vignette|redresse=1.2|Une terrasse de café à Paris, durant l'occupation allemande.
La Traversée de Paris est un film franco-italien de Claude Autant-Lara, sorti en 1956.
Inspiré de la nouvelle de Marcel Aymé intitulée Traversée de Paris, parue initialement en Paru aux éditions de la Galerie Charpentier, avec des gravures de Jean Oberlé (dans une édition originale de luxe tirée à ), puis rééditée par Gallimard en avril 1947, dans le recueil de nouvelles intitulé Le Vin de Paris., le film repose sur le thème du marché noir en France pendant la Seconde Guerre mondiale qui s'organise durant l'occupation de la France par l'armée allemande entre 1940 et 1944.
L'action du film se déroule à Paris en 1942, alors occupé par les Allemands et narre les aventures de deux hommes, Martin (Bourvil) et Grandgil (Jean Gabin), lesquels défient le couvre-feu pour livrer du cochon de contrebande au marché noir. C'est l'épicier Jambier (Louis de Funès) qui leur remet le cochon.
Le film est présenté à la Mostra de Venise 1956, où Bourvil remporte la Coupe Volpi du meilleur acteur. Cependant, le cynisme de l'ère de l'Occupation représenté dans ce film n'est pas considéré comme conventionnel à l'époque de sa sortie, ce qui provoque quelques controverses.
Synopsis Paris en 1942, lors de l'Occupation pendant la Seconde Guerre mondiale. L'armée allemande réquisitionne les immeubles, véhicules, biens et même les vivres. La vie quotidienne des Français est donc difficile, car ceux-ci doivent subir les conséquences de la défaite et notamment la présence de l'armée d'occupationLe personnage de Grandgil en fait la remarque durant le film..
Marcel Martin, un chauffeur de taxi au chômage, gagne sa vie en livrant clandestinement des colis de nourriture de contrebande au marché noir. Un soir, il est engagé pour transporter à pied et à l'autre bout de la ville (plus précisément, de la rue Poliveau à la rue Lepic) quatre valises contenant les morceaux d'un cochon. Se rendant chez son commanditaire, l'épicier Jambier, Martin y joue de l’accordéon pendant que l’on débite l’animal dans la cave.
Martin se rend ensuite avec sa compagne Mariette dans le café-restaurant où il doit retrouver son partenaire habituel de ces transports clandestins. Mais Martin y apprend que son complice vient d'être arrêté par la police, après que celui-ci ait brandi une valise contenant du savon de contrebande. Au même moment, un inconnu entre dans le café et demande du savon pour se laver les mains, en présence de deux agents de police qui recherchent un voleur de charbon. L'inconnu revient des toilettes et, sur un malentendu (concernant la fidélité de Mariette), Martin lui propose une « affaire » et l'invite à partager son dîner. Martin cherche en fait à le retenir, craignant que l'homme n'ait donné un rendez-vous à sa femme. Il lui propose donc de faire le transport du cochon avec lui.
Ce choix se révèle vite calamiteux car ce personnage, un certain Grandgil, est loin d'être docile. Accompagnant Martin chez l'épicier Jambier pour récupérer la viande à transporter, Grandgil en profite pour extorquer une forte somme d’argent à Jambier en le terrorisant, l'épicier craignant que celui-ci ne soit en réalité un policier en civil. Après des vociférations, Jambier, exténué, accepte de payer le prix exorbitant demandé par Grandgil pour le transport ; il met ensuite à la porte les deux porteurs de valise, content de les voir enfin déguerpir et sans avoir payé Martin.
