Samuel Holmes Sheppard, né le à Cleveland (Ohio) et mort le à Columbus (Ohio), est un neurochirurgien américain. Après avoir été reconnu coupable du meurtre de sa femme Marilyn Reese Sheppard en , il bénéficie d’un non-lieu en . L’affaire fait l’objet d’une importante couverture médiatique aux États-Unis mais également dans le reste du monde et est l’objet de diverses controverses.
La Cour suprême des États-Unis a considéré que du premier procès de Sheppard n’était pas conforme au déroulement d’une procédure régulière, conduisant à sa libération après dix ans de prison.
Biographie droite|vignette|250x250px| Hôpital Bay View. Sam Sheppard naît à Cleveland dans l'Ohio. Il est le plus jeune des trois fils de Richard Allen Sheppard, docteur ostéopathe. Il fréquente le ; c’est un élève brillant qui pratique le football américain, le basket-ball et l’athlétisme. Il est élu trois fois président de sa classe. Sheppard rencontre sa future épouse, Marilyn Reese, au lycée. Malgré les bourses offertes par plusieurs universités de l’Ohio, Sheppard choisit de suivre l’exemple de son père et de ses frères aînés et s’engage dans des études en ostéopathie. Il s’inscrit à l’ dans l’Indiana pour suivre des cours de médecine pré-ostéopathique, puis s’inscrit à des cours complémentaires à la Université Case Western Reserve de Cleveland. Sheppard termine sa formation médicale à la Los Angeles Osteopathic School of Physicians and Surgeons (aujourd’hui Université de Californie à Irvine) et reçoit son diplôme de docteur en médecine ostéopathique (DO).
Sheppard termine son internat et sa résidence en neurochirurgie à l’. Il épouse Marilyn Reese le à Hollywood, en Californie. Quelques années plus tard, il retourne dans l’Ohio et travaille en collaboration avec son père à l’.
Meurtre de Marilyn Reese Sheppard Dans la nuit du , Sheppard et Marilyn reçoivent des voisins dans leur maison (démolie en 1993) au bord du lac. Pendant qu’ils regardent le film , Sheppard s’endort sur le canapé du salon. Marilyn raccompagne ensuite les voisins.
Aux petites heures du matin du , Marilyn Sheppard est battue à mort dans son lit avec un objet inconnu. La chambre est couverte d’éclaboussures de sang et des gouttes de sang ont été trouvées sur les planchers de la maison. Certains objets, notamment la montre-bracelet, le porte-clés et la clé de Sam Sheppard, ainsi que la bague de sa fraternité, semblent avoir été volés. Ils seront retrouvés par la suite dans un sac en toile dans des buissons derrière la maison. Sheppard déclare qu’il dormait profondément sur le canapé quand il a entendu les cris de sa femme. Il affirme être monté rapidement à l’étage où il a aperçu une « forme bipède blanche » dans la chambre, avant d’avoir été assommé. À son réveil, il dit avoir retrouvé l’intrus au rez-de-chaussée, l’avoir chassé hors de la maison, poursuivi jusqu’à la plage où, après une dispute, Sheppard aurait été assommé de nouveau.
À 5 h 40, un voisin reçoit un appel téléphonique urgent de Sheppard qui le supplie de venir chez lui. Lorsque le voisin et sa femme arrivent, Sheppard est torse nu et son pantalon porte une tache de sang sur le genou. Les secours arrivent peu après. Sheppard semble désorienté et sous le choc. Personne n’a entendu le chien de la famille aboyer pour indiquer la présence d’un intrus, et leur fils de sept ans, Sam Reese « Chip » Sheppard, dort dans la chambre contiguë durant le crime.
Premier procès
Couverture médiatique Le procès de Sheppard commence le . L’enquête sur le meurtre et le procès font l’objet d’une vaste publicité. Certains journaux et autres médias de l’Ohio seront par la suite accusés de partialité contre Sheppard et de couvrir l’événement violemment à charge, se focalisant sur ce seul suspect viable. Un juge fédéral critiquera ensuite les médias : « S’il n’y avait jamais eu qu’un procès fait par les journaux, ce serait un exemple parfait. Et l’exemple le plus sournois était le Cleveland Press. Pour on ne sait quelle raison, ce journal s’est érigé en accusateur, en juge et en jury »Neff 2001, p. 230.
Les médias locaux subissent l’influence des enquêteurs. Le , le Cleveland Press publie un éditorial en première page intitulé « Faites-le maintenant, Dr. Gerber », appelant à une enquête publique. Quelques heures plus tard, le docteur Samuel Gerber, le médecin-légiste qui enquête sur le meurtre, annonce qu’il organisera une enquête publique le lendemainNeff 2001, p. 85. Le Cleveland Press publie un autre éditorial en première page intitulé « Pourquoi Sam Sheppard n’est-il pas en prison ? » le , avec un nouveau titre dans les éditions suivantes : « Arrêtez de caler et emprisonnez-le ! ». Cette nuit-là, Sheppard est arrêté pour un interrogatoire de policeNeff 2001, pp. 101-02.
Les médias locaux publient en première page des articles à charge contre Sheppard sans preuve à l’appui ou avec des éléments par la suite réfutés. Durant le procès, une émission de radio populaire diffuse un reportage sur une femme de New York qui affirme être sa maîtresse et la mère de son enfant illégitime. Le jury n’ayant pas été séquestré, deux des jurés précisent au juge avoir entendu l’émission, mais le juge ne les écarte pasNeff 2001, pp. 151-52. D’après des entretiens réalisés avec certains jurés des années plus tard, il est probable qu’ils aient été influencés par la presse avant le procès et peut-être pendant celui-ciNeff 2001, pp. 166-68. La Cour suprême des États-Unis a par la suite qualifié le procès d’Sheppard v. Maxwell, 384 U.S. 333, 358 (1964) (U.S. Supreme Court).
