Jean Madiran, de son vrai nom Jean Arfel, né le à Libourne (Gironde), mort le à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)., est un journaliste et essayiste français d'extrême droite.

Il milite d'abord dans les rangs de l'Action française et soutient par la suite le Front national.. C'est une figure du traditionalisme catholique.

Il fait également usage du nom de plume Jean-Louis Lagor, reprenant un article de L’Homme nouveau, , ., en début de carrière, ainsi que celui de Jean-Baptiste Castetis (Lagor et Castétis sont des communes des Pyrénées-Atlantiques, Madiran des Hautes -Pyrénées).

Biographie Un jeune militant antisémite et pétainiste Lycéen puis étudiant, il milite avant à l'Action française à Bordeaux, détaillant une conférence d’Arfel intitulée « Le gouvernement Paul Reynaud et la France »., aux côtés du jeune Daniel Cordier. Ce dernier l'évoque dans Alias Caracalla, avant et après , qui vit Cordier gagner l'Angleterre: . Durant l'Occupation, Arfel échoue au concours d'entrée à l'École normale supérieure (Paris) en 1941 (il est cependant admissible) puis poursuit ses études jusqu'au diplôme d'études supérieures.

Il est rédacteur au quotidien catholique La Liberté du Sud-OuestCollectif, La Seconde Guerre mondiale en Gironde par les textes, Archives départementales de la Gironde, 2006, , , Ibid., ., de Bordeaux. Il collabore en 1941-42 à la Nouvelle Guyenne, le périodique de l'Action française en Gironde dirigé par Nel Ariès. Il y réclame la confiscation des biens des « Juifs, déserteurs et fuyards » et dénonce les gaullistes comme « racaille anarchisante »Xavier Ternisien, L'extrême droite et l'Église, Éditions Brepols, 1997, . Il cite un article de la revue Esprit "Nettoyage", de juillet-août 1956, ( le site internet de la revue).. Il collabore aussi à partir d' à la petite revue Jeune Aquitaine, organe d'un groupe de jeunes, la Légion Aquitaine-Jeunesse de France, fondée en par Jean-Marie Bugat et dont Arfel est l'un des animateurs (il porte le titre de président de la fédération girondine). Il y dénonce en les et dit son espoir de voir Dominique Lormier, Bordeaux brûle-t-il?, ou La libération de la Gironde: 1940-1945, Les Dossiers d'Aquitaine, 1998, (Arfel est orthographié Arpel), Notice de la BNF (le périodique s'appelle ensuite L'Elan. Jeune aquitaine, puis le Journal de la jeunesse française), ( les documents 3, 12 et 17, la page 25): il cite un article d'Arfel en décembre 1941: . (). Sous le pseudonyme de Lagor, il collabore en 1954 à un autre périodique de Bugat, Paris-Brazzaville .. Il fonde à Angoulême et anime une autre petite revue, qui s'appelle successivement France. Revue littéraire et artistique ( à ), Grande France littéraire et documentaire ( à ) et Les Nouveaux cahiers de France (-)Gérard Cholvy, Jean-Marie Hilaire, Histoire religieuse de la France contemporaine, , Privat, 1988, , Olivier Cariguel, Panorama des revues littéraires sous l'occupation: juillet 1940-août 1944, IMEC, Institut Mémoires de l'édition contemporaine, 2007, Notice de la BNF..

Il est vite repéré par Charles Maurras et Henri Massis. Selon ce dernier, Maurras cherchait alors à mettre en lumière des disciples et des héritiers catholiques, pour prolonger sa doctrine et combattre les mauvaises influences philosophiques (Massis met en avant le combat intellectuel d'Arfel, thomiste, contre Henri Bergson).. Ses articles sont loués par Maurras - qu'Arfel rencontre à Pau en L'Action française, 13 avril 1943, . Selon Jean-Yves Camus, Madiran aurait rencontré Maurras en 1942 . - et par L'Action françaiseL'Action française, 26 novembre 1942, , , Ibid., 8 mars 1943, , Ibid., 12 août 1943, , L'Étudiant français (organe des étudiants d'AF), août-septembre 1943, . Maurras continue ensuite à le féliciter et à le mettre en avant: L'Action française, 26 juillet 1943, , L'Étudiant français, avril 1944, ., à laquelle il collabore à partir de 1943. Il collabore aussi à l'Étudiant français,, l'organe des étudiants d'AF et à la Revue universelle de Massis. Maurras l'aurait désigné en 1944 comme l'un de ses héritiers, à l'instar de Jean OussetJean-Yves Camus, Jean Madiran, penseur du catholicisme traditionaliste, infra..

Ses écrits se caractérisent par une admiration pour Maurras et un catholicisme thomiste affirméL'Étudiant, juin 1943, , , par une dénonciation du philosophe Henri Bergson - Dans la Nouvelle Guyenne du . Cité par Esprit, juillet-août 1956, . aussi Olivier Biffaud, dans du : , écrit-il dans le premier numéro de France en . Henri Bergson est l'une de ses cibles favorites. Il le traite de . En 1943, il écrit encore : (L'Étudiant français, juin 1943, ).. Il dénonce les catholiques qui osent revendiquer le mot de socialisme... Ses articles expriment alors une haine de la L'Étudiant français, mai 1944, ., du .. Il s'en prend à la et à la , à la et à la , à la franc-maçonnerie et au communisme ; cité par .. Son antisémitisme est revendiqué et assumé ; il s'agit de de l'Action française, qui est violent et discriminatoire : , ou encore (). Un an plus tard, dans un article intitulé « Les bons trucs », Arfel ne désarme pas : ().. Il prône un soutien inconditionnel au maréchal Pétain..... ., affirme-t-il encore en . Il est décoré de l'Ordre de la Francisque.

