, né le à Sirmium (Pannonie) et mort le à Mopsueste (Cilicie), fils de , est un empereur romain chrétien qui règne de 337 à 361 sous le nom de Flavius Julius Constantius.
Né durant le règne () de Constantin, empereur titré Auguste, Constance est élevé en 324 au rang de César, ainsi que ses deux frères, et , et leur cousin Flavius Dalmatius.
Envoyé en Gaule en , puis en Syrie, il intervient en en Arménie, royaume dont la couronne est promise à son cousin Flavius Hannibalianus. Apprenant la mort de l'empereur en , les trois frères font massacrer Dalmatius et Hannibalianus, ainsi que la quasi-totalité des membres de leur famille. Ils se font acclamer Augustes et se répartissent l'empire (), dans le prolongement du système de la tétrarchie instituée par Dioclétien en 285.
obtient ainsi la partie orientale (capitale : Constantinople), menacée par les Sassanides (). En , est tué par , qui se place à la tête de la partie occidentale (capitale : Milan). est assassiné en par un de ses généraux, Magnence, qui usurpe le titre impérial. finit par le vaincre en . Deux ans plus tard, il réussit à éliminer un nouvel usurpateur, le général Sylvain, ce qui lui permet de rester seul empereur.
Mais ne pouvant gérer à la fois le front de la Perse sassanide et le front de Gaule, menacé par les Germains, notamment les Alamans, il décide de se faire épauler par un nouveau César. N'ayant pas de fils, il choisit un des deux survivants du massacre de 337, son cousin Constantius Gallus (325-354), qu'il envoie en Syrie (province romaine) en , lui-même s'installant à Milan à la tête de l'Empire romain d'Occident. Mais, Gallus s'étant discrédité par sa brutalité, Constance le rappelle et le fait exécuter en .
Voulant reprendre le commandement des armées d'Orient, Constance appelle en son dernier parent encore en vie, le frère de Gallus Julien (331-363), à venir à Milan où il le nomme César et le charge du commandement en Gaule. Ayant réussi à reprendre le contrôle du limes du Rhin sur les Alamans, Julien se lance à son tour dans une tentative d'usurpation, étant reconnu comme Auguste par ses soldats en 360. se trouve alors en Mésopotamie. Il décide de partir affronter Julien, mais meurt de maladie en Cilicie le , désignant sur son lit de mort son adversaire comme son successeur.
Le règne de est marqué par la consolidation des réformes de , notamment sur les plans financier et administratif, mais aussi par une inflexion vers une nouvelle conception du pouvoir assez proche de celle des futurs empereurs byzantins et caractérisée par le goût pour la pompe, ainsi que par la montée en puissance des eunuques et des notaires. Élevé dans la religion chrétienne, veille également à renforcer l'Église face aux cultes païens et à la purger de ses divisions en tentant d'unifier le dogme entre les évêques ariens et les évêques nicéens, notamment lors du concile de Constantinople en 360.
Bien plus que les autres décisions de , ce sont principalement ces questions religieuses que retiennent les historiens anciens.
Le prince impérial Origines familiales et naissance thumb|right|, qui accède à la pourpre en , s'impose à l'issue d'une longue guerre civile comme seul maître de l'Empire, de à . Il semble être le premier empereur chrétien.
naît sous le nom de Flavius Julius Constantius le à Sirmium, dans la province de Pannonie, située dans le diocèse (administratif) de Mésie et la préfecture du prétoire d'Illyricum.
Il est le fils de Constantin, général romain qui a usurpé le titre impérial d'Auguste en et été reconnu comme légitime en . Constance, futur empereur, naît donc alors que son père est déjà empereur, événement très rare dans un empire où la succession impériale n'est généralement pas héréditaire de père en fils depuis que l'empereur Auguste a institué le régime du principatVoir, Paul Veyne, « Qu'était-ce qu'un empereur romain », dans L'Empire gréco-romain, 2005, Seuil. en 26 avant notre ère.
