Guillaume Brune, né le à Brive-la-Gaillarde et mort assassiné le à Avignon, est un homme politique et militaire français. Imprimeur républicain pendant la Révolution française, officier de la Garde nationale de Paris puis de l'armée de la République, il participe aux campagnes en Suisse, en Hollande et en Italie.

le fait maréchal d'Empire en 1804 mais se méfie de lui en raison de son républicanisme. Brune commande néanmoins les armées du camp de Boulogne en 1805, et est fait gouverneur des villes hanséatiques en 1806, avant d'être écarté du service par Napoléon entre 1807 et 1814. Pendant les Cent-Jours en 1815, l'Empereur le rallie en le nommant pair de France, comte de l'Empire et commandant d'un corps d'observation en Provence. Son attachement au drapeau tricolore l'amène à quitter le service sous la Seconde Restauration.

Intercepté à Avignon par des émeutiers royalistes alors qu'il est en route vers Paris, il est assassiné et son corps jeté dans le Rhône.

Biographie Enfance corrézienne Guillaume Marie-Anne Brune est le fils d’Étienne Brune, avocat du roi au présidial de Brive, et de Jeanne de Vielbans ..

Après avoir fini ses humanités au collège des Doctrinaires de Brive., il part en 1785 à Paris poursuivre les études juridiques imposées par sa famille. Là, il s’inscrit à l’école de droit et au Collège de France. Mais le jeune homme préfère fréquenter les salles de jeux, où il perd quantité d’argent.

Il devient ensuite ouvrier typographe pour pouvoir survivre. Toujours à court d’argent, Guillaume Brune retourne à Brive en 1787, un séjour qui est pour lui une déception complète. Il décide alors de tenter d’entrer dans la République des Lettres : à cet effet, il écrit dans l’année qui suit un Voyage pittoresque et sentimental dans plusieurs provinces occidentales de France, qui devait lui ouvrir une carrière de littérateur.

Révolution française upright=1|vignette|gauche|Guillaume Marie-Anne Brune, capitaine adjoint aux adjudants-généraux en 1792 (1763-1815), Auguste Vinchon, 1835. À Paris, Brune fait la connaissance de Marat, Fréron, Fabre d'Églantine et devient l’ami de Camille Desmoulins et de Danton. Avec eux et grâce à eux, il embrasse avec ardeur la cause de la Révolution, et s'inscrit en 1791 au club des Cordeliers.

Pour défendre et populariser ses idées, en 1791, il achète une petite imprimerie et devient rédacteur en chef d’un périodique, Le Journal Général de la Cour et de la Ville concernant tout ce qui est décidé à l’Assemblée nationale, ce qui se passe à l’hôtel de ville de Paris, dans les districts, au Châtelet, ainsi que les nouvelles authentiques de la province, les anecdotes et tout ce qui est relatif au château des Tuileries, plus connu sous son pseudonyme Le Petit Gauthier. Prêt aussi à défendre ses idéaux par les armes, le futur maréchal entre dans la Garde nationale de Paris puis au de volontaires de Seine-et-Oise.. En octobre, il est élu adjudant-major.

Après un séjour à l'état-major du général Dumouriez dans l'armée du Nord, il devient, l'année suivante, adjoint aux adjudants-généraux ; adjudant-général et colonel en 1793.

Après avoir été nommé commissaire à l’armée de Belgique., il devient chef d’état-major de Sepher.. Brune est chargé de réprimer la révolte fédéraliste. Commandant l'avant-garde contre le général Wimpfen, il triomphe de lui à Pacy-sur-Eure qui lui permet de disperser les fédéralistes de Normandie. De retour à l'armée du Nord, il est nommé général de brigade, le et participe à la bataille d'Hondschoote..

Mais, en , dénoncé par Tallien et Ysabeau, il est proscrit par le Comité de salut public sous le prétexte d’avoir défendu le roi au cours des journées des et il ne doit son salut qu’au soutien indéfectible de Danton. De retour en grâce, au cours de l’automne 1795, il est chargé de pacifier le Midi de la France en rétablissant l’ordre dans le Gard, la Drôme et le Vaucluse, troublé par les compagnies de Jéhu. Sous les ordres du représentant Boursault, il impose au début octobre l’état de siège à Avignon.

