La du Québec est formée à la suite des élections générales québécoises de 1952, tenues le . L'Union nationale, dirigée par Maurice Duplessis, est reconduite pour un troisième mandat consécutif avec 68 sièges sur 92, tandis que le Parti libéral du Québec de Georges-Émile Lapalme, qui recueille 46 % des voix, voit sa représentation remonter à 23 députés.
Cette législature, qui couvre les années 1952 à 1956, se déroule à l'apogée du régime duplessiste. Elle est dominée par la défense de l'autonomie provinciale, qui culmine avec la création de la commission Tremblay (1953) et l'instauration d'un impôt provincial sur le revenu (1954), par l'adoption de lois ouvrières à caractère anticommuniste vivement contestées (bills 19 et 20, 1954) et par l'émeute du Forum de Montréal (1955). Elle prend fin par la dissolution prononcée le ; aux élections du , l'Union nationale est reconduite avec 72 sièges.
Contexte politique Élection de 1952 vignette|Georges-Émile Lapalme, chef du Parti libéral du Québec depuis 1950, ne parvient pas à se faire élire député aux élections de 1952 et n'entre en Chambre qu'à l'élection partielle de 1953. Les élections générales québécoises de 1952, tenues le , reportent au pouvoir l'Union nationale de Maurice Duplessis pour un troisième mandat consécutif. Le parti gouvernemental fait élire 68 députés, contre 23 pour le Parti libéral du Québec et un indépendant. Si l'Union nationale conserve une majorité confortable, elle perd une quinzaine de sièges par rapport au scrutin de 1948 et les libéraux, qui recueillent 46 % des voix, retrouvent une représentation significative....
Le chef libéral Georges-Émile Lapalme, élu à la tête du parti en 1950, n'a toutefois pas réussi à se faire élire député, ayant été défait dans une circonscription unioniste. La direction parlementaire de l'opposition revient donc, comme lors de la législature précédente, à George Carlyle Marler, député de Westmount-Saint-Georges, en attendant que Lapalme entre en Chambre. L'élection partielle du dans Outremont permettra finalement au chef libéral de siéger..
Composition de la Chambre À l'ouverture de la , le , l'Assemblée législative compte 68 députés unionistes, 23 libéraux et un indépendant (Frank Hanley, de Montréal–Sainte-Anne, qui appuie constamment l'Union nationale), pour un total de 92 sièges. Deux sièges demeurent toutefois inoccupés au début de la législature, le libéral Henri Groulx étant décédé le soir même de son élection dans Outremont et l'unioniste Philippe Cossette ayant péri dans un accident de la route le .
Alexandre Taché, député de Hull, est réélu président de l'Assemblée pour une troisième législature consécutive, un record pour l'époque. L'opposition met fréquemment en doute son impartialité, lui reprochant sa propension à donner raison aux députés ministériels. Maurice Tellier, député de Montcalm, assume de nombreuses suppléances à titre de vice-président..
Au lendemain de l'élection, le , Duplessis ajoute trois ministres d'État à son cabinet : Jacques Miquelon (Abitibi-Est), Wilfrid Labbé (Arthabaska) et Arthur Leclerc (Charlevoix). Pour le reste, le cabinet de 20 membres demeure dans la continuité du mandat ininterrompu que Duplessis exerce depuis le .
Sessions parlementaires vignette|gauche|Au pouvoir pour un troisième mandat consécutif, Maurice Duplessis domine entièrement les travaux de la Chambre (ici en 1947). Les quatre sessions de la législature se tiennent toutes durant la période hivernale et illustrent l'emprise de Duplessis sur les travaux parlementaires. Maître des règlements, le premier ministre présente lui-même la plupart des projets de loi, multiplie les points d'ordre et, selon le journaliste Pierre Laporte, souffle ses répliques à ses ministres. Les projets de loi gouvernementaux, souvent âprement discutés, sont rarement amendés, de sorte que le conservatisme socio-économique et l'autonomisme politique de l'Union nationale s'expriment pratiquement sans entrave.
