Hermann Göring, ou GoeringGöring est l'orthographe allemande, mais son nom est souvent translittéré « Goering » en français et en d'autres langues, en utilisant le couple de voyelles ‹oe› pour remplacer le « o umlaut » ‹ö›., né à Rosenheim le et mort à Nuremberg le , est un militaire, homme politique et criminel de guerre allemand, dirigeant de premier plan du parti nazi et du gouvernement du Troisième Reich.
Décoré comme as de l'aviation pendant la Première Guerre mondiale, il rejoint le parti nazi en 1922. Blessé lors du putsch de la Brasserie en 1923, il développe peu de temps après une dépendance à la morphine dont il ne se débarrassera qu'à la fin de sa vie. Nommé ministre sans portefeuille dans le premier cabinet Hitler en 1933, il est responsable de la création de la Gestapo, organisation dont il cédera le contrôle à Heinrich Himmler en 1934. Il est ensuite nommé commandant en chef de la Luftwaffe en 1935 et ministre de l'Aviation. Il cumule ces titres avec d'autres fonctions dont notamment responsable du Plan de quatre ans, ministre de l'Intérieur de Prusse, chef de la chasse du Reich, (plus haut grade de toute la Wehrmacht), etc. Pendant la durée du régime, il amasse une fortune gigantesque à coups de pressions, rackets internes au régime et spoliation des biens juifs. Il est connu pour son goût du luxe, des diamants ou des châteaux, dont il ordonne la construction en pleine guerre.
Condamné à mort par pendaison à l'issue du procès de Nuremberg en raison de ses responsabilités écrasantes tout au long du régime, il se suicide en avalant une capsule de cyanure juste avant son exécution.
Jeunesse gauche|vignette|redresse|Hermann Göring en 1907. Hermann Göring est le fils de Heinrich Ernst Göring et de Franziska Tiefenbrunn (née le , morte le ). Après avoir participé en tant qu'officier de l'armée prussienne aux campagnes de 1866 contre l'Autriche et de 1870 contre la France, son père exerce des fonctions de juge à Metz, puis à Altkirch. Remarqué par Bismarck, Heinrich Göring est nommé premier commissaire du Reich en Afrique du Sud-Ouest, charge qu'il exerce à compter de 1888. Avant de partir pour le continent africain, le père de Göring épouse en secondes noces Fransziska Tiefenbrunn, une fille de paysans, de vingt ans sa cadette. En Afrique, à Windhoek, elle donne naissance à un fils, Karl Ernst (1885) puis deux filles, Olga Thérèse Sophie (1889) et Paula Elisabeth Rosa (1890). Heinrich Göring ayant ensuite été muté en Haïti (1889), son épouse revient en Allemagne pour y donner naissance à Hermann. Elle retourne ensuite rejoindre son époux et laisse son fils durant trois ans à la garde d'une amie (Madame Graf). Hermann Göring aura encore un autre frère cadet, Albert en 1895 (celui-ci aidera ultérieurement des personnes persécutées par le régime nazi).
Vers 1899, le père de Göring, qui a été mis à la retraite, accepte la proposition du parrain de Hermann, Hermann Epenstein, médecin anobli d'origine juive, de s'installer dans un des deux châteaux qu'il vient d'acquérir. C'est chez Epenstein que Göring passe la plus grande partie de son enfance dans le , à trente kilomètres au nord-est de Nuremberg. Il s'y initie à l'escalade et devient un excellent alpiniste. Les biographes nazis de Göring passèrent sous silence le fait que son parrain, qui exerça apparemment une grande influence sur le jeune Hermann, était d'origine juive, tout comme ils n'évoquèrent jamais le fait que sa mère avait entretenu une liaison avec Epenstein, au point que son frère cadet ressemblait étrangement à ce dernier.
