Repenser la nation : l'histoire du suffrage féminin au Québec est un essai s'inscrivant dans une série de publications sur l'histoire du droit de vote des femmes au Canada, un projet initialement orchestré par l’historienne canadienne Veronica Strong-Baog, elle-même auteure d’articles et d’ouvrages portant sur les différents mouvements féminins au Canada. Il s'agit de la première synthèse sur l'histoire du suffrage féminin au Québec. Originellement publié en anglais, le Canada étant majoritairement anglophone, l'ouvrage est publié au printemps 2019..
Cette publication est écrite par Denyse Baillargeon, une historienne de l'Université de Montréal. L'auteure est d'ailleurs une spécialiste de l'histoire des femmes du : elle a écrit plusieurs livres et articles sur le sujet, faisant d’elle l’une des historiennes québécoises les plus lues et les plus traduites du monde littéraire. Entre 1991 et 2019, quatre ouvrages lui sont crédités, tous portant sur la condition féminine au Québec.
Ses recherches sur les différentes conditions des femmes canadiennes - surtout les femmes québécoises - au XXe siècle lui ont valu de nombreuses distinctions, dont le Prix Jean-Charles Falardeau, le Prix Clio-Québec et le Prix Lionel-Groulx. En 2020, elle a reçu l'un des Prix du livre politique décernés par l’Assemblée nationale du Québec pour Repenser la nation.
Contexte historiographique La question du suffrage féminin n'est pas un sujet très développé au Québec. Peu d'historiens s'y intéressent ; les recherches et publications dans le domaine sont très sommaires et peu approfondies. Cet ouvrage est donc écrit avec l'objectif d'éclairer le lecteur et la lectrice sur l'histoire de la lutte pour l'obtention du droit de vote des femmes au Québec ; une lutte plus longue que l'on pourrait croire selon Denyse Baillargeon et des faits assez méconnus des Québécois et des Québécoises. Avant Repenser la nation : l'histoire du suffrage féminin au Québec, il n'y avait aucune synthèse sur le sujet se concentrant sur le Québec. Les premières recherches sur l'histoire des femmes en général sont tardives dans la littérature historique. Denyse Baillargeon, malgré son expérience d'historienne féministe, ne dispose d'aucune référence, mis à part quelques articles et des ouvrages sur le suffrage féminin au Canada. D'ailleurs, une condition fut imposée à l'auteure ; elle ne pouvait pas intégrer de notes en bas de pages dans son ouvrage, d'où le manque de références.
Repenser la nation : l'histoire du suffrage féminin au Québec fait partie d'une série plus large sur l'histoire du droit de vote des femmes à l'échelle nationale, donc canadienne. Ce projet est sous la réalisation de Véronica Strong-Boag, elle-même une pionnière dans l'étude de l'histoire des femmes. Celui-ci rassemble les travaux de plusieurs historiennes de tout le pays, informant sur les conditions des femmes et leur lutte pour l'obtention du droit de vote selon les provinces. D'abord écrit comme étant un essai, le livre de Baillargeon fut ensuite publié comme un ouvrage à part entière en .
L'histoire du suffrage féminin s'inscrit dans l'histoire plus large des femmes, le suffrage n'étant qu'un aspect, un exemple des luttes des femmes pour obtenir leur égalité face aux hommes. Cette histoire est encore très jeune, puisqu'elle n'est apparue comme discipline historique officielle que très récemment dans la littérature. De plus, les articles portant sur les femmes et leur histoire furent longtemps intégrés dans des ouvrages généraux. Par exemple, dans un livre portant sur la guerre de Sept Ans, un seul chapitre porte sur la condition des femmes et leur rôle dans le conflit, alors que leur implication est beaucoup plus grande et mérite beaucoup plus de visibilité qu'un seul chapitre ou un seul article dans des collectifs.
