Gilonne d'Harcourt, marquise de Piennes puis comtesse de Fiesque, née en 1619 et morte le , française, fut la dame d'atours d'Anne d'Autriche au palais du Louvre, puis, pendant la Fronde des princes, avec Anne de La Grange-Trianon, comtesse de Frontenac, maréchale de camp de Mademoiselle de Montpensier dite la Grande Mademoiselle qu'elles suivirent ensemble dans son exil au château de Saint-Fargeau.

Elle tint un salon en l'hôtel du 4 place Royale à Paris et elle est Cléocrite dans le roman Artamène ou le Grand Cyrus de Madeleine de Scudéry.

Biographie Entourage familial thumb|left|Château de Fresney-le-Puceux Née après deux garçons morts en bas âge, Gilonne Marie Julie d'Harcourt est de Jacques d'Harcourt, marquis de Beuvron, gouverneur des ville et château de Falaise (Calvados), et de Léonore Chabot, comtesse de Cosnac († 1653), veuve de Louis de Vivonne de la Châtaigneraie († 1612), premier mariage sans postérité François-Alexandre Aubert de la Chesnay-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, chez Veuve Duchesne et chez l'auteur, Paris, 1771..

Les sources ne permettent pas d'établir avec certitude le lieu de la naissance : Si Xavier de Prémesnil cite, datée de 1615, une commission de Louis XIII Xavier de Prémesnil, Le château de Fresney, un ensemble seigneurial de la fin du XVIe siècle, art et histoire de l'art, HAL Archives-ouvertes, CNRS, septembre 2016], il relève également dans des débats de compte que Archives départementales du Calvados, E18, 310 feuillets, 15 mai 1648, ..

Saint-Simon observe que Gilonne compte notamment parmi ses cousins germains Catherine Henriette d'Harcourt, duchesse d'ArpajonLouis XIV au jour le jour, Catherine Henriette d'Harcourt et Henry d'Harcourt, marquis de Beuvron.

Jacques d'Harcourt meurt le dernier jour du siège de Montpellier, soit le , jour même où Louis XIII signe le traité de Montpellier. On trouve chez le poète caennais Jacques Savary une évocation latine du châtelain de Fresney-le-Puceux qui a fait l'objet d'une traduction non littérale en alexandrins Jacques Savary, Venationis cervinae capreolinae, aprugnae et lupinae leges, Cadomi, Joannem Cavelier, 1659. :

Gilonne d'Harcourt est aussi l'arrière petite fille du maréchal de Matignon.

Les sources biographiques ne nous renseignent pas sur les treize années qui précèdent le premier mariage de Gilonne, hormis que cette enfance fut Charles-Louis Livet, Portraits du Grand Siècle, Librairie académique Didier, 1885.. C'est contre l'avis de son oncle et tuteur qu'elle épouse en Louis de Brouilly, marquis de Piennes, qui meurt assassiné pendant le siège d'Arras, le . De ce premier mariage naît en une fille unique, Marie de Brouilly, mariée avec Henri de Régnier de Guerchy Louis Moréri, Le grand dictionnaire historique ou le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Pierre Hérissant, Paris, 1699..

Palais du Louvre et place Royale thumb|left|120px|Hôtel du 4 place des Vosges thumb|180px|François-Nicolas Martinet, la place Royale Gilonne devient attachée à la maison de la reine Anne d'Autriche (1601-1666) . La reine est alors une femme vieillissante. Délaissée par Louis XIII et haïe de Richelieu, elle trouve refuge dans une vie dévote, allant d'églises en couvents Chansonnier de Maurepas, « Chansons sur les filles de la Reine », Recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autres vers satiriques et historiques avec des remarques curieuses, vol.1, vers 1634, .. Le chansonnier de Maurepas ne manque pas de suggérer dans l'ironie la vie sans fantaisie que constitue la morne condition de ces dame d'atours bien plus jeunes que leur souveraine :

En jubilation compensatoire, témoigne la Grande Mademoiselle, Gilonne reçoit beaucoup chez elle, au n°4 de la place Royale Alain Rustenholz (texte) et Gilles Targat (photographies), Les traversées de Paris - L'esprit de la ville dans tous ses quartiers, Parigramme, 2006. (aujourd'hui place des Vosges) : Mademoiselle de Montpensier, Relation de l'Isle imaginaire - Histoire de la princesse de Paphlagonie, chez Antoine Auguste Renouard, 1895.. confirme Antoine Baudeau de Somaize Antoine Baudeau de Somaize, Le Grand dictionnaire des précieuses, Jean Ribou, 1661.. La pièce principale, garnie de moquette, , Gilonne y instituant un « Ordre de la moquette », elle est célébrée sous le nom de « Reine Gillette », notamment par le Grand Condé, Jean Regnault de Segrais, Hugues de Lionne qui est « l'un de ses plus fervents adorateurs », François de Brichanteau, marquis de Nangis (1618-1644) ou encore et surtout Philibert de Gramont.

