Joseph Goebbels (prononcé en allemand : ), né le à RheydtSauf mention contraire, cet article se fonde sur l'ouvrage de . et mort par suicide le à Berlin, est un homme d'État allemand et criminel nazi. Proche d'Adolf Hitler, il fut, avec Hermann Göring et Heinrich Himmler, l'un des dirigeants les plus puissants et influents du Troisième Reich.

Du fait de son action de 1933 à 1945 au ministère de l'Éducation du peuple et de la Propagande, son nom reste indissociablement lié à l'emploi des techniques modernes de manipulation des masses, et un modèle pour la propagande des États totalitaires.

Antichrétien radical, et surtout antisémite fanatique, il a joué un rôle moteur dans les persécutions contre les Juifs allemands, par ses discours enflammés et, notamment, en organisant la nuit de Cristal en .

Quoique désigné comme chancelier par Hitler avant son suicide, il se donne la mort le lendemain dans le Führerbunker — en compagnie de son épouse Magda, après qu'elle a empoisonné leurs six enfants —, échappant ainsi à tout jugement.

Biographie Enfance et études (1897-1922) Paul Joseph Goebbels naît à Rheydt, ville industrielle de l'ouest de l'Allemagne, dans la banlieue sud de Mönchengladbach, à une vingtaine de kilomètres à la fois de la frontière néerlandaise (à l'ouest), du Rhin (à l'est) et de la Ruhr (au nord), principale région industrielle allemande. D'origine modeste, il est le fils de Fritz Goebbels et de Katharina Odenhausen. Son père, d'abord garçon de courses dans une fabrique de réverbères, devient ensuite commis puis employé de bureau, comptable et chef-comptable d'une usine de fabrication de mèches. Tous deux catholiques, ses parents ont eu en tout six enfants : Konrad (1893-1949), Hans (1895-1947), Maria (1896-1896), Joseph (1897-1945), Elisabeth (1901-1915) et Maria (1910-1949) ; la famille comporte cinq enfants vivants : Goebbels a deux frères aînés puis deux sœurs cadettes.

Atteint d’ostéomyélite dans sa petite enfance, Goebbels perd l’usage de son pied droit à l'âge de . En outre, après l'échec d'une opération l'année de ses , il est contraint de porter un appareil orthopédique pour le restant de ses jours.

Goebbels a entamé ses études primaires depuis , dans une école proche de son domicile. Il suit ses études secondaires au Gymnasium catholique de Rheydt : élève brillant mais peu aimé de ses camarades et professeurs, il y est surnommé « Ulex » par référence à Ulysse renommé pour sa mètis (« intelligence rusée »)..

Alors que ses deux frères sont incorporés pour prendre part à la Première Guerre mondiale, un médecin militaire le déclare inapte pour le service dès 1914, l'année de ses , et à son grand dépit, il est réformé. Appelé en pour un poste dans les bureaux de l'armée, il est vite renvoyé à la vie civile.. Diminué, et ne mesurant que , il aurait fait passer par la suite son infirmité pour une blessure de guerre.. Toute sa vie, il va garder un fort complexe de sa faible constitution physique..

Il décroche son Abitur (équivalent du baccalauréat) en 1917. Quoiqu'excellent, .

Il poursuit des études universitaires en philologie classique pendant deux semestres à Bonn, puis à Fribourg en , et l’hiver suivant à Wurtzbourg. De retour à Fribourg-en-Brisgau en , il part ensuite étudier à Munich. Après un nouveau retour à Fribourg, il s’inscrit à l’université de Heidelberg où il termine ses études. Il est fasciné par l'écrivain Friedrich Gundolf, et sous la direction d’un professeur d’origine juive, Max von Waldberg, il rédige une thèse de doctorat consacrée à l’écrivain romantique Wilhelm von Schütz, David Nirenberg : Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale, chap. 13, 2023, Éd. Labor et Fides, . Après un an, il obtient son doctorat le : il vient d'avoir . Jusqu’à sa mort, il ne manquera jamais, en toutes circonstances, de veiller à rappeler son doctorat en se faisant appeler et en signant sa correspondance .Indiquer le titre universitaire est cependant en Allemagne une pratique courante : le titre de docteur ou de professeur peut être inscrit sur ses documents d'identité..

