Bérurier noir, aussi appelé les Bérus et abrégé BxN, est un groupe français de punk rock, originaire de Paris. Il est le groupe emblématique de la scène punk et alternative française des années 1980. Actif principalement de 1983 à 1989, puis brièvement reformé de 2003 à 2006, il a marqué les années 1980. La formation principale était un duo : François au chant et Loran à la guitare accompagné d'une boîte à rythmes. De nombreux musiciens s'ajoutent progressivement à la troupe, notamment Masto au saxophone, ainsi que des choristes, cascadeurs et danseuses.
Le groupe est associé au mouvement anarcho-punk et s'est distingué par un engagement politique et social très fort. Il est reconnu pour avoir incarné l'esprit « Do it yourself » en France, notamment via la création de leur label, Folklore de la Zone Mondiale. Leurs concerts étaient célèbres pour être de véritables fêtes chaotiques et théâtrales, impliquant souvent d'autres musiciens et artistes. Leur discographie majeure comprend les albums Macadam Massacre (1984), Concerto pour détraqués (1985) et Abracadaboum (1987). Le groupe est notamment connu pour son morceau Porcherie et son refrain , emblématique des mouvements de lutte contre l'extrême droite. Malgré leur séparation, leur influence est majeure sur de nombreux groupes de la scène alternative francophone. L'importance de leur héritage a été officialisée par le dépôt de leurs archives à la Bibliothèque nationale de France en 2021.
Histoire Débuts (1978–1982) Olaf (Olivier Felingstone, qui fondera Ludwig von 88 en 1983), et Stef forment le groupe Béruriers (ou Les Béruriers) en 1978. en référence à l’adjoint du commissaire San-Antonio des romans de l'écrivain Frédéric Dard. Cette première mouture est une formation rock classique avec un seul concert à son actif à la MJC de Nogent-sur-Marne en 1979.. Stef, guitariste fondateur, change de style et quitte le groupe. François rejoint le groupe à la fin de l'année 1979. gauche|vignette|symbole des activistes squatteurs Entre 1980 et 1982, la formation de base sera composée du trio François (chant), Olaf (guitare), Pierrot (guitare) et la fameuse boîte à rythmes d'Electro Harmonix DRM16. Pendant cette période chaotique la composition du groupe change continuellement autour de ce trio de base. Les Béruriers s'inventent de multiples appellations : Béruriers rebelles, Béruriers véritables, Béruriers Army, Béruriers moines, Béruriers UTDM, Barbelés, Poli-Mili.. Son style musical s'inspire de celui de Métal Urbain : une voix, une boîte à rythmes et deux guitares électriques saturées. Le groupe fait moins de dix concerts principalement dans les squats (Vilins, Cascades, CAES de Ris Orangis) ou dans la rue à l'occasion de la fête de la musique.
Pierrot est appelé sous les drapeaux, puis, ayant déserté, se voit contraint de faire un séjour en prison. Pour le remplacer, les Béruriers font alors appel au guitariste du groupe Guernica, Loran, qui rejoint bientôt définitivement le groupe. En , Olaf, parti également au service militaire, en Allemagne, annonce qu'il quitte le groupe dans une lettre adressée à François. François et Loran décident alors de faire un concert d'adieu, en hommage, marquant la fin à l'aventure des Béruriers. En signe de deuil, ils adoptent un nouveau nom : « Bérurier Noir ». Le concert d'adieu se déroule le à l'usine de Pali-Kao (une ancienne papeterie du arrondissement de Paris qui accueille la frange la plus « alternative » des artistes parisiens). C'est lors de ce premier concert-performance qu'ils apparaissent masqués et qu'une aventure singulière démarre..
