Étienne-Charles de Loménie de Brienne, né le à Paris et mort le à Sens, est un homme d'Église et homme politique français, cardinal et ministre.
Biographie Le prélat Issu de la famille de Loménie, originaire de Flavignac en Limousin, et dont on peut remonter la lignée jusqu’au , il est le fils de Nicolas Louis, comte de Brienne, et de Anne Gabrielle de Chamillart.
Il fait de brillantes études à la Sorbonne, où il fait la connaissance de Turgot, de l'abbé Morellet, de l'abbé de Vermond Il entre ensuite dans les ordres.
En 1751, en dépit de doutes sur l'orthodoxie de sa thèseArticle qui lui est consacré dans la Catholic Encyclopedia, il obtient le titre de docteur en théologie. Pour sa carrière dans l'Église, il bénéficie du soutien de sa grand-tante, la duchesse de Luynes (1684-1763)Pierre Chevallier, « Une promotion épiscopale sous Louis XV (1752-1753) », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1959, p. 211-225. Numérisé..
En 1752, il est choisi comme grand vicaire par l'archevêque de Rouen, Nicolas-Charles de Saulx-Tavannes, lui-même cardinal et grand aumônier de France (en l'abbé de Brienne devient grand vicaire de Pontoise).
Après une visite à Rome, il est nommé en 1760 évêque de Condom.
En 1763, il devient archevêque de Toulouse, où il entreprend de grands travaux publics qui transforment la ville. En 1771, il scelle la suppression du vicariat de la maison de l'Inquisition de Toulouse, prononcée par le chapitre national des Prêcheurs français, sur son intervention. En 1772, il préside la commission des réguliers qui supprime certaines maisons religieuses ou certains ordres religieux en déclin, comme l'ordre de Grandmont.
De 1766 à 1769, il est également abbé du Mont Saint-Michel. Proche de la reine Marie-Antoinette, il succède à Calonne à la tête des Finances du royaume en 1787 et est nommé archevêque de Sens l'année suivante. En 1788, il devint abbé commendataire de Corbie.
Parmi ses amis, aussi célèbres que nombreux, on compte Turgot, l'encyclopédiste André Morellet et Voltaire. Élu en 1770 au de l'Académie française, il y succède au duc de Villars.
De 1770 à 1778, il fait reconstruire, avec son frère Louis Marie Athanase de Loménie de Brienne, le château de Brienne le château.
Il est trois fois rapporteur à la commission des réguliers de l'Assemblée du clergé et s’intéresse aussi aux questions politiques et sociales du jour. Il adresse ainsi à Turgot plusieurs mémoires sur ces sujets, dont un particulièrement remarquable où il étudie les causes de la misère.
Loménie de Brienne a parfois été désigné comme incroyantClaude Manceron, Anne Manceron, La Révolution française : dictionnaire général, Renaudot, 1989, p. 81 : à la mort de l'archevêque de Paris Christophe de Beaumont, en 1781, il est écarté par qui déclare : Cité par Jean-Denis Bredin in Sieyes. La clé de la Révolution française, éd. de Fallois, Paris, 1988, 42 note de bas de page (Bredin cite à son tour Paul Bastid, Sieyès et sa pensée, Paris, 1939, rééd. Slatkine Reprints, Genève, 1978, 18 sq.). Cependant, son incrédulité paraît peu probable à certains historiens. En revanche, il est tout à fait probable qu'il n'ait eu qu'une maigre vocation religieusePetitfils, J. (2021). Louis XVI. France: PLACE DES EDITEURS..
En , il est nommé abbé commendataire de Saint-Ouen de Rouen, à la suite de Georges-Louis Phélypeaux d'Herbault, archevêque de Bourges, décédé le mois précédent.
Le ministre En 1787, il est nommé président de l'Assemblée des notables, et c’est en cette qualité qu’il attaque la politique fiscale de Calonne. Il s'impose par la suite comme principal ministre d'État le , avec l'appui de la reine Marie-Antoinette. À l'annonce de ce choix, Louise de France (fille de Louis XV devenue carmélite sous le nom de Thérèse de Saint-Augustin) aurait dit : . Il appelle au conseil le duc de Nivernais. Il met fin aux grandes spéculations boursières, puis réussit à faire enregistrer par le parlement de Paris des décrets établissant le libre-échange à l’intérieur du pays et prévoyant l'instauration d'assemblées provinciales ainsi que le rachat des corvées. Lorsque les parlementaires refusent d'enregistrer les décrets qu’il propose d'appliquer au droit de timbre et au nouvel impôt foncier général, il persuade de tenir un lit de justice pour les y contraindre. Le , les parlementaires sont exilés à Troyes et ne sont rappelés à Paris qu'après avoir consenti à étendre l'impôt direct à toutes les formes de revenus. Une nouvelle tentative visant à contraindre le parlement à enregistrer un décret autorisant un emprunt de de livres rencontre une opposition déterminée. Mais Loménie de Brienne réussit à faire enregistrer l'édit de Versailles accordant aux non-catholiques un état-civilMichel Péronnet, « Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, principal ministre du roi et l'Édit des Non Catholiques de novembre 1787 », Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, Actes des journées d'étude sur l'édit de 1787 (Paris, 9 et ), , avril-, , ..
