Jack Faust (titre original: Jack Faust) est un roman de science-fiction de l'auteur américain Michael Swanwick publié en 1997.
À Wittenberg, en Saxe, à une époque non précisée, mais aux allures fortement médiévales, le savant Johannes Wilhelm Faust brûle tous ses livres sous les yeux effarés de son serviteur, le jeune Wagner. Il renie tous les grands maîtres antiques et médiévaux dont les croyances étaient irrationnelles et contredites par la réalité. En proie au désarroi le plus profond, il invoque des puissances supérieures, susceptibles de lui révéler les secrets de l'univers. Pendant son sommeil, un être issu d'une autre dimension de l'univers lui dit qu'il peut lui révéler tous les vérités auxquelles il aspire depuis si longtemps.
Personnages Johannes Wilhelm Faust Johannes Wilhelm Faust a moins de quarante ans au moment du récit. Ancien médecin militaire pendant la guerre contre la Pologne, ce grand érudit vit à Wittenberg, en Saxe. Il gagne sa vie en donnant des cours pendant le semestre d'hiver et en organisant des examens pour ses étudiants. Au cours du récit, il se fait également appeler docteur Faustus, ou encore Jack Foster par déformation anglophone. Initié aux sciences par Méphistophélès, il signe ses nouvelles inventions du nom de « NeoPrometheus ». Heurtant les connaissances frustes de ses contemporains, taxé d'hérésie et de charlatanisme, Faust subit les pires vexations de la part de ses pairs et doit quitter Wittenberg avec son fidèle serviteur Wagner. Il arrive ensuite à Nuremberg où il rencontre les époux Reinhardt, dont il tombe amoureux de la fille, Marguerite. La famille héberge l'inventeur et finance les premiers travaux industriels de Faust à Nuremberg. À la suite d'une épidémie de peste, Faust soigne tous les malades qui se réfugient dans le cloître de Sainte-Catherine avec l'aide des sœurs et leur administre les médicaments nécessaires à leur guérison, ce qui le rend très célèbre. Après un sermon énigmatique dans l'église de la paroisse de Marguerite, les deux amants se retrouvent pour leur première étreinte. Après son excommunication, Faust part pour l'Angleterre, accompagné par l'espion Will Wycliff, et quitte Marguerite qui ne souhaite pas abandonner ses parents. Faust écrit à son aimée de longues lettres d'Angleterre dans lesquelles il la conseille sur la bonne gestion de ses usines et l'assure de son amour. Grâce à ses inventions, le flotte anglaise gagne la guerre contre l'Espagne. Ayant appris que Marguerite était en prison, il repart à Nuremberg pour lui rendre visite et tenter de la sauver. Quand il arrive, elle s'est suicidée aux barbituriques de son invention. Désespéré, désabusé, Faust se livre à son destin que lui montre Méphistophélès : il se voit, le bras levé en guise de salut, haranguant la foule devant un drapeau rouge avec en son centre un cercle blanc orné d'un poing noir fermé.
Marguerite / Gretchen
Fille des époux Reinhardt, jeune femme blonde au caractère virginal, Marguerite brode sur le balcon de la maison familiale tandis que Faust s'active dans sa fabrique, lui lançant à la dérobée quelques regards enflammés. Elle se passionne pour l'arithmétique et montre de réelles capacités à gérer l'entreprise familiale. « Marguerite » et « Gretchen » désignent pour la jeune fille les deux facettes de sa personnalité : tandis que Marguerite est sage et réfléchie, Gretchen est espiègle et effrontée. Marguerite inspire à Faust des sentiments d'amour si purs qu'il souhaite attendre jusqu’à ce qu'elle réponde de plein gré et par amour à ses ardeurs. Après leur première étreinte, Faust doit quitter l'Allemagne, car il a été excommunié. De Londres, il lui envoie des lettres dans lesquelles il lui enjoint de connaître d'autres hommes pour son plaisir. Un jour, Marguerite tombe enceinte et, désespérée, elle décide d'avorter. Contrevant aux lois de son pays, enceinte sans être mariée, voulant assassiner son enfant par l'avortement est elle conduite en prison. En proie au repentir pour avoir soutenu une industrie qui a fait de nombreuses victimes, appauvri la population et souillé la nature, elle s'y suicide par empoisonnement avant d'avoir revu Faust.