Au lieu d'être un final, ce spectacle les propulse en avant. Après avoir sorti le live de ce premier concert en cassette audio sur le label alternatif (V.I.S.A.), d'autres concerts suivent. Le troisième concert de Bérurier noir (et second à Paris) est organisé dans la salle de La Roquette devant lors d'un festival alliant défilé de mode et musiques alternatives. L'accueil est chaleureux et le groupe va jusqu'à reprendre trois fois le titre Lobotomie pour faire plaisir à son public.
Période Théâtre de force (1983–1984) vignette|Punks dans les années 1980 Le groupe Bérurier Noir s'illustre dans un autre concert improvisé devant le Liberty's (une boîte branchée du quartier latin). À la suite d'un désaccord avec le gérant de l'établissement, le groupe décide de jouer devant le club sur le trottoir. La police arrive sur place mais le public composé de punks et d'autonomes ne les laisse pas s'approcher du groupe qui continue à jouer quelques minutes avec leurs masques à gaz sous les gaz lacrymogènes.
Le groupe enchaîne les concerts dans des salles ou bien de manière sauvage dans des squats, dans la rue, dans le métro parisien, dans des amphithéâtres, etc. Il se forge une identité musicale en développant le concept de petit « théâtre de force ». Leur son brut incisif et tranchant et leurs textes rebelles, crus, violents, dénoncent l'injustice et incarnant sur scène, par sa puissance artistique, une sorte d'effervescence insurrectionnelle froide et contagieuse, qui devient par la suite plus festive. Leur réputation grandit très vite en France dans le milieu punk alternatif par le biais du bouche à oreille et des fanzines puis de leurs premiers vinyles, auto-produits par de petits labels punk qui commencent en même temps qu'eux : V.I.S.A. puis Bondage Records. Ils arpentent fin 1984 les scènes étrangères (Pays-Bas, Belgique, Suisse, Irlande) avec d'autres groupes alternatifs français.
C'est à cette période qu'à la fin d'un concert des BxN, Patrick Daumont dit Patrick Dada, à la tête de son label SHIN PRODUC, les approche. Au cours de l'échange il leur propose de financer et boucler leur projet commun avec Guernica. Le Split Bérurier Noir-Nada / Guernica-Gloco sortira en fin du printemps 1983 la distribution confiée à New Rose.
Période Troupeau d'rock (1985–1987) Durant l'année 1985, à l'occasion de la sortie de l'album Concerto pour détraqués, Bérurier noir entame une tournée dans toute la France tout en continuant à expérimenter dans la rue pour des causes sociales ou politiques. Bérurier noir joue notamment sur un camion, le jour d'une manifestation pour les chômeurs. Leur défilé est stoppé par la police de manière assez violente et la presse de l'époque relate cette intervention. François et Loran exercent d'autres activités en parallèle à la fois pour des raisons alimentaires et pour conserver un pied dans la réalité sociale. François est manutentionnaire au sous-sol du BHV et Loran animateur dans un centre de loisirs pour enfants à Torcy (en Seine-et-Marne). Cette même année, la composition du groupe est la suivante : François (chant), Loran (guitare), Pascal Kung-Fou (Saxophone), Helno et son frère Ritier (chœurs), Laul alias Bol (chœurs + dessins/pochettes/affiches), « petite Titi » (chœur, décors et costumes) et la « grande Titi » (chœur). La sortie du maxi 45t Joyeux merdier en en pleine grève des transports en commun marque le tournant plus festif du groupe incarné par l'hymne Salut à toi.
En , 800 CRS entourent la salle de la Mutualité, à Paris, pendant un concert du groupe. En , les Bérurier Noir commencent à passer en radio, L'Empereur Tomato Ketchup fait un carton inattendu sur NRJ et séduit la frange la plus jeune du public. Cette soudaine notoriété apporte un nouveau public au groupe qui se voit qualifié de commercial par une petite partie de ses fans de la première heure. De plus en plus de monde se déplace à leurs concerts (quarante-sept dates cette année-là), et ils organisent même leur propre service d'ordre. À l'époque, dans ses déplacements, le groupe est accompagné par les Red Warriors et des autonomes pour empêcher que le public ne subisse les attaques très fréquentes de boneheads.