Brienne a été nommé entre-temps, le , archevêque de Sens et abbé commendataire de l'abbaye Saint-Pierre de Corbie. Avec le garde des Sceaux Lamoignon, il entreprend en une grande réforme : l'enregistrement des lois est confiée à une Cour plénière, la justice est réorganisée avec l'affaiblissement des compétences des parlements et la mise en place des grands bailliagesMarcel Marion, Le garde des sceaux Lamoignon et la réforme judiciaire de 1788, Paris, Hachette, 1905.. L'arrêt du Conseil du annonce la prochaine tenue des états généraux. Mais cesse bientôt de soutenir les deux hommes, et le , Loménie de Brienne doit se retirer, laissant un trésor vide.
Le , il est fait cardinal et se rend en Italie, où il passe deux ans à visiter des bibliothèques et à acheter des incunablesGilles Bresson, La Malédiction des Grandmontains, 2002, éd. d'Orbestier..
Pendant la Révolution vignette|Bas-relief des Ponts-Jumeaux, une visite au chantier par Édouard Debat-Ponsan. Il revient en France à la Révolution et prête serment à la constitution civile du clergé en 1790. Devenu évêque constitutionnel de l'Yonne en 1791, il est désavoué par le pape et doit renoncer à la barrette de cardinal sur ordre de . Sa conduite passée aussi bien que sa conduite présente l'ayant rendu suspect aux révolutionnaires, il est arrêté à Sens, le , et détenu à domicile. De nouveau arrêté le , il meurt la nuit même, victime soit d'une attaque d'apoplexie, soit d'un empoisonnement. Son frère, Louis-Marie-Athanase de Loménie, comte de Brienne, secrétaire d'État à la Guerre, et ses trois fils adoptifs font partie du convoi de vingt-quatre personnes guillotinées en même temps que la sœur du roi, Madame Élisabeth, le . Du groupe, seule la ci-devant comtesse de Sérilly put échapper à la mort grâce à la princesse qui l'encouragea à signaler un début de grossesse.
Étienne-Charles de Loménie de Brienne est enterré discrètement, sans cérémonie, dans la crypte de la basilique Saint-Savinien de Sens sous le sol de laquelle reposaient déjà plusieurs évêques de la ville.
Publications
Récompenses et distinctions Décorations Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit (1782)
Portrait Son buste a été sculpté en terre cuite vers 1791 par Philippe-Laurent Roland.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Pierre Chevallier, Loménie de Brienne et l'ordre monastique (1766-1789), Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1959-1960, 2 volumes. Léon Dutil, « Philosophie ou religion : Loménie de Brienne, Archevêque de Toulouse », Annales du Midi, 1948, p. 33-70. Numérisé sur Persee. Caroline Galland, « Écrire l'histoire du temps présent : Loménie de Brienne et la fabrique des archives de la Commission des réguliers », Chrétiens et sociétés, 26 | 2020, 55-74. En ligne. Michel Péronnet, « Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, principal ministre du roi et l'Édit des Non Catholiques de novembre 1787 », Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, vol. 134, Actes des Journées d'étude sur l'Édit de 1787 (Paris 9 et 10 octobre 1987, printemps 1988, p. 261-280. Joseph Perrin, Le cardinal de Loménie de Brienne archevêque de Sens, ses dernières années.- Episodes de la révolution, Sens, imp. Paul Duchemin, 1896, . Graziano Ruffini, La chasse aux livres : bibliografia e collezionismo nel viaggio in Italia di Étienne-Charles de Loménie de Brienne e François-Xavier Laire (1789-1790), Firenze, Firenze University Press, coll.« Fonti storiche e letterarie », n˚ 32, 2012. Gilles Banderier, « Un pamphlet inconnu contre Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse (1770) », Annales du Midi, t. CXXXIV, n° 319-320, juillet-décembre 2022, p. 439-454
Articles connexes Maison de Brienne Famille de Loménie Château de Brienne le Château Liste des cardinaux créés par Pie VI Liste des évêques et archevêques de Toulouse
Liens externes
Catégorie:Naissance à Paris au XVIIIe siècle Catégorie:Abbé du Mont-Saint-Michel Catégorie:Abbé de Saint-Wandrille Catégorie:Abbé de Corbie Catégorie:Évêque catholique français du XVIIIe siècle Catégorie:Évêque constitutionnel Catégorie:Évêque de Condom Catégorie:Archevêque de Toulouse Catégorie:Archevêque de Sens Catégorie:Cardinal français créé au XVIIIe siècle Catégorie:Cardinal créé par Pie VI Catégorie:Cardinal ayant démissionné Catégorie:Ministre de Louis XVI Catégorie:Ministre français des Finances Catégorie:Membre de l'Académie française Catégorie:Membre de l'Académie des sciences (France) Catégorie:Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres Catégorie:Commandeur de l'ordre du Saint-Esprit Étienne-Charles Catégorie:Personnalité liée à Toulouse Catégorie:Mort en prison durant la Révolution française Catégorie:Naissance en octobre 1727 Catégorie:Décès en février 1794 Catégorie:Décès à Sens (Yonne) Catégorie:Décès à 66 ans