Le franc français, appelé simplement franc lorsqu'il n'y a pas ambiguïté (en abrégé F, f, FF, Fr, fr, fr. ou le symbole informatique ₣Un caractère unique U+20A3 est disponible pour un symbole du franc français, un F barré, qui a été proposé par Édouard Balladur, ministre de l’Économie, des Finances et de la Privatisation, dans Un symbole pour le franc, 17 mars 1988. Selon Yannis Haralambous, Fontes et codages, 2004, , ce symbole n’a jamais été utilisé. Selon , certaines fontes ont une ligature Fr pour ce symbole. ; code FRF pour celui de 1960-2002), est une ancienne unité monétaire de la France, utilisée également en Andorre et à Monaco.

Bien qu’une pièce portant le nom de , dite , ait existé dès le , le franc français n'est l’unité monétaire unique de la France qu’entre le et le (et l’unité monétaire commune en Andorre et à Monaco). Il succède en effet à la livre tournois, unité de compte de l’Ancien Régime, le franc n’étant alors qu’une monnaie de règlement.

Le , le franc français est remplacé en tant qu'unité de compte par l’euro, la monnaie de l'Union économique et monétaire européenne, dont il est devenu une division nationale le (au taux de = ).

Histoire

Ancien Régime

thumb|left|Le franc à cheval de Jean le Bon.

Les premiers francs furent frappés à Compiègne le , pour aider à payer la rançon du roi Jean II, capturé par les Anglais le à la bataille de Poitiers : les Anglais exigèrent contre sa libération la somme de d'écus« Préliminaires de paix à Brétigny » par André Larané (en ligne).. Pour ce faire, le régent Charles fit fabriquer une nouvelle pièce, un écu d'or, dénommée plus tard le franc à cheval, pesant d'or fin équivalant à ou . Cette monnaie fut taillée à raison de dans un marc d’or fin de .

Le roi y est représenté sur un destrier, armé d'un écu à fleur de lys et brandissant l'épée, avec, inscrit dans la légende, le terme « Francorum Rex » (c'est-à-dire : Roi des Francs). Dans l'une des trois ordonnances édictées le , Jean II écrit : « Naissance du franc » par André Larané (en ligne).. Le mot « franc » signifiant également « libre » (ou « affranchi »), il est donc probable que le nom de cette nouvelle monnaie vienne de cette double signification. Un acompte de (soit d'or) fut versé et le roi put être libéré.

En 1365, le franc d'or est frappé à l'image du nouveau roi . Sur une pièce au poids identique, le monarque est représenté à pied sous un dais. Cette pièce est appelée par la suite le franc à pied. En 1437, réduit le poids du franc à d'or fin, et reprend l'image du roi à cheval. Le franc d'or, en poids et au change, est alors l'équivalent, à un demi-gramme près, du florin, monnaie la plus importante en Europe.

Le , le roi , en remplacement du teston, fait frapper un franc d'argent de titrant d'argent fin et valant et , soit d'une valeur légèrement supérieure à la livre tournois. En même temps, on frappe des subdivisions du franc : le demi-franc et le quart de franc. Cependant, il est décidé que l'unité monétaire de compte du Royaume n'est ni la livre ni le franc, mais un écu d'or valant . Puis, en 1586, Henri III édicte une ordonnance interdisant la frappe des francs d'argent. Seules les subdivisions peuvent continuer à être frappées. Cette décision est prise car les pièces sont souvent faussées pour récupérer un peu d'argent et tendent à être confondues avec d'autres types de pièces.

Le roi fait émettre des demi-francs et quart de francs respectivement de et d'argent à . Puis, Louis XIII décide de réformer le système monétaire en 1640 et le , la Monnaie frappe une nouvelle pièce d'or à laquelle le roi donne son prénom : le louis d'or. Le louis d'argent qui en découle est appelé écu blanc. Le franc devient alors une monnaie désuète. Cependant, le terme « franc » reste vivace dans les esprits ; ainsi, Molière, Boileau, dans leurs œuvres, emploient le mot « franc » pour « livre », ou encore Madame de Sévigné dans les lettres à sa fille.

