Cyrias Ouellet, est un chimiste québécois, pionnier du développement de la recherche en chimie au Québec, né le et mort le .
Biographie
Cyrias Ouellet est né à Québec, Canada. Son père, Jos OuelletLa fin d’une époque – Joseph-Pierre Ouellet, Architecte (Civilisation No 11) (1973) Livre broché d’un collectif d’auteurs, édité par l’éditeur officiel du Québec est architecte et évaluateur et la famille habite au 28 rue Ste-Famille. Tout jeune, il a un goût marqué pour l’étude et sa formation est à la fois originale et exemplaire. Les premières années d’apprentissage au cours primaire n’ont pas lieu dans une école mais à la maison et chez une demoiselle Voyer qui donne des cours privés sur la rue St-Flavien, à quelques coins de rues de chez lui. Vers la fin de son cours primaire, il entre à l’Académie commerciale de Québec. Il est alors particulièrement marqué par l’enseignement du frère Joachim, le professeur de physique, « un savant-né », au dire de son élève. Il le considère comme « bien meilleur que les professeurs de sciences du Séminaire », où il entrera par la suite pour compléter ses études secondaires.
En 1926, Cyrias Ouellet termine son cours classique et obtient son baccalauréat es arts. À l'automne, il arrive à l’École supérieure de chimie de l'Université Laval, « en même temps que les tramway ». Le professeur de mathématiques, Adrien Pouliot (1896-1980)., le détourne de cette science, car son enseignement est trop rapide au goût de l'élève. Ouellet décrit ironiquement son professeur de physique, Paul Larose, comme étant « un bon professeur, car il ne parlait pas »Un bel exemple de l’humour de Cyrias Ouellet..
Guntensperger lui enseigne la chimie inorganique et RisiJean Hamann, Archives.nouvelles.ulaval.ca, septembre 1996 la chimie organique : « Les professeurs suisses étaient compétents pour ce qu'ils enseignaient. Il n'était pas question de recherche encore, cela viendra un peu plus tard. L'enseignement élémentaire était bien fait de façon très systématique, à l'allemande. Leur accent était allemand. Risi l'a perdu très vite son accent allemand, d'autres l'ont gardé́ mais ils savaient bien le français. Risi avait la responsabilité de la petite bibliothèque départementale, et il y avait des choses précieuses, et il fallait consulter un après l'autre et c'était difficile de passer d'un livre à l'autre. Ce qui peut arriver de pire à un livre c'est d'abord de n'être pas lu[...]et d'être volé. S'il est volé par un homme qui sait lire, c'est moins mal [...]. ».
Les succès de l'étudiant Ouellet à l'École supérieure de chimie sont dignes de ses résultats au Séminaire. Dès sa deuxième année, il est nommé́ assistant du professeur CathalaNé le 4 décembre 1892 à Castelnaudary (Aude), mort le 19 avril 1969 à Toulouse (Haute Garonne) ; professeur d’université, chercheur spécialisé en génie chimique ; résistant ; président de la sous-commission des questions intellectuelles et d’enseignement créée par la France libre. De plus, le futur chimiste obtient la bourse Price à la fin de chacune de ses années académiques. À l'examen des finissants, il est reçu chimiste diplômé́ avec grande distinction. Il partira ensuite en Europe étudier avec des maîtres chimistes et physiciens.
La formation en Europe
Sur le bateau qui le mène à Liverpool, le Québécois rencontre un collègue de Vancouver qui va étudier à Cambridge ainsi que le professeur de physique Eli Franklin Burton, de l'Université de Toronto. Celui-ci deviendra, en 1932, le directeur de ce département, et cela jusqu'à sa mort en 1948. Pour l'instant, il se rend à Cambridge assister à une réunion de la « Faraday Society » où il présentera ses recherches sur les actions de surface et leur rôle en biologie.
