Une anamorphose (du grec αναμορφωειν anamorphoein, « transformer ») est le résultat de la projection frontale d’une image sur une surface non perpendiculaire à l’axe de projection. L’image projetée en épousant le modelé de la surface devient une image déformée appelée anamorphose. Par l’anamorphose une simple image (2D) devient une image en relief (3D) donnant à voir une image différente de l'image initiale. Par exemple : une ellipse est l’anamorphose d’un cercle. De même qu’une ombre est l'anamorphose d’une silhouette d’un ou de plusieurs élément(s) projeté(s) par une source de lumière sur une surface quelconque.

Par nature la vision d’une image est unique or l'anamorphose offre des visions multiples. La vision sans déformation de l’image n’est possible que depuis le point de projection initial. L'observateur peut dans son déplacement de façon réversible voir la transformation de l'image initiale depuis le point de projection vers d'autres points latéraux de l’axe de projection. La dynamique de déplacement de l'observateur fait de l’anamorphose une image en mouvement ou crée un mouvement dans l’image. L'ambiguïté sur la perception des images et des choses étudiée et utilisée par de nombreux artistes et philosophes fascine et pose le doute sur notre perception de la Réalité.

L’anamorphose est une illusion d’optique ou plutôt un trompe esprit, ce qui ne veut pas dire que toutes les illusions d’optiques sont des anamorphoses.

L'anamorphose répond aux règles mathématiques appliquées à la perspective mais en est l'une de ses aberrations qui montre les limites de l'application de ses règles mises en évidence à la renaissance par Piero della Francesca.

En interposant des miroirs (plans, coniques, cylindriques, pyramidaux) dans l'axe de projection nous obtenons des anamorphoses avec des déformations dynamiques étonnantes. L'image non déformée est visible uniquement dans le reflet du miroir depuis le point de projection initial.

L'anamorphose n'a pas d'échelle et peut être réalisée sur des surfaces de tailles différentes tel qu'un papier, une toile, un murs ou un sol sous la forme de dessin, de peinture mais elle peut prendre aussi prendre l'apparence de volumes sous la forme de sculptures, d'architectures ou de jardins.

La maîtrise de la technique de l'anamorphose permet aujourd'hui de projeter des images vidéos sur la façade d'un immeuble sans déformation. Après avoir réalisé au préalable un relevé précis de la façade pour la modéliser en 3D, les images vidéos à projeter seront déformées en 3D en fonction de la modélisation tel un modelage négatif (en anglais : mapping). Lors de la projection des images vidéos anamorphosées sur la façade (positive) les deux effets s'annulent. Ainsi les images vidéos perçues apparaitront non déformées comme si elles étaient projetées sur une surface plane tel un écran de cinéma.

Application artistique Anamorphose classique D'après l'historien Jurgis Baltrušaitis, l'anamorphose est une particularité déviante de la perspective :

La peinture Les Ambassadeurs de Hans Holbein le Jeune contient près de la base de la toile l'anamorphose d'un crâne, qui est en fait une vanité. On ne peut voir le crâne qu'en regardant le tableau avec une vue rasante. +Les Ambassadeurs de Hans Holbein200px|left49px|leftFichier:Skull-Ambassadors.jpg

Parfois, ce n'est pas le centre de la représentation qui est déformé, mais ses extrémités, afin de donner l'impression que la surface du tableau n' est pas strictement plane. L'exemple le plus connu de ce type d'anamorphoses « inversées » est lAutoportrait dans un miroir convexe de Parmigianino (vers 1524). thumb|upright=0.8|left|Anamorphose à miroir Il s'agit dans ces deux cas d’anamorphoses directes. Il existe aussi d’autres types d’anamorphoses, où l’on interpose un miroir conique ou cylindrique entre le regard et la peinture qui, déformée, s’y reconstitue. C'est notamment le cas des anamorphoses chinoises datant de l’époque Ming (1368 à 1644). thumb|upright=0.8|left|Anamorphose d'après lÉrection de la Croix de Rubens de Domenico Piola, Musée des beaux-arts de Rouen.

