Le théâtre romain de Trieste est un édifice de spectacle situé dans la cité antique de , devenue la ville de Trieste, dans la région italienne à statut spécial de Frioul-Vénétie Julienne. Au , aucun autre monument antique de type théâtre, amphithéâtre, odéon ou cirque n'est identifié à Trieste.
Sa construction aux marges de la ville, en bord de mer, et les améliorations apportées à son décor s'étalent sur plus d'un siècle à partir de la fin du ; de la fin de cette longue période est connu, grâce à plusieurs inscriptions retrouvées sur place, le nom d'un évergète qui a financé certains travaux de rénovation et d'embellissement. La taille du monument est modeste, moins de de diamètre, mais sa capacité estimée est très variable (de ) en fonction des calculs des archéologues.
Les vestiges bien conservés de ce théâtre, redécouverts au début du alors qu'ils étaient enfouis sous d'autres bâtiments depuis le Moyen Âge, sont fouillés dans la seconde moitié des années 1930. À cette occasion, plusieurs statues ou fragments de statues qui le décoraient sont mis au jour ; l'ensemble est conservé au château San Giusto. Inscrit sur la liste des biens culturels italiens et restauré, le monument accueille depuis 1964 le public de spectacles estivaux.
Localisation vignette|gauche|alt=Vestiges antique d'une ville reportés sur son plan moderne.|Plan de antique. Au moment de sa construction, le théâtre se trouve adossé aux premières pentes de la colline de San Giusto, aux limites septentrionales de la ville antique de et presque au bord du golfe de Trieste (mer Adriatique) ; seule une voie littorale venant d'Aquilée l'en sépare ; il s'agit d'un tronçon de la ., appelé « Via del Riborgo » au Moyen Âge. Une autre voie parallèle à la précédente, suivant les courbes de niveau plus en hauteur, tangente le sommet du théâtre ; cette voie existe peut-être même déjà avant la fondation de la ville et donc avant la construction du théâtre.
Cette disposition procure plusieurs avantages : l'emplacement du théâtre permet de tirer parti du relief naturel pour limiter les travaux de maçonnerie ; son implantation, hors de la zone la plus densément bâtie mais largement desservie par la voirie antique, est favorable à la circulation facile et rapide des spectateurs venant de comme de ses environs ; enfin, la vue de l'imposant mur de scène, se dressant presque sur le rivage, doit frapper les voyageurs approchant de la ville par la mer.
À l'époque contemporaine, le monument est situé au cœur de la vieille ville de Trieste : des remblais ont gagné sur la mer au fil des siècles et le théâtre en est éloigné de plusieurs centaines de mètres. mais la « Via del teatro romano », qui passe devant le mur de scène, reprend sensiblement l'itinéraire de la voie antique d'Aquilée, et la « Via di Donota » se superpose partiellement à la voie antique passant au sommet du théâtre.
Historique, fouilles et études La date de construction du théâtre, seul édifice romain de spectacle connu à Trieste, ne peut être attestée par aucun indice archéologique concret ; elle est estimée d'après les caractéristiques architecturales du monument et l'épigraphie.
La phase initiale de construction remonte à l'époque augustéenne, dans le dernier tiers du , quelques décennies après la fondation de la ville dans le plan de laquelle il s'inscrit dès l'origine . Le décor du théâtre est pleinement achevé sous la dynastie des Julio-Claudiens puis le monument est restauré à la fin du ou au début du avec peut-être la reconstruction de la en mauvais état et un complément du programme statuaire à la demande de Quintus Petronius Modestus, cité dans au moins trois inscriptions, et InscrIt-10-04, 00034.. Il est d'ailleurs possible que l'un de ses ancêtres soit à l'origine de la construction du monument. vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un bas-relief représentant des personnages et des monuments.|Représentation possible du théâtre de Trieste sur la colonne Trajane. Plusieurs archéologues, dont l'Allemand Werner Gauer, pensent que le théâtre de Trieste fait partie des nombreux monuments représentés sur la colonne Trajane , mais leur opinion ne fait pas l'unanimité.
