L'Église de Perse ou Église de l'Orient (, Ēdtāʾ d-Maḏenḥā), parfois appelée Église d'Assyrie ou Église de MésopotamieJoseph Yacoub, Babylone chrétienne : géopolitique de l'Église de Mésopotamie, Paris, Desclée de Brouwer, 1996, fut une des premières Églises chrétiennes. Selon la tradition, elle aurait été fondée par l'apôtre Thomas.

D'abord dans la juridiction de l'Église d'Antioche, elle proclama son indépendance en 424 en tant que Catholicosat de Séleucie-Ctésiphon.

Elle a connu plusieurs schismes au cours de son histoire et aujourd'hui plusieurs Églises, appartenant à des communions différentes, en sont les héritières directes :

Églises des deux conciles l'Église apostolique assyrienne de l'Orient l'Ancienne Église de l'Orient Église catholique orientale l'Église catholique chaldéenne

Les différentes Églises orientales des chrétiens de saint Thomas dans le Sud de l'Inde, qui sont nées de l'importante activité missionnaire de l'Église de l'Orient en Inde, en sont également héritières, même si les affiliations se sont diversifiées et complexifiées.

Histoire

Selon la tradition, Mari, disciple de Thaddée le fondateur de la communauté d'Édesse (connu localement sous le nom d'Addai), aurait annoncé l'Évangile dans la région de CtésiphonFrançois Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Éditions du Cerf, 2001, 228..

Les Parthes, puis les Sassanides qui s’emparent de la Mésopotamie à partir de 266, se méfient des chrétiens qu’ils perçoivent comme dépendants de Byzance. Aussi, l'Église de Perse, qui prend de plus en plus d'importance par rapport à celle d'Antioche grâce à ses écoles et ses monastères et au développement territorial de l’Empire perse, veut manifester sa propre identitéL'Église d'Orient.

Le processus d’autonomie commence, lors d'un concile dans la ville de Séleucie, en 310, lorsque l’évêque de Séleucie-Ctésiphon, Mar Papa bar Aggai (310-329), fédère les différentes Églises locales de Mésopotamie et de Perse et prend le titre de catholicos de l'Orient, tout en demeurant dans la juridiction de l'Église d'Antioche. Ce titre de catholicos sera repris par ses successeurs.

Mais dans l'Empire romain, le christianisme devient religion d'État, et la Perse, en guerre contre Byzance, doute de la loyauté de ses propres communautés chrétiennes. Les chrétiens, apparaissant comme susceptibles d'apporter un soutien à l'Empire romain, sont persécutés par le roi Shapur II (309-379) qui tente de démanteler la structure de l'Église et fait périr vierges et clercs dont les catholicos Simon bar Sabbae (341), Shahdost (342) et Bar Bashmin (346). Le siège épiscopal de Séleucie-Ctésiphon reste vacant pendant près de vingt ans (346-363). Après la prise de Nisibe par les Perses en 363, beaucoup de chrétiens vont s'installer, en territoire romain, à ÉdesseAldabert-G. Hamman, Pour lire les Pères de l'Église, Cerf, 2007, ., dont l'école théologique prendra le nom de l'« École des Perses ».

En 410, après la période de persécution, l'Église de Perse se réorganise lors d'un concile dans la ville de SéleucieRegard sur les Églises orientales : au les conciles de Séleucie et de Markabta (410 et 424) consacrèrent la totale autonomie de l’Église d’Orient : elle eut son propre patriarche appelé Catholicos.. En 424, au synode de Mar Kabtha d'Tayiayé (Markabta), sous la conduite de son catholicos, Dadisho , elle se détache du Patriarcat d'Antioche en décrètant son autocéphalie et l'autonomie canonique absolue de son catholicosL’aventure des Assyriens, premiers chrétiens d’Asie : mais parce qu’ils sont perçus comme dépendants de Byzance, les chrétiens de Perse suscitent la méfiance croissante des Parthes, puis des Perses sassanides qui s’emparent de la Mésopotamie à partir de 266. Dès le , l’Église d’Orient est ainsi victime de violentes persécutions. Au point qu’en 424, un synode décide de proclamer l’indépendance de l’Église de Perse vis-à-vis d’Antioche et confère le titre de catholicos — ou patriarche — à l’évêque de Séleucie-Ctésiphon : « C’est lui qui est Pierre parmi nous », affirment alors les évêques de Perse..

