Krzysztof Kieślowski (en français : Christophe Kieślowski) est un réalisateur et scénariste polonais, né le à Varsovie où il est mort le . Formé à l'École de cinéma de Łódź, il réalise à partir de 1966 une vingtaine de documentaires décrivant la société polonaise de l'époque avant de passer en 1976 à la fiction. Ses longs métrages s'inscrivent dans le courant du cinéma de l'inquiétude morale, mouvement réaliste du cinéma polonais qui traite de questions sociales et aborde des thèmes moraux complexes. Si ses premiers films se caractérisent par une forme ascétique, encore proche du genre documentaire, ses œuvres ultérieures bénéficient d'un traitement visuel sophistiqué.

Kieślowski accède à une large reconnaissance internationale avec la sortie du Décalogue en 1988. Il reçoit de prestigieuses récompenses dont un lion d'or à la Mostra de Venise, un ours d'argent du meilleur réalisateur à la Berlinale, un prix du jury au Festival de Cannes et plusieurs prix FIPRESCI. Les films de sa trilogie Trois Couleurs lui valent également deux nominations aux Oscars de 1995 dans les catégories meilleur réalisateur et meilleur scénario original.

Biographie Jeunesse et éducation vignette|alt=Bâtiment de quatre étages. Les murs du premier sont de couleur beige, et le reste est gris. Le toit est brun. Le bâtiment a deux balcons en bois sur sa face.|Maison sur la rue Główna, à Sokołowsko, où a habité Kieślowski. Le père de Krzysztof Kieślowski, Roman Kieślowski, est un ingénieur civil originaire de Volhynie tandis que sa mère, Barbara, née Szonert, travaille comme employée de bureau.. Elle vient de Bydgoszcz et elle est apparentée au Premier ministre de la Pologne d'avant-guerre Felicjan Sławoj Składkowski... Roman et Barbara se marient en et Krzysztof vient au monde le à Varsovie, en Pologne alors occupée par l’Allemagne. L'enfance du jeune Kieślowski est marquée par la maladie de son père, atteint de la tuberculose. La famille déménage souvent de ville en ville, de sanatorium en sanatorium, au Sud de la Pologne avec des séjours plus prolongés à Strzemieszyce (aujourd'hui Dąbrowa Górnicza) et à Sokołowsko.

À la fin de son enseignement primaire, Krzysztof Kieślowski opte pour une école de pompiers à Wrocław mais abandonne au bout de quelques mois. En 1957, suivant les conseils de ses parents, Kieślowski s'inscrit à l'école du théâtre de Varsovie dont son oncle est le directeur. Pendant ses études, centrées autour de la peinture et du décor et qui durent jusqu'en 1962, il s'occupe de la garde-robe d'acteurs tels que Tadeusz Łomnicki, Aleksander Bardini et Zbigniew Zapasiewicz.. Ayant pris goût au théâtre, il s'oriente vers des études de mise en scène, qui nécessitent cependant un premier diplôme d’études supérieures . Pour l'obtenir, Kieślowski choisit donc l'École nationale de cinéma de Łódź, mais échoue au concours d'entrée à deux reprises avant d'intégrer l'école en 1964. Il en sort en 1968 et obtient son diplôme de réalisateur en 1970. Encore étudiant, il épouse Maria Cautillo en 1967 avec qui il a une fille, Marta, née en 1972..

Carrière de réalisateur Débuts La carrière cinématographique de Kieślowski commence en 1966 avec deux courts métrages d’étude : Le Tramway, qui raconte l'histoire d'un jeune homme poursuivant le véhicule-titre, réalisé sous la supervision de Wanda Jakubowska., et Le Bureau, qui est une satire de la bureaucratie.. En 1967, il réalise Concert de vœux, un court métrage sur une sortie d'entreprise à la campagne, et, en 1968, il signe le film documentaire Le Photographe... Son mémoire de fin d’études intitulé De la ville de Łódź, écrit en 1969, est consacré à la vie quotidienne des habitants de Łódź..