Carrière au sein du parti nazi (1922-1933) gauche|vignette|redresse=1.1|Mariage de Magda et Joseph Goebbels, en . En arrière-plan, leur témoin : Adolf Hitler.

Un proche des frères Strasser (1922-1926) Après son doctorat, Goebbels travaille comme journaliste, et tente sans succès de faire publier un roman d'inspiration autobiographique, Michael.

En 1923, il écrit dans son journal qu'il va proposer à l'édition à La Schauspiel Köln (le théâtre de la ville de Cologne) deux de ses pièces de théâtre : Le Voyageur et Prométhée. Il cherche à compenser la mauvaise image qu'il a de lui-même par ses conquêtes féminines.. Dès 1924, Goebbels rejoint le NSDAP dirigé par Adolf Hitler depuis 1921. Son supérieur dans le parti est Gregor Strasser, et son haut niveau d'études le propulse rapidement à la tête des journaux nazis de la Ruhr. Sa grande intelligence et sa formation intellectuelle font qu'il a la charge d'un nombre plus important de publications du parti dans de plus en plus de régions d'Allemagne.

Parallèlement à cette activité, il écrit de nombreux discours, et ses talents d'orateur sont appréciés. Dans le parti d'alors, les frères Strasser (Otto et Gregor) sont ses mentors. Ils ont une place éminente au sein du parti, car ils ont su profiter du séjour de Hitler en prison. (du au ). À son retour, Hitler ne peut supporter cet état de fait. Joseph Goebbels fait donc ses premières armes dans une aile du parti qui est jugée plutôt rivale de celle de Hitler (même s'il répète sans cesse son dévouement à ce dernier).

À cette époque, il note dans son journal intime que certains discours de Hitler l'horrifient et le répugnent fortement, par leur brutalité, mais aussi par le rapprochement souhaité par Hitler du parti avec les puissances d'argent, le parti ayant besoin de financement. Désireux de changements radicaux, il n'hésite pas à dénoncer les , et à proclamer que : pour lui, il faut d'abord bannir le libéralisme et rénover le socialisme. Il fait alors des discours dénonçant .

Le , Goebbels voit Hitler pour la première fois à Weimar lors d'un discours public de ce dernier qui le laisse subjugué . Il admire Hitler, mais a des désaccords profonds au sujet des nationalisations économiques (que Goebbels veut mettre en place partout) et sur la notion de propriété (Goebbels veut supprimer la propriété privée). Le , lors d'un meeting au cours duquel Hitler est absent, il exprime le souhait de l'exclure du parti..

Au service de Hitler (1926-1933) Membre de l’aile gauche du parti, Goebbels va pourtant rejoindre son aile droite. Au début de 1926, Hitler remet progressivement la main sur le parti. Il s'appuie pour cela sur l'aile droite animée par Julius Streicher (), opposé aux Strasser, et en lien avec l'establishment allemand (Erich Ludendorff par exemple). Hitler, dans son discours du à Bamberg, devant soixante dirigeants du parti, définit une politique dont le seul ennemi est le bolchevisme. Ce discours offense profondément les partisans des Strasser. Goebbels est retourné, malade : ). Il commente : .

Durant le reste du mois de février, Goebbels et le clan Strasser essayent de retourner Hitler contre l'aile droite. Vainement, mais Hitler tempère, laissant une porte ouverte : dans un discours du , il s'en prend essentiellement au . Goebbels sait que c'est la chance à saisir, il prépare sa trahison : au début de , Strasser est grièvement blessé par des communistes lors d'un meeting ; c'est l'occasion pour Goebbels d'aller à la rencontre de l'aile droite. Le , il est invité sur les terres d'un des tenants de cette dernière (en Franconie chez Streicher), puis le , à Nuremberg, il rencontre Streicher et se réconcilie avec lui. Le , Goebbels fait son autocritique, en écrivant un éditorial au titre évocateur : C'en est fini du Goebbels « strassérien » ; désormais il est entièrement hitlérien. Cette trahison n'empêche pas que Goebbels ait toujours admiré Hitler. Il met ses erreurs sur le dos de ses mauvais conseillers, notamment Hermann Esser, le responsable de la propagande du NSDAP. Goebbels est à partir de cette date entièrement dévoué à Hitler.