Les anamorphoses à miroir permettent, grâce à l'interposition d'un miroir cylindrique ou conique, de faire apparaître une image qui est la réflexion d'une image déformée conçue à cet effet. L'image déformée est peinte sur une surface plane autour d'un emplacement prévu du miroir ; ce n'est qu'en y installant le miroir que l'image apparaît non déformée sur la surface de celui-ci. Répandu au , ce procédé d'anamorphose a permis de diffuser caricatures, scènes érotiques et scatologiques, scènes de sorcellerie et grotesques qui se révélaient pour un public confidentiel lorsque le miroir était positionné sur la peinture.

Parmi les peintres qui ont utilisé l'anamorphose, on peut par ailleurs citer Félix Labisse ou Salvador Dalí. De nos jours, cette technique classique a été remise au goût du jour par le marqueteur et sculpteur sur bois franc-comtois Pierre Beuchey.

On peut aussi mentionner l'anamorphose pratiquée par Sergent-Marceau dans son portrait d'Émira Marceau, à une époque où celle-ci n'était pas encore son épouse : visage d'homme en bas à gauche, confondu avec une bougie.

Anamorphose contemporaine Trompe-l'œil architectural thumb|Trompe-l'œil en façade.

Les principales utilisations modernes de l'anamorphose interviennent dans le domaine du trompe-l'œil. Elles consistent à peindre d'une façon déformée et calculée une image qui se reconstituera, vue d'un point de vue préétabli, et donnera à la peinture murale une impression de relief et donc de réalité spatiale.

Vue de la petite place Saint-Georges à Paris, un peu plus haut, le spectateur découvre une façade d'immeuble avec fenêtres en arcades et à fronton, volets. Mais toute cette architecture apparente (moulurations, corniches, ombres portées, vitrages et reflets) est fictive, uniquement picturale, sans réalité volumétrique ; elle n'est que la résultante visuelle de l'opération que produit l'anamorphose. L'image « anamorphosée » du théâtre paraît évidente de ce point de vue privilégié, mais au déplacement l'image tend à se déformer.

L'occasion de créer une anamorphose nécessite une étude des circonstances scénographiques et topographiques satisfaisantes et un choix de points de vue obligés et privilégiés.

Ci-contre, un carré pour un square, une anamorphose réalisée par l’artiste Jean-Max Albert pour la Place Fréhel en 1988. Le tracé d’un carré vu en perspective vient s’inscrire dans le site de la place. Il est constitué par un ensemble de lignes formées d'étroites plaques de marbre de Carrare imbriquées dans les murs des immeubles riverains. Un muret en maçonnerie a été créé, ainsi qu'un pilier de pierre de taille destiné à former l’angle gauche du « carré ». Les vestiges d'une ancienne construction ont été préservés et servent aussi de support au dessin du carré virtuel.

Par le même artiste, un autre exemple, dont le point de vue obligé est indiqué par l'une des sculptures de visées du parc de la Villette. Une anamorphose cette fois constituée par le reflet d'un assemblage en bronze. Le reflet montre discrètement l'imbrication d'un cercle dans un carré dans un triangle en référence au plan directeur de Bernard Tschumi, architecte du parc. Ce dispositif permet exceptionnellement de voir simultanément l’objet d’origine et son effet visuel ou, si l'individu le veut, la possibilité d’apprécier en même temps l’image formée et sa déformation.

Une autre variante de cette technique a été réalisée par l’artiste Cinzia Pasquali pour décorer le tunnel autoroutier du Duplex A86L'anamorphose de Louis XIV décore un tunnel autoroutier sur le site du Figaro.. Sa fresque évoque le Roi-Soleil, dont la tête d’Apollon aux cheveux flamboyants a été déformée à 400 % pour permettre aux automobilistes de la section Vélizy-Villacoublay – A13 du tunnel d’avoir une perception globale de l’œuvre à une vitesse maximale de .