Jean Madiran, aurait été, selon certaines sources.., secrétaire de Charles Maurras, assertion contre laquelle Jeanne Smits, directrice du quotidien Présent, s'élève avec forceJeanne Smits écrit notamment, parlant du ou des auteurs de la dépêche de l'AFP rapportant la mort de Jean Madiran : Source : . et contre laquelle Jean Madiran lui-même s'était inscrit en faux, quelques mois auparavant : .

Marié à Talence le avec Alla Ermolenko (1915-2007), dont il divorce le , il se remarie à Paris arr. le avec Geneviève CapdevielleArch. dép. Gironde, état civil de Libourne, 4 E 23052, mentions marginales à l'acte de naissance ..

Un intellectuel engagé à l'extrême droite

À la Libération de la France, il doit se réfugier dans un monastère situé sur la colline de Madiran, d'où son pseudonyme. Il devient un temps professeur de philosophie à l'annexe de l'École des Roches , Olivier Landron, À la droite du Christ: Les catholiques traditionnels en France depuis le concile (1965-2015), Éditions du Cerf, 2015. Dès la rentrée scolaire de 1944 selon Yves Chiron (dans Aletheia, , , compte-rendu critique de l'ouvrage d'O. Landron)., située à Maslacq autour d'André Charlier, tout en poursuivant sa carrière de journaliste. Il est l'éditorialiste politique, sous le pseudonyme de Jean-Louis Lagor, d'une publication d'inspiration maurrassienne, l'Indépendance française, fondée en 1946 et rachetée en 1950 par Aspects de la France. Elle a pour programme : le et Jean-Paul Gautier, Les Extrêmes droites en France : de la traversée du désert à l'ascension du Front national, 1945-2008, Paris, Éd. Syllepse, 2009, , , Quatrième de couverture de De Gaulle au pouvoir… pour quoi faire ?, .. Pétain est la principale préoccupation de ce journal qui polémique avec les maurrassiens moins ou non pétainistes. Arfel refuse ainsi la fusion avec Aspects de la France, jugeant le rival trop gaulliste, du fait de la personnalité de l'un de ses rédacteurs, Pierre Boutang, autre héritier putatif de MaurrasBénédicte Vergez-Chaignon, Des maurrassiens en prise avec le nationalisme intégral ; rupture résistante ou coexistence avec l'Action française (1940-1948) , dans Michel Leymarie, Olivier Dard, Jacques Prévotat (dir.), Le Maurrassisme et la culture: L'Action française, culture, société, politique (III), Presses universitaires du Septentrion, 2010, .. Il correspond alors avec Maurras, emprisonné. Ce dernier commente ainsi ses articles : Charles Maurras, Lettres de prison, -, Flammarion, 1958, ..

Il collabore ensuite à l'hebdomadaire Rivarol de 1951 à 1958.. C'est l'arrivée de Lucien Rebatet, qui a rompu avec fracas avec l'Action française durant la guerre et que Madiran juge anticatholique, qui le fait quitter ce périodique d'extrême droite.. Ainsi qu'aux Écrits de Paris – il y critique en 1955 un jésuite, le Père Bigo, de L'Action populaire . –, à Aspects de la France. puis à La Nation française, l'hebdomadaire néomaurrassien fondé par Boutang en 1955Raoul Girardet, ; ..

En outre, il travaille à partir de la fin de l'été 1950 pour l'officine anticommuniste de Georges Albertini et Claude Harmel, ce qui allait devenir le Centre d'archives et de documentation politique et sociale, installé au 86, boulevard Haussmann (et surnommé de ce fait ). Il y rédige des fiches électorales pour le Bureau d'études et de documentation économique et sociale (BEDES), lié à ce Centre, assure des cours et s'occupe de la feuille consacrée au Parti communiste et au communisme. Sa personnalité tranche dans cet univers plutôt athée; Albertini et Harmel venant du socialisme et du milieu collaborationniste. Mais son anticommunisme convaincu a plu à Albertini. C'est Guy Lemonnier alias Harmel qui l'a présenté. Il l'avait connu par François Brigneau..

Il devient parallèlement un essayiste et un pamphlétaire réputé dans les milieux traditionalistes catholiques et nationalistes. Il publie plusieurs ouvrages sous le pseudonyme de Jean-Louis Lagor. Un livre de philosophie, qui reprend les études publiées dans l'Action française et dans la Revue universelle sous l'Occupation, dans lesquelles il entendait lier le thomisme et de MaurrasPar exemple: , : La Philosophie politique de saint Thomas, préfacé par Maurras (lettre de ). Des pamphlets visant de Gaulle en 1947 et 1948, lui reprochant ses sur l'armistice et sur le régime de Vichy, le rétablissement de la République démocratique et parlementaire ainsi que l'épuration : , écrit-il ainsi dans De Gaulle au pouvoir… pour quoi faire ?. Il y dénonce aussi les nationalisations, l'amnistie de Maurice Thorez et l'entrée de communistes au gouvernement.Jean-Louis Lagor, De Gaulle au pouvoir… pour quoi faire ? , op. cit., , 18-19. Il publie en 1955 deux pamphlets, Ils ne savent pas ce qu’ils font et Ils ne savent pas ce qu’ils disent. Il vise notamment le directeur du Monde Hubert Beuve-MéryLe Monde, 25 février 2003, "Le journal est la cible d'attaques croisées des extrêmes dans des livres pamphlétaires et des libelles depuis les années 1950" : . et les catholiques « progressistes », ceux notamment de La Vie catholique, qu'il accuse de philocommunisme.