Kieślowski passe le début des années 1970 à réaliser des documentaires sur la société polonaise contemporaine dans lesquels il accentue les aspects de la réalité par le montage, le son et les choix de prise de vue, ce qui laisse deviner les rouages implicites du système et les sentiments profonds des individus. En 1970, il sort L'Usine, dans lequel le ton optimiste du récit est opposé aux conditions de travail misérables des travailleurs de l'usine d'Ursus.. La même année, avec Andrzej Titkow, il réalise J'étais soldat et montre des vétérans de la Seconde Guerre mondiale qui ont perdu la vue pendant le conflit.. En 1971 sort Avant le rallye, qui montre les préparatifs du pilote automobile polonais Krzysztof Komornicki pour le Rallye de Monte-Carlo.. L'année suivante, Kieślowski réalise Le Refrain, documentaire sur le travail d'un funérarium, et, avec Tomasz Zygadło, Les Ouvriers de 71 : rien sur nous sans nous, montrant le vrai état d'esprit des ouvriers après la prise de pouvoir par Edward Gierek.. Ce dernier est par la suite interdit de distribution et n'a été projeté que dans une version censurée.. Le réalisateur lui-même décrit ce film comme le plus politique de sa carrière. La même année, il intègre l'association des cinéastes polonais, dont il est vice-président entre 1978 et 1981. En 1972, il réalise également des documentaires de commande qui montrent le travail des ouvriers d'usine : Entre Wrocław et Zielona Górą, Les Principes de sécurité et d'hygiène dans une mine de cuivre et L'Accueil...

En 1973, Kieślowski réalise sa première œuvre de fiction, un moyen métrage d'une demi-heure intitulé Passage souterrain, sur les relations entre un jeune professeur et sa femme qui l'a quitté.. Dans ce film improvisé et réalisé en dix jours, les rôles des époux sont joués par Teresa Budzisz-Krzyżanowska et Andrzej Seweryn. La même année, il réalise également un documentaire, Le Maçon, sur un ancien travailleur et militant du Parti ouvrier unifié polonais.. En 1974, il met en scène un faux documentaire, Premier Amour, sur un couple de lycéens entrant en âge adulte, et La Radiographie, un documentaire sur des personnes atteintes de maladies pulmonaires...

Documentaires sociaux et premiers longs métrages Le premier long métrage de Kieślowski, Le Personnel, sorti en 1975, s'inscrit dans le courant du cinéma de l'inquiétude morale. Le protagoniste du film, un jeune idéaliste joué par Juliusz Machulski, travaille dans un théâtre comme tailleur. La direction le force à dénoncer un de ses collègues, et les conflits qui s'ensuivent brisent l'image que le tailleur avait de cette haute institution culturelle.. Le Personnel est une expression de la gratitude de Kieślowski envers l’école du théâtre de Varsovie qui lui permit d'avoir un premier travail dans le milieu théâtral. Téléfilm diffusé à la télévision, il est chaleureusement accueilli par la critique et remporte le grand prix du Festival de Mannheim-Heidelberg et le prix du jury au Festival du film polonais de Gdynia. En 1975, Kieślowski réalise également le documentaire Curriculum vitae, qui traite du travail de la Commission de contrôle et dans lequel il recrée la mise en examen d'un travailleur expulsé du parti.. Son dernier travail de 1975 est le documentaire Légende, qui retrace la vie de l'écrivain Stefan Żeromski..

vignette|gauche|alt=Homme en costume de face, regardant sur sa droite avec la bouche ouverte. L'homme est très joufflu, a peu de cheveux et de grands yeux.|Le film La Cicatrice marque la première collaboration de Kieślowski avec Jerzy Stuhr (ici en 2015) avec qui il a travaillé sur sept projets.. En 1976, Kieślowski réalise le long métrage La Cicatrice, qui met en scène un conflit entre le directeur d'une usine industrielle, joué par Franciszek Pieczka, et ses ouvriers.. Le réalisateur considère son film comme un échec, , en raison d'un manque de nuance entre les protagonistes et les antagonistes. Les critiques, en revanche, apprécient La Cicatrice, qui est considéré comme un film politique qui expose l'inefficacité de l'économie du pays et la corruption en son sein. Ils critiquent tout de même le film pour certaines faiblesses dramatiques et pour l’insertion jugée artificielle de moments de la vie du réalisateur. Kieślowski se sert de chutes de films de La Cicatrice pour créer Claps, un court-métrage qui compile tous les claps du film.. La même année, il réalise un autre long métrage intitulé Le Calme, dont le protagoniste, interprété par Jerzy Stuhr, est un ouvrier libéré de prison qui tente de reprendre sa vie en main. Le Calme est cependant censuré pendant quatre ans.. Lorsqu'il est finalement diffusé en 1980, le film est salué par la critique pour son histoire contemporaine qui, d'après-elle, se rapproche des grèves d', et ce bien que Kieślowski ait toujours soutenu que son film était apolitique et qu'il racontait simplement ..