L'expédition nocturne des deux hommes, en plein couvre-feu, est émaillée d'incidents. Ainsi, dans un café où Grandgil et Martin se sont réfugiés pour éviter une patrouille de police, Grandgil prend à partie les tenanciers de l'établissement (car ceux-ci ne se cachent pas de vouloir les dénoncer à la police étant donné leur douteux chargement, en plus d'exploiter une employée juive), puis il s'en prend aux clients qu'il traite de « salauds de pauvres ! »Réplique reprise notamment par le fantaisiste Coluche dans les années 1980., commençant à s'énerver quand ceux-ci font mine de lui dérober une valise. Par la suite, alors que les deux hommes sont suivis par deux agents de police qui font mine de les contrôler, Grandgil se met à réciter un poème en allemand à Martin, ce qui amène les deux policiers à prudemment passer leur chemin. Peu après, s'étant arrêtés à l'hôtel où loge Martin, Grandgil téléphone à un ami (car il ne se souvient plus de l'auteur du poème allemand). Mariette, cachée dans un recoin, l'entend parler en allemand et, anxieusement, le rapporte à Martin. Elle qui était sur le point de quitter son homme (à la suite d'une gifle qu'il lui a donné au café) se ravise, sentant Martin en danger.
Reprenant leur chemin, les deux hommes sont peu après abordés par un policier qui leur demande leurs papiers d'identités. Comme ils n'en ont pas, le policier leur ordonne de se rendre au poste de Police pour un contrôle d'identité. Grandgil s'en débarrasse en l'assommant, puis les deux compères en profitent pour s'échapper. Plus tard, fuyant une patrouille allemande qui arrive vers eux, les deux hommes finissent par se réfugier dans l'appartement de Grandgil. Martin découvre avec stupéfaction que son acolyte est en réalité un artiste-peintre, bénéficiant d’une certaine renommée. Le quiproquo est entretenu par Grandgil, lequel s'est présenté à Martin en tant que « peintre ». Grandgil choisit de suivre Martin dans son aventure nocturne uniquement par curiosité, pour expérimenter ce qu'il est possible de faire en temps d'Occupation.
Poursuivant leur parcours, les deux compères arrivent finalement devant la boucherie de la rue Lepic, là où ils doivent livrer leurs colis, mais trouvent porte close. Leur retard et la lâcheté ambiante de cette période entraînent l'épuisement nerveux de Martin. Les deux font alors un tel tintamarre pour qu'on leur ouvre la porte qu'une patrouille allemande intervient et les arrête. Arrivés à la Les scènes de la ont été filmées dans l'hôtel particulier abritant le musée Jacquemart-André., un officier allemand reconnaît le peintre Grandgil. Il s’apprête à faire relâcher les deux hommes lorsqu’on annonce l’assassinat d’un colonel; les Allemands prennent des otages. L’officier allemand parvient cependant à sauver Grandgil tandis que Martin, lui, est embarqué avec les autres otages dans un camion, celui-ci partant vers une destination inconnue et une conclusion qui semble sinistre.
Les années passent. Paris est finalement libérée et on retrouve Grandgil sur un quai de la gare de Lyon, suivi par un porteur de valises. Quand il arrive à son compartiment de train, Grandgil reconnaît soudainement par la fenêtre son porteur, qui n'est autre que Martin, vieilli et un peu désolant; celui-ci convoyant, comme toujours, les valises des autres.
Fiche technique
Titre original : La Traversée de Paris Titre international : ou Réalisation : Claude Autant-Lara Assistante réalisateur : Ghislaine Autant-Lara Scénario et dialogue : Jean Aurenche et Pierre Bost, d'après la nouvelle éponyme de Marcel Aymé parue dans Le Vin de Paris Musique : René Cloërec
Décors : Max Douy Costumes : André Brun (fourrures). Maquillage : Yvonne Fortuna. Photographie : Jacques Natteau Son : René-Christian Forget Montage : Madeleine Gug Cadreur : Gilbert Chain Production : Henry Deutschmeister Direction de production : Yves Laplanche Sociétés de production : Franco London Film (France) ; (Italie) Société de distribution : Gaumont Distribution (France) Pays de production : , Langues originales : français, allemand Budget : (soit et environ en .) Format : noir et blanc (colorisé en 1994) - - 1,37:1 - son Mono (Western Electric Sound System) Genre : comédie dramatique, historique Durée : Dates de sortie . : Italie : (Festival international du film de Venise) France : (sortie nationale) . ; (réédition - version restaurée) ; (ressortie) Classification : France : tous publics. Affiches : Clément Hurel, Guy-Gérard Noël (France)
Distribution
Production Un projet plusieurs fois en échec vignette|Pages du scénario dans une exposition de la Cinémathèque française consacrée à Louis de Funès.
