L'usine électrochimique de Pomblière est un site industriel situé en France sur le territoire de la commune de Saint-Marcel (Savoie), spécialisé dans la fabrication de sodium.

Fondée en 1898 sur le cours de l'Isère, en moyenne Tarentaise, elle a tardé à trouver sa vocation actuelle car la production du sodium n'y a démarré qu'en 1923. Cette orientation a été confirmée après la Seconde Guerre mondiale. Si la production de chlore fatal a pu inciter, un temps, à développer les productions de composés de vanadium et surtout de cobalt, le sodium s'est encore avéré, avec le lithium en complément, la production phare. À la suite de l'effacement de ses concurrents, le site est devenu l'unique producteur mondial, hors la Chine, approvisionnant de nombreux marchés dans une gamme d'usages d'une étonnante variété.

Avant la Grande Guerre : des débuts hasardeux L’implantation d’une usine d’électrochimie sur la commune de Saint-Marcel à la fin du est à l’initiative de l’Union financière de Genève, puissant groupe bancaire chargé des intérêts des entreprises suisses spécialisées dans la production des équipements électrotechniques. Du fait de l’exiguïté du marché helvétique, celles-ci souhaitaient pouvoir accéder à la clientèle française sans être limitées par les barrières douanières. La stratégie a donc consisté à rechercher des partenaires français dont les intérêts pouvaient être convergents. La solution a été trouvée par la constitution en 1898 d’une Société lyonnaise de l’industrie électrochimique La Volta qui bénéficierait de la franchise douanière pour l’importation de ces matériels. Une bonne entente a pu être instaurée grâce au partage équitable dans le montage de la société des intérêts financiers, l’ensemble des actionnaires suisses s’inscrivant pour plus de 50 %, et par le choix des administrateurs en fonction de leur compétence pour faciliter le montage technique du projet industriel. Parmi ceux-ci, le Lyonnais Georges Coutagne devait se tailler une solide réputation tant dans l’exercice de son rôle d’administrateur-délégué pendant une douzaine d’années qu’à la direction de l’usine de Pomblière elle-même pendant une brève période, de 1904 à 1906..

Le choix du site de Pomblière a été dicté avant tout par le potentiel hydroélectrique de l'Isère à l’amont de Moûtiers (on parlera d’ailleurs souvent de l’usine de Moûtiers, par localisation approximative). Il est à noter qu’à la date de 1898 où ont été engagés les travaux, les pionniers de la houille blanche n’avaient pas encore tenté de maîtriser le cours même de la rivière, se contentant d’équiper ses modestes affluents, il est vrai sous une haute chute. Il s’agirait donc d’une moyenne chute dont la modestie relative serait compensée par l’abondance du débit. L’Isère a été captée à Centron, sur la commune de Montgirod, à l’amont des gorges du Siaix et de l’Enfer à la cote 570. Au terme du canal de dérivation de à 96 % en galerie souterraine, la centrale a été édifiée dans la plaine de Pomblière sous une chute de . Les 3 conduites forcées de de diamètre autorisaient un débit total de . Les difficultés techniques se sont accumulées et la mise en service n’eut lieu qu’en . Le premier défi à relever sera de trouver l’utilisation d’un tel potentiel énergétique. Quant à la desserte ferroviaire, indispensable s’agissant d’une industrie lourde, il fallut s’accommoder dans les premières années de la relative proximité de la gare de Moûtiers, terminus de la ligne PLM depuis 1893. Les travaux de son prolongement jusqu’à Bourg-Saint-Maurice ne devaient être entrepris qu’à partir de 1903. La Volta a obtenu la création d’une gare non programmée située en amont sur la commune de Saint-Marcel à une distance de de l’usine et avec un dénivelé de .

L’autre choix capital devait être celui des fabrications. Ce fut celui de la soude. Bien avant la révolution de la houille blanche, on savait la produire en quantité industrielle selon le procédé mis au point par Nicolas Leblanc dès la fin du , lui-même en passe d’être supplanté à la fin du par le procédé Solvay. Produit traditionnel donc, qui ne figurait pas dans la gamme variée autorisée par la nouvelle source d’énergie, mais la partie suisse était détentrice du procédé Outhenin-Chalandre Fils et Cie obtenu par électrolyse mis au point en 1893. Dans un marché en expansion, il devait y avoir une place pour l’usine de Pomblière avec une chance d'affronter la concurrence du procédé traditionnel. Il fallut assez vite déchanter. À l’épreuve, le procédé Outhenin-Chalandre s’avéra très difficile à maîtriser, au jugement d’un spécialiste, pour une production de soude d’une présentation commerciale moins flatteuse. Quant au chlorure de chaux par lequel on a tenté de valoriser le chlore, sa vente était pénalisée par les frais de transport jusqu’aux grands centres de consommation où elle subissait la concurrence des producteurs traditionnels. Paradoxalement, la faillite n’a été évitée que grâce à la vente de l’électricité. Les clients ne manquaient pas : la SGFL (Société Générale Force et Lumière) s’approvisionna ainsi en particulier pour l’électrification du tramway de Lyon à partir de 1905 ; la Société lyonnaise Coignet s’était déjà installée carrément à Pomblière dès 1903 pour le traitement du phosphore. Le problème se posait donc à la veille de la Grande Guerre d’un changement de cap pour la Volta.