Première session (novembre 1952 - février 1953) La se déroule du au . Elle s'ouvre devant des tribunes combles et par une chronique nécrologique particulièrement abondante, la Chambre rendant hommage aux anciens premiers ministres Louis-Alexandre Taschereau et au nationaliste Henri Bourassa, fondateur du Devoir, tous deux décédés en 1952. L'opposition libérale, privée de son chef et réduite à l'impuissance, dénonce à plusieurs reprises l'attitude cavalière de Duplessis. Le , le premier ministre présente le bill 37 instituant une commission d'enquête sur les problèmes constitutionnels, première étape d'une longue bataille fiscale avec Ottawa. Le débat sur la grève de Louiseville et la censure des émissions de Radio-Canada, que Duplessis qualifie d', occupent une large part des travaux.
Deuxième session (novembre 1953 - mars 1954) La se déroule du au , peu après l'entrée en Chambre de Georges-Émile Lapalme, élu dans Outremont à l'élection partielle du . C'est la session des grandes initiatives fiscales et ouvrières : le bill 43 crée un impôt sur le revenu provincial concurrent de l'impôt fédéral, adopté par 59 voix contre 22 le , tandis que les bills 19 et 20, présentés par le ministre du Travail Antonio Barrette, modifient les lois ouvrières dans un sens jugé antisyndical et anticommuniste par leurs adversaires. Le ministre des Affaires municipales Bona Dussault étant décédé le , Yves Prévost lui succède à ce portefeuille.
Troisième session (novembre 1954 - février 1955) La se déroule du au . Elle est dominée par le dénouement du litige fiscal avec Ottawa et par la combativité nouvelle de l'opposition libérale, dont les courriéristes parlementaires soulignent le « dégel » depuis le départ du flegmatique Marler. Le , le gouvernement fédéral accepte de réduire de 10 % son impôt sur le revenu pour laisser un champ fiscal au Québec, une victoire autonomiste majeure pour Duplessis. La session voit aussi le retour des « grandes lois » du gouvernement, ces crédits de plusieurs millions de dollars votés en début de session pour le crédit agricole, l'électrification rurale, la voirie et la protection des forêts, que les libéraux combattent désormais une à une...
Quatrième session (novembre 1955 - février 1956) La , dernière de la législature, se déroule du au , dans un climat nettement préélectoral. Sur les positions autonomistes, Duplessis assouplit son ton et entend désormais collaborer avec le gouvernement de Louis St-Laurent. Le , le président Alexandre Taché démissionne après sa nomination comme juge à la Cour de magistrat; Maurice Tellier lui succède à la présidence, tandis que Daniel Johnson, député de Bagot, devient président suppléant. Le discours du trône n'annonce aucune mesure nouvelle d'importance, Duplessis reprenant la méthode préélectorale qui fait le succès de l'Union nationale depuis 1944..
Autonomie provinciale et impôt provincial
La défense de l'autonomie provinciale demeure le thème central de la . Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement libéral d'Adélard Godbout avait cédé temporairement à Ottawa le droit provincial de taxer les contribuables en échange d'un subside annuel. La guerre terminée, Duplessis réclame la rétrocession de ce pouvoir, qui revient selon lui à la province en vertu de la Constitution de 1867. Devant le refus fédéral, le premier ministre institue en 1953 la commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels, dite commission Tremblay, pour étudier la question..
En , le gouvernement fait adopter le bill 43 créant un impôt provincial sur le revenu en concurrence directe avec l'impôt fédéral. Le calcul de Duplessis est de gagner la bataille de l'opinion publique pour forcer Ottawa à réduire son taux d'imposition et libérer un espace fiscal que Québec occuperait aussitôt; dans l'intervalle, les contribuables québécois sont doublement taxés. Le , le premier ministre Louis St-Laurent compare les autonomistes québécois aux « peuples vivant derrière le rideau de fer ». Après plusieurs mois de litige, Ottawa accepte le de réduire de 10 % son impôt sur le revenu, permettant au Québec de percevoir son propre impôt. Cette victoire de Duplessis désempare l'opposition libérale, qui avait fait front commun avec St-Laurent contre l'initiative; dans ses mémoires, Lapalme y verra « la plus grande erreur » de son parti. Ce levier fiscal permettra plus tard au gouvernement Lesage de financer les réformes de la Révolution tranquille..