Entre 1977 et 1978, Kieślowski réalise quatre documentaires. Je ne sais pas raconte l'histoire d'un directeur d'aciérie qui est expulsé de son travail et qui essaye de s'opposer à la corruption dans l'usine ; le film n'est cependant publié qu'en 1981. L'Hôpital traite quant à lui du travail de chirurgiens dans des conditions très défavorables dans une clinique.. Point de vue d'un gardien de nuit suit un gardien d'usine aux vues totalitaires. Ce documentaire a reçu le prix FIPRESCI au Festival du film de Cracovie.. Enfin, il tourne Sept femmes d'âge différent à propos de sept danseuses..

Kieślowski connaît son premier grand succès avec le long métrage L'Amateur en 1979. Son protagoniste, joué par Jerzy Stuhr, est un cinéaste amateur qui produit des documentaires sociaux contraires à la propagande des autorités et expose les personnages de ses films à des licenciements.. Le film acquiert alors une renommée considérable auprès des critiques qui le considèrent comme un traité sur le rôle du cinéma et de l'art dans la vie humaine. Le point culminant montrant le cinéaste pointant la caméra sur lui-même est particulièrement apprécié, tout comme la combinaison d'une intrigue avec une narration au style proche d'un documentaire. Cependant, l'histoire d'amour est jugée mal exécutée et fait l'objet de nombreuses critiques. L'Amateur reçoit la médaille d'or au Festival international du film de Moscou et le lion d'or à Gdynia. En 1980, Kieślowski réalise deux documentaires : Les Têtes parlantes, dans lequel il pose des questions existentielles à des personnes choisies au hasard, et La Gare, dans lequel il filme la gare centrale de Varsovie. Le réalisateur n'en est pas satisfait, car il le considère comme trop rempli de coïncidences, et employant une méthode inappropriée pour raconter des choses intimes.. Après cette production, il abandonne le cinéma documentaire.

Longs métrages sociaux alt=Homme en costume de face regardant l'objectif. Il est relativement ridé, a de petits yeux et une bouche mince.|vignette|Krzysztof Piesiewicz (ici en 2010) écrit avec Kieślowski tous ses scénarios à partir de Sans fin. En 1981, Kieślowski réalise deux films. Le premier, Une courte journée de travail, réalisé juste avant la loi martiale en Pologne, se fonde sur un reportage d'Hanna Krall intitulé Vue de la fenêtre du premier étage. Il raconte l'histoire d'un secrétaire du parti communiste qui doit faire face aux ouvriers pendant la grève de 1976.. Le réalisateur lui-même considère que ce film est un échec total, car le secrétaire y est représenté de façon schématique, sans avoir osé entrer dans sa psyché. Le deuxième film, Le Hasard, qui n'est sorti qu'en 1987, raconte l'histoire d'un étudiant joué par Bogusław Linda qui décide de partir à Varsovie. Depuis lors, le film montre trois versions des événements : selon que l'étudiant prend ou non le train, il devient un militant communiste, un militant de Solidarność ou un homme non impliqué dans la politique. Dans tous les cas, il subit une défaite.. Le film reçoit des avis très différents de la part des critiques. Ils le voient comme un film politique se référant aux événements de la fin des années 1970 et du début des années 1980, avec un fil érotique inutilement étendu. Toutefois, les critiques saluent dans le film la façon de parler du rôle du cas humain et de la vulnérabilité de l'homme face à l'environnement.