Jean-Baptiste Bernadotte (dont le nom de baptême est Jean Bernadotte et dit, plus tard, Jean-Baptiste Jules Bernadotte"Bernadotte ajouta, plus tard, à son prénom, suivant la mode de l'Antiquité, celui de Jules." Franck Favier, Bernadotte, un maréchal d'Empire sur le trône de Suède, Paris, Ellipses, 2010, p. 33., mais peu usité), né le à Pau et mort le à Stockholm, est un maréchal français devenu roi de Suède en 1818 après avoir été élu par le Parlement suédois comme héritier du roi . Il devient roi de Suède sous le nom de Jean ( Johan) et roi de Norvège sous le nom de Jean ( Johan). Il est l'ancêtre de plusieurs monarques européens actuels : le roi de Suède, le roi de Norvège, le roi du Danemark, le roi Philippe de Belgique ainsi que le grand-duc Guillaume V du Luxembourg.

Forcé par les faibles ressources de sa famille, Bernadotte s'engage dans le régiment Royal-La Marine en 1780. Après un passage en Corse et une mutation à Grenoble, sa carrière connaît un avancement rapide sous la Révolution française, atteignant le grade de général en 1794. Il occupe également, pendant une courte période, le poste de ministre de la Guerre. Ses relations avec Napoléon Bonaparte sont houleuses, mais les deux hommes se réconcilient en 1804, et Bernadotte est élevé à la dignité de maréchal d'Empire, la plus haute distinction militaire du pays. Il participe aux campagnes napoléoniennes à la tête d'un corps d'armée, mais son inaction le jour de la bataille d'Auerstaedt en 1806 et le mauvais comportement de ses troupes à celle de Wagram en 1809 lui attirent les critiques de l'Empereur.

En 1810, il est choisi par le Parlement suédois comme héritier du roi , vieux, malade et sans enfants. Il prend alors le nom de Charles Jean et le titre de régent du royaume. Alors que sa nomination laissait entrevoir une amélioration des relations entre la France et la Suède ainsi que la possibilité pour cette dernière de recouvrer la Finlande, le nouveau prince héritier conduit la politique étrangère suédoise dans une direction totalement opposée en s'alliant avec la Russie et le Royaume-Uni contre l'Empire français. Il accepte d'entrer dans la Sixième Coalition contre Napoléon en 1813, prenant personnellement la tête de l'armée du Nord, et obtient en contrepartie que la Norvège soit cédée à la Suède. Cette revendication est satisfaite par le traité de Kiel de 1814, ratifié quelques mois après la victoire des Alliés à la bataille de Leipzig. Les Norvégiens s'étant rebellés contre la domination suédoise, Charles Jean mène une brève campagne militaire qui se solde par la convention de Moss et l'entrée de la Norvège dans une union personnelle avec la Suède.

Il monte sur les trônes suédois et norvégien en après la mort de et . En tant que nouveau souverain, Charles Jean s'efforce d'améliorer l'économie du pays en équilibrant le budget intérieur avec le paiement de la dette extérieure et en développant les infrastructures, avec par exemple la construction du canal Göta. Il essaie également de rapprocher la Norvège de la Suède par le biais d'un projet de fusion territoriale mais se heurte à l'opposition du Parlement norvégien. La politique étrangère qu'il met en œuvre permet de maintenir les droits de douane à un niveau relativement acceptable, et le royaume connaît sous son règne une période de paix sur le plan intérieur tout en adoptant une attitude neutre dans les affaires internationales. Ses adversaires libéraux lui reprochent néanmoins son entêtement, particulièrement manifeste au cours des , ce qui incite le roi à effectuer certaines concessions dans les dernières années de son règne. Il meurt en 1844 à l'âge de et son fils lui succède.

Jeunesse

vignette|gauche|upright|Maison natale de Bernadotte à Pau.