Sa mère est Fausta, seconde épouse de Constantin, qui lui donne deux autres fils : Constantin (316-340) et Constant (320-350). L'empereur a eu auparavant un autre fils de sa première épouse, Minervina, Crispus (303-326), donc nettement plus âgé.
Constance et ses deux frères sont petit-fils de deux empereurs, descendant de Constance Chlore par leur père et de Maximien Hercule par leur mère.
Généalogie ascendante
Enfance : une éducation chrétienne
Un événement politique important a eu lieu en 313 : avant la bataille du pont Milvius, Constantin aurait eu la vision d'une croix (symbole du christianisme) accompagnée de la phrase : In hoc signo vinces (« Par ce signe, tu vaincras »). Effectivement vainqueur, il promulgue peu après l'édit de Milan, qui autorise le christianisme dans l'empire, alors que la dernière grande persécution des chrétiens date du règne de Dioclétien (Constantin lui-même se fera baptiser, mais seulement en 337 sur son lit de mort).
Les fils de Fausta reçoivent une éducation soignée, confiée à des précepteurs chrétiens, qui selon André Piganiol en font des « fanatiques qui tremblent pour leur salut »Roger Rémondon, La Crise de l’Empire romain, PUF, coll. « Nouvelle Clio », Paris, 1964, 1970, .
Attribution du titre de César aux fils de Constantin Désireux de mettre fin aux guerres civiles fréquentes, conséquences d'une absence de règles de succession précises, le système de la tétrarchie mis en place par Dioclétien ayant montré ses limites, veut fonder sa propre dynastie fondée sur le principe de l'hérédité.
Successivement, ses fils reçoivent le titre de César, qui est celui d'un vice-empereur dans le système tétrarchique (chaque partie de l'empire a deux empereurs, un Auguste et un César) : Crispus et Constantin en (à 13 et ), Constance le (à ), Constant le (à ), donc à un âge où ils ne sont pas en mesure de gouverner ni de diriger des armées.
Ce titre est aussi attribué à leur cousin Dalmatius, fils de Flavius Dalmatius, demi-frère de l'empereur, en , à l'âge d'environ .
Constance reçoit donc la pourpre impériale à l'âge de sept ans à Nicomédie (actuelle Izmit en Turquie), non loin de Constantinople, capitale de l'empire d'Orient, des mains de son père, devenant un des plus hauts dignitaires de l'empire. Sa position au sein de la famille impériale est confortée lorsque, au début de l'année , Constantin fait exécuter son fils aîné Crispus (à Pula, en Istrie) et un peu plus tard, Fausta, accusée d'adultère avec son beau-fils (à Trèves), capitale en second de l'empire d'Occident (après Milan).
Débuts de Constantin II et de Constance II dans la défense de l'empire (332-335) Jusqu'en , du fait de leur jeune âge, leur titre de César est purement honorifique. À partir de cette date, les estime suffisamment âgés pour participer au gouvernement, c'est-à-dire, en premier lieu, à des commandements militaires. De retour d'une campagne contre les Goths, il partage avec eux au prestige de la victoire.
semble avoir été ensuite envoyé en Gaule, sur le limes du Rhin, tandis que son frère combat les barbares sur le limes du DanubeMichael DiMaio, Jr., « » sur De Imperatoribus Romanis.. remplace ensuite son frère sur le Rhin, lui permettant de partir en Syrie où l'empereur craint la reprise du conflit contre les Perses sassanides, qui tiennent la Mésopotamie juste à l'est de la Syrie.
Constance II en Arménie dans la guerre contre les Sassanides (335-336)
Depuis la victoire remportée par Galère en 298, les relations entre les deux empires ont été dans l'ensemble pacifiques. Les Sassanides ont alors reconnu le protectorat romain sur le royaume d'Arménie. En 325, cependant, ils ont obligé l'armée romaine à intervenir de nouveau. En , le roi sassanide envahit l'Arménie, avec pour objectif de détrôner , de le remplacer par son frère et d'intégrer ainsi l'Arménie à son empire.
Averti de la situation, notamment par une délégation de chrétiens arméniens craignant les persécutions des Sassanides, Constantin charge de diriger l'armée en Orient.