La Révolution thumb|Assignat de (an , 1795). La loi du permet l'émission des premiers assignats libellés en francs.

Suit la loi du 18 germinal an III (), qui fixe la nomenclature définitive des nouvelles mesures républicaines (le mètre, l'are, le stère, le litre, le gramme), débaptise la vieille livre tournois (rappelant trop la royauté) et décide que l'unité monétaire officielle de la République française est le franc. La loi confirme le système décimal qui avait été imposé par la loi du adoptant le système métrique : un franc est subdivisé en ou , mais les pièces prévues ne seront jamais frappées. Il faut attendre 1796 pour voir apparaître les premières pièces en franc.

Avec la loi du , le franc devient l'unité monétaire française. Elle va préciser les caractéristiques des nouvelles pièces d'argent. Elles auront pour type la figure d'Hercule unissant les figures allégoriques de l’Égalité et de la Liberté avec la devise « Union et Force ». Le poids de la pièce de un franc est fixé à d'argent au titre de , soit de métal pur, ce qui permet de retrouver un poids pratiquement égal à celui donné à la livre depuis la réformation de 1726 ().

La loi du donne les équivalences livre tournois/franc : la livre pèse d'argent, et le franc d'argent fin. La livre est donc très légèrement supérieure au franc, mais la loi dispose que la pièce de soit donnée et reçue pour et . Le franc vaut donc officiellement et (inversement, = ).

Ce qui peut sembler une escroquerie n'en est pas : une étude sur une importante quantité de livres tournois en circulation montrait que, du fait de l'usure, le poids moyen d'un écu de (la pièce de 1 livre en argent n'existe pas) était inférieur à d'argent et se situait à 93 % du poids théorique. À la longue, 1 livre sera égale à (soit = ou ).

thumb| Pièce de en argent, l'An V de la République (1796), première émission du Franc, graveur Augustin Dupré, type « Union et Force » – , - Cabinet des médailles BN 3905.

Cependant, la production de pièces ne suffit pas à répondre à la demande, le pays souffre d'un manque général de métaux (or, argent, mais aussi cuivre et bronze). Notamment, beaucoup d'émigrés sont sortis de France avec leurs métaux précieux, la thésaurisation limite la circulation d'espèces métalliques, la monnaie papier affiche des montants de plus en plus petits. Pour accélérer la mise en place de la nouvelle monnaie, deux mesures sont mises en place : la loi du décide que les pièces de billon de et des règnes antérieurs peuvent circuler pour () mais en pratique le public ne les accepte que pour . une campagne de récupération des métaux est mise en œuvre : dons patriotiques, confiscation des biens des émigrés, fonte de la vaisselle royale, fonte de l'argenterie et de l'orfèvrerie des églises et des abbayes, sont fondues.

Enfin, à partir de 1796, les guerres vont aussi permettre de faire venir des masses de métaux de toute l'Europe ( de livres en 1796).

La loi des - (-) renverse le principe de la primauté de la livre tournois, et impose d'évaluer les monnaies royales en francs et centimes quand bien même elles seraient énoncées en livres/sous/deniers. Elle oblige les comptabilités et stipulations à être établies en francs à dater du . Elle donne les valeurs relatives des monnaies de la livre tournois, fixe le paiement des engagements, rentes, provisions, etc. Elle impose que les traitements des fonctionnaires, les impôts, transactions, les actes entre les particuliers, les retraites soient exprimés en francs.

Consulat et Franc germinal vignette| Pièce en argent de Bonaparte Premier Consul – République française frappée en 1803 à Paris (graveur Pierre-Joseph Tiolier, poids de ). vignette| Affiche annonçant la démonétisation des vieilles pièces en cuivre et billon en mars 1856. vignette| Pièce de 1821. Restauration, (graveur Auguste-François Michaud, argent, poids de ).

En 1800, la Banque de France est créée.