À l'École polytechnique fédérale de Zurich
À son arrivée à Zurich, Baur avait annoncé à son élève que ses recherches en vue de l'obtention du doctorat ne seraient pas très longues. Ouellet en avait été très satisfait, car il comptait bien se rendre à Cambridge le plus tôt possible. Mais un an seulement, cela dépassait ses « plus ambitieux projets ». Il est exempté des examens obligatoires; il écrit : « je n'aurais jamais eu le front de demander cela mais j'ai encore moins celui de le refuser ». En , Baur annonce à son élève qu'il pourrait obtenir son doctorat dès l'automne. Ouellet est enchanté : « Je serai libre ensuite de faire ce que je voudrai, de la physique, et de la faire où je voudrai, à Cambridge ». Pour se préparer, il suit les cours de physique théorique du professeur Paul Scherrer (1890-1969), un physicien suisse à qui l'on doit la mise au point, avec le physicien néerlandais Debye (1884-1966), d'une méthode d'investigation des microstructures par diffraction des rayons X.
Au sujet de ses recherches, proposées par Emil Baur, Ouellet dira : « J’en avais fait assez, ça marchait toujours. Il faut trouver un phénomène ou un objet désobéissant ». Cet objet désobéissant c'est du côté de Cambridge, on s'en doute bien, que Ouellet le cherche alors. Il écrit tout d'abord à RutherfordErnest Rutherford né le 30 août 1871 à Brightwater, Nouvelle-Zélande et décédé le 19 octobre 1937 à Cambridge, Angleterre, est un physicien et chimiste néo-zélando-britannique, considéré comme le père de la physique nucléaire. Il découvrit les rayonnements alpha, les rayonnements bêta ; il découvrit aussi que la radioactivité s'accompagnait d'une désintégration des éléments chimiques, ce qui lui valut le prix Nobel de chimie en 1908. C'est encore lui qui mit en évidence l'existence d'un noyau atomique dans lequel étaient réunies toute la charge positive et presque toute la masse de l'atome.
Si, pendant la première partie de sa vie, il se consacra exclusivement à sa recherche, il passa la deuxième moitié de sa vie à enseigner et à diriger le laboratoire Cavendish à Cambridge, où fut découvert le neutron et où vinrent se former les physiciens Niels Bohr et Robert Oppenheimer. qui lui répond, « sur un petit bout de papier ». Il lui conseille de s'adresser au professeur Erik RidealSir Eric Keightley Rideal, MBE, FRS (11 April 1890 – 25 September 1974) was an English physical chemist. He worked on a wide range of subjects, including electrochemistry, chemical kinetics, catalysis, electrophoresis, colloids and surface chemistry. He is best known for the Eley–Rideal mechanism, which he proposed in 1938 with Daniel D. Eley. He is also known for the textbook that he authored, An Introduction to Surface Chemistry(1926), and was awarded honours for the research he carried out during both World Wars and for his services to chemistry.. Ce dernier est pour Rutherford « un nouveau collègue qui vient d'ouvrir un laboratoire de chimie-physique sur les surfaces [...], les colloïdes ». Rideal se montre très intéressé et Ouellet se pointe aussitôt à Cambridge. Il y restera trois ans : « Cela n'a jamais été planifié, explique-t-il, par d'autres considérations que la recherche que je voulais faire.
Cambridge
Cyrias Ouellet n'est pas peu fier de ces travaux, comme il le laisse savoir à son ancien professeur, Alexandre Vachon : « J'ai choisi ce sujet parce que c'est celui de mes recherches et que c'est tout nouveau. Je crois être le premier à avoir introduit en chimie cette technique vieille de moins de deux ans. Dans le moment, tout va à merveille ». Il n'est pas moins fier lorsque, deux ans plus tard, il est cité par le chercheur russe qui avait effectué un séjour à Cambridge, N. N. SemionovNikolai Nikolaevic Semenov was born in Saratov on April 3, 1896. He graduated from Petrograd University in 1917 and in 1920 he took charge of the electron phenomena laboratory of the Leningrad Physico-Technical Institute. He lectured at the Polytechnical Institute and was appointed Professor in 1928. In 1931, he became Director of the Institute of Chemical Physics of the U.S.S.R. Academy of Sciences (which has moved to Moscow in 1943); from 1944 he has been a Professor at the Moscow State University., réputé pour ses travaux sur la cinétique et sur les réactions en chaîne, et qui obtiendra en 1956 le prix Nobel de chimie :
« An extremely interesting experiment is that carried out recently by Ouellet in Rideal's laboratory. It has proven that, when the pressure of the oxygen lies below the lower or above the upper limit wavelenghts shorter than 2 800 A are not emitted at all by the mixture of phosphorus vapor and oxygen, though light of this particular wave-length is abundant when the pressure lies between the explosive limits. The emission spectrum was examined by means of a Geiger type counter with a photoelectric coating inside... ».
