Le château de Bonaguil est un ancien château fort, du Moyen Age (), fortement remanié au , qui se dresse sur la commune française de Saint-Front-sur-Lémance dans le département de Lot-et-Garonne, en région Nouvelle-Aquitaine.

Le château fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste des monuments historiques classés provisoirement et éditée en 1862Notes, circulaires et rapports sur le service de la conservation des monuments historiques, Paris, imprimerie Impériale, 1862, p.115. Téléchargeable sur le site de la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine.. Il est également mentionné dans les listes de 1875, 1889, 1900, 1910, ainsi que dans celle du journal officiel du .

Localisation Le château de Bonaguil est situé à la charnière de l'Agenais et du Quercy, sur la commune de Saint-Front-sur-Lémance, dans le département français de Lot-et-Garonne, mais il est la propriété de la commune de Fumel.

Il est situé sur un éperon calcaire qui domine d'une trentaine de mètres le confluent de deux étroites vallées, sur un affluent de la Thèze, appelée de trois noms : le ruisseau de Caupenne., la Petite Thèze et ruisseau de Bonaguil. Il présente la particularité de ne pas être sur une position stratégique : le château ne défend pas une ville, ni le passage d'un fleuve, ni une vallée importante ou une route commerciale.

Historique Présentation Le château de Bonaguil, avec les transformations de Bérenger de Roquefeuil, intègre les dernières améliorations dans la construction des châteaux forts, mais la barbacane qui en protège l'entrée annonce les transformations qui vont être nécessaires pour résister à l'artillerie qui passe à la fin du des boulets de pierre aux boulets de fonte.

Sa construction débute au , avant 1271., puis il est entièrement repris à la fin du et au début du par Bérenger de Roquefeuil qui lui ajoute tous les perfectionnements défensifs du Moyen Âge finissant. Il intègre à partir de 1480 les derniers perfectionnements de la défense au moyen de l’artillerie tant pour utiliser celle-ci que pour s'en prémunir : imposante barbacane couvrant l'accès au château, canonnières par dizaines tant dans les six tours que dans les courtines, chambres de tir casematées (« voûtées ») à l'abri des boulets adverses et permettant des tirs bas et rasants, « moineau » casematé interdisant toute circulation au fond du grand fossé, terrasses d'artillerie étagées au pied du corps de place qui constituent autant d'enceintes successives à forcer, aménagement à des fins défensives d'une grotte naturelle située sous l'éperon rocheux.

À son achèvement vers 1510, il apparaît cependant obsolète. En effet, à cette époque du début de la Renaissance, les grandes familles nobles ainsi que le roi et ses proches commencent à construire les premiers châteaux de la Loire et, dans tout le royaume, de nombreuses forteresses médiévales de la petite et moyenne aristocratie, même si elles conservent quelques dispositifs défensifs, sont peu à peu transformées en résidences d'agrément par abattage d'une partie des tours de flanquements et des courtines afin de les ouvrir sur la lumière et la campagne.

Hormis la perte de ses charpentes pendant la Révolution française, le château de Bonaguil est aujourd'hui dans un bon état de conservation. Il n'eut jamais à subir d'attaque et fut habité jusqu'à la Révolution.

Origines Le nom signifierait « Bonne Aiguille » ou « Bonne Eau »Historique du château sur le site officiel. et désigne le site défensif : un promontoire rocheux et escarpé de calcaire urgonien, convenant parfaitement à l’établissement d’un château fort. Ce site est préféré aux éperons proches de plus grande altitude par la présence d'un point d'eau.

Premier état vignette|Le château d'après Viollet-le-Duc. Un premier château est construit après le milieu du (entre 1259 et 1271 selon Jacques Gardelles), sur un éperon rocheux, peut-être par Arnaud La Tour, vassal de Fumel. La seule entrée du donjon en éperon, lui-même construit au-dessus d’une grotte naturelle, est une porte à six mètres de hauteur, accessible à l’échelle.

La première mention du lieu date de 1271, dans une charte qui répertorie les biens du roi de France . Jusqu'à cette date, Bonaguil, situé en Agenais, était une seigneurie vassale du comte de Toulouse. Les principaux bâtiments du château sont un donjon de forme polygonale allongée et un logis rectangulaire, situé à l'ouest du donjon au-delà d'une étroite cour intérieure large d'une dizaine de mètres. La forme particulièrement oblongue (trois fois plus long que large, ainsi que ses extrémités effilées) du donjon a été strictement dictée par les dimensions et la forme du support rocheux (calcaire campano-urgonien) sur lequel il s'élève. La pointe nord du donjon, dont la maçonnerie épaisse de plus de trois mètres forme un angle d'environ 65°, est dirigée du côté probable de l'attaque : l'étroite crête située immédiatement au nord de la forteresse.

Dans la cour du château, l’élargissement et le surcreusement d’une diaclase (faille verticale naturelle dans la roche calcaire) a permis de forer un puits profond de . pour un diamètre de . Dès le début de son existence, le château est donc approvisionné en eau.

Les seigneurs du lieu combattent dans le parti du roi d’Angleterre pendant la guerre de Cent Ans. Le château est pris plusieurs fois, incendié et abandonné, bien que toujours propriété de la famille de Fumel.