L'Entre-Deux-Guerres : des paris prometteurs Il faudra cependant patienter. Ce sont, en effet, les nécessités de la Défense nationale qui ont dicté le choix des productions pendant les hostilités : chlore liquide pour la fabrication des gaz asphyxiants, hydrogène des ballons d’observation, chlorure de chaux, seul désinfectant efficace contre l’ypérite. La reconversion aux marchés des temps de paix n’alla pas de soi. En revanche, ces mêmes nécessités avaient conduit les pouvoirs publics à pousser à la concentration des efforts : c’est dans cet esprit que la Société d'électrochimie de Henry Gall a absorbé la Volta en plein conflit (1915). La difficile reconversion à des activités de paix a rendu nécessaire la recherche d’une encore plus grande synergie. En 1922, Pomblière est englobé dans l’un des deux groupes industriels alpins les plus puissants : il s’agit, aux côtés d’Alais-Froges et Camargue, la future Pechiney, de la SECEMAEU (Société d’électrochimie, d'électrométallurgie et des aciéries électriques d'Ugine). Le temps des engagements décisifs pour l’avenir de Pomblière est venu pour le nouveau directeur Henri Barbier qui dispose d’un large champ de manœuvres..

Avec le recul, la décision capitale est le transfert en 1923 depuis l’usine des Clavaux, dans le Val Livet sur la Romanche, de la fabrication du sodium qui devient la production-phare et le restera jusqu'à nos jours. Ce choix était dans la continuité de celui de la Volta : une étape supplémentaire par transformation électrolytique de la soude produite elle-même à partir du sel marin par une première électrolyse. Le procédé adopté est alors celui de l’Américain Castner, inventé à la fin du et exploité à Niagara Falls depuis 1895. Il comporte donc une double électrolyse. A la veille de la Deuxième Guerre mondiale, Pomblière envisage de suivre l’évolution en adoptant une nouvelle technologie venue également d’Amérique et exploitée par Dupont de Nemours : les « cellules Downs » font l’économie de l'électrolyse aqueuse et produisent directement le sodium par électrolyse ignée à . Ce changement demandera des délais et ne sera opéré qu’après la guerre.

Par d’autres initiatives, Henri Barbier a posé les bases des futurs développements. Il s’est agi, dans un premier temps, de l’acide de vanadium obtenu par le souci de valoriser le chlore et vendu aux sidérurgistes qui l’utilisent comme additif pour améliorer les propriétés mécaniques et élastiques des aciers. La production de cobalt, elle, n’apparaît dans les statistiques qu’à partir de 1938 et pour un très faible tonnage, au stade pilote mais, vu l’importance qu’elle devait prendre par la suite, il est bon de préciser que dès cette époque le destin de cette production a été lié à la découverte au Maroc par Charles de Foucauld en 1885 et à la mise en exploitation entre les deux guerres du gisement de Bou Azzer, à au sud de Marrakech, par une société minière fondée en 1931. Vu l’intérêt stratégique porté à ce métal par les pouvoirs publics, c’est dans ce gisement que devaient obligatoirement s’approvisionner les industriels français.

Des Trente Glorieuses spécifiques Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la survie de Pomblière s’est jouée sur la préférence qui lui a été donnée plutôt qu'au site de Jarrie, aux portes de Grenoble, pour la construction des unités d’électrolyse du sodium selon le procédé de Dupont de Nemours. Des considérations sociales et d’aménagement du territoire ont eu leur part dans cette décision mais plus encore ont compté les avantages maintenus par l’article 8 de nationalisation de l’EDF aux anciens propriétaires de centrales sur leurs sites quant au prix de l'électricité. La première cellule a été mise en service en 1951 et la capacité a sans cesse été augmentée jusqu’en 1965. La production est passée de en 1949 à en 1970. En cette période de grande croissance, le problème des débouchés se pose d’autant moins qu’il est réglé à l’intérieur d’un même groupe. Le sodium est livré à l’usine de Villers-Saint-Sépulcre spécialisée dans les cyanures utilisés pour la cémentation des aciers, une partie étant transformée en acide cyanhydrique utilisé comme désinfectant. Une autre partie est transformée à Pomblière même en peroxyde de sodium, produit de blanchiment des textiles et de la pâte à papier. Et lorsque ces débouchés se restreignent, les livraisons progressent à l’usine d’Octel-Kuhlmann de Paimboeuf qui l’emploie à la fabrication du plomb tétraéthyle. Quant au chlore fatal, il est livré liquide en bouteilles aux usines de la famille de plus en plus élargie par la constitution progressive du groupe PUK (Pechiney-Ugine-Kuhlmann) en 1968 puis 1972. Une modeste quantité est cependant utilisée sur place pour la fabrication d’eau de Javel.

Pendant cette période faste, Pomblière marche sur deux jambes grâce à la montée progressive de la fabrication du cobalt dont la production passe d’une centaine de tonnes à la fin des années 1940 à (encore 777 en 1978). Des méthodes sans cesse perfectionnées permettent une forte baisse des coûts de fabrication et éliminent toute concurrence en France. En 1974 le cobalt mobilise plus de 40 % du personnel de fabrication. L’effectif employé culmine en 1966 avec 600 emplois.

1983-1996 : deux marchés se ferment L’usine de Pomblière avait reçu, en 1972, une nouvelle place dans l’organigramme mis en place dans le cadre de PUK : elle était devenue MSSA (MSSA), nom qu’elle a conservé même pendant la période de nationalisation. Les équipes qui se succèdent pendant cette période vont affronter une grave crise à partir de 1982, crise qui, à l’inverse des autres branches de l’industrie, ne doit rien à la crise pétrolière mais est liée, soit à l’approvisionnement en matières premières, soit à la fermeture de certains marchés.