En 431, le concile d'Éphèse condamne Nestorius, le patriarche de Constantinople, et ses positions christologiques. L'Église de Perse, qui n'était pas représentée au concile, n'en reconnaît pas les conclusions. À la suite de cette condamnation, un nombre important de clercs favorables à Nestorius quittent l'Empire romain pour se réfugier en Perse autour de l'école théologique de Nisibe.

En 484, lors du concile de Beth Lapat, à l'instigation de Barsauma, l'Église de Perse affirme son adhésion à l'enseignement théologique de Théodore de Mopsueste, ce qui lui vaut le qualificatif d'« Église nestorienne ». Cela permet aux chrétiens de Perse de se démarquer de l'Église de l'Empire byzantin, ce qui ne leur évite toutefois pas des persécutions ultérieures.

L'Église de Perse est ainsi la première en Orient à se séparer de l'Église impériale et à devenir indépendante.

Ibas, évêque de Nisibe (aujourd'hui Nusaybin en Turquie) de 435 à 457, tout en renouvelant l'anathème jeté sur Nestorius, favorisa indirectement la diffusion de sa doctrine en fondant à Édesse une école dans laquelle étaient enseignées les œuvres de Théodore de Mopsueste, Diodore de Tarse et Théodoret de Cyr. Nestorius y était lu et étudié. Même avant la destruction de cette école en 489, des étudiants se dispersèrent dans la Perse voisine.

L'évêque de Nisibe était en grande faveur auprès de l'empereur Péroz et il le persuada de l'intérêt qu'il n'y eût en Perse que des chrétiens d'obédience différente de celles de l'Empire romain.

Péroz meurt peu de temps après la mort de Babowaï et l'évêque de Nisibe a beaucoup moins d'influence auprès de son successeur, Valash. Bien que Barsauma s'oppose tout d'abord au catholicos Acacius en août 485, il le rencontre et finit par se soumettre, reconnaissant la nécessité de la primauté de Ctésiphon. Il ouvre une école à Nisibe qui devient encore plus fameuse que celle d'Édesse. Son recteur est Narsaï le Lépreux, écrivain très prolifique dont peu d'œuvres ont survécu. Ses règles sont encore conservées, et elle attire jusqu'à huit cents étudiants. La renommée de cet établissement théologique est telle que le pape Agapet et Cassiodore souhaitent fonder l'équivalent en Italie. Ceci ne peut se réaliser, du fait des troubles politiques de l'époque, mais le monastère fondé par Cassiodore à Vivarium s'inspire de l'exemple de Nisibe.

Barsauma meurt entre 492 et 495, puis Acacius en 496 ou 497. Narsaï est sans doute mort plus tard. Au concile de Beth Lapat, en 484, Barsauma impose Théodore de Mopsueste comme théologien de référence de l'Église de l'Orient, et non pas Nestorius, qui est reconnu comme docteur seulement au , et toujours avec une importance bien moindre.

En 629, l'Église syro-jacobite crée le Maphrianat de l'Orient avec siège à Tikrit pour concurrencer l'Église de l'Orient dans l'Empire perse.

En 635, une mission de l'Église de l'Orient dirigée par le prêtre Alopen s'établit à Xi'an, alors capitale de Chine, sous le règne de l'empereur Taizong des Tang (r. 626 à 649).

En 650, le catholicos Ishoyahb III met l'Église de Malabar sous la dépendance de l'Église de l'Orient. Ichoyahb III, catholicos de l'Église apostolique assyrienne de l'Orient de 650 à 660, est confronté au schisme des Églises de la province du Fars (Iran/Perse), donc du golfe Persique, puis de celles des cinq évêchés de Bahreïn ou du Qatar (Beth Qaṭrāyé en syriaque), puis de celles d'Oman (Mazun).

L'Église de Malabar fait partie de la province ecclésiastique d'Inde, province de l'extérieur, créée au courant du par le catholicos Timothée .

En 780, après la chute du califat omeyyade en 750 et l'abandon de Ctésiphon, le siège catholicosal est transféré à Bagdad, capitale du nouveau califat abbasside.

