Lâne en France est surtout destiné à la compagnie et au secteur du tourisme depuis les . Introduit sous les Gallo-Romains, puis à la fin de l'époque mérovingienne, il s'intègre aux symboliques animales médiévales. Il devient essentiellement un animal de bât et de traction au service des agriculteurs modestes et, jusqu'au milieu du , dans tous les métiers nécessitant le transport de charges. L'espèce décline drastiquement avec la motorisation de l'agriculture, au point que les races d'ânes françaises frôlent l'extinction et font l'objet de mesures de sauvegarde.

La Normandie, en particulier dans la Manche, héberge désormais le plus grand cheptel français d'ânes. Avec sept races officiellement reconnues, la France élève une population d'ânes diversifiée, bien que cette population soit fortement émiettée sur son territoire. L'âne est désormais surtout élevé en préservation, son usage dans le maraîchage étant devenu rare. Il existe aussi une filière de commercialisation de lait d'ânesse.

L'âne a fortement marqué la culture française, en laissant son empreinte dans les dictons, des chansons populaires, jeux, contes, légendes et romans, au point d'être l'animal le plus souvent cité dans les proverbes. Si les proverbes et dictons insistent le plus souvent sur sa bêtise, ces traditions le présentent aussi comme un animal pieux, vertueux et une source de richesse. C'est notamment le cas dans le conte populaire de Peau d'Âne.

Histoire L'âne n'est pas autochtone en France, puisque son origine se situe dans la Corne de l'Afrique .. Il est importé sporadiquement et de façon limitée à l'époque gallo-romaine, puis plus largement introduit dans le Nord du territoire français à la fin de l'époque mérovingienne, aux .. D'après les archéozoologues Benoît Clavel et Jean-Hervé Yvinec, durant la première partie du haut Moyen Âge, . Il se répand sur la totalité du territoire français, notamment dans les campagnes, en l'espace de deux à trois siècles. Clavel et Yvinec estiment que 5 à 10 % des restes d'équidés retrouvés sur cette période appartiennent à des hybrides entre l'âne et le cheval.

La docteur en médecine vétérinaire Anne-Caroline Chambry souligne que l'âne a fait longtemps .

Du Moyen Âge au L'âne acquiert une place symbolique de premier plan dès l'époque médiévale, comme d'autres animaux d'origine exotique tels que le lion, en devenant, notamment dans les encyclopédies médiévales, un symbole de la bêtise et de la stupidité (contrairement au lion qui devient un symbole de courage). D'après le médiéviste et historien de l'art Michel Pastoureau, l'existence du bonnet d'âne est attestée dès le , dans les écoles épiscopales. Dès cette époque médiévale, la peau de l'âne sert à fabriquer du parchemin ; diverses fêtes du parchemin sont organisées à ces occasions, notamment à l'abbaye Saint-Denis.

L'âne est mentionné par le philosophe Jean Buridan (1292-1363) dans sa parabole du paradoxe de l'âne de Buridan, qui illustre la difficulté à faire un choix. Bien que l'âne en question soit, d'après Pastoureau, uniquement symbolique et n'ait jamais existé en dehors d'une joute oratoire, ce paradoxe illustre la stupidité proverbiale de cet animal. Il est ensuite souvent repris et commenté, entre autres par Voltaire.

L'âne apparaît aussi dans des procès d'animaux médiévaux et de la Renaissance. Les archives de la prévôté de Dijon mentionnent qu'en 1405, un âne fut mis à mort en punition pour avoir tué un enfant. Ces sources mentionnent aussi des procès pour bestialité, un ânier originaire de Villeneuve-l'Archevêque (Champagne) ayant été condamné le à être pendu, puis brûlé avec son animal, pour avoir eu des relations sexuelles avec son ânesse. Un procès similaire, au Parlement de Paris le , condamne un homme originaire de Loudun (Anjou) à être étranglé et brûlé avec son ânesse. Il existe de nombreux procès similaires, les juges étant, au , plus cléments envers l'animal.

Du vignette|L'âne, tel que représenté dans l'Histoire naturelle du comte de Buffon, dans la seconde moitié du .|alt=Gravure d'un âne vu de profil. Au , la promenade à dos d'âne, nommée ou , est mentionnée en France dans le cadre du charivari, peut-être à partir d'une origine grecque antique et pour mettre en valeur l'aspect ridicule et fortement sexué associé à l'âne.. L'historien britannique Martin Ingram, dans le cadre d'une étude des dispositifs historiques de contrôle social en Europe, note que l'asouade organisée pendant le charivari français constitue une punition pour les femmes qui battent leur mari. À partir de la seconde moitié du , l'asinade devient un châtiment d'exposition et d'humiliation, adopté notamment à Paris et dans le sud de la France. Ce châtiment est infligé aux maquerelles à partir de 1760 à Toulouse... Le chroniqueur de Toulouse Pierre Barthès écrit dans ses Mémoires manuscrites qu'une maquerelle . Cette humiliation n'est alors infligée qu'aux femmes, l'homme coupable de proxénétisme suivant la procession à pieds.

La description de l'âne que fournit Buffon dans son Histoire naturelle (1749-1804) reflète, d'après Anne-Caroline Chambry, le mépris dans lequel cet animal est tenu à l'époque.

Avant la Révolution française, certains services des postes, en particulier dans le Sud, ne sont desservis que par des ânes.

Du à 1914 S'il est difficile d'estimer la population d'ânes française au , l'abondance de la production culturelle qui le mentionne témoigne de son omniprésence dans la société de l'époque.

