Alexandre Soljenitsyne (ou SoljénitsyneGeorges Nivat, spécialiste de Soljenitsyne, son éditeur Claude Durand, et les éditions Fayard écrivent son nom avec un accent aigu sur le premier e. Voir aussi la couverture de La Maison de Matriona, Presse Pocket, 1982, .), de son nom completSelon l'onomastique russe, qui indique le prénom du père de l'intéressé : Issaïevitch, « fils d'Isaïe » (Issaïevna, « fille d'Isaïe »). Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne (en , ), né le à Kislovodsk et mort le à Moscou, est un écrivain russe, auteur d'ouvrages de renommée internationale tels que Une journée d'Ivan Denissovitch, Le Premier Cercle et L'Archipel du Goulag, et un des plus célèbres dissidents du régime soviétique durant les années 1970 et 1980, exilé d'URSS en 1974 après avoir été arrêté et accusé de haute trahison à la suite de la publication en Occident de L'archipel du Goulag, dénonciation du système concentrationnaire soviétique depuis l'époque de Lénine, système dont il a lui-même été victime de 1945 à 1953, à l'époque de Staline.

Né dans le nord du Caucase, il fait de brillantes études de mathématiques et de littérature. Il adhère alors à l'idéologie du régime communiste. Mobilisé en 1941 lorsque commence la guerre contre l'Allemagne, il suit à sa demande une formation d'officier d'artillerie à partir de 1942. Au front, il fait preuve d'une conduite exemplaire qui lui vaut d'être décoré. Il est cependant arrêté en 1945 pour avoir critiqué Staline dans une correspondance personnelle et est condamné pour à huit ans de détention dans un camp de travail pénitentiaire. Libéré en 1953, il est placé en relégation dans un village du Kazakhstan et ne pourra rentrer en Russie qu'en 1959, réhabilité par la Cour suprême.

À la faveur de la déstalinisation et de l'adoucissement du régime sous Nikita Khrouchtchev, il publie un premier roman en 1962, Une journée d'Ivan Denissovitch, première œuvre littéraire témoignant de l'existence de camps en URSS, qui fait l'effet d'une bombe. Alors que le régime se durcit sous la direction de Brejnev et que la police saisit certains de ses manuscrits, il parvient à publier quelques ouvrages en samizdat (Le Pavillon des cancéreux) ou à l'étranger (Le Premier Cercle). Ils lui valent une renommée mondiale, jusqu'à obtenir le prix Nobel de littérature en 1970.

En 1973, il donne l'ordre de publier à Paris L'Archipel du Goulag. Cette chronique minutieuse du système de répression politique en Union soviétique, nourrie de nombreux témoignages de rescapés des camps, connaît un retentissement mondial. Elle est considérée comme l'un des ouvrages majeurs du sur le système concentrationnaire. En 1989, le travail de l'historien Viktor Zemskov sur les archives de l'administration du Goulag soviétique révélera que le nombre de détenus popularisé par Soljenitsyne dans son ouvrage était quatre à cinq fois supérieur à la réalité. Quand les fonds du Goulag furent déclassifiés, il apparut que les chiffres de Viktor Zemskov étaient exacts, et ont été reconnus par la communauté scientifique historienne vers 1992-1993.

Arrêté en 1974, il est expulsé d'Union soviétique et déchu de sa citoyenneté. D'abord réfugié en Europe de l'Ouest, il s'installe ensuite aux États-Unis, dans le Vermont, où il passe vingt années d'exil, au cours desquelles il écrit sa monumentale Roue rouge. Réhabilité par Mikhaïl Gorbatchev, il rentre en 1994 à Moscou, où il termine sa vie.

Figure de proue de la dissidence soviétique, il s'en démarque cependant par une vive critique du matérialisme occidental, exprimée notamment dans son Discours de Harvard sur le déclin du courage (1978).