En 1795, après avoir commandé la place de Bordeaux, il participe à la répression de l’insurrection royaliste du 13 vendémiaire, aux côtés de Barras et du général Bonaparte.. Appelé par le Directoire à l’armée d’Italie, il participe à la bataille d'Arcole.. Puis Brune, à la tête de l’avant-garde de la division Masséna, se distingue lors de la bataille de Rivoli, avant de s'illustrer à Saint-Michel (où il est blessé.), à Feltre, à Belluno, etc., et d'être nommé général de division sur le champ de bataille le .

La Suisse et la victorieuse campagne de Hollande vignette|gauche|Portrait de Guillaume Marie-Anne Brune en habit de général de division, huile sur toile d'Andrea Appiani, 1800 ou 1801.

Un an plus tard, le nouveau promu se voit confier une intervention lors de l'invasion de la Confédération suisse pour soutenir les Vaudois révoltés contre le canton de Berne. Commandant l’armée d'Helvétie, il prend Fribourg, dont il interdit le pillage.., et s’empare du « Trésor de Berne » qui allait financer l’expédition d’Égypte. Le , il adresse une lettre au Directoire l’informant de la soumission de la Confédération. Avec soulagement, face au pillage organisé qui l’éclabousse, Brune reçoit le commandement en chef de l’armée d'Italie en remplacement de Berthier et de Masséna.

En , Brune est envoyé défendre les côtes de la République batave à la tête de l'armée de Hollande.. Le , à la tête des forces françaises en Batavie (soit environ ), Brune repousse une armée russo-britannique débarquée au Helder lors de la bataille de Bergen, lui infligeant des pertes de et vingt canons.. Il renouvelle ce succès à Castricum le . Il force Frederick, duc d'York et Albany, général en chef de l’armée alliée, à la capitulation et lui fait signer la convention d'Alkmaar..

Mais le , le gouvernement batave, persuadé que le général Brune veut le renverser, le prive de son commandementSimon Schama, Patriots and Liberators, 2005, p. 399.. Il est alors nommé commandant en chef de l’armée de l'Ouest avec mission de mettre un terme à la Chouannerie et à l'insurrection vendéenne.. Peu après, les chefs chouans se soumettent.

Le Consulat Après le , le , Guillaume Brune, qui est l’un des principaux collaborateurs du Premier consul, entre au conseil d'État.. À ce titre, il préside la section de la guerre entre 1801 et 1802. Un an après, à la suite de la victoire de Marengo, Napoléon Bonaparte le nomme commandant en chef de l'armée d'Italie, en remplacement de Masséna. En août 1800, il s’empare de Vérone, de Vicence et signera l’armistice de Trévise en grâce à sa victoire en décembre où le général Brune remporte sur les Autrichiens la (bataille de Pozzolo).

Mais ses faits d’armes n’enchantent pas nécessairement Bonaparte qui vient d’être nommé consul à vie. Ce général, resté fervent républicain, le met mal à l’aise. En , il éloigne Brune en le nommant ambassadeur à Constantinople.. Avant son départ, Brune accepte d'être le parrain du fils du général Dumas, le futur écrivain Alexandre DumasAlexandre Dumas, Mes mémoires, ed. Calmann Lévy, 1863 ..

Le maréchal républicain vignette|redresse|Gravure du maréchal Guillaume Brune, tirée de lAlbum du centenaire (1889). Le , le Sénat de la République française juge utile et nécessaire de décerner la dignité impériale à Napoléon Bonaparte. Le lendemain, , empereur des Français, désigne ses premiers maréchaux. Brune est parmi eux, dans l'ordre des préséances. Le nouveau maréchal d'Empire est également fait grand aigle de la Légion d'honneur le .. Il quitte Constantinople et rentre en France.

Le , l'Empereur nomme Brune général en chef de l’armée du camp de Boulogne et de l'armée des côtes de l'Océan, puis en 1806, gouverneur des villes hanséatiques.

