L'empire colonial allemand fut fondé après l'unification de la nation allemande en 1871 et la naissance de l'Empire allemand. Il cessa d'exister après la Première Guerre mondiale.

thumb|200px|right|Carte de l'Afrique en 1890.

Débuts de la colonisation allemande

thumb|Le chancelier Otto von Bismarck grand ordonnateur de la politique coloniale allemande photographié ici en 1886. Même s'il y eut bien quelques implantations de colonies de peuplement allemandes au , notamment en Afrique, la véritable naissance de l'Empire colonial allemand se situe après l'unification de 1871Les colonies et l'émigration allemandes Jules Stoegklin - Louis Westhauser éditeur, Paris 1888.. Elle fut avant tout le fruit d'initiatives privées qui reçurent l'appui officiel du chancelier Otto von Bismarck. Aussitôt après la victoire sur la France en 1871, quelques journaux réclamèrent l'annexion de certaines colonies françaises, mais Bismarck jugea alors prématuré de se lancer dans une politique coloniale qui aurait éveillé la méfiance du Royaume-Uni, alors neutre dans le conflit. L'Empire naissant – qui manquait d'ailleurs de moyens navals nécessaires à une telle entreprise – avait besoin de se renforcer et de se consolider à l'intérieur avant de se jeter dans l'aventure outre-mer. Ce n'est donc qu'après la création de la Kaiserliche Marine que l'Empire allemand amorça véritablement une politique coloniale d'État, arrivant par ailleurs tardivement sur le marché colonial, l'Afrique étant déjà pratiquement partagée entre Français, Britanniques, Belges, Italiens et Portugais.

Cependant, dès 1878 furent créés le Zentralverein für Handelsgeographie und Förderung deutscher Interessen im Auslande (Association (/société) centrale pour la géopolitique commerciale et l'essor des intérêts allemands à l'étranger) à Berlin et le Westdeutscher Verein für Kolonisation und Export (Association (/société) ouest-allemande pour la colonisation et l'exportation) à Düsseldorf. Ces groupements lobbyistes s'occupaient de questions économiques et de l'émigration. En 1882, le Reichstag repoussa cependant un premier projet de loi devant apporter une garantie étatique pour une Société d'exploitation des Samoas. Ce vote négatif provoqua une vive réaction dans le petit monde des chantres du colonialisme et le , le prince Hermann zu Hohenlohe-Langenburg fonda l'Union coloniale allemande (Deutscher Kolonialverein), groupe d'intérêts remettant en question l'organisation du commerce des denrées coloniales et les frais d'intermédiaires et droits douaniers exorbitants qui grevaient celui-ci, par ailleurs presque exclusivement entre les mains de monopoles britanniques et français.

Politique coloniale de Bismarck

250px|thumb|Otto von Bismarck au congrès de Berlin en 1878.|alt=Otto von Bismarck au Congrès de Berlin en 1878 250px|thumb|Les corvettes allemandes SMS Carola et SMS Olga en cale sèche à Singapour en 1881 : le développement de sa marine de guerre permit à l'Empire de réaliser ses ambitions impérialistes. L'aphorisme du chancelier allemand résume parfaitement la ligne de sa politique coloniale des années 1880-1890, peu soucieux qu'il se montrait d'engager les finances impériales dans cette aventure, de heurter l'opinion publique allemande peu intéressée par la chose et de s'attirer l'inimitié du Royaume-Uni et de la France, assoiffée de revanche après la défaite de 1871.

Dans une première phase, l'Empire se limita donc à accorder un protectorat sur les possessions des sociétés coloniales allemandes constituées exclusivement de capitaux privés. Le , le premier protectorat d'Empire fut ainsi accordé aux possessions de l'homme d'affaires Luderitz dans le Sud-Ouest africain. La même année, il fut étendu aux possessions de Nouvelle-Guinée et de l'archipel Bismarck, du Cameroun et du Togo. L'extension de cette mesure à ce dernier donna lieu à une première friction avec le Royaume-Uni qu'un traité régla à l'amiable l'année suivante.