La scolarité de Hermann débute mal. Il ne supporte pas la discipline et se montre paresseux. Un changement d'école, de Fürth à Ansbach, ne résout pas le problème. Sur la suggestion de son parrain, il est envoyé en 1908 à l'École des cadets de Karlsruhe. Cette affectation provoque une transformation radicale du jeune Göring qui se plie à la discipline militaire et sort de l'école avec d'excellentes notes, ce qui lui permet d'accéder sans difficulté à l'académie militaire de Gross-Lichterfelde, près de Berlin, où sont formés les futurs officiers de l'armée impériale. Il en sort en avec le grade de sous-lieutenant.
Le chevalier von Epenstein, venant d’épouser une femme de quarante ans sa cadette, se sépare de sa maîtresse et demande à la famille de Göring de quitter le château de Burg Veldenstein. Le père de Göring, gravement malade et devenu alcoolique, meurt peu après. C'est dans ces conditions que Hermann Göring est affecté au à Mulhouse qu'il rejoint en .
Première Guerre mondiale
Entre son affectation et le début de la Première Guerre mondiale, Göring mène la vie normale d'un jeune officier d'infanterie en garnison. Au déclenchement de la guerre et conformément aux plans établis par l'état-major de Moltke, son unité fait retraite à l'est du Rhin. Göring est toutefois chargé de plusieurs missions de reconnaissance au-delà du Rhin qu'il met à profit pour en découdre avec des unités françaises, ce qui lui vaut la croix de fer de deuxième classe.
À l'automne 1914, l'unité de Göring est envoyée dans les Vosges. Lorsque le front se fige, celle-ci prend position dans le secteur de Baccarat. L'humidité et le froid qui règnent dans les tranchées ont un effet désastreux sur Göring : il est terrassé par une crise de rhumatisme qui affecte les articulations des membres inférieurs et il est évacué à l'hôpital de Metz. C'est là que Bruno Loerzer, qu'il avait connu au d'infanterie et qui a passé son brevet de pilote, lui suggère de rejoindre l'arme aérienne, en lui expliquant que cela lui permettra de s'extraire de la boue des tranchées. Göring établit une demande de transfert pour l'aviation et suit une formation d'observateur aérien.
Fin 1914, il est affecté en cette qualité à la base aérienne de Stenay près de Verdun. À l'époque, l'armée allemande rencontre de grandes difficultés pour obtenir des photographies exploitables de la zone d'opération. Au prix de manœuvres audacieuses, le tandem Göring-Loerzer rapporte d'excellentes prises de vue de la zone de Verdun. Les deux hommes sont régulièrement appelés à l'état-major pour commenter les clichés qu'ils rapportent. Après une mission particulièrement réussie, le Kronprinz en personne leur décerne la croix de fer de première classe (Eiserne Kreuz Erster Klasse) le .
Cela ne suffit cependant plus à Göring (qui allait jusqu'à emporter un fusil et des grenades lors de ses missions de reconnaissance) qui demande à se faire affecter à la chasse. Le , il est affecté à l'école d'aviation de Fribourg.
Il rejoint la (escadrille de chasse) en et remporte sa première victoire le en abattant un Farman au-dessus de Tahure. Il poursuit la guerre dans différentes unités. Il est pris en chasse et blessé lors d'un combat aérien le avec le pilote français André du Bois de Gennes de l'escadrille Spa 57, lequel pilotait un Nieuport monoplace.. Revenu au , il est contraint à un atterrissage forcé, après un engagement contre six avions anglais au cours duquel il est blessé. Il passe les quatre mois suivants dans différents hôpitaux militaires et en convalescence.