Le , Jean de Pujols, seigneur de Blanquefort et propriétaire du château, épouse l’héritière de la puissante famille languedocienne des Roquefeuil (famille de Roquefeuil-Blanquefort), Jeanne Catherine de Roquefeuil, et abandonne son nom pour celui plus prestigieux de son épouse. Leur fils Antoine hérite des importants biens des deux familles. Le fils de ce dernier, Jean de Roquefeuil épouse Isabeau de Peyre. Le couple aura neuf enfants, dont Bérenger qui naît en 1448 au château de Flaugnac. Jean et son épouse résident épisodiquement à Bonaguil (à l'instar de tous les nobles fortunés qui possédaient plusieurs châteaux) ce qui l'incitera à réaliser quelques aménagements dans l'austère forteresse de ses ancêtres maternels.

vignette|250px|Plan du château réalisé par Viollet-le-Duc.Le nord est en bas.

Les aménagements de Jean de Roquefeuil Jean de Roquefeuil qui a envoyé son fils Antoine participer à la guerre de la Ligue du Bien public, contre le roi, procède à quelques aménagements, autant défensifs que de confort : les murs du logis à l'ouest de la cour intérieure sont surélevés (en E sur le plan) afin d'ajouter un étage supplémentaire ; Un escalier à vis est installé dans une nouvelle tourelle « hors d’œuvre » accolée contre le flanc ouest du donjon, ce qui augmente l’espace disponible à l'intérieur de celui-ci. L'accès au donjon s'effectue désormais ainsi : partant de la cour, une volée d'escalier rectiligne d'une bonne vingtaine de marches mène à une étroite porte ouverte à la base de la tourelle d'escalier. Cette porte est défendue par un pont-levis piétonnier et quelques petites canonnières à tir plongeant.

Des quatre fils de Jean, c’est le troisième, Bérenger, surnommé « Bringon », qui survit aux autres et hérite en 1483 de tous les biens de ses parents. Auparavant, Bérenger a fréquenté la cour du roi de France . En 1477, il épouse Anne du Tournel au château Royal d'Amboise. lui octroie une confortable pension. Revenu de la cour après la mort de son père, Bérenger de Roquefeuil vivra quelques années entre son château de Castelnau-Montratier à une trentaine de kilomètres de là et un de ses autres châteaux, Blanquefort. Il possède désormais en tout une vingtaine de châteaux et près de trente baronnies (il en fait d'ailleurs état quelques années plus tard dans une lettre adressée à ). C'est vers 1495 que Bérenger va s'installer à Bonaguil dont il fait sa résidence principale, non sans y avoir engagé, une dizaine d'années auparavant, d'importants travaux qui vont transformer, agrandir et renforcer considérablement la vieille forteresse de ses parents.

Un four à pain est attesté dans la basse-cour.

Les renforcements défensifs de Bérenger de Roquefeuil Les considérables travaux de défense du château trouvent peut-être leur source dans les démêlés du seigneur de Bonaguil avec le roi , qui le condamne pour un violent différend avec ses vassaux de Castelnau-Montratier.

Bérenger de Roquefeuil financera ces importants travaux, qui dureront trente ans.

Première enceinte droite|300x300px Le principal danger à la fin du vient des progrès de l’artillerie. Celle-ci, née depuis plus d'un siècle, n'a cessé de s'améliorer, tant en puissance, qu'en précision et qu'en régularité de tir. Pour s'en prémunir, il faut donc tenir le plus éloignés possible les canons de l'assaillant, tenant compte que ceux-ci, en cette fin du , doivent être, pour être efficaces, mis en batterie à une distance comprise entre des murailles à détruire. Au-delà, leur tir perd de sa puissance et, plus près, les servants de pièces s'exposent dangereusement à la riposte des défenseurs. Tenant compte de ces impératifs techniques, une enceinte externe, d’une longueur de , est ajoutée au château. Elle est constituée de courtines basses remparées (retenant à leur revers une masse de terre dont la partie supérieure forme une terrasse défensive) Ce système appelé également fausse braie) permet d'amortir partiellement, grâce aux importantes masses de terre, les vibrations destructrices des impacts de boulets contre les maçonneries. Cette enceinte extérieure de Bonaguil est renforcée de tours basses qui ne dépassent pas le niveau des fausses-braies et équipée de canonnières à tir rasant, ce qui est la deuxième innovation de cette reconstruction : la prévision de l’emploi massif d’artillerie pour la défense du château, avec un total de aménagées pour les bouches à feu.

On a donc une prise en compte des derniers progrès de l'armement : d'une part on repousse le tir de l’assaillant en obligeant ce dernier à positionner ses canons bien plus loin qu'il ne le souhaiterait et, d'autre part, on lui rend difficile l’approche de son infanterie à cause des multiples canonnières tirant quasiment au ras du sol et tous azimuts. Enfin, les canons de fort calibre de la défense sont installés de préférence en hauteur, soit sur les terrasses des fausses-braies entourant le château, soit dans les casemates situées à mi-hauteur des tours, ceci afin de battre au loin les positions de l'assaillant. Bonaguil offre donc des niveaux de défense étagés en hauteur, technique qui perdurera plusieurs siècles : les tirs lointains (tirs courbes, dits « paraboliques ») sont effectués à partir des parties hautes de la forteresse, les tirs d'interdiction de l'approche (tirs tendus et rasants) opérés à partir des parties basses. Ces multiples possibilités d'utilisation de l'artillerie à des fins défensives sont renforcées par l'usage des armes portatives individuelles, tant à jet (arcs et arbalètes qui servirent jusqu'au ) qu'à feu (arquebuses), toutes parfaitement utilisables à partir des anciennes archères des dont nombre sont conservées.