vignette|Éos soulevant le corps de son fils Memnon, médaillon d'une coupe attique à figures rouges de Calliadès (potier) et Douris, v. 490-, musée du Louvre

Né au Proche-Orient, l'art de la céramique atteint en Grèce antique un haut niveau de qualité artistique. Il est également un témoignage majeur sur la vie et la culture des anciens Grecs. Les vases grecs nous sont parvenus en grand nombre : même si cela ne représente probablement qu'une part infime de la production de l'époque, plus de vases en provenance de la seule Athènes subsistent aujourd'hui.

Les vases peints étaient principalement utilisés dans la vie quotidienne des familles les plus aisées, voire aristocratiques, dans le cadre du banquet ou pour la toilette. Certains étaient aussi choisis pour honorer les dieux ou les morts. Une céramique commune a été utilisée au quotidien. Elle fait l'objet de recherches de plus en plus approfondiesParmi de très nombreuses publications citons : . Ces céramiques peintes constituent la part la plus importante de la peinture de la Grèce antique actuellement conservée.

Peinture Style mycénien thumb|upright=1.0|Céramique mycénienne, v. 1300-1200

Les vases de style mycénien représentent souvent des formes de vie marine qui sont presque toutes représentées (poulpes, poissons, dauphins, éponges...). Ce style perdure après l'effondrement de la civilisation mycénienne, jusqu'à la fin du ; on parle alors de .

Style proto-géométrique thumb|Amphore protogéométrique attique, H. ., 975-950, British Museum Les vases de la période protogéométrique (v. 1050-) constituent l'essentiel du témoignage artistique sur le milieu des siècles obscurs. Beaucoup d'autres formes artistiques (gravure de l'ivoire, joaillerie, travail des métaux) subissent une récession similaire à ce qu'a connu la peinture murale mycénienne à partir de la fin du .

Au contraire, la production céramique se réveille d'abord à Athènes à la fin du . Les vases sont décorés de motifs en vernis noir brillant issu de l'âge du bronze grec : la technique avait été pratiquée par les Mycéniens. Les poteries sont tournées sur un tour plus rapide qu'auparavant. EIles reprennent parfois des motifs mycéniens (lignes ondulantes tracées à la main), mais de nouveaux motifs (demi-cercles, cercles concentriques) sont dessinés avec davantage de soin, au compas portant un peigne aux multiples brosses, de largeur identique et placées à égale distance. La décoration reste simple et s'adapte à la forme du vase en en soulignant les formes par des traits horizontaux larges , des bandes noires et de nombreux autres motifs.

Les sites de productions sont répartis en Attique, en particulier le cimetière du Céramique. En Eubée, avec Érétrie et Chalcis, ainsi que le site de Lefkandí qui est un des principaux lieux de provenance des céramiques de cette période et maintient tout au long de cette période des liens avec Chypre et la Crête. On y a notamment découvert une figurine exceptionnelle de centaure, haute de 36 cm (le Centaure Chiron, blessé à la jambe). Ses formes sont très stylisées, et son corps est décoré de hachures et de formes géométriques. Il devait avoir une forte valeur symbolique car on a retrouvé son corps dans une tombe et sa tête dans une autre. D'autres sites se trouvent en Thessalie et en Crète.

Style géométrique

thumb|Cratère aux navires et guerriers. H. 99, D. 94 cm. Attique, géométrique moyen, v. 800-775, Metropolitan Museum of Art

thumb|Cruche attique. Géométrique Récent I, v. 740, style tapis. Staatliche Antikensammlungen

L'art géométrique fleurit environ de 900 à 700 avant notre ère. Il se caractérise par de nouveaux motifs, rompant avec l'iconographie minoenne et mycénienne : méandres et grecques, triangles et autres motifs géométriques (d'où le nom de la période). Ils sont disposés en bandes séparées des zones noires par des triples lignes. Au fil du temps, l'équilibre entre bandes décorées et bandes sombres est rompu en faveur du décor : les méandres et autres motifs finissent par recouvrir tout le vase.