La loi du 14 germinal an XI () permet aux services de l'État de reprendre au poids les monnaies rognées ou altérées. L'arrêté du 17 prairial An XI () publie un tarif de deux pages pour la reprise destinée à la refonte des monnaies d'or et d'argent de tous les pays d'Europe et de presque tous les pays d'Asie.

La loi du 17 germinal an XI () institue le bimétallisme selon un rapport d'échange entre l'or et l'argent de 1 or pour 15,5 argent (1 / 15,5) : = d'or à , soit d'or fin = d'argent à , soit d'argent fin.

L'argent revient à l'honneur : les pièces de ¼, ½, , , , sont frappées dans ce métal. Mais sont aussi frappées pour la première fois des pièces de 20 et en or, d'où l'appellation de « franc-or » qui s'imposera au milieu du . Les pièces de sont ainsi taillées à raison de 155 pièces au kilogramme, au titre de , reprenant ainsi le rapport Au/Ag de 15 ½ qui était celui de la réforme de Calonne en 1785..

La Banque de France devient l'institut d'émission privilégié, avec ses succursales. Elle fait aussi fabriquer des billets de banque en franc français, qui cependant n'ont pas pouvoir libératoire obligatoire : jusqu'en 1914 un créancier peut exiger le règlement en espèces (pièces d'or ou pièces d'argent de ).

Sous , la France se constitue un vaste empire en Europe, et hors d'Europe, dans lequel le franc circule largement. La Belgique, les Pays-Bas, la Suisse et le Nord de l'Italie y sont intégrés.

La loi du décide de la démonétisation de toutes les pièces divisionnaires hors d’usage (liard, sou, pièces de 1, 5 et frappées avant cette date), destinées à être retirées de la circulation et remplacées par des pièces composées à 95 % de bronze, 4 % d’étain et 1 % de zinc, à savoir des pièces de 1, 2 (une nouveauté), 5 et arborant le buste de . Elle ouvre également un crédit de de francs destiné à financer des opérations de retrait, de démonétisation des monnaies anciennes puis de fabrication et d’émission des nouvelles pièces ; le produit de la vente du métal permet même de dégager un bénéfice en regard des frais engagés de , pour une opération s'étalant jusqu'en 1854« Bineau (Jean-Martial) », , sur OpenEdition..

Le est créée l'Union monétaire latine, sous forme d'une association monétaire définissant les principes d'uniformité monétaire en matière de poids, titre de métal et cours pour les monnaies de quatre pays (France, Belgique, Suisse et Italie) auxquels se joint la Grèce en octobre 1868. La baisse du titrage des pièces en argent, déjà passé de à par la France, est généralisé.

En 1871, le poids des pièces usuelles reste décimal, comme en 1848 ; il est le suivant. : pièces en argent (à ) 20 centimes : un franc : deux francs : pièces en cuivre 1 centime : 2 centimes : 5 centimes : 10 centimes :

Le franc germinal ou franc-or est une monnaie très stable jusqu'en 1914, malgré les remous politiques qui érodent la confiance en la monnaie (1848, 1870-71) sans compter quelques scandales financiers ; cependant le franc accompagne le développement du pays et de sa richesse pendant , jusqu'en 1928 et l'avènement du « franc Poincaré ».

En 1913, un lingot d'un kilogramme d'or fin à s'échangeait sur la place de Paris à avec une prime moyenne de 0,05 % suivant les établissementsIl suffit de diviser par l'équivalent du franc en or fin à savoir 0,29025, on obtient ..

En matière de change, la valeur relative du franc français pour l'année 1912Tableaux de change publié dans la revue Je sais tout, janvier 1912. s’établissait comme suit : 1 dollar américain = 5,17 1 mark = 1,235 1 livre sterling = 25,23 1 couronne austro-hongroise = 1,05 réis portugais = 5,60 1 rouble = 2,666 1 florin néerlandais = 2,087 1 piastre ottomane = 7,058

Franc Poincaré thumb|upright| Pièce de en argent ; la dernière sera émise en 1920 et marque la fin « symbolique » du franc germinal.