Le concept de mutisme sélectif (autrefois nommé « mutisme électif » et parfois dénommé « mutisme extrafamilial », notamment par les tenants de la psychologie transculturelle) est une incapacité de parler (aphonie), qui ne survient que dans certaines situations, souvent en situation de stress. Par exemple un enfant peut parler normalement une ou plusieurs langues dans des environnements familiers ou sécurisants (comme à la maison), mais être incapable de le faire dans d'autres contextes sociaux ou publics (comme à l'école ou devant un public inconnu), ce qui peut avoir des conséquences psychologiques, scolaires et sociales importantes, conséquences qui justifient un dépistage et un accompagnement précoce.
Ce trouble est réputé le plus souvent lié à l'anxiété sociale. et parfois assimilé à un équivalent de la phobie sociale, mais survenant chez l'enfant.Aubry C (2002) Thèse : [Le mutisme sélectif (Doctoral dissertation, Université de Genève) |télécharger.. Il est défini comme faisant partie du spectre des troubles anxieux par le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5)., mais peut être lié à d'autres problèmes psychologiques. Le mutisme sélectif coexiste habituellement avec la timidité, la phobie sociale http://emedicine.medscape.com/article/917147-overview et/ou avec l'autisme. Des causes neurologiques et/ou traumatiques semblent possibles, mais encore mal cernées.
Selon la littérature scientifique, ce trouble est rare chez l'adulte, mais des études plus récentes le disent relativement fréquent chez les jeunes enfants (0,71 % des enfants scolarisés selon Bergman, Piacentini et McCracken en 2002). ; il touche surtout des enfants et plutôt les filles, et il disparait généralement à l'adolescence, en laissant néanmoins alors souvent place à un trouble anxieux.. Bergman en 2002 estiment qu'à l'école, bien qu'il y ait une amélioration au fil du temps, les enfants atteints de MS restent significativement plus symptomatiques que leurs pairs, et ils concluent qu'intervenir est préférable à attendre d'une rémission spontanée.
Les adultes concernés sont souvent dans le spectre autistique. ou des personnes habituées à n'avoir pas de place pour la prise de parole sociale. Ce symptôme chez les personnes autistes est parfois aussi appelée , et on parle aussi de période non-verbale.
Définition La définition du mutisme sélectif n'est pas totalement fixée, notamment car encore peu connu et semblant présenter plusieurs formes et étiologies.
De nombreux professionnels de la santé mentale estiment. qu'il s'agit de .. Certains considèrent qu'il s'agit d'un trouble émotionnel (au même titre que l'anxiété de séparation et la phobie sociale), mais des données .
D'autres insistent sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un refus de parler, mais d'un « échec persistant de parler dans des situations sociales spécifiques malgré la capacité de parler dans d'autres situations ».
« Refus de parole situationnel lié à un problème psychologique, toute lésion organique étant absente ».
Contexte historique Historiquement, le mutisme sélectif (MS) a longtemps été considéré comme une bizarrerie plutôt qu'un symptôme ou une entité diagnostique distincte. Il a été décrit dans de nombreux pays depuis plus de 150 ans, et d'abord en 1877 par Adolphe Kussmaul [médecin allemand] qui décrit un trouble propre à certains enfants qui ne parlent pas dans certaines situations, volontairement selon lui, alors qu'ils s'expriment dans d'autres circonstances. Il parle d'un mutisme délibéré, « aphasia voluntaria ».
Les premières conceptualisations cliniques de cette forme de mutisme se sont basées .
En 1927, Sophie Morgenstern [psychiatre et psychanalyste polonaise] adopte le terme « mutisme psychogène » et elle estime que le fait de ne parler que dans certaines situations est le signe d'une volonté de provocation de la part de l'enfant.
En 1934, Moritz Tramer [psychiatre suisse] désigne les enfants qui ne parlent pas en dehors du cercle familial et ayant de probables troubles de la personnalité comme souffrant de « mutisme électif ».
En 1980, ce terme est reconnu par le Diagnostic and Statical Manual of Mental Disorders, avec comme définition : « refus de parler dans la plupart des situations ».
À partir des années 1990, de nombreux spécialistes étudient ce trouble et publient des articles et ouvrages sur le sujet. En 1994, le terme « électif » est remplacé par « sélectif », plus précis. Depuis la fin du , des études contrôlées et plus longues améliorent la compréhension du MS et de ses différentes formes, estimant généralement qu'il est le plus souvent, chez l'enfant notamment, lié à l'anxiété et/ou (en contexte psychiatrique) à une phobie ou à un (il a aussi été constaté une prévalence accrue de « trouble de la personnalité évitante ») chez les parents d'enfants sélectivement mutiques ; mais divers auteurs montrent qu'il ne doit pas cependant être confondu avec l'état de phobie sociale, est plus que de l'anxiété. Les études sur ce sujet chez l'enfant sont souvent basées sur les témoignages et rapports des parents ou plus rarement sur un protocole d'enquête non verbal proposé à l'enfant. Plusieurs études ont conclu que les enfants atteints de mutisme sélectif ne présentent pas plus d'anxiété sociale que les autres enfants ayant eu un diagnostic de phobie sociale, et que ces enfants ont un niveau comparable de capacité scolaire. Mais l'une de ces études (Manassis, 2003) laisse penser que le groupe touché par le mutisme sélectif pourrait statistiquement présenter certains troubles subtils du langage (par rapport au groupe touché par la phobie sociale). Des résultats suggèrent que pour un sous-ensemble d'enfants, un peut faire partie de la présentation clinique du mutisme sélectif. Chez certaines personnes autistes, une forme de mutisme sélectif semble pouvoir survenir subitement, parfois hors des temps ou contexte de crises autistiques (meltdowns, ou shutdowns).