Alors qu'au Géométrique Ancien (environ 900-) on ne trouve que des motifs géométriques, dans ce qu'on appelle le style du « Dipylon noir », qui se caractérise par un usage extensif du vernis noir, au Géométrique Moyen (env. 850-), la décoration figurative fait son apparition : ce sont d'abord des frises d'animaux identiques (chevaux, cerfs, chèvres, oies, etc.) qui alternent désormais avec des bandes de motifs géométriques. Parallèlement, le décor se complique et devient de plus en plus foisonnant : le peintre répugne à laisser des zones vides et les remplit de rosettes ou de svastikas décoratifs. Cette conception du rapport entre l'espace à peindre et la peinture relève de ce que les anciens appelaient « l'horreur du vide »L'horreur du vide : horror vacui (/ˈhɒrər ˈvɑːkjuːaɪ/; du Latin "la peur d'un espace vide"), aussi kenophobia, du Grec "peur du vide")., et ne cessera qu'avec l'époque géométrique.

Au milieu du siècle, au Géométrique Récent, apparaissent des figures humaines. Les représentations les plus connues sont celles des vases trouvées au Dipylon, l'un des cimetières d'Athènes. Ces grands vases funéraires montrent principalement des défilés de chars ou de guerriers ou encore des scènes funéraires : / (exposition et lamentation du mort) ou / (transport du cercueil au cimetière). Les corps sont stylisés mais avec des gestes bien identifiables. Dans le cas des soldats, un bouclier en forme de diabolo, surnommé « bouclier Dipylon » en raison de son dessin caractéristique, recouvre la partie centrale du corps. Les jambes et les cous des chevaux, les roues des chars sont représentées les unes à côté des autres. La main d'un peintre de cette époque, appelé à défaut de signature « Maître du Dipylon », a pu être identifiée sur plusieurs céramiques, notamment des amphores monumentales.

À la fin de la période apparaît, exceptionnellement dans le groupe de Thapsos, la figure mythologique du centaure. Cependant certains savants, très influencés par HomèreProbablement parce que cette période semblerait correspondre au moment où Homère (s'il a jamais existé !) aurait mis en forme les traditions du Cycle troyen dans l’Iliade et l’Odyssée., surinterpètent les scènes où les indices manquent pourtant totalement. La surinterprétation constitue là un risque pour l'observateur moderne : un affrontement entre deux guerriers peut être aussi bien un duel homérique qu'un simple combat ; un bateau échoué peut représenter le naufrage d'Ulysse ou de n'importe qui. Un fragment de vase géométrique de Grande-Grèce (Pithécusse) montre l'une des plus anciennes représentations de naufrage, qui semble bien lié à la vie réelle et non à une quelconque narration. Les naufragés sont nus, certains en train de nager, d'autres flottent parmi les poissons et l'un d'eux se fait dévorer par un requin et n° 161 de . Ce fragment a été déposé sur un bûcher funèbre, il en porte encore les traces.

Des écoles locales apparaissent en Grèce et dans les nouvelles colonies. La production de vases n'a jamais été l'apanage d'Athènes — elle est bien attestée dès la période proto-géométrique à Corinthe, en Béotie, à Argos, en Crète ou dans les Cyclades —, les peintres et potiers se sont longtemps contentés de suivre le style attique. Désormais, ils créent leur propre style : Argos se spécialise dans les scènes figuratives ; la Crète reste attachée à un style géométrique plus strict. D'autres centres, comme Rhodes, les Cyclades et surtout Corinthe multiplient avec soin les méandres, zigzags et chevrons en rangs serrés, et même le décor au peigne.

Style orientalisant

vignette|Aryballe aux deux lions affrontés. Entre eux, des palmettes. Étrurie, première moitié du . MBA Lyon.

