Bernard Law Montgomery, vicomte Montgomery d'Alamein, est un field marshal britannique, né le à Londres et mort le à Alton (Hampshire). On le connaît aussi sous son surnom « Monty ».

Il est officier dans l'infanterie britannique au début de la Première Guerre mondiale et reçoit une balle dans le poumon droit au cours de la première bataille d'Ypres . Il revient au front en tant qu'officier d’état-major et se trouve devant Arras en avril-. Il est chef d’état-major de la à la fin de la guerre.

Dans l'entre-deux-guerres, il commande d’abord un bataillon du Royal Fusiliers puis le du , avant de prendre le commandement de la puis celui de la d’infanterie.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il commande la britannique d’ à , date de la victoire finale en Tunisie. Pendant cette période, il est notamment vainqueur de la seconde bataille d'El Alamein, tournant de la guerre du Désert. Il est toujours à la tête de la lors de la campagne d'Italie à . Pour le débarquement et la bataille de Normandie de , il commande dans un premier temps, sous l'autorité d'Eisenhower, l'ensemble des forces terrestres alliées. Ensuite, il est placé à la tête du d’armées britannique.

Le gouvernement britannique le promeut au grade de field marshal. (maréchal) le . Il rencontre par la suite un échec aux Pays-Bas au cours de l'opération Market Garden fin . Le , il reçoit la reddition de l'armée allemande du Nord-Ouest à Lunebourg.

Après la guerre, il commande l'armée britannique du Rhin (la BAoR) en Allemagne puis devient chief of the Imperial General Staff (« chef d'état-major général de l'Empire britannique », pour l'Armée de terre) de 1946 à 1948.

De 1948 à 1951, il est président du comité des commandants en chef de l'Union occidentale. Il est ensuite adjoint au (commandant en chef allié Europe) de l’OTAN jusqu'en 1958, date de son départ à la retraite.

Biographie Jeunesse Bernard Law Montgomery est né dans le quartier de Kennington à Londres en 1887. Il est le quatrième d'une famille anglo-irlandaise de neuf enfants au train de vie modeste. Son père, le révérend Henry Hutchinson Montgomery, est un prêtre anglican dévoué à ses fidèles, qui parvient à l'épiscopat après sa nomination en Tasmanie en 1889. À cette date, sa mère, Maud Farrar qui fut mariée à dix-sept ans, avait déjà eu cinq enfants du pasteur de Saint-Marc, Kennington Oval, lorsqu'elle était âgée de 25 ans.

Après le décès de son grand-père, Robert Montgomery, survenu en , un mois après la naissance de Bernard, Henry hérite de la propriété familiale de New Park à Moville dans le comté de Donegal près de Derry en Irlande du nord, résidence qui sera un lieu de vacances pour Bernard. C'est pourquoi Montgomery se considère lui-même en partie comme un natif d'Irlande et du comté de DonegalThe Inish Times, mars 2006. Texte disponible sur .. En 1889, la famille suit le père pasteur nommé évêque en Tasmanie. Son père qu'il adore est un homme doux, presque un saint : dévoué envers les autres chrétiens et pointilleux sur ses obligations professionnelles, il est bien peu présent à la maison. Mrs Montgomery de nature autoritaire se retrouve responsable d'une grande famille, souvent renforcée par des cousins ou des enfants hébergés. Elle donne des consignes strictes et au besoin applique sans ménagement de sévères punitions corporelles ou psychologiques à ses trois premiers garçons. Elle gère aussi les faibles économies familiales d'une main de maître, imposant même à son époux de sévères restrictions.