Cette stratégie politique plaçait de fait les consortiums coloniaux allemands sous la tutelle impériale tout en leur laissant leur autonomie administrative et surtout financière, sous la réserve du droit que l'Empereur conservait de modifier leur statut. Le chancelier affirma clairement que

La question du partage colonial de l'Afrique - et en particulier de l'Afrique centrale - ayant pris une tournure épineuse au début des années 1880, ce fut précisément en 1884 que le Portugal prit l'initiative de demander la tenue d'une conférence internationale sur le sujet, suggestion immédiatement relayée par Bismarck, qui y vit le moyen politique d'ouvrir cette région aux investissements allemands. La conférence se tint donc à Berlin entre le et le , réunissant treize pays européens : l’Allemagne, puissance hôte, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, la Russie, la Suède, la Norvège, les Pays-Bas, le Luxembourg, ainsi que les États-Unis (ces derniers étant présents à l'initiative d'Henry Morton Stanley, l'agent américain du roi des Belges Léopold II qui espérait ainsi avoir un allié de poids à ses côtés).

S'il n'en résulta pas, contrairement aux idées souvent reçues, un véritable partage de l'Afrique, la conférence de Berlin aboutit cependant à la mise en place de « sphères d'influence et d'intérêts » et d'un ensemble de règles régissant l’occupation des terres, des côtes aux arrière-pays, selon des codifications mutuellement avantageuses aux nations participantes en vue d'une gestion efficace de l’incommensurable richesse du continent africain - dans la lignée et l'esprit du traité de Tordesillas qui, en 1494, avait vu le partage du Nouveau Monde entre les grandes puissances maritimes de l'époque, l'Espagne et le PortugalL'importance de la Conférence de Berlin dans la colonisation de l'Afrique.. L'Allemagne ne possédant pas à l'époque les moyens militaires et navals en vue de conquêtes territoriales de vive force, le chancelier Bismarck se fit en cette occasion le chantre du commerce libre et de la libre entreprise dans la zone centre-africaine, tactique politique qui devait se révéler payante par la suite.

Dans la foulée du congrès, de nouvelles sociétés lobbyistes furent encore créées, en vue notamment de promouvoir la propagande colonialiste au sein de l'opinion publique allemande restée nettement plus indifférente au sujet que celles de France et du Royaume-Uni.

Politique coloniale allemande après Bismarck

thumb|Guillaume II en visite officielle à Jérusalem (qui faisait alors partie de l'Empire ottoman) en 1898. thumb|Le Kaiser Wilhelm Hafen à Hambourg en 1903. thumb|Le port de Dar es Salam (Ostafrika) en 1906. thumb|Le port de Tsingtau (Chine) en 1912. En 1890, Leo von Caprivi succède au chancelier de fer, écarté du pouvoir par Guillaume II. Sa politique coloniale est plus timorée que celle de son prédécesseur car il craint que les colonies ne deviennent causes de difficultés internationales et financières, la défense rapprochée de l'Allemagne, les questions militaires et l'organisation politique intérieure en vue du renforcement du pouvoir autocratique de Guillaume II, constituant ses principales préoccupations.

Dès son accession au pouvoir, il signe donc avec le Royaume-Uni un traité qui suscite la colère des lobbys coloniaux et par lequel, en échange de vagues zones d'influences en Afrique, mais surtout de l'îlot stratégique d'Heligoland en mer du Nord, l'Empire allemand renonce au sultanat de Witu, à la côte des Somalis, et reconnaissait le protectorat britannique sur Zanzibar.

En 1893, il est à son tour remplacé au poste de chancelier impérial, changement politique qui marque une nouvelle orientation dans la politique coloniale du versatile Guillaume II. Dès ce moment la course aux colonies s'accélère et l'empire allemand en Afrique se consolide.