Accusation Le caractère très médiatisé de l’affaire est un atout pour le procureur principal John J. Mahon, qui se présente alors pour un siège à la Court of Common Pleas du comté de Cuyahoga. Mahon sera élu à ce siège qu’il occupera jusqu’à sa mort le . Les procureurs apprennent durant l’enquête, et le révèlent durant le procès, que Sheppard avait une liaison extraconjugale depuis trois ans avec Susan Hayes, une infirmière de l’hôpital où Sheppard travaillait. Selon l’accusation, il s’agit du mobile du crime. Mahon exploite avec brio ces faits en l’absence de toute preuve directe contre l’accusé, à part sa présence à l’intérieur de la maison lorsque Marilyn Sheppard a été tuée. Mahon met en exergue les incohérences de l’histoire de Sam Sheppard et notamment son impossibilité à donner une description précise de l’intrus qui aurait été dans la maison.
Parmi les questions étudiées durant le procès, l’une concerne la raison pour laquelle il n’y avait pas de sable dans ses cheveux alors que Sheppard affirme avoir été étendu sur la plage, et une autre l’absence du t-shirt de Sheppard qui, selon le procureur, contenait ou aurait dû contenir une partie du sang de Sheppard (puisqu’il l’aurait porté dans la lutte présumée avec l’intrus). Cependant, le procureur Mahon l’affirme alors qu’aucun T-shirt n’a jamais été trouvé ou présenté comme preuve. Une partie du dossier de l’accusation se concentre sur des questions telles que la raison pour laquelle un cambrioleur prendrait d’abord les effets personnels dans le sac en toile, pour ensuite les jeter dans des buissons à l’extérieur de la maison Sheppard. C’est dans ces circonstances que Mahon affirme que Sheppard a mis en scène la scène du crime. L’absence d’arme du crime est un handicap pour l’accusation, mais le médecin-légiste du comté de Cuyahoga permet de le contourner en témoignant qu’une empreinte de sang trouvée sur l’oreiller sous la tête de Marilyn Sheppard a été faite par un semblable à un scalpel. Inexplicablement, les avocats de Sheppard ne contestent pas cette affirmation vague. L’avocat de Sheppard s’est vu refuser l’accès aux preuves matérielles par le juge et n’a donc pu faire valoir aucune objection concernant les gouttelettes de sang, les marques de l’arme du crime, les éclaboussures de sang, les marques physiques sur le corps, etc.
Défense L’avocat de Sheppard, William Corrigan, soutient au procès que Sheppard a souffert durant le crime de graves blessures et qu’elles ont été infligées par l’intrus. Corrigan fonde son argumentation sur le rapport du Dr Charles Elkins, le neurochirurgien qui a examiné Sheppard. Il a découvert que l’accusé avait subi une commotion cérébrale, une lésion nerveuse, et souffrait d’absence ou de faiblesse de certains réflexes notamment sur le côté gauche de son corps, et d’une blessure dans la région de la deuxième vertèbre cervicale à l’arrière du cou. Le Dr Elkins précise qu’il est impossible de simuler les réponses réflexes manquantes.
La défense soutient également que, bien que la scène du crime était extrêmement sanglante, la seule preuve de sang apparaissant sur Sheppard était une tache de sang sur son pantalon. Corrigan affirme que la victime a eu deux dents cassées et que les morceaux n’étaient pas dans sa bouche, suggérant qu’elle avait peut-être mordu son agresseur. Il déclare au jury que Sheppard n’a aucune blessure ouverte. Des observateurs mirent en doute l’exactitude de ces affirmations selon lesquelles Marilyn Sheppard avait perdu ses dents en mordant son agresseur, arguant que ses dents manquantes sont plus compatibles avec les coups sévères que Marilyn Sheppard a reçu sur le visage et le crâne. Cependant, le criminologue affirma plus tard que si les coups avaient conduit à la fracture des dents, des fragments auraient été retrouvés dans sa bouche et ses lèvres auraient été gravement endommagées, ce qui n’était pas le casAffidavit of Paul L. Kirk, filed in the Court of Common Pleas, Criminal Branch, No. 64571.
Sheppard témoigne à la barre pour sa propre défense. Il déclare avoir dormi au rez-de-chaussée sur le canapé et qu’il s’est réveillé en entendant sa femme crier.
Sheppard déclare avoir couru en bas et poursuivi ce qu’il a décrit comme un ou une jusqu’à la plage du lac Érié en contrebas de la maison, avant d’être assommé à nouveau. La défense appelle dix-huit témoins en faveur de Sheppard et deux d’entre eux déclarent avoir vu un homme aux cheveux touffus près de la maison Sheppard le jour du crime.
Verdict et conséquences Le , après avoir délibéré pendant quatre jours, le jury déclare Sheppard coupable de meurtre au deuxième degré. Il est condamné à la prison à vie. Le , peu de temps après sa condamnation, sa mère, Ethel Sheppard, se suicide avec une arme à feu. Onze jours plus tard, son père, le Dr Richard Sheppard, meurt d’un ulcère gastrique hémorragique et d’un cancer de l’estomac. Sheppard est autorisé à assister aux deux funérailles mais ayant les mains menottées.
En , Sheppard participe volontairement à des études sur le cancer menées par l’Institut Sloan-Kettering pour la recherche sur le cancer, permettant à des cellules cancéreuses vivantes d’être injectées dans son corps.
Le , son beau-père Thomas S. Reese se suicide dans un motel d’East Cleveland dans l’Ohio.
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