« Un soir, raconte-t-il, Ouellet a donné une réception dans sa chambre, il avait seulement deux chaises, le reste c'étaient des piles de volumes, il parle aussi bien l'allemand que le français. Il avait invité des gens à venir passer la soirée. On prenait un verre de bière, on grignotait. À un moment donné, il me dit : Tu vois le type assis sur une pile de livres, on prétend que c'est probablement lui qui va décrocher le prix Nobel de cette année. Faites-vous dire ça dans un salon, c'est impressionnant. C'était le physicien nucléaire américain d'origine russe Maurice Gustave Gamov.. Il n'a pas eu le prix cette année là [...]. C'était un de ses amis ».
De retour à l'Université Laval
La carrière de Cyrias Ouellet à l'Université Laval débute un an plus tôt que prévu. En effet, en , Alexandre Vachon lui écrit à Cambridge pour lui annoncer, officieusement, qu'il serait nommé́ professeur à l'École supérieure de chimie à son retour, prévu pour l'automne 1935. Il est question d'une bourse Rockefeller pour lui permettre de compléter une cinquième année d'études « spéciales » : « Tu aurais alors, lui affirmait Vachon, une formation admirable ».
Les événements en décident autrement. Lorsque Cyrias se rend à Québec à l'automne 1934 dans le but de voir son père malade, il rencontre le recteur de l'Université, Mgr Camille Roy, qui s'exclame : « Qu'est-ce que tu fais? On t'attend et on ne sait pas où tu es rendu ? ». On avait besoin d'un professeur de physique et c'est Ouellet qui remplit cette tâche. Au départ, il est chargé des cours de physique de 1ère et 2e année.
Pendant que Ouellet commence à enseigner à l'École supérieure de chimie, Rideal poursuit des recherches à Cambridge. Elles donneront lieu à une publication en , le texte étant reçu dès le : « An Investigation of Absorbed Films by means of a Photoelectric Counter », qui paraît dans le Journal of Chemical Phvsics, sous la signature des deux chercheurs. Ce sera la dernière publication européenne de Ouellet.
Au printemps 1935, Ouellet projette d'aller étudier à Cornell au cours de l'été, mais il change finalement d'idée : « J'ai renoncé à mon projet d'aller passer l'été à Cornell et je crois qu'il me sera plus profitable de commencer dès maintenant mes recherches sur l'effet photoélectrique, comme j'en avais tout d'abord l'intention ».
À l'École supérieure de chimie, les premières recherches de Cyrias Ouellet sont effectuées avec un diplômé de l'École, Thomas King, qui poursuit des recherches après son cours. Celles-ci donnent lieu à une publication, sous la double signature du professeur et de son élève, intitulée : « Absorption of deuterium oxyde by cellulose » dans le Canadian Journal Research. Pour son année supplémentaire de recherches et pour ce travail, Thomas King obtiendra le titre de maître es sciences. Le diplôme de maîtrise n'ayant été reconnu officiellement qu'en 1936 à l'École supérieure de chimie, peut-être est-ce cette situation qui explique le soi-disant oubli du secrétaire de l'École de le faire imprimer. King doit écrire à l'École supérieure de chimie en 1937 pour le réclamer.