D'autre part, si Goebbels est pour le socialisme, il se dit absolument contre le marxisme, mais pour la suppression de la propriété privée et de ce fait, un national-socialiste convaincu. Concernant son antisémitisme virulent, l'historien Joachim Fest relève qu'au départ de sa carrière politique, Goebbels se moquait de l'. Néanmoins, par la force des choses, notamment la consolidation du Troisième Reich, la baisse de son influence et surtout la recherche de nouvelles cibles, il devint un antisémite des plus acharnés, bien qu'il s'agisse sans doute plus d'une tentative de , qui ne correspondait pas aux canons du Troisième Reich, que d'une conviction profonde.

Mais ce retournement de situation, Goebbels l'a aussi souhaité, car il a compris que le camp de Strasser est condamné à plus ou moins long terme. De plus, Goebbels sait qu'avec ses talents de propagandiste, il a une place dans le parti avec ou sans les Strasser. Hitler tient à s'attacher ses services, et pour cela il met les moyens : alors qu'il convoque l'aile gauche et l'aile droite à Munich, pour s'expliquer , Hitler réserve un traitement de faveur à Goebbels. Dès le premier jour, il lui offre une accolade chaleureuse avec les larmes aux yeux ; Goebbels dit être alors . Puis Hitler multiplie les privilèges pour son hôte : il l'attend seul à son hôtel ; ils dînent ensemble, c'est Hitler qui invite commente un Goebbels flatté. À l'opéra, Hitler se met à côté de Goebbels, ce qui le flatte davantage encore. Le lendemain matin commence l'explication : l'aile droite charge Strasser et Goebbels ; ce dernier réplique, les insultes fusent. Hitler se frotte les mains : il n'a plus qu'à apparaître à la fin de la réunion comme « le dieu pacificateur et unificateur ». L'après-midi, Hitler le passe avec Goebbels, Kaufmann et Pfeffer pour expliquer ses nouvelles positions : individualisme et collectivisme sont liés ; il prévoit du privé et du public dans son économie, dans une sorte d'économie mixte.

Le , Hitler invite à nouveau Goebbels chez lui, qui y reste trois jours ; puis ils vont à Stuttgart, dans la salle Wulle, pour un meeting, dînent ensemble, Hitler l'embrasse et le flatte tellement que Goebbels croit qu'il le . Le , Goebbels a l'honneur de fêter l'anniversaire du Führer () avec lui. Hitler remplace peu à peu ses amis d'antan : Strasser, mais aussi Kaufmann qui n'hésite pas à le lui reprocher dans une lettre de début . Goebbels semble avoir fait son choix depuis longtemps déjà. Le retournement de Goebbels s'est donc effectué là. Hitler a réussi, en soufflant d'abord le froid , incitant Goebbels à se rapprocher de Streicher (19-), puis en soufflant le chaud en avril (meeting de Munich vendredi , anniversaire de Hitler le 20, meeting du ) l'incitant à se rapprocher de lui-même.

Ce retournement et cette fidélité nouvellement témoignée sont récompensés, tout comme le succès de ses actions de propagande. Pour redonner de la visibilité au parti, en perte de vitesse, Goebbels a multiplié les scandales et les provocations en utilisant les rixes, les harangues anticommunistes ou antisémites. Il prétend lui-même fièrement, dans Kampf um Berlin, , que, à la suite d'une réunion le vendredi où des contradicteurs communistes ont déclenché une bagarre sanglante, les SA ont été surnommés les bandits et lui-même le « super-bandit ». En contrepartie, il est nommé gauleiter de Berlin à partir de 1926, il est élu dès les élections législatives de mai 1928, devenant ainsi l'un des douze premiers députés du NSDAP à siéger au Reichstag : , écrit-il dans Der Angriff, le journal qu'il a fondé en 1927.

Le Troisième Reich Ministre de la Propagande (1933-1945)

vignette|redresse=1.1|Goebbels et la cinéaste Leni Riefenstahl .