Philibert de Gramont thumb|120px Roger de Bussy-Rabutin évoque douze années de passion de Philibert de Gramont, comte de Gravelines, de Guiche et de Louvigny, pour Gilonne, Roger de Bussy-Rabutin, Histoire amoureuse des Gaules, éditions Boiteau, 1976.. Claire-Éliane Engel s'appuie pour sa part sur Les mémoires de la vie du chevalier de Grammont (sic), écrit par le propre beau-frère du « héros », Antoine Hamilton (la première édition parue en 1713 à Cologne est anonyme), pour restituer « l'intrigue presque officielle » nouée entre Philibert et Gilonne : , elle est et qui connaît en Philibert un .

Interrompue par les années d'exil de Gilonne au château de Saint-Fargeau (les années 1652-1657 évoquées ci-dessous), la passion de Philibert reprendra lorsqu'elle reviendra à Paris, s'affirmera dans qu'il lui dédiera, puis prendra fin avec sa nouvelle passion pour Catherine Henriette d'Angennes, comtesse d'Olonnesur Catherine Henriette d'Angennes, Charles de Saint-Evremond, « Caractère de la comtesse d'Olonne », Œuvres mêlées, 1657. « Le chevalier de Gramont est-il toujours amoureux de madame de Fiesque ? » demandera la reine Christine de Suède à la Grande Mademoiselle lorsqu'elle se rencontreront, démontrant de la sorte une connaissance de la Cour jusque dans ses intriguesClaire-Éliane Engel, « Le véritable chevalier de Gramont », La revue des deux mondes, 1er novembre 1958.

Charles de Fiesque, un remariage frondeur thumb|100px|François de Vendôme thumb|100px|Jean-François Paul de Gondi Issu de la dynastie gênoise des Fieschi qui donna à l'Église les papes Innocent IV et Adrien V, le prétendant est le petit-fils de Scipion de Fiesque qui francisa son nom lorsqu'il se mit au service de Marie de Médicis. Formé aux belles lettres et aux arts par ses études au collège de la Marche où Charles-Louis Livet lui trouve pour condisciples Pierre Chanut, Pierre Nicole, Marin Le Roy de Gomberville et Michel de Marolles, puis par ses voyages en Italie qui offrent à Mademoiselle de Montpensier de le surnommer « le Prince italien », Charles de Fiesque (1613-1658), comte de Lavagne, baron de Bressuire, revient en 1643 du Portugal où il s'est exilé un temps du fait de sa compromission dans la cabale des Importants qui, sous la conduite de François de Vendôme, complota contre Mazarin.

Gilonne l'épouse le et elle prendra la suite de sa belle-mère, Anne Le Veneur (1593-1653), en tant que dame d'atours de la Grande Mademoiselle.

Charles-Louis Livet voit en Charles de Fiesque celui qui, afin de plaire à Gilonne, est à la fois l'introducteur oublié de l'opéra en France () et l'initiateur de son futur engagement dans la Fronde : . Avant cela, elle se retire un temps à la campagne pour revenir à Paris en 1647. Quatre enfants naîtront, deux filles (1646 et 1647) qui seront toutes deux religieuses, son seul fils, Jean-Louis-Marie qui sera l'unique héritier (1647), plus tard une troisième fille qui sera de même religieuse.

Dès 1647, Charles de Fiesque, Françoise de Motteville, Mémoires pour servir l'histoire d'Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII, roi de France, François Changuion, Amsterdam, 1750., que Mazarin, une fois encore, juge en cela encombrant, est en alternance expulsé de Paris, puis rappelé. : c'est parce que, visant le commandement de l'arsenal de Paris, il est doublé par Charles II d'Elbeuf qui fait placer à ce poste l'un de ses protégés, que Fiesque entre dans la faction du coadjuteur, Jean-François Paul de Gondi, futur cardinal de Retz. C'est identiquement par ambition déçue que ce dernier, conseiller intime de Gaston d'Orléans, entre dans la Fronde, la barrette cardinalice qu'il convoite n'en finissant pas de venir le coiffer.