Les mouvements féministes Les premiers mouvements féministes, visant l'émancipation des femmes, ne sont apparus que dans les années 1960 et 1970. Ce sont des mouvements nés de contestations sociales. En effet, la deuxième moitié du voit beaucoup de mouvements contestataires apparaitre. Ceux-ci ne sont pas seulement en lien avec la condition féminine; des luttes pour la paix ou pour l'environnement sont des exemples de protestations ayant commencé autour de la même période. Partout dans le monde, surtout en Occident, les gens demandent du changement.
La cause féminine n'y échappe pas. C'est alors que de grandes féministes telles que Gerda Lerner, une historienne américaine, Kate Millet, Betty Friedan, toutes deux des féministes américaines, ou Micheline Dumont, une historienne québécoise, se font connaitre avec leurs travaux servant à faire avancer la cause des femmes.
En fait, à l'échelle du pays, il s'agit de la première synthèse publiée sur l'histoire du suffrage féminin depuis celle de Catherine Lyle Cleverdon, soit The Woman Suffrage Movement in Canada. En effet, ce premier ouvrage date de 1950, soit environ 70 ans avant la publication du livre de Denyse Baillargeon. C'est, de plus, un livre plutôt avant-gardiste, considérant que le mouvement féministe n'apparait que dix ans après sa publication. Le livre de Cleverdon fut d'ailleurs réédité plusieurs fois, dont la deuxième édition qui fut publiée en 1974. Aussi, un premier collectif sur l'histoire des femmes est publié en 1982. Portant le nom de L'histoire des femmes au Québec, il rassemble plusieurs historiennes canadiennes voulant diffuser l'histoire des femmes. Marie Lavigne, Jennifer Stoddart, Michèle Jean et Micheline Dumont, cette dernière enseignant d'ailleurs l'histoire des femmes depuis 1976, sont les auteures principales de ce collectif. Celui-ci commence son récit pendant l'époque coloniale jusqu'en 1979. Une deuxième édition, publiée au début du XXe siècle, étend le contexte temporel jusqu'en 2000, puisque, entre 1979 et 2000, plusieurs avancées furent réalisées concernant la condition des femmes en territoire québécois.
Cet ouvrage n'arrive donc pas trop tôt. D'ailleurs, la littérature francophone sur le sujet, soit l'étude des femmes, de leur histoire et de leur développement au sein d'une société dite patriarcale, est beaucoup moins avancée que la littérature anglophone, qui, selon les experts, a environ dix ou quinze ans d'avance. En fait, la lutte était plus avancée dans les pays anglophones, ce qui explique le retard de la littérature francophone. Malgré cet écart, l'histoire des femmes demeure un sujet historique relativement récent ; que ce soit en anglais ou en français, les publications ne sont pas si nombreuses. C'est grâce aux travaux de pionnières telles que Denyse Baillargeon que les femmes et leur histoire sont mises de l'avant.
Les femmes autochtones Le livre Repenser la nation : l'histoire du suffrage féminin au Québec est aussi beaucoup plus inclusif que les autres travaux et recherches publiées sur le même sujet. Effectivement, dans son ouvrage, Denyse Baillargeon inclut les femmes autochtones, souvent laissées de côté. Le droit de vote leur fut accordé beaucoup plus tardivement, soit en 1960 au niveau fédéral et 1969 au niveau provincial. Leur combat se joue également sur deux fronts, puisqu'elles sont considérées, aux XIXe et XXe siècle comme une minorité ethnique, en plus d'être des femmes.