Claude Autant-Lara a commencé à travailler dès 1949 sur l'adaptation de la nouvelle de Marcel Aymé, avec ses collaborateurs attitrés Jean Aurenche et Pierre Bost, dans une auberge de Montreuil. Plusieurs projets d'adaptation cinématographique de la nouvelle de Marcel Aymé publiée en 1947 ont déjà échoué et Autant-Lara se précipite pour en acheter les droits, prévoyant commencer le tournage avec Jean Gabin dès . Mais divers problèmes d'écriture, notamment dus à Pierre Bost et Jean Aurenche, anéantissent la production. Ne parvenant pas à trouver une fin satisfaisante, il décide de reporter le tournage du film.
À bout de forces, Autant-Lara revend les droits d'adaptation et entame la réalisation de son Occupe-toi d'Amélie sorti en 1949. Après le fiasco commercial de son dernier long-métrage avant-gardiste poétique intitulé Marguerite de la nuit sorti en 1955 avec Michèle Morgan et Yves Montand que notamment le jeune critique François Truffaut descend en flammes, Claude Autant-Lara alors au sommet de sa gloire, se doit de réaliser un film bien plus populaire et réaliste. Après avoir évalué une adaptation de La Fortune des Rougon-Macquart nécessitant de trop coûteux moyens de production, le réalisateur s'intéresse à nouveau à la période de l'Occupation déjà traitée dans son film Le Bon Dieu sans confession avec Danielle Darrieux sorti deux ans plus tôt, en 1953.
Attribution des rôles En parallèle, d'autres projets d'adaptation de La Traversée sont étudiés, parmi lesquels on note une version avec Bernard Blier et François Périer, une autre avec Yves Montand et Jean Richard ainsi qu'un autre scénario élaboré par Henri Verneuil. Alors qu'il n'a encore rien tourné, Gabin touche cependant son avance d'un demi million de francs, ce qui engendre un petit scandale dans le milieu du cinéma. La même année, alors qu'il travaille à l'adaptation de la nouvelle de Marcel Aymé, Autant-Lara choisit Bernard Blier pour le rôle de Martin, mais celui-ci a pris du poids et il ressemble désormais trop à un "bourgeois cossu"; ce qui n'est pas conforme au personnage.. Sa nouvelle production Régina Film veut lui imposer les vedettes de l'époque Pierre Fresnay, François Périer ou Gérard Philipe, une distribution d'autant plus coûteuse que ses deux scénaristes Bost et Aurenche exigent dès lors, une forte rémunération. De même, Yves Montand aurait dû interpréter le rôle de Grandgil, mais Aurenche et le producteur s'y opposent farouchement..
Le réalisateur préfère Bourvil aux propositions des producteurs. Toutefois, ce choix fait l'objet d’une opposition violente de la part de Marcel Aymé, ce qui inquiète la production. Avant ce film, Bourvil n'a jamais travaillé avec Jean Gabin. Lors du tournage, leur première scène est chronologiquement celle de la première rencontre entre Martin et Grandgil. Lorsque le personnage incarné par Gabin entre (de dos) dans le bistrot et lance un « Bonsoir » inquiétant, l’acteur Bourvil est terrifié. Déçu par la prestation scénique de Montand dans son précédent film, Autant-Lara parvient à convaincre le nouveau producteur Henri Deutschmeister en , mais la distribution n'est pas arrêtée et le scénario définitif n'est achevé qu'en . Il refuse formellement la vedette Eddie Constantine et écrit à Aurenche : « Reste donc le vieux Gabin qui demande 25 millions ! Pour le rôle de Martin, Deutschmeister aimerait avoir Bourvil. Ma foi, je n'ai pas dit non. ». La seconde tête d'affiche est rémunérée à hauteur de 7 millions, mais Bourvil doute lui-même de cette distribution : « Moi, en vedette avec Gabin ? Vous êtes bien sûr ? ». Ces fortes rémunérations obligent la production à ne pas tourner en couleurs et le film est produit en noir et blanc. Autant-Lara qui défend ses options, doit ainsi réduire son budget de plus de 50 % pour obtenir toute liberté quant à la distribution.