Biographie Origines et formation Alexandre IssaïevitchLe patronyme Issaïevitch est une erreur de transcription commise par l'administration de Rostov en 1936. Le patronyme correct était Issaakievitch. Après discussion, Alexandre et sa mère décident de ne pas signaler l'erreur. . Soljenitsyne naît le La Russie a maintenu le calendrier julien en usage dans l'Empire russe jusqu'en janvier 1918. À cette date, le gouvernement révolutionnaire adopte le calendrier grégorien. Mais son adoption a été retardée dans les parties périphériques du pays. Voir Passage du calendrier julien au calendrier grégorien. à Kislovodsk (kraï de Stavropol), sur le versant nord du Caucase.. Les parents d'Alexandre se sont connus à Moscou lors d'une permission de son père en et se sont mariés le dans sa brigade..

Son père, Issaaki Sémionovitch Soljenitsyne, étudiant en philologie et en histoire à l'université de Moscou, engagé volontaire dans l'armée russe dès l'été 1914, sert en Prusse-OrientaleSoljenitsyne a mis en scène sa famille dans La Roue rouge (en particulier dans Août 14). Son père sous le nom de « Sania Lajenitsyne » et sa mère sous celui de « Xenia Tomtchak » . et est devenu officier. De retour du front au printemps 1918, il se blesse grièvement lors d'un accident de chasse et meurt d'une septicémie le à l'hôpital de Gueorguievsk (kraï de Stravropol).

La mère d'Alexandre, Taïssia Zakharovna Chtcherbak, d'origine ukrainienne, fille d'un paysan aisé de la région de la Kouma, étudiante en agronomie à Moscou, accouche dans sa région d'origine d'Issaaki.

Jusqu'à l'âge de six ans, Alexandre est confié à la famille de sa mère, qui travaille comme sténodactylographe à Rostov-sur-le-Don. Il reçoit des rudiments d'instruction religieuse.

Venu ensuite à Rostov, il partage avec sa mèreTaïssia Zakharovna Chtcherbak meurt le . un logement de neuf mètres carrés situé à proximité de l'immeuble de la Guépéou.. Il est admis au sein des Pionniers, mais l'origine sociale de sa famille maternelle lui vaut une exclusion temporaire de l'organisation..

Attiré très jeune par la littérature, ayant fait ses premiers essais littéraires au collège, Alexandre Soljenitsyne choisit néanmoins de faire des études universitaires de mathématiques et de physique, à la fois parce qu'il n'y a pas de chaire de littérature à l'université de Rostov. et pour des raisons alimentaires. Il suit cependant des cours de philosophie et de littérature par correspondance, s'inscrit à un cours d'anglais et suit également des cours de latin.. Comme il le reconnait volontiers, il adhère à l'époque à l’idéologie communiste dans laquelle il a grandi..

Le , il épouse Natalia Alexeïevna Rechetovskaïa, étudiante en chimie et pianiste, dont il a fait la connaissance en .. Il passe avec succès ses examens finaux de mathématiques le . et se trouve à Moscou pour ses examens de littérature le , lorsque le Troisième Reich déclenche son offensive contre la Russie soviétique (opération Barbarossa).

Seconde Guerre mondiale Lors de l'invasion allemande de 1941, il manque d'abord de se faire réformer, mais est finalement mobilisé à l'automne 1941 comme soldat de l'Armée rouge dans une unité hippomobile opérant à l'arrière du front.

Le , il obtient une place à l'école d'artillerie.. En , il en sort lieutenant et est nommé commandant d'une batterie de repérage par le son.

Blessé à deux reprises, sa conduite exemplaire au feu lui vaut d'être décoré de l'ordre de la Guerre patriotique de après la bataille d'Orel (1943) et de l'Étoile rouge pour sa participation à la prise de Rogatchov (1944)..

Il est aussi promu au grade de capitaine.

Emprisonnement au Goulag et relégation (1945-1959) Le , Soljenitsyne est arrêté par le SMERSH pour avoir critiqué dans sa correspondance privée la politique et les compétences militaires de Staline..

Dans une lettre, Soljenitsyne reprochait au (selon les qualificatifs officiels) d'avoir décapité l'Armée rouge lors des « purges de 1937-1938 », fait alliance avec Hitler, refusé d'écouter ceux qui le mettaient en garde contre le risque d'une attaque allemande, enfin d'avoir mené la guerre sans aucun égard pour ses hommes et pour les souffrances de la Russie.