Les Romains subissent d'abord quelques revers, puis le frère du roi sassanide, prétendant au trône d'Arménie, est tué. En 336, adresse à des propositions de paix qui sont acceptées.
La préparation de sa succession par Constantin (332-337) Propagande impériale en faveur des Césars Durant cette période, associe ses Césars à son règne. Leurs noms sont associés à tous ses triomphes : ils reçoivent les surnoms de Sarmaticus, Gothicus, Alamannicus et Germanicus, c'est-à-dire vainqueur des Sarmates, des Goths, des Alamans et des Germains. La propagande impériale sur certains monnayages les désigne comme « Très nobles Césars » (Nobilissimi Caesares) et les montre couronnés par la Victoire. Ils participent aux côtés de l'empereur aux festivités de ses trente ans de règne (), ses tricennaliaMichael DiMaior, Jr., « », in DIR., qu'il célèbre dans la capitale de l'Empire romain d'Orient, Constantinople, fondée en sur le site de Byzance.
Projet de répartition des diocèses impériaux thumb|right|upright=1.5| prend à partir de le contrôle des diocèses d'Asie, du Pont et d'Orient, bien que Flavius Hannibalianus ait reçu lui aussi la promesse d'obtenir des territoires dans la région du Pont en plus de son royaume d'Arménie.
Il semble que Constantin ait prévu dès les modalités concrètes de sa successionCharles Matson Odahl, Constantine and the Christian Empire, ., avec un projet de répartition des diocèses de l'empire entre ses successeurs désignés : doit recevoir les diocèses des Bretagnes, des Gaules (chef-lieu : Trèves), de Vienne et d'Hispanie, c'est-à-dire ceux de la préfecture du prétoire des Gaules (Trèves) ; : les diocèses d'Italie (chef-lieu : Milan), d'Afrique et des Pannonies ; : les diocèses d'Asie, le Pont et d'Antioche ; Dalmatius : les diocèses de Mésie et de Thrace.
Un cinquième homme est associé à cette distribution, Flavius Hannibalianus, frère de Flavius Dalmatius et cousin de , qui doit recevoir le royaume d'Arménie (dont il est nommé « roi des rois »Titre calqué sur celui du souverain perse, sans doute pour placer Hannibalien et sur un pied d'égalité. .) en plus de , une fois que Constantin aura mené sa campagne contre les Sassanides. Ce système à cinq successeurs est pérennisé par des mariages. Hannibalianus épouse sa cousine Constantina, fille aînée de l'empereur, tandis que épouse Constantia, également sa cousine, fille de Flavius Julius Constantius, frère de .
Sans doute envisage-t-il de choisir parmi eux celui qu'il estimera être le plus compétent, après les avoir mis à l'épreuve du pouvoir. Peut-être a-t-il plutôt l'intention d'élever les deux aînés, et à l'augustat, laissant Constant, Dalmatius et Hannibalianus au rang de César. , fort de son statut de fils aîné de l'empereur, semble avoir joui d'une certaine prééminence sur ses frères et cousins. Par ailleurs, le fait que les cinq héritiers soient placés à la tête des différentes provinces ne signifie pas que Constantin partage son pouvoir : il garde la haute main sur son empire et ses Césars ne sont que des exécutants, sans pouvoir réel d'initiativeAndré Chastagnol, Le Bas-Empire, ..
Mort (22 mai 337) et funérailles de Constantin Constantin meurt après avoir été baptisé par l'évêque arien Eusèbe de Nicomédie. Il ne laisse pas d'instructions précises sur la marche à suivre par les cinq intéressésLucien Jerphagnon, Les Divins Césars, . à sa succession.
Pendant un mois, la foule des dignitaires et des simples citoyens défile dans le palais impérial de Constantinople et se recueille devant la dépouille de l'empereur défunt, ramené de Nicomédie.
Des officiers sont envoyés pour informer les Césars et le roi d'Arménie de la mort de l'empereurCharles Matson Odahl, Constantine and the Christian Empire, ., chacun étant déjà installé dans son territoire, à Trèves, à Milan, et à Antioche.