Il rejoint, au printemps 1917, le front et la commandée par Bruno Loerzer. Lorsque l'escadrille est transférée sur le front des Flandres, Göring se voit confier le commandement de la qui opère dans le même secteur. Pendant ces années d'opérations, Göring fait preuve d'un comportement chevaleresque, s'abstenant notamment d'achever ses adversaires lorsque ces derniers sont à court de munitions. Il accumule ainsi les victoires en combat aérien et, le , le Kaiser lui décerne à Berlin la médaille Pour le Mérite. vignette|redresse|Hermann Göring en 1918. Le , alors qu'on attendait à ce poste Ernst Udet ou Erich Löwenhardt, Göring succède au capitaine Reinhard au commandement de l'escadron de chasse de Richthofen ( 1), dont il devient le dernier chef à l'âge de . Pendant toute la durée de la guerre, Göring aura enregistré vingt-deux victoires confirmées. Toutefois le sort de la guerre est en train de tourner en défaveur de l'Allemagne. Dans le ciel, Göring et ses hommes sont confrontés à de nouveaux modèles d'avions alliés plus efficaces et moins vulnérables et sur terre la situation se dégrade inexorablement, obligeant les escadrilles allemandes à chercher des aérodromes de repli. Fin , les puissances centrales s'effondrent et, au début du mois de novembre, le Reich ouvre des négociations avec les alliés. Göring reçoit l'ordre, le , conformément aux dispositions de l'armistice, d'acheminer les avions de son escadrille de l’aérodrome de Tellancourt à Strasbourg afin de les livrer aux forces françaises, cependant, avec l'assentiment de ses principaux pilotes, il désobéit et ramène les avions à Darmstadt.
Le jour de la démobilisation officielle de l'escadrille à Aschaffenburg, près de Francfort, Göring se livre à une diatribe contre les socialistes allemands qui exercent le pouvoir en Allemagne. De passage à Berlin, il assiste en au Philharmonique de Berlin à une grande réunion d'officiers où le ministre de la Défense du nouveau gouvernement socialiste les incite à soutenir les autorités et à renoncer aux décorations, insignes de grade et épaulettes. Göring monte alors sur la scène et, avec toute l'énergie de sa jeunesse, se lance dans un violent discours où il déclare notamment
Outre qu'il accrédite la légende du « coup de poignard dans le dos », ce discours coupe définitivement au jeune Göring toute possibilité d'être admis dans les cadres de la future Reichswehr. De retour chez sa mère à Munich, il doit même se cacher pour échapper aux unités des soviets de soldats et d'ouvriers qui recherchent les anciens officiers de l'armée impériale. Il se réfugie chez le capitaine anglais Beaumont, avec qui il a sympathisé après avoir abattu son avion et l'avoir fait prisonnier pendant la guerre, et qui est désormais chargé de superviser le démantèlement de l'aviation allemande pour le compte des Alliés.
Après-guerre et engagement dans le nazisme
gauche|vignette|redresse|Lors de son mariage avec Emmy Sonnemann . On peut apercevoir Hitler à l'arrière-plan. En 1919, il devient pilote commercial au Danemark, où il devient également représentant de la firme Fokker. En 1920, ayant trouvé un meilleur emploi, il quitte le Danemark pour la Suède où il est alors employé par la Svensk Lufttrafik comme pilote de ligne. C'est là qu'il rencontre sa première femme, Carin, baronne von Kantzow, née von Fock, liée au milieu de l'aristocratie et de la finance, il l'épouse le à Munich.
Göring retourne en Allemagne en automne 1921 et assiste à des cours d'histoire et de sciences politiques à l’université de Munich ; pendant ces cours qu'il n'a pas terminés, ses opinions le poussent vers le parti NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei). Après avoir assisté à un discours de Hitler en , il rencontre personnellement celui-ci en tête à tête avant d'adhérer au parti. Laurence Rees relève à ce propos que . Göring refuse, dans un premier temps, d'être nommé à un poste de direction ou de commandement à ses débuts au sein du parti, de crainte que l'on puisse penser qu'il était venu rencontrer Hitler à cette fin. Ainsi, pendant un ou deux mois, il demeure dans l'ombre. Hitler lui confie en le commandement des sections d'assaut ou SA (Sturmabteilung), les « chemises brunes », en prenant la suite de , dont le chef d'état-major est le capitaine Ernst Röhm.