La guerre de Sept Ans, qui se déroule de 1756 à 1763, est un conflit majeur de l'histoire de l'Europe, l'un des premiers qui puissent être qualifiés de « guerre mondiale ».Winston Churchill en parle en ces termes dans War and British Society 1688-1815 de H.-V. Bowen en 1998 publié chez Cambridge University Press , . ou a minima de « guerre mondialisée » en raison du grand nombre de belligérants et de l'étendue géographique du conflit. Elle concerne en effet les grandes puissances européennes de cette époque, regroupées en deux systèmes d'alliance antagonistes, et a lieu sur des théâtres d'opérations situés sur plusieurs continents, notamment en Europe, en Amérique du Nord et en Inde.

Alors que le précédent grand conflit, la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), opposait principalement l'Autriche alliée à la Grande-Bretagne et la Prusse alliée au royaume de France, la guerre de Sept Ans oppose la France alliée à l'AutricheCe terme désigne de façon simple l'ensemble des possessions patrimoniales de la maison des Habsbourg d'Autriche, c'est-à-dire, outre les territoires autrichiens, le royaume de Hongrie, le royaume de Bohême, le royaume de Croatie, les Pays-Bas autrichiens ; le chef de cet ensemble est généralement empereur d'Allemagne (dignité élective). et la Grande-Bretagne alliée à la Prusse. De nombreux autres pays européens participent cependant à cette guerre, notamment l'Empire russe aux côtés de l'Autriche et le royaume d'Espagne aux côtés de la France.

Ce conflit, dont la Prusse et la Grande-Bretagne sont sorties victorieuses, a eu des conséquences importantes sur l'équilibre des puissances européennesVision mondiale du conflit sur le site du musée de la guerre canadien.. En Amérique du Nord et en Inde, il fait presque entièrement disparaître le premier empire colonial français. En Europe, la Prusse s'affirme dans l'espace germanique du Saint-Empire grâce à ses victoires de Rossbach sur la France et de Leuthen sur l'Autriche (1757) : elle conteste désormais l'ancienne prééminence de l'Autriche.

Le début de la guerre de Sept Ans est traditionnellement daté du , jour de l'attaque de la Saxe par , qui fait le choix de devancer une offensive autrichienne visant à reprendre la Silésie. Cependant, l'affrontement avait débuté plus tôt dans les colonies d'Amérique du Nord.

Contexte géopolitique Les principaux sujets de conflit entre puissances européennes Prusse et Autriche : le problème de la Silésie En Europe continentale, une zone de friction importante existe entre la Prusse de et l'Autriche de Marie-Thérèse : la Silésie, province riche, peuplée et développée, conquise en 1742 par la Prusse, au début de la guerre de Succession d'Autriche. Au terme de cette guerre, Marie-Thérèse s'est trouvée confirmée à la tête des États patrimoniaux de la maison de Habsbourg (Hongrie, Bohême, duchés autrichiens) et son époux François de Lorraine a été élu empereur en 1745, mais conserve la Silésie. En 1754, Marie-Thérèse n'accepte toujours pas la perte de cette provinceChronologie : guerres de Silésie ..

France et Royaume-Uni : les conflits coloniaux Le gouvernement de s'inquiète depuis longtemps des visées de la Grande-Bretagne sur le domaine colonial de la France : la Nouvelle-France, qui s'étend de l'Acadie et du Canada à la Louisiane, les Antilles (Saint-Domingue, Guadeloupe, Martinique) et l'Inde française (les « comptoirs de l'Inde »).

Les sujets de désaccord entre la France et la Grande-Bretagne sont nombreux en Amérique du Nord : la concurrence dans le commerce de peaux au détriment du respect des traités avec les différentes tribus amérindiennesIndiens d'Amérique du Nord, ethnologie . ; la crainte des Britanniques de voir l'influence du catholicisme grandir à partir des colonies françaises grâce à la présence des missions jésuites en Nouvelle-France ; la zone de pêche au large de Terre-Neuve, très poissonneuse, où les droits de pêche sont contestés par les uns et les autres ; et surtout, la possession de l'immense territoire de Louisiane, situé entre les Grands Lacs, le golfe du Mexique, les Appalaches et le Mississippi, notamment le contrôle de la vallée de l'Ohio« La guerre dite de Sept Ans, précédée dès 1754 de graves incidents dans la vallée de l’Ohio où les troupes britanniques attaquèrent, sans déclaration de guerre, les postes français, ne pouvait être que désastreuse. » sur le site du ministère de la Culture..