Le destinataire de la lettre est également arrêté, Soljenitsyne et lui étant considérés comme formant une « organisation contre-révolutionnaire » et tombant de ce fait sous le coup de l'article 52 du code pénal : . Le , accusé d'avoir violé l'article 58 du code pénal, Soljenitsyne est condamné par le conseil spécial du NKVD, par contumace, à huit ans de détention dans les camps de travail pénitentiaire pour Alexandre Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag, ..

Au début de 1952, Natalia Rechetovskaïa, renvoyée en 1948 de l'université d'État de Moscou en tant qu'épouse d'un , est obligée de divorcer afin de retrouver un emploi..

À sa sortie du camp en ., à peine un mois avant la mort de Staline, Soljenitsyne est envoyé en dans l'aoul de Kok-Terek (district de Djamboul) au Kazakhstan, où il va être instituteur à l'école du bourg.

En 1954, après une radiothérapie., il guérit de ganglions péritonéaux, suites d'un cancer du testicule (non diagnostiqué) traité par orchidectomie lorsqu'il était au goulag en 1952..

Il se remarie avec Natalia le . Le , il est réhabilité par la Cour suprême de l'URSS et revient en Russie, s'installant chez sa femme et sa belle-mère à Riazan, à de Moscou, et devenant professeur de sciences physiques..

En 1972, il divorce de nouveau.. Il épouse l'année suivante Natalia Dmitrievna Svetlova, une mathématicienne de . En plus de Dimitri, fils de son premier mariage, il a trois enfants de sa seconde épouse, Yermolai (né en 1970), Ignat (né en 1972) et Stepan (né en 1973)..

Auteur en URSS (1962-1974) La période khrouchtchévienne (1962-1964) La publication d'Une journée d'Ivan Denissovitch en 1962 dans la revue soviétique Novy Mir, dirigée par Alexandre Tvardovski, grâce à l'autorisation de Nikita Khrouchtchev, donne immédiatement à Alexandre Soljenitsyne une renommée dans son pays et même dans le monde.

Ce récit d'une journée décrit les conditions de vie dans un camp de travail forcé du Goulag au début des années 1950, vues par les yeux d'un simple zek, Ivan Denissovitch Choukhov, maçon issu de la paysannerie.

Soljenitsyne est reçu au Kremlin par Khrouchtchev.

Peu après, il va pouvoir publier d'autres œuvres assez courtes : La Maison de Matriona, Un incident à la gare de Kretchetovkva et Pour les besoins de la cause.

La période brejnévienne (1964-1973) et le prix Nobel (1970) À partir de la chute de Khrouchtchev () et de l'avènement de Brejnev, la situation de Soljenitsyne devient moins favorable et il cesse de pouvoir publier en Union soviétique. Sa vie devient une conspiration permanente pour écrire en dépit de la surveillance assidue du KGB. Une partie de ses archives est saisie chez un de ses amis en .

En 1967, dans une lettre au Congrès des écrivains soviétiques, il demande . Le , il est exclu de l'Union des écrivains de l'URSS..

Ses romans Le Pavillon des cancéreux et Le Premier Cercle, ainsi que le premier tome de son épopée historique La Roue rouge, paraissent cependant en Occident et lui valent le prix Nobel de littérature en 1970 ; mais il refuse de venir le recevoir à Stockholm, de peur d'être déchu de sa nationalité soviétique et de ne pouvoir rentrer en URSS, et le gouvernement suédois le lui transmet par son ambassade à Moscou.

En 1969, alors qu'il est persécuté par les autorités et ne sait plus où vivre, il est hébergé par Mstislav RostropovitchThe Economist, 12 mai 2007, nécrologie de Mstislav Rostropovitch.. Il manque d'être assassiné en , par un « parapluie bulgare ». Une de ses plus proches collaboratrices échappe de justesse à une tentative d'étranglement et à un accident de voiture.

L'Archipel du Goulag (1973)