Roturier de naissance, Jean-Baptiste Bernadotte vit le jour le à Pau, alors dans la province de Béarn, au sud-ouest du royaume de France. Il était le dernier d'une fratrie de trois enfants qui comprenait un frère, Jean, et une sœur, Marie, issus du mariage d'Henri Bernadotte et de Jeanne de Saint-Jean. Par son ascendance paternelle, il appartenait à une lignée de propriétaires terriens et d'artisans (de tisserands et de tailleurs) et par son ascendance maternelle, il descendait de plusieurs vieilles familles de la noblesse de Bigorre (dont la famille d'Abbadie de Sireix). La famille Bernadotte appartenait à la bourgeoisie de Pau, établie dans cette ville depuis plusieurs générations.

Henri Bernadotte, son père, était avocat de profession et exerçait la charge de procureur du roi dans un petit tribunal de province. Sa fortune était si peu considérable qu'il dut attendre l'âge de pour se marier, et il mourut peu de temps après le de Jean-Baptiste.

La venue au monde de Jean-Baptiste Bernadotte fut prématurée et il fut baptisé dès le lendemain à l'église. Prénommé Jean à sa naissance, il reçut en complément le nom de Baptiste en l'honneur de saint Jean-Baptiste.

Le nouveau-né fut confié pendant un an aux soins d'une nourrice à quelques kilomètres de Pau. Ses relations avec sa mère ne furent sans doute pas très bonnes car il ne lui rendit visite qu'une seule fois après son engagement dans l'armée. Il fut éduqué chez les bénédictins mais il est possible qu'il reçût une partie de son instruction au domicile familial, comme cela se faisait couramment à l'époque. Selon l'historien Franck Favier, . À l'âge de , il commença à travailler comme apprenti chez Jean-Pierre de Batsalle, un avocat réputé de Pau.

Début de carrière militaire

Dans l'armée du roi : du simple soldat au sergent Son père mourut le , laissant sa famille dans une situation financière difficile. Le de la même année, Bernadotte s'engagea comme simple soldat dans le régiment Royal-La Marine, une unité particulièrement utilisée dans la protection des colonies et des ports. Après avoir effectué son instruction à Collioure, alors âgé de , il fut envoyé en service actif en Corse. Il y resta deux ans en garnison et fut affecté à la compagnie de grenadiers de son régiment le . Il rentra chez lui à l'automne suivant en congé maladie, suivit ensuite son régiment en garnison dans plusieurs villes parmi lesquelles Besançon, Grenoble, Vienne, Marseille ainsi qu'en Charente-Maritime, avant de s'absenter de nouveau au printemps 1784 pour raisons de santé.

vignette|Les soldats du Royal-La Marine pris à partie par la foule lors de la journée des Tuiles à Grenoble, le . Huile sur toile d'Alexandre Debelle conservée au musée de la Révolution française à Vizille.

Le , Bernadotte est promu caporal, puis sergent le . L'année précédente, le Royal-La Marine avait reçu un nouveau colonel, qui remarque Bernadotte et lui confie diverses tâches : il est ainsi tour à tour chargé de trouver de nouvelles recrues, de fournir des uniformes et de donner des cours d'escrime aux soldats. En 1788, son régiment est envoyé à Grenoble, où durant son séjour il aurait eu une liaison avec une jeune grenobloise nommée Catherine Lamour qui, en , fait baptiser un enfant naturel de sexe féminin en déclarant qu'il en est le père. D'un physique agréable et fréquentant beaucoup les femmes, Bernadotte hérite de cette période le surnom de « sergent Belle-Jambe ». Il est promu au grade de sergent-major le . Un mois plus tard, le , éclate la journée des Tuiles, considérée comme un prélude à la Révolution française. Selon l'historien Alan Palmer, c'est Bernadotte qui commande les troupes chargées de la répression de l'émeute. Pour Dunbar Plunket Barton, ce dernier participe effectivement aux événements mais sans y jouer un rôle particulier, l'auteur réfutant le récit de Michelet selon lequel Bernadotte aurait fait tirer sur la population. Le Royal-La Marine est dirigé au printemps 1789 à Avignon puis à Marseille durant l'été, alors que la ville était déjà en proie à des troubles révolutionnaires. Le , Bernadotte est promu adjudant sous-officier, qui était alors le plus haut grade qu'un roturier pouvait atteindre dans l'armée royale. Son avancement est donc bloqué à compter de cette date et il faut attendre les développements ultérieurs de la Révolution pour que Bernadotte soit promu de nouveau.