La vallée de l'Ohio est convoitée par les Britanniques et les Français, mais aussi par les Iroquois, qui l'ont conquise sur les Chaouanons avant 1742. Le traité d'Utrecht de 1713 disposant que les Iroquois ne sont pas sujets de la couronne britannique, les Français estiment que la zone leur est ouverte. De fait, fortifiée par le gouverneur Michel-Ange Duquesne de Menneville, elle est placée sous leur contrôle. Mais les Britanniques sont en désaccord avec le point de vue français.

Situation des puissances européennes vers 1755

La France de Bien qu'elle reste la principale puissance militaire en Europe, avec la première armée d'Europe (environ ), et une marine de bonne qualité mais inférieure à celle des Britanniques, la France se trouve dans une situation inconfortable en Europe, vis-à-vis de la Prusse, et hors d'Europe, vis-à-vis du Royaume-Uni.

Durant la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), elle n'a rien obtenu du fait de son alliance avec la Prusse, qui a d'ailleurs conclu une paix séparée : les traités de Breslau et Berlin en 1742 mettant fin à la première guerre de Silésie, puis le traité de Dresde en 1745 mettant fin à la deuxième guerre de Silésie. Les finances françaises ont été durement éprouvées par cette guerre inutile.

L'alliance de la Prusse avec le Royaume-Uni en 1756 contrarie énormément le gouvernement français. Encouragé par son entourage, notamment par la marquise de Pompadour, sa favorite, se résout à un renversement d'alliance au profit de l'Autriche. Le traité d'allianceEdmond Dziembowski, La Guerre de Sept ans, Perrin, 2015, ., signé en à Versailles, qui vise à contrecarrer la montée en puissance de la Prusse, met fin à une inimitié entre la France et la maison de Habsbourg, au pouvoir à Vienne, qui remonte à l'époque de Charles QuintVoir la célébration du traité de Versailles et le renversement des alliances sur le site du ministère de la Culture..

De plus, le , la France conclut avec la Suède une convention visant à maintenir les acquis des traités de WestphalieJean Bérenger, Histoire de l'empire des Habsbourg, Fayard, 1990, réédition Tallandier, 2012, .. La Suède s'engage à fournir une armée, qui sera financée par la France.

La situation en Amérique du Nord pose aussi des problèmes : l'émigration de sujets français vers la Nouvelle-France est trop limitée et ne permet pas à la France d'assurer le contrôle réel et la défense de son empire colonial. Les pertes de territoires qui ont eu lieu à la suite de la guerre de Succession d'EspagneJean-Christian Petitfils, , éd. Perrin, 2014 . ont sérieusement amputé les possessions françaises, mais l'ambition d'étendre la domination sur le continent américain demeure.

En Inde, les affrontements antérieurs ont plutôt tourné à l'avantage des Français, mais les princes locaux, prompts à changer d'alliance, modifient en permanence l'équilibre existant.

La Grande-Bretagne de La Grande-Bretagne a un empire colonial étendu et peuplé (à la différence des colonies françaises), qui rapporte beaucoup d'argent à la couronne. Sa composante principale est formée par les Treize Colonies d'Amérique du Nord.

Le point fort des Britanniques est la marine, la Royal Navy. Comme Alfred Mahan l'a expliqué plus tard, elle est le fondement de la puissance britannique, permettant de maîtriser le commerce maritime, de conquérir et de contrôler des colonies et, militairement parlant, de « déplacer la frontière de la Grande-Bretagne sur les côtes de ses adversaires ».

