéré comme un probable crime de haine a eu lieu en Californie.. Un tireur de , Santino William Legan, avait ouvert le feu sur le Festival de l'ail de Gilroy, causant trois morts, avant d'être lui-même abattu par la police.. Avant la tuerie, il avait fait référence sur Instagram à un texte très populaire chez les suprémacistes blancs. Le , le FBI ouvre une enquête pour terrorisme intérieur sur cet événement.

De manière plus générale, les crimes de haine et les attentats suprémacistes blancs sont un problème en augmentation aux États-Unis, bien que la majorité de ces actes soient du vandalisme ou des agressions non mortelles. Ainsi, les crimes de haine avaient augmenté de 9 % en 2018 dans les 30 principales villes du pays, causant , et la tendance était également en hausse durant les premiers mois de 2019. Les groupes les plus ciblés sont les afro-américains, les juifs, les homosexuels ; les hispaniques sont également concernés bien que la hausse soit de moindre ampleur que pour les groupes précédents. De plus, si le nombre d'homicides provoqués par les extrémistes était en diminution jusque-là (36 en 2017 contre 22 en 2018), la proportion de ces meurtres causés par des suprémacistes blancs est en augmentation, et 54 % des meurtres perpétrés par des extrémistes depuis 2009 l'ont été par des suprémacistes blancs.

Deux raisons sont souvent avancées par les chercheurs en sciences sociales pour expliquer cette recrudescence. La première est appelée « effet Trump » : bien que le candidat à l'élection présidentielle américaine de 2016 puis président élu Donald Trump n'ait jamais appelé directement à la violence physique, sa rhétorique anti-migrants et ses sorties parfois jugées racistes sont souvent considérées comme un terreau fertile pour les extrémistes. Il a d'ailleurs été constaté que les crimes de haine avaient plus augmenté dans les comtés qui avaient majoritairement voté Trump que dans les autres. L'autre raison est l'attaque néonazie de Charlottesville en 2017, qui a causé la mort d'une militante antifasciste, et qui aurait servi de point de résurgence aux violences d'extrême droite ; d'autant plus que Trump avait renvoyé dos à dos les néonazis avec leurs opposants, refusant de les condamner nominalement. Cet attentat et l'absence de condamnation qui a suivi aurait encouragé les suprémacistes blancs à passer du militantisme en ligne aux actions physiques. Ainsi, les campagnes des élections de 2018 (législatives, sénatoriales et gouvernadorales) sont marquées par plusieurs incidents violents liés au suprémacisme blanc et qui ont causé plusieurs morts, dont l'affaire des colis piégés d'octobre 2018 aux États-Unis et la fusillade dans une synagogue de Pittsburgh.

El Paso est une ville américaine située sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique, jouxtant directement la ville mexicaine de Ciudad Juárez, l'une de ses municipalités jumelles. Pendant des mois, elle a été un sujet de l'actualité nationale, du fait de son rôle de porte d'entrée sur le territoire américain pour plusieurs milliers de familles venues d'Amérique centrale. Elle est aussi le lieu de résidence de Mexicano-Américains qui se définissent davantage comme texans que comme mexicains. Le Walmart visé était un supermarché prisé de la communauté hispanique.

Selon le FBI, plus d’Américains sont morts de terrorisme intérieur que de terrorisme international depuis les attentats du 11 septembre 2001. Ce terrorisme intérieur serait de plus en plus motivé par le suprémacisme blanc. Il n'y a pas de condamnation pour terrorisme intérieur aux États-Unis, les individus ayant commis des attentats à l'intérieur du pays sont inculpés sous d'autres chefs d'accusation tels que le crime de haine, la conspiration ou le port d'armes.

Déroulement des événements À , heure locale, un individu portant un t-shirt noir, un pantalon de camouflage et un casque anti-bruit, ouvre le feu avec un AK-47. sur le parking d'un supermarché Walmart, y tuant au moins trois ou quatre personnes... Le tireur entre dans le magasin, qui comptait entre et , et continue de faire feu.

Durant les événements, une jeune mère de famille mexicaine de trois enfants, Jordan Anchondo, est tuée en protégeant son bébé de deux mois qui souffre de fractures (qui pourra quitter l'hôpital en août) ; son mari André meurt lui aussi en essayant de protéger sa femme. Une autre personne se sacrifie aussi pour sauver la vie d'un membre de sa famille : Juan de Dios, un citoyen mexicain de qui était en train d'acheter à manger avec son épouse de Estela de Dios, quand une balle toucha cette dernière à l'estomac, Juan s'est alors volontairement interposé pour recevoir les autres balles à sa place ; il mourra de ses blessures le à l'hôpital car plusieurs de ses organes ont été perforés, les chirurgiens du même hôpital sauveront Estela. Un soldat américain de , pas en service et qui faisait ses courses, Glen Oakley, parvient à mettre à l'abri des enfants qui avaient perdu leurs parents et à les éloigner du danger.. Selon Oakley lui-même, ce serait son entraînement militaire qui lui aurait permis de savoir exactement quoi faire.

Le quartier est bouclé par la police. L'assaillant se rend, il est arrêté et placé en garde à vue.

Bilan humain Un premier bilan donné par le gouverneur du Texas, Greg Abbott, fait état de et de ... Le président mexicain Andrés Manuel López Obrador et le secrétaire aux Relations extérieures (équivalent mexicain du ministère des affaires étrangères) Marcelo Ebrard précisent que trois des morts et six des blessés (dont une fille de dix ans) sont des Mexicains.