Description Les enfants et adultes souffrant de mutisme sélectif sont pleinement capables de parler mais ne sont pas capables de parler lors de situations particulières, lors de situations dans lesquelles la parole leur est demandée Adelman, L. (2007). Don't Call me Shy, LangMarc Publishing. Le comportement peut être perçu par les autres comme de la timidité ou de l'impolitesse.
Lorsqu'un enfant se retrouve dans son cocon familial, entouré des membres de sa famille (son papa, sa maman, ses frères et sœurs), il se sent à l'aise pour s'exprimer librement. En revanche, lorsqu'il se retrouve dans un environnement social comme une salle de classe, il ne se sent pas en confiance et n'arrive donc plus à parler. En effet, un enfant souffrant du mutisme sélectif peut être totalement silencieux à l'école pendant des années tout en parlant librement ou même excessivement chez lui.
Il existe divers degrés de ce trouble : certains enfants participent pleinement à des activités et semblent sociables mais ne parlent pas, d'autres ne vont parler qu'à des enfants du même âge mais pas aux adultes, d'autres vont parler à des adultes lorsqu'il leur est posé une question ne demandant qu'une réponse courte mais jamais à des enfants du même âge, et d'autres encore ne parleront à personne et prendront part, le cas échéant, au peu des activités qui leur sont proposées. Dans une forme grave, connue en tant que « mutisme progressif », le trouble progresse jusqu'à ce que la personne atteinte ne parle plus à personne quelle que soit la situation, même à des membres proches de la famille.
Par définition, le mutisme sélectif est caractérisé par : une impossibilité constante (ou une très grande difficulté) de prendre la parole dans des situations sociales particulières (dans lesquelles il y a une attente de parole, comme à l'école) bien que la personne souffrante parle dans d'autres situations ; le trouble interfère avec la réussite scolaire ou professionnelle, ou avec la communication sociale ; la durée du trouble est de plus d'un mois (il n'est pas restreint au premier mois d'école) ; l'impossibilité de parler n'est pas due à un manque de connaissance dans la langue ou de confort avec la langue parlée dans la situation sociale ; le trouble n'est pas mieux expliqué par un trouble de la communication (bégaiement, etc.) et ne se déclare pas uniquement dans le cadre d'un trouble envahissant du développement (autisme, etc.), de la schizophrénie ou d'une autre psychose.
Particulièrement chez les jeunes enfants, le mutisme sélectif peut parfois être confondu avec un trouble du spectre autistique, surtout si l'enfant agit particulièrement en retrait autour de son diagnostiqueur, ce qui peut conduire à un diagnostic et à un traitement incorrects.
Mais certaines personnes autistes sont aussi sélectivement mutiques, affichant alors souvent d'autres comportements - autostimulation, comportements répétitifs, isolement social même parmi les membres de la famille (ne répondant pas toujours au nom, par exemple) - qui les distinguent d'un enfant atteint de mutisme sélectif. Certaines personnes autistes peuvent être sélectivement muettes en raison de l'anxiété dans des situations sociales inconnues ou parfois sans causes apparentes. Si le mutisme est entièrement dû à un trouble du spectre autistique, il ne peut pas être diagnostiqué comme un mutisme sélectif comme indiqué dans le dernier élément de la liste ci-dessus.
Autres symptômes nécessitant un approfondissement de diagnostic Timidité, anxiété sociale, peur de l'embarras social, et/ou de l'isolement social et du rejet ; difficulté à maintenir le contact visuel ; expression vide et une réticence au sourire ; mouvements raides et maladroits ; difficulté à exprimer ses sentiments, même à des membres de la famille ; tendance à se faire plus de soucis que la plupart des gens du même âge ; désir de routine et aversion pour le changement ; hypersensibilité au bruit et à la foule ; humeur changeante ; problèmes de sommeil.
D'un côté positif, beaucoup de souffrants ont : une intelligence, une perception ou une curiosité au-dessus de la moyenne ; de la créativité et un amour pour l'art ou la musique ; de l'empathie et de la sensibilité pour les pensées et les sentiments des autres ; un fort discernement moral.
On ne parle de « trouble » que si le mutisme dégrade les interactions sociales. On ne parle de mutisme sélectif que si l'absence de langage ne résulte pas d'autres troubles psychiatriques, un critère problématique, .
Classifications
Mutisme sélectif, primaire et secondaire Le mutisme sélectif primaire peut être défini comme un « Trouble précoce et souvent insidieux, où l'enfant, tout en sachant parler, n'a jamais parlé à tous les membres de son entourage. Il empêche la communication avec autrui ainsi que sa socialisation ».. Il est souvent le fruit de l'anxiété provoquée par la séparation mère-enfant.
Le mutisme sélectif secondaire peut être défini comme un « trouble faisant son apparition plus tardivement chez des enfants qui ont pu parler normalement en toute situation pendant un certain temps. » Il souvent plutôt perçu comme un trouble réactionnel, mais selon Robin Yeganeh & al. (2023), il ne doit pas être confondu avec la phobie sociale..
Mutisme sélectif intrafamilial et extrafamilial Le mutisme sélectif intrafamilial est très rare car cela signifie que l'enfant ne s'exprime pas au sein de son entourage proche, surtout avec les adultes.
Le mutisme sélectif extrafamilial est le plus commun et se manifeste en dehors de la sphère familiale, souvent à l'école ou en présence d'étrangers. L'enfant ne s'exprime plus aux personnes extérieures de son entourage proche.
Mutisme transitoire et chronique Le mutisme sélectif transitoire se résout en un an maximum alors que le mutisme sélectif chronique dure plus longtemps avec des symptômes à long terme. Il est plus difficile à diagnostiquer adéquatement.
Mutisme symbiotique