L’Histoire du Québec contemporain, tome 2 : le Québec depuis 1930 est la deuxième moitié d'une synthèse historique écrite par quatre auteurs, Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, publiée en 1986 et mise à jour en 1989. Le livre a également été traduit en anglais en 1991.

Durocher, Linteau et Robert ont repris là où ils s’étaient arrêtés lors de l’écriture du premier tome de l’Histoire du Québec contemporain, tome 1 : de la Confédération à la crise (1867-1929). Cette fois-ci, ils se sont alliés à François Ricard pour s’intéresser au long processus de modernisation du Québec qui s’est produit à partir des années 1930. Au cours de leur œuvre de 834 pages (deuxième édition), ils traitent de l’évolution du Québec lors de trois grandes périodes ayant marqué l’histoire de la province dans le dernier siècle. L’importance de l’œuvre sera rapidement soulignée par les universitaires québécois, qui auront toutefois quelques critiques à son endroit.

Paul-André Linteau est historien et spécialiste de l’histoire du Québec et de Montréal, il a à son actif de nombreuses publications sur le sujet. Il fait partie des historiens fondateurs de l’histoire contemporaine au Québec. René Durocher est également historien et a été professeur à l’Université de Montréal durant plusieurs années. Au cours de sa carrière, il s’est également consacré au dossier de l’enseignement de l’histoire dans les écoles. Jean-Claude Robert est lui aussi un historien québécois et se concentre surtout à l’histoire de l’urbanisme. François Ricard, seulement présent à la rédaction de ce deuxième tome de l’Histoire du Québec contemporain, est pour sa part auteur et spécialiste de Gabrielle Roy.

Contexte historiographique Les deux volumes de l’Histoire du Québec contemporain couvrent une multitude de sujets, comme la politique, l’économie ou la religion. Ce deuxième tome s’appuie notamment sur une synthèse importante, l’Histoire de la province de Québec de Robert Rumilly, une œuvre en 41 volumes publiés entre 1940 et 1969.

Ce deuxième volume s’intègre d’ailleurs dans un débat historiographique analysant « l’entrée du Québec dans la modernité et la signification de la Révolution tranquille ». À travers ce dernier, les auteurs couvrent la période allant des années 1930 aux années 1980, époque de la publication du livre. En effet, Linteau, Durocher, Robert et Ricard soutiennent qu’ils ne croient pas que « le Québec moderne soit né soudainement avec la Révolution tranquille ou la Seconde Guerre mondiale : c’est le produit d’un développement à long terme » p. XV.

La période de la Révolution tranquille est au centre de nombreux débats d’historiens à savoir quand elle aurait commencé, comment l’interpréter, qui en sont les acteurs et les instigateurs, quels sont les facteurs qui ont pu y mener, etc. De nombreuses recherches et publications historiques se concentrent sur cette période qui est traditionnellement datée au début des années 1960 et les quatre auteurs de ce livre ne font pas exception sur l’intérêt porté envers cette époque. Dans ce tome, ils consacrent pratiquement la moitié de leur propos à cette dernière. Par contre, à l’époque de la publication de ce deuxième volume, de nombreux débats étaient toujours en cours sur les tenants et aboutissants de cette période importante pour le Québec.

Certains historiens, comme les auteurs de ce volume, avancent que cette Révolution tranquille serait une période beaucoup plus longue que ce qui est traditionnellement suggéré et que ce n’est pas le basculement rapide d’une période austère et traditionnelle vers une période soudainement moderne et progressive . Cette observation a aussi été effectuée par le sociologue Fernand Dumont, qui affirme d’ailleurs qu’une première Révolution tranquille aurait eu lieu au cours des années 1930 pour ensuite mener à celle plus connue des années 1960.

Pour Ronald Rudin, Linteau, Durocher, Robert et Ricard font partie des historiens révisionnistes qui constituent « une nouvelle génération, absolument convaincue de la primauté des forces économiques ». En ce sens, ces historiens révisionnistes seraient plus précisément « [...] ces auteurs pour la plupart nés dans les premières années du baby-boom, [qui] ont présenté une interprétation de la Révolution tranquille qui était distincte de celle en vigueur dans les années soixante, parce que les auteurs se seraient laissés imprégner par l'euphorie rattachée à cette période ».

Ils vont toutefois à l’encontre de la vision de Fernand Ouellet qui, dans La Révolution tranquille, tournant révolutionnaire?, affirme que la Révolution tranquille a « marqué pour de bon l'avènement d'une modernité québécoise [et] marqua incontestablement pour les Québécois francophones le moment capital de leur entrée dans la modernité ».

Ainsi, Rudin ajoute que la différence avec d’autres historiens se positionne surtout dans le fait que la génération précédente place le Québec comme une province de distinction, où ce qui s’y est déroulé relève d’une exception. C’est le cas de l’historien Fernand Ouellet, qui avance que les révisionnistes négligent les particularités propres au Québec dans l’analyse de son évolution. Ronald Rudin soulève le fait que Fernand Ouellet fait partie des historiens qui distinguent le Québec des autres sociétés de son temps, notamment en raison d’un caractère plus rural : « Chez Fernand Ouellet, on retrouve cette même conviction que ce qui distinguait les Québécois francophones, c'était leur longue expérience de peuple rural ».

La période duplessiste Les auteurs s’inscrivent également dans les débats historiographiques liés à la période du gouvernement dirigé par Maurice Duplessis de 1944 à 1959. Ils ont adopté la thèse de la Grande Noirceur, affirmant que « le conservatisme du gouvernement Duplessis est [...] posé comme le responsable de la lenteur de la modernisation d'après-guerre ». Cette thèse est présentée dès 1956 par Pierre Elliot Trudeau et ses collaborateurs dans La grève de l’amiante, puis après la mort de Duplessis par Pierre Laporte dans Le vrai visage de Duplessis . Cette thèse va à l’encontre d’un autre courant, nommé « 15 ans de réalisations », où les auteurs se concentrent sur les exploits de Maurice Duplessis. Ce courant est marqué par des biographies « très personnelles [et] peu critiques » comme Maurice Duplessis et son temps de Robert Rumilly et Duplessis de Conrad Black.   