Le style orientalisant se déploie en particulier à Corinthe de 725 à environ.. Il est caractérisé par une forte influence de l'art oriental : si l'Orient est beaucoup moins amateur de céramique peinte que la Grèce, sa peinture, sa sculpture et ses bronzes: Un vase protocorinthien : l'Olpè Chigi. montrent une figuration attentive aux modèles naturels. Cette influence se traduit notamment par une nouvelle gamme de motifs : sphinx, griffons, lions, etc., représentés de manière plus réaliste que par le passé. Dans les frises, le peintre recourt désormais à des lotus ou des palmettes. Les représentations humaines restent relativement rares : ce sont des scènes de batailles, parfois hoplitiques, ou encore des scènes de chasse. Des traits géométriques subsistent dans ce style dit « proto-corinthien » : on retrouve des motifs géométriques et le « remplissage » de l'arrière-plan par des rosettes et de nouveaux motifs décoratifs.

Les peintres corinthiens mettent alors au point la technique dite de la figure noire. Ils réalisent dans un premier temps des silhouettes au départ d'une suspension colloïdale de couleur brune qui, à la cuisson, prend une couleur noire brillante, presque métallique. Cette technique est longtemps restée mystérieuse, malgré les efforts faits par les céramistes anglais du , comme la manufacture Wedgwood, pour en percer le secret. Ils incisent dans un second temps les contours et les détails internes des silhouettes, s'inspirant des traditions métallurgiques orientales (peut-être par le biais d'artisans émigrés installés à Chypre puis en Grèce). Cette technique s'exprime surtout dans des vases miniatures (aryballes, alabastres) dont les formes apparaissent alors. Ils participent à tout une gamme de petites formes de flacons destinés à contenir les huiles ou les parfums qui ont fait la renommée de Corinthe. À leur côté se déploie une série de formes plus grandes assurant des fonctions dans la vie quotidienneMichel Py. CNRS, cité plus haut. Voir aussi : : cratère à colonnettes du Corinthien ancien, Louvre E 635..

thumb|upright=1|Ulysse et Polyphème, détail d'une amphore protoattique, v. , musée archéologique d'Éleusis

Les céramiques de Corinthe sont exportées dans toute la Grèce, et leur technique arrive à Athènes, qui développe un style propre, à l'influence orientale plus diffuse. Durant cette période qualifiée de protoattique, les motifs orientalisants apparaissent mais le trait reste relativement peu réaliste. Les peintres se montrent attachés à des scènes typiques de la Période Géométrique, comme les défilés de chars. On observe par ailleurs que la technique de la figure noire cohabite avec le dessin linéaire traditionnel. Au milieu du apparaît un style qualifié de « blanc et noir » : trait noir sur fond blanc, accompagné de polychromie pour restituer la couleur des chairs ou des vêtements. L'argile utilisée à Athènes est beaucoup plus orangée que celle de Corinthe.

thumb|left|Combat de Ménélas et d'Hector sur le corps d'Euphorbe, assiette du « style des chèvres sauvages » moyen, Grèce de l'Est, v. , British Museum

On peut enfin identifier un dernier style, celui des « chèvres sauvages » : l'Œnochoé Lévy, du Louvre., attribué traditionnellement à Rhodes en raison d'importantes découvertes réalisées à la nécropole de Camiros. En fait, il est répandu dans toute l'Asie mineure, avec des centres de production à Milet et Chios. Deux formes prédominent : les œnochoés, qui copient des modèles en bronze, et les plats, avec ou sans pieds. Le décor est organisé en registresRegistre décoratif : bande décorative. superposés dans lesquels des animaux stylisés, notamment des chèvres sauvages se suivent en frises. De nombreux motifs décoratifs (triangles, svastikas, rosettes, motifs floraux) se posent dans le champ.

Par ailleurs des imitations de céramique corinthienne peinte apparaissent en Italie à partir du , s’inspirant assez fidèlement des vases proto-corinthiens, et d’une qualité quasiment égale à leurs modèles. Mais dès la fin de ce siècle, les ateliers étrusques vont fabriquer en masse des vases imitant les formes et les motifs corinthiens. C'est ce qui permet d'identifier ces productions sous l'appellation : « céramique étrusco-corinthienne »..