Ce n'est que tardivement, en 1652, avec la Fronde des princes, solidaire en particulier du Grand Condé, que la Grande Mademoiselle entre en lice, dans . Les Frondeurs ayant supplié Gaston de France de se précipiter à Orléans dont le roi et son armée s'approchent, Monsieur préfère rester à Paris et y délègue sa fille. Gilonne et Anne de La Grange-Trianon, comtesse de Frontenac sont auprès d'elle à Orléans le , et c'est ensemble qu'elles dévalent les fossés, se font ouvrir un passage, grimpent sur une échelle et obtiennent du conseil de la ville le refus d'entrée des troupes royales Benedetta Craveri, L'âge de la conversation, Gallimard, 2002, .. Cet exploit vaut aux deux acolytes la lettre de gratitude de Gaston d'Orléans « à Mesdames les comtesses, maréchales de camp de l'armée de ma fille contre le Mazarin » Mademoiselle de Montpensier, Mémoires, Charpentier, 1859, vol.2, . Jean Loret, dans sa lettre hebdomadaire à Marie d'Orléans-Longueville, lui confie le suivant Jean Loret, Recueil des lettres et vers contenant les lettres du temps écrites à Mademoiselle de Longueville, depuis duchesse de Nemours, Ravenel et La Pelouze, Paris, 1857. : thumb|100px|Jean Loret

Le , Gilonne et la comtesse de Frontenac sont encore auprès de la Grande Mademoiselle pour se jeter ensemble dans l'émeute dite « journée des pailles »Robert Descimon, « Autopsie du massacre de l'hôtel de ville (4 juillet 1652) - Paris et la Fronde des princes », Annales n°2, 1999, , jusque dans l'hôtel de ville de Paris en feu.

thumb|260px|Château de Saint-Fargeau thumb|160px|château de Saint-Fargeau thumb|260px|Château d'Époisses thumb|260px|Grand divertissement royal, Versailles, 18 juillet 1668 thumb|260px|Château de Bussy-Rabutin, salon de la tour dorée

Saint-Fargeau Jean Regnault de Segrais, secrétaire de La Grande Mademoiselle à Paris puis à Saint-Fargeau, « poète et bel esprit » Victor Cousin, Madame de Sablé - Nouvelles études sur les femmes illustres et la société du XVIIe siècle, Librairie académique Didier, Paris, 1865., reçu à l'Académie française, évoque Gilonne pour la première fois dans son recueil de poèmes Bérénice (1651) en plaçant, en frontispice de l'ouvrage, son portrait gravé par Grégoire Huret d'après Henri et Charles Beaubrun, assorti de ce complimentHerzog August Bibliothek, Wolfenbüttel, Portrait de Madame de Fiesque dans les collections :

Segrais, en qui la fille de Gaston d'Orléans , restitue à sa manière l'exil à Saint-Fargeau (Yonne) de la Grande Mademoiselle et de ses maréchales de camp dans son roman à clef Les Nouvelles françaises ou les divertissements de la princesse Aurélie qui paraîtra en et dans lequel Gilonne apparaît sous le nom transparent de Gélonide. Le livre, analyse Benedetta Craveri, dissimulant l'atmosphère .

Avant même la publication du livre, Paris, déjà, , et . On y relève, au cours de l'été 1655, le séjour de Charlotte Séguier, duchesse de Sully, du comte Hippolyte de Béthune et de la comtesse née Anne-Marie de Beauvilliers, d'Isabelle Cécile Hurault de Cheverny, marquise de Montglas (maîtresse de Roger de Bussy-Rabutin, propriétaire en Bourgogne du château de Chazeu), de Madame de Sévigné, d'Anne Doni d'Attichy, comtesse de Maure, qu'accompagne qu'elle a pris sous sa protection, Catherine d'Aspremont de Vandy. L'été suivant, ces deux dernières sont de retour à Saint-Fargeau, mais cette fois Catherine de Vandy y reste, supplantant durablement les deux comtesses dans l'estime de la Grande Mademoiselle, sans que celles-ci parviennent à contrecarrer l'ascension de la nouvelle favorite.