Méphistophélès
Méphistophélès a une étrange origine, il dit être l'expression singulière de tout un peuple qui habite dans un monde parallèle de l'univers et qui ne peut communiquer avec Faust que par son esprit. Ces êtres connaissent tous les secrets de l'univers, voient l'avenir, connaissent le passé. Dans leur monde le temps passe plus vite que sur Terre. Ils se disent être une espèce en voie d'extinction, mais ils sont prêts à livrer toutes leurs connaissances à Faust à la seule condition qu'il écoute leurs conseils. Le nom de « Méphistophélès » est également une formule mathématique qui décrit la dimension dans laquelle vit cet être.
Tout au long du récit, Méphistophélès change d'aspect à l'envi et porte des noms aussi divers et variés qu'Abomination, la Bête, etc. Cet être grotesque ne se prive jamais d'allusions pour le moins grivoises accompagnées de gestes obscènes. Il révèle à Faust le passé trouble de ses interlocuteurs pour lui permettre de mieux les manipuler et lui prédit l'avenir pour garantir le succès de ses projets. Comme Faust est le seul à entendre la voix insidieuse de Méphisto et qu'il lui répond parfois à haute voix, son entourage doute de sa bonne santé mentale.
Principaux personnages secondaires
Charles Ataman, bonimenteur à la réputation surfaite, qui vend des amulettes et des médications à base d'eau croupie censées guérir de la peste. Il dépouille ses patients pendant leur agonie.
Auerbach, aubergiste de la taverne où Faust annonce leur fin tragique à trois hommes qui étaient en train de le dénigrer.
Guido Cavarocchi, espion italien à la solde de Will Wycliff, qui essaie de convaincre Marguerite, emprisonnée, de le suivre rejoindre Faust en Angleterre.
le Conseil de l'Or, confrérie secrète d'usuriers et de prêteurs sur gage chrétiens qui se sont repliés dans la clandestinité pour échapper à la censure de l'Église, l'usure n'étant exercée que par les juifs. Le Conseil de l'Or financera Faust après un interrogatoire musclé.
Cousin de Faust, nom donné au singe par allusion aux thèses darwiniennes de l'évolution que Faust défend et que l'Église conspue
Cranach, peintre du , qui dans le roman immortalise dans un dessein le premier vol d'un aérostat construit par Faust
Frère Josaphat, moine dominicain de Wittenberg, adversaire farouche de Faust et de ses hérésies. Lors de la venue à Wittenberg du nonce apostolique qui vient excommunier Faust, il organise un défilé grotesque pour dénigrer les thèses de Faust
les Leucopolitains, membres de la Soliditas Leucopolis, une confrérie d'érudits qui compte des membres dans toute l'Allemagne. Mette, Sbrulius, Beckmann, sont des collègues de Faust, membre de cette association, vivant à Wittenberg.
Herr Reinhardt, père de Marguerite, riche marchand de la cité de Nuremberg, qui met ses fonds au service des inventions à fins militaires de Faust.
Docteur Schnabel, médecin occultiste au nez proéminent qui fait ses diagnostics à l'odorat en reniflant ses patients. Il prescrit des médications alchimiques à base de mercure qui tuent ses malades. Il prépare un livre sur les aliénations des érudits célèbres.
Mère Servante du Christ, mère supérieure du cloître de Sainte-Catherine qui autorise Faust à administrer ses étranges médications aux malades de la peste
Sophia, cousine de Marguerite Reinhardt, amoureuse de Wagner.
Wagner, jeune apprenti né dans le village de Kreuzdorf, parti de chez lui après le décès de son père. Il mène une vie faite d'errance et de mendicité, mais avec la ferme intention de faire des études avec le peu de latin qu'il avait appris. Il trouve ensuite refuge chez Faust qui lui enseigne ce qu'il sait en échange de ses services de factotum. Si au départ, Wagner doute de la santé mentale de son maître qui marmonne tout seul, il est par la suite ébloui par ses dons de prédiction de l'avenir et lui fait une confiance totale. Wagner écrit ses mémoires et les remplit de toute l'admiration qu'il porte à son maître. Il mourra fusillé en essayant de sauver son maître.