Car si l'opinion publique allemande, focalisée sur le contentieux avec la France, reste toujours aussi indifférente à la question coloniale, l'empereur et les autorités politiques ont pris conscience de l'importance économique et stratégique des colonies ainsi que leur impact en matière de prestige national sur la scène diplomatique. La fondation de la Deutscher Flottenverein en 1898 à l'initiative des milieux politiques et industriels s'explique dans ce contexte. C'est au cours des années 1890 que l'Allemagne va s'établir en Chine et au Moyen-Orient et commence à nouer des relations privilégiées avec l'Empire ottoman qui aboutissent en 1914 au ralliement de ce dernier aux puissances centrales.

C'est à cette époque aussi que les autorités politiques du Reich prennent conscience du peu d'efficacité et du faible rendement économique des sociétés coloniales privées. L'intervention étatique s'impose donc, mais sans l'appui de l'opinion publique, faire accepter les rachats de concessions par le Reichstag se révèle une étape délicate à franchir. Par ailleurs, la gestion de l'empire colonial n'avait été attribuée à aucun ministère ou administration particulière dans l'appareil étatique. La révolte des Hereros puis l'affaire de Tanger sont les déclencheurs d'une vaste campagne de propagande patriotique en faveur de la politique coloniale impériale qui porte rapidement ses fruits. Lorsque, fin 1906, le Reichstag refuse les crédits demandés pour indemniser les colons du Sud-Ouest africain, l'opinion allemande fait bloc avec l'empereur, qui proclame la dissolution de l'assemblée. Un ministère autonome des Colonies est créé et M. Dernburg, homme d'affaires énergique et lobbyiste actif de la cause coloniale, en prend la direction.

Le revirement de l'opinion publique et les réformes politiques et financières entraînent immédiatement une relance économique des possessions allemandes outremer et le développement de nouveaux investissements, notamment au Moyen-Orient après la découverte de gisements pétrolifères et le rapprochement avec la Sublime Porte. L'un de ces projets des plus ambitieux est certainement à cette époque la construction du Chemin de fer Berlin-Bagdad pour lequel la Turquie était déjà entrée en négociations avec l'Allemagne dès 1893 (concession de la ligne Eskisehir-Konya) et dont le contrat est officiellement signé lors de la visite de Guillaume II à Constantinople en 1898, mais qui démarre réellement en 1903Histoire des chemins de fer allemands au Moyen-Orient turc..

Le « coup de Tanger » en 1905 et la conférence d'Algésiras qui en fut la suite en marquent une nouvelle étape dans la politique colonialiste expansionniste de l'Allemagne et permet à celle-ci de s'immiscer également dans le développement économique de cette partie de l'Afrique.

Les conséquences intérieures directes de cette phase d'expansion du domaine colonial entre 1895 et 1910 et du développement des flottes militaire et marchande qui en résulte se manifestent par le développement des ports de Brême et de Hambourg et de leurs chantiers navals, induisant une forte hausse des commandes à l'industrie sidérurgique et minière. Toutefois elle a aussi malheureusement pour conséquence politique de donner à l'Empire l'illusion de sa toute-puissance et de son impunité, ce qui aura de terribles répercussions à l'entame de la décennie.

Colonies allemandes en Afrique

thumb|Carte allemande de l'Afrique en 1905.

L'Allemagne s'établit dans le Sud-Ouest africain (actuelle Namibie) en 1883, avant de coloniser le Kamerun (Cameroun) et le Togoland (Togo) en 1884, puis l'Afrique orientale allemande (devenue Tanganyika et aujourd'hui partie continentale de la Tanzanie) et le Ruanda-Urundi en 1885.

Cette même année voit la fondation de la DOAG (Deutsch-Ostafrikanische Gesellschaft, « Société allemande d'Afrique de l'Est ») qui s'implante en Afrique de l'Est, grâce notamment à Carl Peters qui signe des traités avec différents chefs de tribus.

En quelques mois, l'Allemagne se retrouve ainsi à la tête d'un empire colonial cinq fois plus grand que son territoire métropolitain, mais très peu peuplé.

Côte occidentale de l'Afrique : Togoland et Kamerun