Devenu vieux, Bernard Montgomery a confié qu'il avait eu une enfance assez malheureuse, car ses grands frères étant plus malléables ou diplomates, c'est sur lui enfant de nature rebelle et résistante qu'ont abouti les nombreux conflits violents entamés contre le despotisme maternel. Alors que ses plus jeunes frères furent choyés par sa mère trentenaire, il devint rapidement le « mouton noir » de la famille, recevant coups de canne et rebuffades. Quand le petit solitaire en quête d'intimité avait disparu aux yeux de tous, la voix sèche de sa mère s'élevait souvent : « Allez voir ce que fait Bernard, et dites-lui de cesser immédiatement ». Mais à dix-neuf ans, après avoir été longtemps placé en pension au collège, Bernard, qui voulait être militaire, eut un immense respect envers cette "maîtresse de maison" qui n'avait pu lui apporter une affection maternelle; il le comprit mieux une fois devenu adulte ;

En 1901, l'évêque Montgomery devient secrétaire de la et la famille retourne à Londres fin 1901. Bernard et son frère Donald sont envoyés à la St Paul's School de Londres. Ces jeunes coloniaux tasmaniens sont robustes, résistants et vifs, adaptés à la nage, à la marche et à la course. Leur éducation scolaire a été négligée et ils ne connaissent ni le cricket ni le football, sports prédominants dans tous les collèges anglais.

À quatorze ans, le jeune fils Montgomery surnommé Monkey (singe) pour son aptitude bravache à tirer les cheveux des grands élèves n'est nullement préparé à la vie studieuse du collège anglais, mais il se précipite sur le sport, rugby à quinze et cricket à onze, parvenant à la responsabilité de capitaine de ces équipes. Monkey veut être soldat, mais ses notes en anglais sont catastrophiques en 1904. Son bulletin scolaire indique un retard d'une année. Bernard Law comprend qu'il ne pourra pas devenir officier et reprend les études avec assiduité.

En 1907, il entre après examen au collège de l'académie royale militaire de Sandhurst, puis prépare le concours, le passant au sur 170. Le niveau est faible car les candidats de valeur ne sont pas attirés par la carrière des armes, au demeurant peu lucrative, voire souvent coûteuse en Angleterre. Choisi par l'encadrement pour être caporal, et même pressenti pour être enseigne (sous-lieutenant), le jeune homme sportif accompli s'affirme en leader de compagnie. Il faillit être renvoyé à la suite d'une altercation avec un élève de la compagnie rivale durant laquelle les deux antagonistes se battent avec des tisonniers incandescents. Sa victime est brûlée au dos par sa chemise enflammée. Le caporal Montgomery, rendu responsable de l'agitation nocturne des chambrées et de l'exécrable rivalité entre compagnies, est dégradé, il doit être renvoyé. Sa mère, qui a financé ses études et, surtout, un ami nommé Forbes, major des Royal Scot Fusiliers, interviennent en sa faveur. Sanctionné, il doit rester six mois de plus à Sandhurst, et n'est nommé sous-lieutenant au du Royal Warwickshire Regiment (Mle 8742) que le .

Sorti de l'école, l'officier n'a pu prétendre à être admis dans l'armée des Indes, seule carrière dignement rétribuée. Or il n'a pas de fortune personnelle : il ne peut servir en Angleterre, où le coût moyen du mess des officiers dépasse la solde. Mais le régiment provincial possède un bataillon détaché qui sert en Inde. Ainsi il peut rejoindre en à Peshawar le . Pour l'anecdote, il y retrouve son cousin, l'orientaliste St. John Philby dont il sera le témoin de mariage en . Son unité ensuite est mutée à la fin 1910 à Bombay jusqu'en 1913, date de sa rentrée en Angleterre. Son intérêt pour l'art de la guerre est éveillé par le capitaine Lefroy, revenu d'un stage à l'école d'état-major de Camberley à la deuxième compagnie du régiment. Le lieutenant Montgomery prend alors conscience des immenses lacunes de l'armée britannique. Mais le rappel violent survient en .

Première Guerre mondiale gauche|vignette|Hommes du régiment royal du Warwickshire pendant la bataille de la Somme. La Première Guerre mondiale éclate en : le régiment du lieutenant Montgomery placé dans la dixième brigade de la quatrième division est envoyé en France. Il arrive après une longue marche de nuit sur les champs de blé près de Haucourt lors de la bataille de Mons. Son bataillon au bivouac doit attaquer l'unité allemande qui a investi par surprise la colline confiée à un second bataillon du régiment. L'attaque est menée dans l'improvisation la plus totale et aboutit à la perte de la moitié des soldats du bataillon, tués, blessés ou faits prisonniers.