Ci-dessus, la façade en trompe-l'œil du théâtre Saint-Georges, réalisée par Dominique Antony.

Au printemps 2016, une anamorphose de la Pyramide du Louvre a été réalisée à Paris par l'artiste photographe JR. Ce dernier a plaqué une photo de la partie du Pavillon Sully, se trouvant derrière la pyramide, sur la face avant. En se plaçant en un point particulier sur le parvis, la perspective réalisée permet de faire coïncider la photo de la partie cachée du pavillon, avec le reste du bâtiment, masquant ainsi la Pyramide..

Anamorphose ludique La technique peut également servir un objectif plus ludique, rappelant les utilisations classiques, et cacher dans une image des éléments à découvrir.

Selon Dominique Antony, auteur de l'anamorphose ci-dessous : L'image inattendue jaillit vers le regard ébahi du spectateur. C’est un secret et celui qui l'a découvert, le garde ou le divulgue...

Cette scénographie de l'anamorphose utilise les ressources et les contraintes de l’architecture pour créer un rapport magique avec celui que, soudain, l'anamorphose rencontre.

L'anamorphose est aussi le phénomène des miroirs déformants que l'on trouve dans les animations de foire.

Anamorphose 3D Un procédé informatique développé en 2010Anamorphose 3D, qu'est-ce que c'est ? par Rodrigue Pellaud permet de projeter des animations 3D en dissociant le point de vue du spectateur du point de vue de projectionRodrigue Pellaud - light & sound performance @ ECAV..

vignette|307x307px|Anamorphose « Vague à l'âme », de son angle parfait – Floralies internationales 2024.

Anamorphose scénographie C'est une application de la technique de l'anamorphose directement dans un espace scénographique. Cela signifie que l'image est déformée, et se révèle seulement sous un angle précis. Elle s'intègre à un décor, un mur, un sol, ou même un objet tridimensionnel. Elle permet d'inclure le spectateur à l'œuvre, en le faisant participer activement à la découverte de l'image ou du message.

Ci-contre, aux Floralies internationales 2024, le jardin Vague à l'âme a utilisé ce principe. Il a remporté le Grand Prix d'Honneur 2024 de la Meilleure Présentation Française de cette édition. L'anamorphose, vise à faire passer le message de son œuvre : les jeux d'un autre temps. Pour ce faire, elle reconstitue un terrain vague des . Le carré rouge, travaillé en anamorphose, représente le cadrage de La voiture fondue de Robert Doisneau. Par cette anamorphose, les auteurs recentrent le message au cœur de l'œuvre, telle une mise en abîme.

Applications utilitaires Application militaire L'anamorphose a été utilisée pour les périscopes des chars d'assaut dès la Première Guerre mondiale, afin d'augmenter l'angle de vue : l'image était « comprimée » par l'objectif du périscope, puis décompressée par l'oculaire David W. Samuelson, Golden Years, American Cinematographer, September 2003, ., afin de réduire la taille du conduit reliant l'objectif à l'oculaire.

Application à la projection cinématographique et vidéo thumb|Image originale (haut) et photogramme anamorphosé sur une pellicule (bas).

La projection cinématographique utilise en standard une pellicule de de large. En raison des contraintes techniques , la taille du photogramme est limitée à , ce qui représente une image ayant un rapport largeur sur hauteur .

Or, une salle de projection est presque toujours plus large que haute ; si l'on veut avoir une image plus grande, pour avoir un « grand spectacle », il faut donc projeter une image plus large. Les formats de projection larges peuvent être obtenus en agrandissant davantage l'image projetée à l'écran après avoir réduit la hauteur de l'image sur la pellicule. Il est ainsi possible d'avoir une image ayant un rapport , le photogramme faisant , mais cette image est limitée par le grain de la pellicule : si l'image est trop grossie, il est obtenu une image de qualité médiocre.