La forêt domaniale de la Coubre est un massif forestier s'étendant sur une partie de la presqu'île d'Arvert, en Charente-Maritime. Couvrant une superficie de ZNIEFF 540004571 - Forêt de la Coubre, c'est une des plus importantes forêts du nord de la Nouvelle-Aquitaine, derrière la forêt de la Double et la forêt d'Horte (environ ) mais devant la forêt de Moulière ().
Il s'agit avant tout d'une vaste pinède présentant, par bien des aspects, de nombreuses similitudes avec la forêt des Landes située de l'autre côté de l'estuaire de la Gironde. Elle présente néanmoins une bien plus grande richesse écologique, du fait d'une importante diversité d'espèces d'arbres. Faisant partie du domaine privé de l'État, elle est gérée par l'Office national des forêts, et est classée forêt littorale de protection.
Issue de l'ensemencement de dunes littorales au cours du , sous l'action, notamment, de Médéric de Vasselot de RégnéG.M. Simon, Forêts et dunes de la côte charentaise, elle est un des principaux poumons verts de l'agglomération royannaise. Pas moins de 22 kilomètres de circuits VTT, de 25 kilomètres de pistes cyclables/rollers (EuroVelo 1), de 49 kilomètres de pistes cavalières, de 50 kilomètres de sentiers de randonnée — dont le GR4 —Communauté d'agglomération Royan-Atlantique - ScoT - Rapport de présentation et plusieurs grandes zones de silence permettent de mieux appréhender ce vaste ensemble, plus complexe qu'il n'y paraît, sa faune (cerf élaphe, sanglier, chevreuil) et sa flore (pins maritimes, chênes verts, arbousiers, robiniers). Son point culminant est la butte du Gardour (), d'où la vue porte jusqu'à Royan, à 20 kilomètres de là. Initialement au sud, le phare de la Coubre, le plus haut du département, offre depuis son sommet une vue d'ensemble du massif.
En 2006, les forêts de La Tremblade, de la Coubre et de Saint-Augustin-Les Mathes sont réunies en un même ensemble, baptisé forêt domaniale de la CoubreGuy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, . Elle couvre quatre communes : La Tremblade (et sa station balnéaire de Ronce-les-Bains), Les Mathes (et sa station balnéaire de La Palmyre), Saint-Augustin et une petite fraction de Saint-Palais-sur-Mer. Ainsi, le phare de la Coubre s'est retrouvé au centre de ce nouvel ensemble forestier. Elle est mitoyenne d'un autre massif forestier protégé, la forêt des Combots d'Ansoine (qui appartient au Conservatoire du littoralForêt des Combots d'Ansoine, site du Conservatoire du littoral), ainsi que du bois de Bouffart et de la forêt d'Arvert.
La forêt est accessible depuis Royan, Vaux-sur-Mer, Saint-Palais-sur-Mer et La Tremblade par la D 25, depuis Saint-Augustin, Les Mathes et Étaules par la D 145 et depuis Arvert depuis les D 141 et D 268.
Histoire
La forêt de Salis
Lorsque le décret du « relatif à la plantation des dunes » est publié, une grande partie de la presqu'île d'Arvert présente un visage bien différent de celui d'aujourd'hui. De grands massifs dunaires, en constant mouvement sous l'action des vents dominants d'ouest, constituent une menace particulièrement redoutable pour les différentes communautés villageoises établies à proximité.
thumb|La dune vive, par nature très instable, continue d'engloutir des arbres après chaque tempête.
Au cours des siècles précédents, ces montagnes de sable dont on a dit « qu'elles marchaient en Arvert » ont considérablement modifié la géographie des environs, comblant en partie le golfe de Barbareu, véritable mer intérieure, et ensevelissant plusieurs villages, les plus connus étant Notre-Dame-de-BuzeNotre-Dame de Buze et Anchoisne, dont Claude Masse a dessiné les vestiges au début du Guy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, .
Avant que les dunes ne constituent une menace, deux massifs forestiers couvraient le site occupé aujourd'hui par la forêt de la Coubre. À l'ouest, la forêt de Salis, mentionnée dans plusieurs documents du , était essentiellement une vaste chênaie/pinède dépendant de la seigneurie d'Arvert, où quelques communautés religieuses s'étaient implantées autour de La Tremblade. Au sud, la forêt de Corles, qui s'étendait jusqu'à Saint-Pallais-de-Bren (Saint-Palais-sur-Mer), dépendait quant à elle de la seigneurie de RoyanGuy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, . Toutes deux étaient soumises à différents droits d'usages, donnant régulièrement droit à des querelles, parfois des procès : droit de bois-mort et mort-bois (ramassage du bois mort), droit de glandée (ramassage des glands), de panage (parcours des porcs dans les bois), de faire paître bestiaux, porcs, chèvres, etcGuy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, .
Au , Antoine de Pons, baron d'Arvert, est ainsi en procès contre les « manans et habitans de la dite baronnie d'Arvert, (…) les dits habitans prétendant droit d'usage à bois-mort et mort-bois qui sans titre et moyens ils auroient dépopulé et grandement ruiné les forests de Salis et Bourrefart ».
thumb|left|De nombreux sentiers pédestres s'enfoncent au cœur de la forêt.