Sa compagnie charge vers les bâtiments aux abords du village de Méteren le , non loin de la frontière belge. Après avoir pris les maisons, il est touché dans le village par un tir de sniper lors de la contre-offensive alliée. Grièvement blessé au poumon droit, il tombe à découvert et s'efforce de ne pas signaler sa survie. Un vaillant soldat anglais de sa section lui porte secours, le panse avant de s'effondrer, touché en pleine tête. Les tirs allemands dévastent le corps et le barda du malheureux qui protège Montgomery. Pris dans les feux croisés, il n'est à nouveau blessé qu'au genou. Tout le monde pense que les deux hommes sont morts. À la tombée de la nuit, les brancardiers les ramassent. Bernard est en mauvais état, au côté de son premier secouriste raide mort. À l'ambulance de campagne, les médecins débordés estiment qu'il n'en a plus pour longtemps avant d'agoniser. Ordre est donné de creuser les tombes. Lorsque les fossoyeurs viennent le chercher, il manifeste sa présence par un râle. Il est dirigé vers un hôpital après un long et douloureux voyage. Pendant quelques mois d'hospitalisation, il comprend que l'organisation, la logistique et l'information ciblée sont cruciales. Autrement dit, suivant le vieil adage, .

Le lieutenant Montgomery reçoit l'insigne de l'Ordre du Service distingué pour son commandement efficace et courageux lors de l'assaut de Méteren. Le blessé évacué en Angleterre se remet en quelques mois : guéri, il décide de se faire verser à l'état-major. Mais il est d'abord incorporé dans une brigade d'entraînement de l'Armée Kitchener au début de l'année 1915. En 1916, le commandant Montgomery revoit le front ouest en tant qu'officier de l'état-major des opérations dans la Somme, à Arras et Passchendaele. Il constate l'incroyable distance entre les planificateurs de l'état-major et les hommes sur le terrain. Pendant cette période, il est sous le commandement du général Herbert Plumer et s'occupe de l'instruction des hommes du . Grâce à l'entraînement prodigué par Montgomery, aux répétitions et la combinaison de l'artillerie avec l'infanterie, les troupes de Plumer atteignent leurs objectifs avec un minimum de pertes.

Montgomery participe à la bataille de la Lys et à la troisième bataille de l'Aisne (bataille du Chemin Des Dames) avant de finir la guerre avec le rang d'officier de niveau 1 de l'état-major général et chef de l'état-major de la britannique ( de Londres) avec le grade temporaire de lieutenant-colonel. Une photographie de 1918 montre le lieutenant-colonel Montgomery, alors peu connu, se tenant debout en face de Winston Churchill durant un défilé. Dans son état-major à Londres, il met au point un dispositif de progression de compagnies, utilisant des postes de télégraphie sans fil mettant en contact l'officier commandant la section et l'état-major à l'arrière qui peut ainsi coordonner sereinement les actions globales. Cette modélisation d'une tactique de progression toutes armes lui permet de mettre en avant le rôle d'officier de liaison, qui du fait de la généralisation de la motorisation, joueront un rôle crucial au cours du second conflit mondial.

Entre-deux-guerres Après la guerre, le lieutenant-colonel Montgomery commande un bataillon de l'armée britannique du Rhin avant de retrouver son grade de capitaine. Deux fois refusé à l'école ou de Camberley, il se fait inscrire grâce à la recommandation sollicitée sur un court de tennis auprès de son adversaire d'un jour, sir William Robertson, commandant en chef de l'armée d'occupation en Allemagne. Il rédige déjà des brochures et des manuels d'entraînement où il fait part de son expérience et des leçons apprises durant la guerre. Cet expert en art militaire étudie avec assiduité ce qu'il dénomme la vie (life) sous toutes ses formes.