Sous le Bas-Empire romain, le théâtre remplit peut-être aussi la fonction d'un amphithéâtre par la diversification des spectacles qui y sont proposés. À la fin de cette période, il est abandonné, sert de carrière de pierre et ses éléments les plus précieux sont soigneusement et systématiquement récupérés. Il est progressivement dissimulé par les maisons qui prennent appui sur ses structures. vignette|alt=Plan partiel des rues d'une ville en noir sur brun.|Plan d'Antonio Tribel (1884). En 1698, Ireneo della Croce, un historien né à Trieste, mentionne des murailles ruinées dans un lieu appelé « Rena Vecchia », possiblement dérivé du latin .. Considéré comme perdu et totalement enfoui sous les constructions plus récentes, le monument est cependant identifié en 1814 par l'architecte autrichien Pietro Nobile et un plan publié en 1884 par le patriote et historien triestin Antonio Tribel. montre un parcellaire et une voirie aux tracés évocateurs..
Ce n'est qu'entre et que le théâtre est mis au jour lors de la démolition d'une partie de la vieille ville, dans le cadre des politiques urbaines de Mussolini visant à mettre en valeur le patrimoine national, notamment pour la période romaine ; les fouilles sont dirigées par l'archéologue Vittorio Macchioro et supervisées par Bruno Molajoli, inspecteur pour le compte de la Surintendance pour les biens archéologiques.. Les statues et inscriptions trouvées dans les fouilles sont conservées au du château San Giusto devenu un musée civique mais des copies de deux inscriptions restent exposées sur le site du théâtre lui-même..
Au début des années 1960 émerge la volonté de rendre au théâtre sa vocation première, ce qui se concrétise en 1964 avec une représentation d'Électre de Sophocle. Depuis lors, le monument restauré et inscrit sur la liste des biens culturels italiens est utilisé pour des spectacles estivaux..
Description Caractéristiques générales vignette|gauche|alt=Dessin en brun sur blanc du plan d'un théâtre antique.|Plan simplifié du théâtre. Le théâtre est orienté vers le nord-nord-ouest car il est adossé à la colline pour profiter au mieux de sa pente et y asseoir la . Cette orientation évite en outre l'accumulation de chaleur à l'intérieur du monument en pleine journée. La mesure de diamètre et l' dessine un demi-cercle de de diamètre. Comme dans la plupart des théâtres de l'Occident romain, la diamètre de la correspond sensiblement à la largeur de la scène et de ses annexes. Diamètre de la de quelques théâtres romains.
: théâtre de Pompée (Rome, Italie). ; : théâtre de Vienne (France) ; : théâtre de Saragosse (Espagne) ; : théâtre de Sabratha (Libye). ; : théâtre de Trieste ; : théâtre de Guelma (Algérie). Les gradins sont construits sur une série de murs annulaires qui délimitent des caissons remblayés prolongeant, aux abords de la scène, la pente naturelle de la colline rectifiée. La capacité du théâtre, variable selon les auteurs, est estimée entre et .. Des guides touristiques évoquent même ., ce qui peut paraître beaucoup puisque c'est la capacité du théâtre romain de Caesaraugusta (Saragosse). dont le diamètre atteint ..
Les murs sont composés de deux parements en briques ou en moellons de grès qui enferment un noyau en ; les parements en briques proviennent le plus souvent de réparations postérieures à la phase de construction, exception faite des vomitoires où lits de grès et de briques d'origine alternent, à moins qu'ils n'aient été, eux aussi, repris.
Architecture et La , dans le sens de la hauteur, est divisée en deux (série de gradins) par une précinction (palier) semi-circulaire. La partie inférieure de la , composée de douze rangées de gradins en pierre, est conservée ; les gradins de la partie supérieure (huit ou neuf rangées) étaient peut-être en bois, au moins dans un premier temps, mais aucun aménagement, quel qu'en soit le type, n'est plus discernable.