En 1987, ils continuent leurs concerts, jouent dans divers festivals indépendants et participent à un concert organisé Place de la Bastille par SOS Racisme. Leur carrière continue à être marquée par des positions radicalement antiracistes. En 1987, le groupe, auto-qualifié de Troupeau d'rock comprend François (chant), Loran (guitare), Masto (saxophone), Helno (chœurs), Laul alias Bol (chœurs et graphismes), la petite Titi (chœur, décors et costumes) et la grande Titi (chœur). Lassé par les conditions parfois extrêmes des tournées et une médiatisation qu'il ne maîtrise plus, le groupe se met en grève à l'été 1987..
Période Macadam Circus (1988–1989) Le , ils organisent un concert devant au Zénith. Le billet coûte cinquante francs (environ en 2021 à valeur constante) ; Bérurier Noir veut dénoncer les prix prohibitifs des concerts et a exigé que le prix ne dépasse pas ce montantSource Ina. Le groupe vient alors de vendre deux cent mille albums et la télévision française France3 leur consacre un reportage.
Avec une entrée à prix modique, la salle est comble et le spectacle qui rassemble quinze personnes sur scène est total.. Pour créer cette version « Macadam circus », ils sont rejoints par des membres d'autres groupes. Sur scène, on trouve François, Loran, Titi, Helno, Paskal Kung-Fou, Masto, les frères Lulu (acrobaties et éclairages), Jojo le cracheur de feu et Otto Wessely, un magicien accompagné de son assistante. Depuis le duo de départ centré autour de François et Loran, le groupe s'est étoffé et a entamé peu à peu une transformation festive tout en gardant la tension froide de leurs débuts. Il emprunte sur scène des éléments au cirque, mêlant à leurs déguisements grotesques habituels des nez de clown, et sur disque ajoutant des sifflets et des instrumentations orientales aux sirènes de police, mélangeant le punk destroy et l'ambiance « fanfare » sur l'album Abracadaboum paru en 1987. Laul (Bol) signe pratiquement tous les dessins et visuels du groupe ; avec Masto, saxophoniste et photographe, ce sont deux ex-membres de Lucrate Milk, groupe pionnier du punk parisien et français dont les délires musicaux et la folie scénique marquèrent durablement la scène alternative parisienne et au-delà.
Bérurier noir devient le porte-voix d'une partie de la jeunesse, notamment avec une variante du titre Porcherie dont le refrain scandé devient célèbre : « La jeunesse emmerde le Front national ! ».. Le , le groupe se voit décerner le Bus d'Acier (un grand prix du rock français) par une presse qui l'a quasiment toujours ignoré, comme elle a ignoré les groupes alternatifs de l'époque. Le groupe refuse de recevoir le prix, effectuant un coup d'éclat, mais repart néanmoins avec le trophée qui se retrouve « pendant une bonne année dans la boîte à outils » de leur camion de tournée..
Sur le plan de la communication et des relations avec son public, le groupe édite le bulletin d'information intitulé le Mouv'ment d'la jeunesse (MDLJ) entre et ..
Première séparation (1989) Le , un groupe terroriste nommé Black War fait exploser les bureaux du président de la Chambre régionale des huissiers, la police accuse les milieux autonomes proches du service d'ordre de Bérurier noir : ils sont abusivement accusés par certains médias et la police d'être « la branche culturelle » d'Action Directe.
Les accusations sont abandonnées le et les personnes arrêtées relâchées, mais l'image du groupe est ternie, des organisateurs s'inquiètent et annulent leurs concerts. Après une mini-tournée de trois concerts en Suisse, le groupe prend finalement la décision de se séparer. Toujours dans l'esprit festif et décalé qui le caractérise, Bérurier Noir va s'offrir un en fanfare.