Will Wycliff, espion anglais qui souhaite rencontrer Faust à cause de ses merveilleuses inventions. Il sera sauvé de la peste par Faust et l'emmènera avec lui en Angleterre pour le sauver de l'anathème qui pèse sur ses épaules. C'est Will Wycliff qui nommera Johannes Wilhelm Faust « Jack Foster ».
Pacte faustien
Méphistophélès propose à Faust de lui révéler toutes les vérités scientifiques qu'il souhaite et ne semble ne pas demander beaucoup en retour. Il lui demande simplement de regarder la réalité en face, sans jamais détourner les yeux et de toujours écouter ses conseils. Tel un héros de Dostoïevski, Faust ressent l'infini des possibilités lorsque Méphisto lui apprend que Dieu n'existe pas : « Dieu n'existait pas. Tout était donc possible. »
Méphistophélès révèle ses motivations : il souhaite que la race humaine disparaisse en même temps que la sienne, vouée à un inexorable déclin dans une dimension parallèle et ne supportant pas qu'une race inférieure survive à une race supérieure. Le moyen de parvenir à ses fins ? Livrer à l'Homme tous les moyens scientifiques qui lui permettront d'œuvrer à sa propre autodestruction. Faust signe le pacte, persuadé que la fin de l'humanité est évitable et que les êtres humains feront un bon usage des nouvelles connaissances scientifiques à leur disposition. Pourtant, Faust laissera l'humanité décider de son avenir dans une phrase aux accents dramatiques : « Si les hommes ne sont pas capables de relever le défi du savoir, si la seule entrave à leurs instincts les plus vils est l'ignorance, ils méritent le destin qu'ils se forgeront. Je m'en lave les mains. »
Science
Soif de modernité
Au début du récit, Le docteur Faust fait un bilan de toutes ses connaissances, lesquelles renvoient à une époque pré-moderne dont la pensée est modelée par la scolastique et la religion. Le savoir est divisé en deux grands groupes, avec le Trivium Quadrivium, qui comprennent d'une part la grammaire, la rhétorique et la dialectique et d'autre part l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique. Les ouvrages de références pour les érudits du début du , comme notre Faust, sont la « Somme théologique » de Thomas d'Aquin pour les questions religieuses et morales, les fragments de Pythagore pour les mathématiques, l'« Alchymia » d'Andreas Libavius pour l'alchimie, les traités de Galien pour l'anatomie et la médecine, les commentaires d'Averroès pour la philosophie, l'« Almageste » de Ptolémée pour l'astronomie, la « Physique » d'Aristote pour les lois de la nature, en passant par la Bible, les écrits de Guillaume d'Ockham, et la méthode des syllogismes.
Les doutes de Faust lui apparaissent lorsqu'il confronte les écrits de ces grands maîtres à la réalité qui l'entoure. Il constate que, contrairement à ce qu'en dit le célèbre Ptolémée, la trajectoire des planètes ne peut en aucun cas être circulaire, il a relevé de nombreuses erreurs dans l'anatomie de Galien en observant des malades et des cadavres, il a noté les nombreuses contradictions de l'Ancien Testament, etc. Faust rejette l'occultisme et aspire à une science qui décrive objectivement le réel. Faust souhaite mettre un terme à la superstition et faire entrer la science dans l'ère nouvelle de l'observation et de l'expérimentation. C'est tout l'enjeu du passage du mode de pensée prémoderne à la pensée de la modernité qui commence à s'opérer en France avec la philosophie de René Descartes. Wagner, l'apprenti de Faust, reste au départ fidèle à la pensée médiévale en répliquant à son maître que si les faits contredisent les grands maîtres antiques, c'est que Satan fausse notre jugement. Les restes d'une pensée du surnaturel affrontent les prémisses d'une pensée scientifique au sens moderne du terme.