Le fait est que cette époque coïncide avec le début d'un « petit âge glaciaire » marqué par des hivers souvent très rigoureux qui entraînent des besoins en bois de chauffe plus importants, et que certains « manans » ne se contentent pas de prélever du bois mort. Ce changement climatique fragilise également le couvert végétal, alors même que les dunes se remettent en mouvement (phénomène de remobilisation des sables). De nouveaux apports sableux envahissent les dunes primaires (dunes anciennes) pour former des dunes modernes, plus hautes, plus instables aussi. Certains hivers, comme celui de 1708-1709, sont si froids que les arbres dépérissent.
Lorsque le géographe Claude Masse dessine la carte de la région au cours de ces années noires, La Tremblade et Les Mathes sont aux portes d'un véritable désert, désigné sous le nom de « dunes ou sables d'Alvert ». L'ancien golfe de Barbareu n'est plus qu'une succession de marais insalubres secoué par de redoutables épidémies de choléra et de paludisme, « marais presque toujours inondez qui se comblent insensiblement par les sablesGuy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, ». Du grand massif forestier de Salis, ne subsistent que quelques taillis épars (forêt d'Arvert) et une partie du bois de Bouffart ; quant à la forêt de Corles, rebaptisée forêt de Royan, elle est insensiblement envahie par les sables.
En 1707, un édit « pour la conservation du pays et de la forêt d'Arvert (…) défend à toutes personnes de quelques qualités et conditions qu'elles fussent, et sous quelque prétexte que ce pût être, de couper aucun bois vert de ladite forêt et autres dont les arbres et bois préservaient le pays de l'inondation des sables de la mer, à peine de cent livres d'amendeGuy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, ».
Le décret de 1810
La situation n'est guère meilleure sur le reste du littoral atlantique, et de l'autre côté de l'estuaire, la ville de Soulac est purement et simplement engloutie par les sables. En 1801, un décret « relatif à la plantation en bois des dunes des côtes de Gascogne » est promulguéH. Cavaillès, La transformation des Landes de Gascogne et leur situation actuelle, in Persée. S'il ne concerne que les départements de la Gironde et des Landes, il sert de modèle au décret de 1810, qui prescrit de planter les dunes du pays d'Arvert, et précise : « n'entendons rien innover, par le présent décret, ce qui se pratique dans les plantations qui s'exécutent sur les dunes du département des Landes et du département de la Gironde ».
thumb|Ailantes et robiniers se mêlent aux pins dans le secteur de Bonne Anse.
Un plan des dunes est dressé par les ingénieurs des Ponts et Chaussées. Considérant qu'il s'agit là d'une question d'intérêt général, l'État se porte acquéreur de certains terrains en vue de leur plantation. Les particuliers qui ne veulent céder leurs terres se voient contraints, en application de l'article 5 du décret de 1810, de procéder aux plantations à leurs frais (ce que feront notamment des propriétaires rochelais, groupés en société, et qui donneront leur nom à une portion de forêt : la forêt des RochelaisGuy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, ) ou, à défaut, d'en confier la responsabilité à l'État, qui en compensation, se réserve la jouissance du terrain et du produit des coupes jusqu'à entier recouvrement des sommes avancées (après quoi, les terres devant être restituées à leurs propriétaires ou à leurs descendantsGuy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, ). Cette procédure, bien sûr, étant loin de faire l'unanimité et donnant lieu à diverses querelles entre propriétaires et représentants de l'administration.
La tâche s'annonce ardue. Considérant comme prioritaire la stabilisation des dunes de la pointe de la Coubre, où amers et balises constituent un dispositif primordial pour les navires entrant ou sortant de l'estuaire de la Gironde, c'est dans cette région que débutent les travaux en 1824 (ils se poursuivront jusqu'en 1836Guy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, ). Le sous-préfet de Marennes, Charles-Esprit Le Terme, note à cette époque : « pour effectuer ces semis, on couvre les graines de pin et de genêt jetées sur le sable avec des herbes qui empêchent à la fois le vent de les enlever et entretiennent sur le sol une humidité favorable à la germination des graines. Ces herbes sont ensuite recouvertes elles-mêmes de branches de pinGuy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, ».
thumb|left|Depuis le phare de la Coubre, la vue porte sur près de 8000 hectares de forêt domaniale ou privée.
Ce procédé sera repris peu ou prou dans toute la région au cours des décennies suivantes, avec plus ou moins de succès. En 1847, on ensemence les dunes de Mus-de-Loup, près de La Tremblade. Le gros des travaux débute à partir de 1859, sous la supervision de l'administration des Eaux et Forêts et du chef du service forestier, Médéric de Vasselot de RégnéGuy Estève, Historique du boisement du massif de La Coubre, Histoire presque naturelle de la presqu'île d'Arvert, . Après maints démêlés d'ordre juridique, ce ne sont pas moins de 2000 hectares de dunes qui sont ensemencées jusqu'en 1878. Des maisons forestières, pépinières et jardins d'acclimatation sont mis en place, de même que des chemins vicinaux et, bientôt, un petit tramway, construit entre 1868 et 1910. Le pin maritime est alors, ici comme dans une grande partie du littoral du Sud-Ouest de la France, un véritable « arbre d'or » qui sert à la confection des poteaux télégraphiques, des traverses de chemin de fer ou aux poteaux de soutènement des mines de charbon. Le bois de moindre qualité sert à réaliser du papier. La résine, une fois distillée, donne la térébenthine et la colophane, matières premières de nombreuses colles, peintures et solvants.