En revanche, elle n'a plus d'armée de terre puissante, malgré la création de la New Model Army par Oliver Cromwell et Thomas Fairfax. durant la guerre civile du siècle précédent. L'armée britannique est principalement utilisée pour maintenir la paix intérieure et pour la conquête et la pacification des colonies.

La question hanovrienne Le Royaume-Uni a un point faible en Europe : du fait que les électeurs de Hanovre ont accédé à la couronne britannique avec en 1714, le gouvernement britannique est impliqué dans les conflits autour de l'électorat de Hanovre, un des nombreux États du Saint Empire. Le gouvernement britannique ne peut pas abandonner l'électorat et doit donc trouver un allié continental pour protéger le Hanovre contre une attaque française comme celle qui s'était produite en 1741. Londres, en 1755, a signé des traités de garantie avec la Russie, le landgraviat de Hesse et quelques autres princes allemands mais ils offrent peu de garanties. L'opposition reproche au premier ministre Lord Newcastle de sacrifier les intérêts commerciaux et maritimes de la Grande-Bretagne à une question qui n'intéresse que la famille royale mais le roi et la majorité parlementaire, en jouant sur la crainte d'une invasion française, parviennent à retourner l'opinion en faisant venir des régiments hanovriens pour la défense de l'île. En , Londres signe avec la Prusse le traité de Westminster par lequel, en échange d'un fort subside, Frédéric II s'engage à défendre le Hanovre..

Les questions coloniales Hors d'Europe, la principale zone de friction entre la Grande-Bretagne et la France se trouve en Amérique du Nord. La guerre de Succession d'Espagne a permis à la Grande-Bretagne de prendre le contrôle d'une partie de l'Acadie., et d'être assurée de contrôler totalement la baie d'Hudson et Terre-Neuve (traités d'Utrecht de 1713Guy Frégault, Le Grand marquis : Pierre de Rigaud de Vaudreuil et la Louisiane, 1952, Montréal, éd. Fides, .). Mais le conflit n'est pas réglé définitivement.

En Inde, la situation est aussi conflictuelle mais les deux puissances coloniales ne possèdent que des comptoirs et, sur ce théâtre d'opérations éloigné, elles doivent jouer avec leurs versatiles alliés du sous-continent indien.

L'Autriche de Marie-Thérèse gauche|vignette|L'impératrice et reine Marie-Thérèse d'Autriche. Politiquement, l'Autriche de cette époque est un vaste ensemble constitué par les territoires héréditaires de la maison de Habsbourg (Hongrie, Bohême, duchés et archiduchés autrichiens, Croatie, Pays-Bas autrichiens, etc.), dont le chef est en général aussi empereur d'Allemagne, mais cette dignité n'est pas héréditaire (et est réservée à un homme).

L'Autriche est depuis 1740 dirigée par Marie-Thérèse, dont l'époux François de Lorraine a été élu empereur en 1745De 1742 à 1745, la fonction impériale a été détenue par l'électeur de Bavière.. L'arrivée de Marie-Thérèse au pouvoir à Vienne résulte de la volonté de son père, l'empereur , qui, en 1713, avait promulgué la Pragmatique SanctionAlbert Malet et Jules Isaac, , librairie Hachette, 1923, . afin d'assurer la transmission du trône à l'aînée de ses filles, à défaut d'héritier mâle, au détriment des enfants de son frère aîné, à qui il a succédé.

Ces mises en cause du droit d'aînesse, de la prédominance des mâles (loi salique) ainsi que la jeunesse de Marie-Thérèse ( en 1740) ont provoqué la formation d'une coalition, dont les principaux protagonistes sont la Prusse et la France, visant à abattre la puissance des Habsbourg. Il en est résulté une longue guerre, la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), au cours de laquelle Marie-Thérèse a reçu l'assistance du Royaume-Uni.

Au terme de cette guerre, Marie-Thérèse a perdu des territoires, mais pas autant que ses adversaires l'espéraient : par le traité de Breslau, elle reconnaît la cession de la Silésie à la Prusse ; par le traité d'Aix-la-Chapelle (1748), elle abandonne les duchés italiens de Parme, Plaisance et Guastalla.