Affaire Coffin
L'affaire Coffin marque l'actualité judiciaire de la législature. Le , trois chasseurs américains sont vus pour la dernière fois en Gaspésie par le prospecteur Wilbert Coffin; ils sont vraisemblablement assassinés dans les jours suivants. Sous la pression du département d'État américain, l'enquête se déroule à grande vitesse et mène à la pendaison de Coffin le , malgré de multiples irrégularités. L'affaire deviendra l'une des causes les plus célèbres de l'histoire judiciaire canadienne..
Lois marquantes 1953 : Loi instituant la commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels (bill 37) 1954 : Loi établissant un impôt provincial sur le revenu (bill 43) 1954 : Loi modifiant la loi des relations ouvrières en matière d'activités communistes (bill 19) 1954 : Loi sur les relations ouvrières (bill 20) 1954 : Loi créant le district électoral de Jonquière-Kénogami, effective à l'élection de 1956
Chronologie 1952 : ; l'Union nationale de Maurice Duplessis est reconduite avec 68 sièges sur 92; : Jacques Miquelon, Wilfrid Labbé et Arthur Leclerc sont assermentés ministres d'État; : Radio-Canada inaugure à Montréal CBFT, premier poste de télévision au pays; : ouverture de la ; Alexandre Taché est réélu président de l'Assemblée; : Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, est créé cardinal.
1953 : présentation du bill 37 instituant la commission Tremblay; : prorogation de la ; : décès du ministre des Affaires municipales Bona Dussault, remplacé par Yves Prévost; : disparition de trois chasseurs américains en Gaspésie, à l'origine de l'affaire Coffin; : élections partielles; Georges-Émile Lapalme est élu dans Outremont et entre enfin en Chambre; : ouverture de la .
1954 : présentation des bills 19 et 20 sur les relations ouvrières par Antonio Barrette; : adoption du bill 43 créant un impôt provincial sur le revenu; : prorogation de la ; : démission de George Carlyle Marler, qui rejoint le cabinet fédéral de Louis St-Laurent; : Louis St-Laurent compare les autonomistes québécois aux « peuples vivant derrière le rideau de fer »; : ouverture de la .
1955 : Ottawa accepte de réduire de 10 % son impôt sur le revenu, victoire autonomiste de Duplessis; : prorogation de la ; : émeute du Forum à Montréal après la suspension de Maurice Richard; : élections partielles dans Saint-Hyacinthe, Montréal-Laurier et Westmount-Saint-Georges; : ouverture de la ; : démission du président Alexandre Taché, remplacé par Maurice Tellier.
1956 : pendaison de Wilbert Coffin; : prorogation de la ; : dissolution de la ; : ; l'Union nationale est reconduite avec 72 sièges sur 93.
Conseil exécutif Cabinet Duplessis
Reconduit en bloc au lendemain de l'élection de 1952, le cabinet de Maurice Duplessis s'inscrit dans la continuité du mandat ininterrompu qu'il exerce depuis le . Il compte 20 membres et demeure remarquablement stable durant les quatre années de la législature, les principaux changements résultant de décès..
Premier ministre, président du Conseil exécutif et procureur général : Maurice Duplessis Finances : Onésime Gagnon Secrétaire de la province : Omer Côté (1952-1956), Roméo Lorrain (1956) Agriculture : Laurent Barré Colonisation : Joseph-Damase Bégin Travail : Antonio Barrette Travaux publics : Roméo Lorrain Voirie : Antonio Talbot Terres et Forêts, Ressources hydrauliques : John Samuel Bourque Chasse et Pêcheries maritimes : Camille-Eugène Pouliot