Les auteurs diffèrent toutefois de l’historiographie duplessiste des années 1980, où d’autres ont tenu un discours plus nuancé sur le personnage et sur l’époque. En 1981, bien qu’il solidifie la thèse de la grande noirceur, Gérard Boismenu propose, dans Le duplessisme : politique économique et rapports de force, « une vision nuancée du personnage » même s’il « s'intéresse davantage à l'aspect politique que biographique ». Dans son ouvrage, Boismenu analyse les différentes sphères de la société, politique, économique et idéologique, sous Maurice Duplessis. Certains de ces aspects seront analysés par Linteau et ses collègues quelques années plus tard.  

De plus, certains auteurs de cette époque, des spécialistes en sociographie, ont « démontré que le duplessisme ne fut pas une perversion de l'histoire politique du Québec, mais un mode donné d'exercice du pouvoir politique lié au type de société et d'économie à l'intérieur duquel se produisait alors la société québécoise ». Dans Développement et modernisation du Québec, les Ontariens Kenneth McRoberts et Dale Posgate affirment d’ailleurs que cette période a permis de voir que « la modernisation politique accusait un “retard” sur le développement socio-économique ».

Des innovations importantes à l'historiographie québécoise Les quatre auteurs ont innové dans la façon d’écrire sur l’histoire du Québec. D’abord, ils se sont intéressés plus à la modernité du Québec et son processus dans cette modernité. Ils se concentrent sur l’histoire du Québec et non des Canadiens français en abordant l’histoire du Québec sous l’aspect territorial et plus seulement ethnique . Les historiens de cette époque sont entrés dans une ère où l’intérêt a été de plus en plus marqué envers l’histoire moderne. Linteau affirme que les tendances des études se situaient beaucoup sur l’aspect social. Il ajoute qu’« il s'agissait de remplacer une histoire politique conçue étroitement [...] et de lui substituer une histoire aux perspectives plus globales, visant à rejoindre l'ensemble des composantes d'une société du passé ». Jusqu’à ce moment, selon Linteau, l’histoire du Québec est surtout politique et mobilise des sources plus ou moins variées, comme des correspondances de divers acteurs (gouverneurs, évêques, intendants, etc.). Désormais, l’histoire sociale amène à diversifier la documentation utilisée alors qu’avant, des historiens comme Rumilly citaient rarement leurs sources. Ces nouvelles sources incluent des recensements, des actes légaux ou des données quantitatives qui permettent d’élargir et de développer les thèmes d’étude.

L'écrivaine Christine Eddie soulève quant à elle le fait que ce livre contribue à l’historiographie en faisant tomber des mythes comme « celui d'un Québec monolithique et toujours unanime; celui d'un pays évoluant en vase clos; celui d'une société traditionnelle projetée brutalement dans l'ère moderne et enfin celui du nationalisme réservé à certains groupes et à des époques définies ».

Pour le sociologue Simon Langlois, ce deuxième tome a amené des « perspectives nouvelles sur la modernisation du Québec, [une] ouverture à l’étude de nouveaux acteurs sociaux (les ouvriers, les femmes, la nouvelle bourgeoisie d’affaires), [une] insistance sur la complexité de la société québécoise [et un] dépassement des interprétations convenues ». Il affirme également que l’œuvre est toujours pertinente aujourd’hui en raison de la multitude de sujets qu’il couvre. Toutefois, en raison d’un manque de recul, certains événements comme le référendum de 1980 ou le rapatriement de la Constitution recevraient un traitement différent si le livre avait été écrit quelques années plus tard. Éditions Ce deuxième volume signé par les quatre auteurs Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard a d’abord été publié en 1986 aux éditions du Boréal. Une seconde édition retravaillée est parue aux éditions Boréal compact en 1989. Celle-ci contient 834 pages, soit 95 de plus que la première version. De plus, une version traduite en anglais par Robert Chodos et Ellen Garmaise a été publiée en 1991 aux éditions James Lorimer . Plan et structure

L’ouvrage se divise en trois parties principales qui poursuivent le plan chronologique présent dans le premier volume.

La première partie concerne la période ayant suivi la crise économique de 1929, jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. La seconde porte entièrement sur la période de 1945 à 1960, soit les années qui suivent la fin de la guerre et la présence de Maurice Duplessis en tant que premier ministre du Québec. La troisième et dernière partie aborde la période comprise entre les années 1960 et l’époque de la publication de l’ouvrage, soit les années 1980. Elle couvre l’époque de la Révolution tranquille et les années qui ont suivi.

Cinquante-quatre chapitres meublent ces trois parties d'une manière inégale, la dernière étant la plus dense. +La crise et la guerre, 1930-1945À l'ombre de Duplessis, 1945-1960Sous le signe de la Révolution tranquille de 1960 à nos joursChapitres 1 à 13Chapitres 14 à 29Chapitres 30 à 54 Les auteurs spécifient que la division de l’ouvrage en trois parties majeures permet d’illustrer leur propos sur des périodes importantes qui se précisent selon un thème avec chaque chapitre. Finalement, ils précisent que l’ouvrage est voulu comme une synthèse de base qui peut mener vers des recherches plus poussées et que les quatre auteurs ont participé dans la rédaction de ce livre puisqu’ils voulaient s’assurer de son uniformitéXV-XVI.