Quatre accès permettent au public de gagner les gradins, deux latéraux parallèles à la scène (parodoï) et deux radiaux, à mi-hauteur dans la (vomitoires). Ces derniers débouchent côté extérieur dans une galerie périphérique voûtée accessible depuis trois ouvertures dans le mur périphérique et depuis les parodoï ; côté intérieur, ils aboutissent à la précinction. Les accès longeant la scène sont voûtés, au moins dans la partie opposée à celle-ci, ce qui permet d'installer des tribunes au-dessus de leurs voûtes ; ils sont empruntés à la fois par les spectateurs se rendant dans les gradins et par les artistes arrivant dans l'. En outre, trois escaliers, courant du haut en bas de la , la divisent en quatre secteurs ou d'une ouverture de . La base de l'escalier médian comporte un aménagement qui est peut-être un autel.
Le mur périphérique de la , conservé sur une hauteur de , est doté sur sa face extérieure de supports en encorbellement permettant d'y insérer les mâts en bois d'un . Il est pourvu, en position médiane, d'une grande niche qui pourrait indiquer la présence d'un . Cet édicule est manifestement un ajout postérieur à la construction du théâtre ; il renvoie pourtant aux traditions architecturales de l'époque augustéenne, pour une raison symbolique qui échappe encore aux archéologues.
La bordure semi-circulaire de l' est constituée d'un passage pavé de dalles, permettant peut-être d'y installer des sièges pour les notables, spectateurs privilégiés.
Scène et ses aménagements Le mur du , rebord reliant la scène surélevée et l' en contrebas, haut de , comporte huit niches, deux à fond arrondi et six à fond plat. Cette disposition, en cassant les ondes sonores, évite la création d'échos parasites. Ce mur est certainement recouvert d'un placage en dalles roses. Les vestiges retrouvés ont permis d'en proposer une reconstruction fidèle à l'original.. Aux deux extrémités du , des escaliers assurent la liaison entre l' et la scène recouverte d'un plancher de bois.
Le mur de scène, probablement aussi haut à l'origine que le mur périphérique de la (), a largement disparu. Il se développe sur deux niveaux, ornementés de portes et de niches (là encore, pour des raisons d'acoustique) abritant des statues et scandés de colonnes ; il est revêtu d'enduits et de peintures polychromes ou plaqué de dalles de stuc. Il est limité à chacune de ses deux extrémités par un édifice sur plan carré d'un peu plus de de côté, des pièces de service ou des coulisses sur lesquelles s'adossent les extrémités de la et que les textes latins relatifs à l'architecture des théâtres désignent sous le nom de ..
La présence d'un rideau de scène est avérée : il est soutenu par deux rangées de mâts encastrés dans des trous pratiqués sur la scène ; douze d'entre eux sont encore visibles.
La , au fond d'une exèdre, est la porte principale ouvrant sur la scène en son milieu ; elle est flanquée de deux petites pièces cruciformes donnant sur l'arrière et dont les murs gardent la trace d'un enduit rouge ; ce sont sans doute des pièces de service ou des loges pour les artistes. Deux autres portes, symétriquement placées de part et d'autre de la porte principale mais moins monumentales qu'elle, assurent également la communication entre la scène et l'arrière-scène. Ces trois portes sont accompagnées d'une colonne de part et d'autre de leur ouverture.
Tout à l'arrière, un mesurant ferme la scène, avec vue sur la plage et la mer ; il porte dix-huit colonnes sur toute sa largeur et sa partie supérieure est probablement équipée, comme le mur périphérique de la , de dispositifs de fixation des mâts d'un .
Décor et épigraphie Statuaire À de rares exceptions près, les statues retrouvées sur le site du théâtre semblent dater du début du , époque à laquelle Quintus Petronius Modestus finance des travaux de rénovation et de décoration du monument.