Durant son séjour à Marseille, Bernadotte fait à plusieurs reprises preuve d'initiative. Peu après son arrivée dans la ville, il vient en aide à son colonel, le marquis d'Ambert, dans un conflit avec les autorités locales et lui évite d'être lynché par une foule en colère. Une autre fois, alors qu'il se trouve dans le village de Lambesc, non loin de Marseille, il parvint, grâce à son éloquence, à empêcher ses camarades de se mutiner. L'incident se serait déroulé à l'intérieur d'une église où certains des soldats étaient logés et Bernadotte serait monté sur une chaire pour prononcer un sermon qui aurait rapidement mis fin au désordre. L'épisode reste controversé mais il semble qu'à cette période le régiment de Bernadotte était beaucoup moins sujet aux désertions que la plupart des autres unités.

Ascension dans la tourmente révolutionnaire vignette|redresse|Jean-Baptiste-Jules Bernadotte, lieutenant au de ligne en 1792, huile sur toile de Louis-Félix Amiel, 1834, château de Versailles.

La Révolution française éclate en . À l'automne 1790, le régiment de Bernadotte est transféré sur l'île d'Oléron avant d'être envoyé en sur l'île de Ré, où il reste pendant un an. Bernadotte est nommé lieutenant en et chargé de commander le dépôt du d'infanterie ci-devant Anjou, à Saint-Servan, en Bretagne. Peu de temps après, son unité reçoit l'ordre de marcher vers l'est. À la même époque, la Révolution entre dans une phase plus radicale et des commissaires politiques sont désignés pour surveiller l'armée. Le régiment de Bernadotte est dirigé sur la ville allemande de Bingen am Rhein après la victoire française de Valmy et y séjourne pendant l'hiver.

Les hostilités reprennent au printemps 1793, lorsque les troupes prussiennes franchissent le Rhin et commencent à faire pression sur les Français. L'Espagne ayant rejoint la coalition contre la France, Bernadotte tente vainement d'être transféré à l'armée des Pyrénées occidentales avec l'appui de son frère. Dans une lettre à ce dernier, il raconte comment il est parvenu à empêcher la panique de gagner ses soldats lors d'une attaque des Impériaux au sud de la ville de Spire, en . C'est la première fois que Bernadotte parvient à maintenir la cohésion de ses troupes sous le feu en excitant les hommes par son ardeur.

Ses brillants états de service lui assurent une promotion rapide au sein de l'armée. Nommé capitaine en après s'être signalé dans des combats autour de Spire et de Mayence, son grade est officiellement confirmé l'année suivante par le ministère de la Guerre et il est promu chef de bataillon le . Ce dernier avancement intervint alors que le d'infanterie avait quitté les rives du Rhin pour se porter au sud des Pays-Bas, combattant les forces britanniques à Wervik et Menin en essayant de se frayer un passage jusqu'à Ostende.

Bernadotte reçoit les épaulettes de chef de brigade (colonel) le et est placé à la tête de la . Cette unité de formation récente, composée pour moitié de soldats réguliers et pour moitié de volontaires, est déployée sur la Sambre et la Meuse. Les premiers engagements ne se passent toutefois pas très bien et Bernadotte doit une fois de plus s'exposer personnellement pour empêcher ses troupes de céder face à l'ennemi.

Général de la Révolution française

Sur le front allemand vignette|La bataille de Fleurus, le 26 juin 1794, où Bernadotte s'illustra. Huile sur toile de Jean-Baptiste Mauzaisse, 1837, château de Versailles.

Le , il se fait remarquer à la bataille de Fleurus en expulsant les Autrichiens d'un bois. Le général Kléber lança une pétition en faveur de l'élévation de Bernadotte au grade de général de brigade, pour , ce qui fut fait le . Il participe ensuite à la bataille de la Roer en octobre et au siège de Maastricht de septembre à novembre, ce qui lui vaut d'être nommé général de division le .