Il est important de mentionner que la principale lutte des femmes autochtones dans la deuxième moitié du XXe siècle ne concerne pas le droit de vote. En effet, elles militent contre une loi fédérale, la Loi sur les Indiens. Jusqu'en 1985, cette loi stipule que leur statut amérindien leur est retiré si elles se marient avec un homme non autochtone. Elles ne peuvent le transmettre à leurs enfants et ne peuvent retourner sur les réserves amérindiennes. Ce combat pour la reconnaissance de leurs droits sera d'ailleurs incarné par la militante Mary Two-Axe Earley entre le début des années 1960 et le milieu des années 1980. Leur lutte a donc beaucoup de retard sur celle des femmes blanches, qui militent pour des droits plus précis. Les femmes autochtones, victimes de la colonisation occidentale, sont oubliées par la loi et dans les années 1960, l'association Equal Rights for Indian Women voit le jour. La lutte des femmes autochtones n'est que très rarement abordée, encore moins dans des ouvrages leur étant entièrement consacrés. L'auteure, en les incluant, tente de dresser le portrait le plus complet de l'histoire du droit de vote des femmes dans la seule province officiellement francophone du Canada.
Éditions Le livre étant publié récemment, il n'y a pour l'instant qu'une seule édition disponible. Cela dit, il est possible, voire très probable, que de nouvelles éditions soient disponibles dans les prochaines années. Comme il s'agit de la première synthèse historique sur le sujet, il ne serait pas surprenant que l'ouvrage soit réédité.
Plan et structure de l'ouvrage Après une introduction substantielle relatant la littérature scientifique sur le suffrage féminin au Québec, l'auteure divise son ouvrage en cinq chapitres, organisés autour d'un plan chronologique, dans lesquels elle revisite les étapes marquantes dans le combat pour le droit de votes des femmes québécoises en faisant différents parallèles avec d’autres provinces et d’autres pays :
Chapitre 1 : Pionnières du suffrage (1791-1949) Ce chapitre est divisé en quatre sous-catégories, qui débute avec Pionnières du suffrage (1791-1849) et dans un ordre chronologique, suit avec L’Acte constitutionnel de 1791 et le suffrage féminin, Les femmes et les Rébellions ainsi que La question du douaire. Chapitre 2 : Donner une voix aux femmes (1880-1910) Ce deuxième chapitre est quant à lui divisé en cinq sous-catégories, s’organisant sous des plans thématiques et chronologiques, soit Donner une voix aux femmes (1880-1910), L’émergence du mouvement des femmes, Un mouvement des femmes divisé, Les premières luttes pour le suffrage féminin et Le vote des femmes dans l’opinion publique.
Chapitre 3 : Élargir la lutte (1910-1926) Ce troisième chapitre est constitué de trois sous-catégories thématiques et chronologiques, soit Élargir la lutte (1910-1926), La Montreal Suffrage Association ainsi que Le Comité provincial pour le suffrage féminin/Provincial Franchise Committee.
Chapitre 4 : Patience et longueur du temps... (1926-1940) Dans ce quatrième chapitre, l’auteure y présente les différentes associations militantes et leurs stratégies dans la lutte pour le droit de vote des femmes, sous différents sous-titres, soit Patience et longueur de temps… (1926-1940), Nouvelles associations, nouvelles stratégies et Au cœur de la lutte.
Chapitre 5 : Le vote, et après? Ce cinquième et dernier chapitre de cette publication, servant d’une certaine façon de rétroaction et de conclusion, est réparti en quatre sous-catégories, soit Le vote, et après?, Les femmes autochtones, Des femmes en politique et finalement, La politique et les femmes.
Description du contenu
Le point de départ de Denyse Baillargeon est l'Acte constitutionnel de 1791, accordant le droit de vote aux femmes propriétaires en territoire québécois. Lors des rébellions des Patriotes de 1837-1838, le droit de vote leur sera révoqué, sous prétexte que la politique est trop « sale » et masculine pour les femmes. De plus, leur rôle primaire étant de procréer, la politique les dévie de ce but. L'auteure traite d’ailleurs de la question de la femme douairière, femme étant devenue propriétaire de différents bien à la suite du décès de son mari. Ce statut de propriétaire lui confère certains pouvoirs, dont le droit de vote avant qu’il soit tout d’abord aboli et par la suite devenu universel pour la femme au Canada. L’auteure touche aussi, dans ce premier chapitre, à la question du capitalisme libéral qui rendait délicate la situation financière et sociale de ces femmes douairières.