En 1862, la majorité des effectifs d'ânes sont présents dans le bassin parisien, avec une densité d'environ pour ; trente ans plus tard, c'est surtout dans le Berry que les ânes sont élevés et présents. Certaines régions françaises entretiennent une tradition d'élevage asinien, en particulier la Normandie, le Poitou, le Berry, le Bourbonnais, les Pyrénées et la Provence ; les pratiques agricoles dans les régions de plaine ont probablement favorisé la raréfaction de l'âne.

L'animal est historiquement élevé en appoint pour accomplir des tâches agricoles, en particulier en portant des charges lourdes telles que les bidons de lait en Normandie, et les jeunes agneaux en Provence. Dans le sud des Alpes et en Haute-Loire, l'âne est élevé pour être exporté dans d'autres régions françaises ou vers l'Italie. Les familles qui recourent à sa force de travail entretiennent parfois une grande proximité avec cet animal : l'âne constitue une exception à la séparation spatiale traditionnelle entre les humains et les animaux en Provence. Il était d'usage que l'écurie qui l'héberge soit aménagée au rez-de-chaussée des habitations, avec les réserves de bois et de nourriture.

L'âne durant la Première Guerre mondiale vignette|gauche|Ânes ravitaillant les tranchées de la Somme pendant la Première Guerre mondiale, en décembre 1916.|alt=Ânes portant des paniers et marchant. Fait peu connu, les ânes ont joué un rôle important pendant la Première Guerre mondiale.. Initialement, en 1914, seuls les chevaux et les mulets sont réquisitionnés, les ânes étant exclus du plan de réquisition. C'est le début de la guerre de tranchées qui entraîne leur mobilisation.

Les Forces armées françaises font alors appel à ces ânes, majoritairement importés d'Afrique du Nord et en particulier d'Algérie, pour le train.. Leur nombre exact reste inconnu. Leur petite taille permet une circulation dans les tranchées à l'abri des coups. Ils sont mobilisés dans la Somme, les Flandres, l'Artois et l'Aisne pour ravitailler l'infanterie, le génie et l'artillerie. Ces ânes munis de bâts indigènes sont notamment mobilisés pendant la bataille de Verdun, en 1916.

Afin d'éviter qu'ils puissent braire et ainsi alerter l'ennemi, leurs narines sont fendues verticalement. Leur réputation auprès des soldats est globalement bonne. De tous les équidés français mobilisés, les ânes sont, d'après Éric Baratay, ceux qui souffrent le plus des restrictions alimentaires, ..

Après la fin du conflit, les ânes survivants dont les propriétaires peuvent être retrouvés leur sont rendus ; cependant, ceux qui ne trouvent pas preneur dans le civil, notamment les , sont abattus en dépit de leurs services.. À la faveur du mouvement des études animales, Raymond Boissy réunit des témoignages d'anciens combattants et de civils à propos des ânes qui ont servi à Verdun. Les statistiques ne permettent pas de connaître le nombre d'ânes français qui ont péri pendant la Grande Guerre, seuls les chevaux et les mulets étant comptabilisés. Jean-Michel Derex l'analyse comme une forme de hiérarchisation entre les animaux.

Déclin vignette|Villageoises du Haut-Var avec leurs ânes, sur une carte postale des années 1920.|alt=carte postale en couleurs représentant des femmes en tenue traditionnelles tenant des ânes. La motorisation progressive des activités au entraîne un déclin généralisé de l'usage et de l'élevage des ânes. Les véhicules motorisés font concurrence à l'âne dans ses fonctions économiques de transport. La motorisation générale des activités agricoles fournit une autre explication à son déclin : par exemple, l'âne était historiquement mis au travail pour faire tourner les pressoirs à olive, mais ces outils fonctionnent de plus en plus avec un moteur à explosion ou un moteur électrique. La vétérinaire Anne-Caroline Chambry attribue partiellement les causes du déclin de l'âne à l'exode rural, car une certaine présence asine se maintient dans les campagnes alors que l'animal disparaît des grandes villes françaises.

Le déclin des ânes français s'étale sur toute la première moitié du , et devient particulièrement notable durant les , où les effectifs s'effondrent drastiquement. La densité asine française tombe à deux ou trois ânes pour mille habitants après la Seconde Guerre mondiale. L'évolution du prix d'achat de l'âne reflète l'effondrement de sa valeur au travail : en 1892, son prix d'achat équivaut à environ de travail d'un ouvrier ; entre 1950 et le début du , son coût d'achat relatif est divisé par deux, le prix d'achat moyen d'un âne étant désormais équivalent à 1/3 du salaire mensuel d'un ouvrier.

Les savoir-faire et la culture agricole qui y étaient associés disparaissent également. L'âne se maintient un peu plus tardivement dans les régions de métayage, telles que le Berry et le Bourbonnais, et dans les régions de petites terres agricoles. En 1977, une enquête de l'INRA établit que l'âne du Poitou aura totalement disparu avant la fin du siècle si rien n'est entrepris pour sa préservation.

Sauvegarde Alors que le cheval suscite de nombreux travaux scientifiques en France, l'âne est peu étudié depuis les . Face au risque d'extinction des races d'ânes, des acteurs associatifs et institutionnels se mobilisent à partir des pour préserver ce patrimoine vivant. La pionnière est Annick Audiot, qui réalise en 1977 une étude sur l'âne du Poitou, dont ne subsistent plus que à l'époque. En 1978 émerge une nouvelle profession d'âniers accompagnateurs de randonnée avec un âne, qui se professionnalise peu à peu.

Des stud-books sont créés afin de gérer les races d'ânes françaises en luttant contre la consanguinité. Les Haras nationaux, devenus l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE), soutiennent cet effort de préservation en reconnaissant officiellement les races d'ânes françaises. Des « pôles asins » sont créés à Lignières, Braize et Dampierre-sur-Boutonne. Les effectifs d'ânes français remontent entre 1985 et 1994, passant de .