Le , le bilan s'alourdit à ... Les deux individus décédés à l'hôpital étant mexicains, cela porte ainsi à huit le nombre de Mexicains morts dans l'attentat..

Le bilan passe à lorsqu'une des victimes, Guillermo «Memo» Garcia, décède le à l'hôpital où il était resté en traitement depuis le jour de la fusillade.. Lui et sa femme Jessica Garcia avaient été blessés en s'interposant pour protéger leurs filles, qui s'en sont sorties physiquement indemnes, et Jessica a survécu. Guillermo était le dernier patient hospitalisé à cause de l'attentat, ce qui fait que sa mort fixe un bilan définitif de .

Il s'agit de la huitième tuerie de masse la plus meurtrière commise aux États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.

+Bilan humainVictimes Nationalité Morts 15. 8.

Enquête

Le tireur est arrêté par la police et placé en garde à vue. Dans un premier temps, elle ne communique pas son nom, et indique qu'il s'agit d'un homme blanc de originaire d'Allen, au Texas, une banlieue de Dallas située à plus de neuf heures de route d'El Paso. Mais très vite les médias locaux avancent que l'assaillant serait un dénommé Patrick Crusius.

L'enquête s'oriente rapidement vers un crime de haine, c'est-à-dire une attaque liée à la couleur, la religion ou l'orientation sexuelle de la personne visée . En effet, peu avant son acte, l'assaillant a laissé un manifeste sur le forum 8chan, un forum apprécié entre-autres des terroristes d'extrême droite. Il y dénonce une prétendue « invasion hispanique du Texas » et y apporte son soutien aux attentats de Christchurch, des attentats islamophobes menés par un suprémaciste blanc australien contre les mosquées de la ville de Christchurch en Nouvelle-Zélande qui ont coûté la vie à . Il y promeut également la théorie du grand remplacement.

Si Patrick Crusius est bien le tireur, ou du moins si ce dernier vient bien d'Allen, cela signifie qu'il a conduit un millier de kilomètres pour venir commettre sa fusillade à El Paso en particulier. Avec le crime de haine comme motif le plus probable, cela signifierait qu'El Paso aurait été choisie pour sa forte communauté hispanique (en 2018, 80 % de sa population était hispanique) et/ou pour sa proximité immédiate avec le Mexique.

Le FBI ouvre une enquête nationale pour terrorisme. La justice fédérale considère qu'il s'agit d'un acte terroriste.

Après son arrestation, l'assaillant se montre coopératif avec les autorités. Il leur dit notamment qu'il souhaitait « tuer le plus de Mexicains possible »..

Les autorités texanes vont requérir la peine de mort contre le tireur. Le , le procureur du comté d'El Paso, Jaime Esparza, annonce que Patrick Crusius va faire face à plusieurs accusations d'« assassinat capital », ce qui est le chef d'accusation le plus grave présent dans la législation texane. Ceci n'exclut pas la possibilité de faire face à d'autres charges de la législation texane ou fédérale. En , Crusius est inculpé en tout de 90 chefs d'accusation en vertu des lois fédérales sur les crimes de haine et les armes à feu.

Le , Marcelo Ebrad, le secrétaire aux Relations extérieures du Mexique, dénonce un attentat anti-Mexicains, et annonce que le procureur fédéral mexicain est en train d'étudier s'il y aurait des éléments qui permettraient de demander l'extradition du terroriste. Il annonce aussi que la police mexicaine participera à l'enquête, en appliquant sa législation antiterroriste. Le , des fonctionnaires représentant diplomatiquement les États-Unis rencontrent des fonctionnaires mexicains du Parquet Général de la République [mexicaine] au siège de ce-dernier, afin de discuter de l'intégration des autorités mexicaines à l'enquête.

Le , la police du Texas a émis un appel à témoins accompagné d'une photo pour retrouver un inconnu, présenté comme , pour avoir sauvé plusieurs vies dont celle d'un nourrisson. Elle souhaite pouvoir l'interroger afin de faire progresser l'enquête. Elle refuse de dévoiler des détails sur son rôle exact durant la fusillade, car ces informations sont nécessaires pour vérifier son identité.

Pendant l'enquête, Patrick Crusius est placé à l'isolement et fait l'objet d'une surveillance accrue pour empêcher une tentative de suicide.

Procès Patrick Wood Crusius passe une première fois devant un tribunal d'El Paso l'après-midi du . Il plaide alors non-coupable. Le procureur Jaime Esparza confirme le même jour qu'il demandera la peine de mort.

Le , la presse annonce que Crusius devra affronter des charges supplémentaires devant la justice fédérale au cours de son procès, dont celle de crime de haine, mais ne peuvent pas donner plus de détails car leur source n'avait pas l'autorisation de les communiquer. Ceci est confirmé au cours d'une conférence de presse le lendemain. En , Crusius était inculpé en tout de 90 chefs d'accusation en vertu des lois fédérales sur les crimes de haine et les armes à feu.

En , les procureurs fédéraux annoncent renoncer à demander la peine de mort contre Crusius. Le , au cours de son procès fédéral, il plaide coupable de tous les chefs d'accusation portés contre lui et il est condamné le de la même année à 90 peines de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle.