La bataille d'Okinawa se déroule du au , soit quatre-vingt-deux jours, dans l'archipel Okinawa au Japon lors de la Seconde Guerre mondiale. Dernière grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, elle a été l'une des plus sanglantes sur le théâtre du Pacifique. C'est également le plus grand assaut amphibie de la guerre du Pacifique...
Au terme d'un long effort de conquête de plusieurs îles toujours plus proches du Japon, les Alliés prévoient d'utiliser Okinawa, une grande île à de l'archipel japonais, comme base de l'assaut final contre le Japon. La possession de l'île doit aussi permettre d'intensifier les frappes aériennes sur le Japon en prévision de l'invasion. La prise d'Okinawa permet enfin de couper les dernières lignes d'approvisionnement avec le Sud-Est de la Chine. Des forces considérables sont mises en œuvre car au fur et à mesure de la conquête, les Américains sont confrontés à un ennemi toujours plus agressif et déterminé.
Pour le commandement japonais, l'île d'Okinawa est le prolongement stratégique d'Iwo Jima. Il était persuadé que les Alliés auraient impérativement besoin de l'archipel pour lancer une future offensive amphibie au cœur du Japon, ce qui faisait d'Okinawa la clé de l'Empire. Les préparatifs pour la défense y ont donc été extrêmement poussés.
La bataille a été dénommée le « typhon de l'acier » en anglais (nom de code « opération Iceberg ».), et Tetsu no ame (« pluie d'acier ») ou Tetsu no Bofu (« vent violent d'acier ») en japonais.... Les surnoms se réfèrent à la férocité des combats, à l'intensité des attaques kamikazes des défenseurs japonais, et au nombre des navires et véhicules blindés alliés qui ont participé à l’opération. Selon des sources gouvernementales d'OkinawaThe Cornerstone of Peace - number of names inscribed, préfecture d'Okinawa. Consulté le 4 février 2011., le Japon a perdu , tués ou suicidés, et les Alliés dénombrent (et un total estimé à plus de de toutes sortes). Simultanément, entre et civils ont été tués. Les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki et l'invasion soviétique de la Mandchourie. poussent finalement le Japon à se rendre moins de deux mois après la fin des combats à Okinawa.
Ordre de bataille Alliés Les forces alliées en présence se composent essentiellement de la cinquième flotte des États-Unis (la Central Pacific Task Forces) sous le commandement de l'amiral Raymond Spruance et aligne environ : Covering Forces and Special Groups (Task Force 50) directement sous le commandement de Spruance: Fast Carrier Force (TF 58) sous le commandement du vice-amiral Marc Mitscher avec quatre vingt huit navires (incluant onze porte-avions, six porte-avions légers, sept cuirassés et dix huit croiseurs).; British Carrier Force (TF 57) sous le commandement du vice-amiral Bernard Rawlings composée de quatre porte-avions, deux cuirassés, cinq croiseurs, quatorze destroyers Joint Expeditionary Force (TF 51) sous le commandement du vice-amiral Richmond K. Turner (qui tient le poste de commandant des Forces amphibies du Pacifique). Amphibious Support Force (TF 52) sous le commandement du contre-amiral TG 52.1: dix huit porte-avions d'escorte avec quatre cent cinquante avions Sl Escort Carrier Group: quatre porte-avions d'escorte avec les Marine Aircraft Group 31 et Mine Flotilla (TG 52.2) Underwater Demolition Flotilla (TG 52.11): des unités Underwater Demolition Team embarquées sur des destroyers d'escorte 170 fire support landing craft Western Islands Attack Group (TG 51.1) sous le commandement du contre-amiral Ingolf N. Kiland avec la d'infanterie, dix-sept transporteurs et cargos d'attaque et cinquante six Landing Ship Tank Northern Attack Force (TF 53) sous le commandement du contre-amiral Lawrence F. Reifsnider commandant du Amphibies Groupe 4, à bord de l' avec la III Marine Expeditionary Force (du Major-général Roy Geiger) embarquée sur plus de quarante transporteurs et cargos d'attaque et soixante sept LST et navires de soutien; Southern Attack Force (TF 55) sous le commandement du contre-amiral John L. Hall avec le d'armée du Major-général John R. Hodge Demonstration Group (TG 51.2) avec la 2e division des Marines Gunfire and Covering Support Group (TF 54) sous le commandement du contre-amiral Morton Deyo avec dix vieux cuirassés du Battleship Squadron 1, onze croiseurs et trente destroyers. Expeditionary Troops (TF 56) sous commandement du lieutenant-général Simon Bolivar Buckner, Jr. avec la
vignette|gauche|Les avions de la Royal Navy Fleet Air Arm, Avengers, Seafires et Fireflies sur le pont de l’ chauffant leurs moteurs avant de décoller.
Le corps expéditionnaire TF 56 est la plus grande force au sein de la TF 50 ; il est construit autour de la . (commandée par le général Simon Bolivar Buckner, Jr. puis à la mort de celui-ci sous le feu japonais par Roy Geiger). L'armée est principalement composée de deux corps d'armée, le III Marine Expeditionary Force, composé des 1 et des Marines, et le d'armée, composé des 7 et d’infanterie. La des Marines est maintenue en réserve à flot, et la contrôle également la d’infanterie, affectés en garnison et la d’infanterie. En tout, l'armée compte plus de (parmi lesquels près de ne sont pas en première ligne : artillerie, troupes d'appui au combat, quartier général, et de services divers), plus de marines et de la Navy (principalement des Seabees et du personnel médical).. Au début de la bataille d'Okinawa, la compte . Il est prévu que le général Buckner rende compte à Turner jusqu'à ce que la phase amphibie soit achevée, après quoi il doit rendre compte directement à Spruance.
La flotte de l’United States Navy et de ses alliés est composée de trois cent trente navires de guerre et bateaux de transport. Parmi les navires de guerre, on compte les porte-avions , , , , , , , , , , et . L’opération amphibie pour la bataille d’Okinawa est encore plus importante qu'Overlord en Normandie où les Alliés avaient employé 284 navires de guerre. Bien que les forces terrestres alliées soient composées entièrement de troupes américaines, la flotte britannique du Pacifique (BPF, Task Force 57) fournit environ le quart de la puissance aéronavale alliée (450 avions). Le Royaume-Uni, libéré de ses préoccupations militaires en Europe, avait constitué une escadre relativement importante, la flotte britannique du Pacifique, qui avait pour mission de croiser entre Formose et Okinawa pour protéger le flanc gauche de l'offensive américaine. Elle est composée d'une force de cinquante navires de guerre dont dix-sept porte-avions (avec qui transportent donc moins d'avions par unité mais qui sont plus résistants aux attaques kamikazes) parmi lesquels les , , et le .. Bien que tous les porte-avions soient fournis par la Grande-Bretagne, les groupes de support associés aux porte-avions sont composés de personnels et navires britanniques, canadiens, néo-zélandais et australiens du Commonwealth britannique. Leur mission est de neutraliser les aérodromes japonais dans les îles Sakishima et de couvrir l'opération contre les attaques des kamikazes japonaises. Mais la plupart des avions de chasse, des bombardiers en piqué et des avions d'attaque au sol sont des appareils basés sur les porte-avions américains.
Japon vignette|gauche|Les commandants japonais d'Okinawa (y compris l'amiral Minoru Ōta, le lt. gén. Ushijima, le lt. gén. Chō, et le col. Hiromichi Yahara) en .
La campagne principalement défensive des terres japonaises est menée par ( selon certaines sources) de la et quelque de la Marine impériale japonaise (MIJ) à la base navale Oroku (seulement quelques centaines d'entre eux avaient été formés et équipés pour le combat terrestre), soutenus par locaux de l’ethnie Ryukyuan (y compris et sans uniforme). En outre, on compte aussi organisés sur la première ligne tandis que 600 jeunes femmes de l'escadron Himeyuri sont organisées comme unités d'infirmerie.. Les Japonais utilisent la tactique des kamikazes depuis la bataille du golfe de Leyte mais pour la première fois cette tactique devient une partie importante du système défensif. Entre le , date du débarquement américain et le , sept grandes attaques kamikazes sont lancées, impliquant plus de .
La japonaise, commandée par le général Mitsuru Ushijima, est retranchée aux deux extrémités montagneuses de l'île. La est initialement composée des 9, 24 et , et de la mixte indépendante. La a été déplacée à Taïwan avant l’invasion après modification des plans de défense japonais. La première ligne de résistance est conduite dans le sud avec le gros des troupes de la , par le lieutenant général Mitsuru Ushijima, son chef de cabinet, le lieutenant-général Isamu Chō et son chef des opérations, le colonel Hiromichi Yahara. Yahara préconise une stratégie défensive, tandis que Chō préconise une offensive. Dans le nord, c’est le colonel Takehido Udo qui est aux commandes des forces de réserve situées principalement dans la péninsule de Motobu. Des unités sont aussi situées sur les îles de kerama et keise au sud et Ie-jima au nord. Les troupes de la marine impériale sont commandées par le contre-amiral Minoru Ōta. Les Japonais s'attendent au débarquement de six à dix divisions américaines auxquelles ils ne peuvent opposer que deux divisions et demie. La qualité et la quantité d'armes donnent à chaque division américaine cinq à six fois la puissance de feu d'une division japonaise ; ce à quoi s’ajoute l'écrasante puissance de feu navale et aérienne des Américains.
Bataille navale vignette|gauche|L’ en feu après avoir été frappé par deux kamikazes.
La Task Force 58 est déployée à l'est d'Okinawa avec un groupe de six à huit destroyers protégeant treize porte-avions (7 CV et 6 CVL) en action du au . Jusqu'au , entre quatorze et dix-huit porte-avions d'escorte (PAE) sont aussi positionnés dans la zone à tout moment, et jusqu'au la Task Force 57 britannique, avec quatre grands porte-avions et six porte-avions d'escorte, demeure au large des îles Sakishima pour protéger le flanc sud de l’opération.. La durée de la campagne dans des conditions oppressantes force l'amiral Chester Nimitz à prendre l'initiative sans précédent de soulager les principaux commandants des forces navales en leur imposant une rotation. Conformément à la pratique de changer la désignation de la flotte avec le changement de commandant, les forces navales américaines commencent la campagne avec la cinquième flotte des États-Unis sous le commandement de l'amiral Raymond Spruance, puis la terminent avec la troisième flotte sous le commandement de l'amiral William F. Halsey.
À l’aube du , un chasseur-bombardier japonais réussit à larguer sa bombe sur le navire amiral de Spruance, le croiseur lourd , l’endommageant sérieusement, avant de percuter le bâtiment et de s'écraser dans l'océan.. L'opposition aérienne japonaise reste relativement légère au cours des premiers jours suivant le débarquement. Cependant, le commandement japonais prépare une attaque kamikaze sans précédent. Le Kikusui (ou chrysanthème flottant) est l'emblème de toutes les forces kamikaze affectées à la défense d'Okinawa. Le , le Japon lance sa première contre-attaque aérienne avec quatre cents avions partis depuis l’ile de Kyūshū. L'amiral Richmond Turner, chef des forces de soutien, avait disposé ses bâtiments sur deux lignes de manière à prévenir les interventions aériennes japonaises. Deux cent cinquante appareils nippons sont détruits avant de pouvoir commencer leur attaque. Néanmoins, un certain nombre de navires, dont le porte-avions , sont plus ou moins gravement endommagés. Quelques bâtiments plus légers, comme les destroyers ou , sont coulés. Le , le cuirassé , les porte-avions et ainsi que six destroyers sont endommagés par des attaques japonaises. Le , l' est le premier navire coulé par un avion bombe suicide, un Yokosuka MXY-7 Ohka.