Mais le maréchal, parvenu au faîte de sa carrière militaire, continue à inquiéter Napoléon avec ses opinions politiques. Être républicain sous l’Empire n’est plus de mise. L'Empereur prend le premier prétexte venu pour le faire tomber en disgrâce. Celle-ci va durer de 1807 aux Cent-Jours. En 1807, Brune, commandant le corps d’observation de la Grande Armée opérant contre la Prusse, est chargé de conquérir la Poméranie. Le maréchal s'empare de Stralsund le puis de l’île de Rügen. Le , au cours d’une entrevue avec le roi de Suède, l’acte de capitulation rédigé par le maréchal ne cite pas « l’armée de Sa Majesté Impériale et Royale », mais « l’armée française ».. Ce républicanisme déplait tellement à Napoléon que Brune est mis en disponibilité jusqu’en 1814. Tout au long de cette disgrâce, son nom n'est plus prononcé à la Cour impériale. Contraint et forcé, le , le maréchal se rallie aux Bourbons, qui rechignent pourtant à accepter ses services, même si lui donne la croix de Saint-Louis.

Il était parmi les maréchaux francs-maçonsLes Francs-maçons de la Grande armée sur le site Histoire pour tous..

Le traquenard d'Avignon Le maréchal Brune revient en grâce lors du retour de l’île d’Elbe. Le , le maréchal Davout, ministre de la Guerre, lui confie le commandement de la militaire sise à Marseille et d'un corps d’observation sur le Var, chargé de protéger la frontière avec le Piémont. Le maréchal a sous ses ordres la d’infanterie, commandé par Verdier, le à cheval, de l’artillerie et du génie, soit au total : . Brune « accepte la tâche ingrate et difficile d’arrêter la guerre civile dans la Provence, dont les passions violentes avaient été déchaînées par les factions, et de défendre ce pays contre l’invasion des Anglais et des Autrichiens »Vermeil de Conchard, op. cit..

À Sainte-Hélène, dans le Mémorial, Napoléon dit de lui : Le , pour s’assurer la fidélité de celui qui avait toujours été plus un général de la Révolution qu’un maréchal d’Empire, Napoléon le nomme pair de France, faisant de Brune, ipso facto un comte de l'EmpireBrune sur napoleon-monuments.eu..

Le maréchal Brune arrive à Marseille le et y instaure l'état de siège. Brune reçoit la nouvelle de la défaite de Waterloo le . Dans un communiqué en date du , il informe ses troupes de l’abdication de Napoléon et conclut son ordre du jour en proclamant : « Vive l’Empereur , vive à jamais la liberté française ! ». Apprenant le retour de à Paris le , Brune continue de faire flotter le drapeau tricolore sur Toulon jusqu'au . Il fait allégeance à son concitoyen de Brive, le futur amiral Grivel, chargé de mission auprès du marquis de Rivière. Brune adresse alors son dernier message aux soldats de la :

Relevé de son commandement militaire de Toulon, il est appelé à Paris pour rendre compte au roi de la mission que lui avait confiée l’empereur.

Il était prévu que le maréchal Brune embarquât sur une goélette, préparée par Duperré et Grivel, pour regagner Paris par Le Havre. Mais Brune, jugeant cette idée peu digne d’un maréchal de France, choisit de partir par la route et décide de rejoindre la capitale par la vallée du Rhône. Il quitte son poste le , après avoir remis son commandement au général Partouneaux et à l’amiral Ganteaume.

Le , le drapeau tricolore qu’avait fait flotter Brune à Toulon est descendu et retiré sur ordre de Partouneaux et Ganteaume. À ce sujet, il y a dans les archives officielles un rapport anonyme de : « Ordre de faire saisir le maréchal Brune qui persiste à faire maintenir la cocarde et le drapeau tricolore à Toulon ». Ce fut cet acte téméraire qui lui vaut d'être victime d'un dramatique épisode de la « Terreur blanche ».

Avant son départ de Toulon, vers deux heures du matin, Brune reçoit du marquis de Rivière un laissez-passer lui permettant de rejoindre Paris. Le maréchal part sous bonne escorte. La première étape prévue est Avignon. Mais, lors de la traversée d’Aix-en-Provence, reconnu par un groupe royaliste, il est menacé et insulté. Faisant fi de cette première alerte, au relais de Saint-Andiol, Brune congédie son escorte du dont les chevaux étaient harassés. Arrivé à Cavaillon, il est informé que, de toute façon, ses soldats avaient reçu l’ordre de revenir vers Toulon.