Élan missionnaire en Asie

thumb|La stèle nestorienne à Xi'an. vignette|droite|Les prêtres nestoriens dans une procession du dimanche des Rameaux, dans une peinture murale d'une église nestorienne, dynastie T'ang, Qočo, la Chine. vignette|droite|Peinture chrétienne de Dunhuang, dynastie Tang (). Bloqué du côté du sud par la conquête islamique, ainsi que du côté occidental, l'Église connaît du au un élan missionnaire très important et une considérable expansion en Asie. Ses moines missionnaires suivent les deux grandes routes commerciales transasiatiques. l’une au nord qui va de la Perse à la Chine en passant par le Turkestan, le Tibet et la Mongolie, l’autre au sud, qui atteindra l’Insulinde à travers le subcontinent indien, la Birmanie et la ThaïlandeJ.-P. Valognes, po. cité, .

L'Église connut de beaux jours sous l'Empire mongol autour du ; elle était pratiquée par plusieurs princesses de la famille de Gengis Khan, comme sa belle-fille Sorgaqtani, épouse de Tolui et la belle-fille de ceux-ci, Doqouz Khatoun, épouse de Hülegü.

La tradition syriaque orientale fut la première forme sous laquelle le christianisme s'introduisit en Chine, en 635, et à peu près à la même période en Mongolie. Il reste des vestiges de ces premiers établissements dans des villes chinoises telles que Xi'an.

Une stèle de pierre, dite « la stèle nestorienne », érigée en 782 à Zhouzhi, à quelque quatre-vingts kilomètres au sud-ouest de Xi'an, alors capitale de la Chine, décrit l'introduction du christianisme en Chine à partir de la Perse pendant le règne de Tang Taizong. Cependant en 845, Tang Wuzong décida d'éradiquer les religions professant la vie contemplative, et donc notamment le bouddhisme. Les chrétiens, également persécutés lors de ce mouvement contre les religions étrangères (dans un retour à un confucianisme comme lien national, ces religions sont déconsidérées, entre autres, par leurs systèmes de couvent et de vie contemplative, décrits alors comme hors de l'idéal confucéen de participation à la vie sociale), disparurent alors définitivement de Chine.

La présence d'un évêché est attestée dès le dans la région de Barus, sur la côte occidentale de l'île indonésienne de Sumatra.

Les chrétiens de tradition syriaque orientale sont à l'origine notamment des Églises chrétiennes présentes dans le sous-continent indien, surtout sur sa côte ouest, de Bombay au Kerala. Il est à noter que le Kerala est l'un des états indiens les plus christianisés (plus de 40 %) et l'un des plus riches, avec plus de 92 % de la population alphabétisée.

On trouve aussi un évêché à Kachgar au .

Sous la domination musulmane Avec l’avènement en 750 de la dynastie abbasside dans les territoires sous domination arabo-musulmane, l’Église nestorienne retrouve le statut qui était auparavant le sien dans l’Empire perse des Sassanides. Les nestoriens gravitent autour du pouvoir califal tant dans l’administration territoriale que dans la culture avec de nombreux savants, médecins et traducteurs. Le règne du calife Al-Mahdî (775-785), troisième calife abbasside, vient confirmer cette prééminence nestorienne dans la société de l’époque et en particulier sur les communautés chrétiennes monophysites et melkites qui commencent à affluer en Mésopotamie. Musulmans et nestoriens se côtoient depuis les premiers temps de la conquête arabo-musulmane.

À la suite du concile de Florence, Rome (Jules III) parvient à rallier une partie des nestoriens en 1551, qui vont former désormais l'Église catholique chaldéenne.

Aujourd'hui L'Église assyrienne ou nestorienne orthodoxe avait pour bastion la région de Hakkari (actuelle Turquie orientale) et a vu une grande partie de ses membres assassinés lors des grands massacres qui ont eu lieu lors de la Première Guerre mondiale (massacres connus sous le nom Sayfo ou Seyfo) ; la seconde, l'Église chaldéenne, uniate et donc liée à l'Église catholique depuis le , compte encore de nombreux membres dans le nord de l'actuel Irak où elle forme une des minorités chrétiennes les plus nombreuses de la région malgré la diaspora qui a lieu depuis plus d'un siècle.