La du Québec est formée à la suite des élections générales québécoises de 1956, tenues le . L'Union nationale, dirigée par Maurice Duplessis, est reportée au pouvoir pour un quatrième mandat consécutif avec 72 sièges sur 93, tandis que le Parti libéral du Québec de Georges-Émile Lapalme, qui recueille près de 45 % des voix, n'en fait élire que 20.

Couvrant les années 1956 à 1960, cette législature correspond aux dernières années du régime duplessiste et à ce que l'historiographie a appelé la Grande Noirceur. Elle est marquée par la poursuite de la lutte pour l'autonomie provinciale, par le scandale du gaz naturel qui éclate en 1958 et ébranle le gouvernement, puis par une succession rapide de trois premiers ministres : la mort de Maurice Duplessis le , le bref passage de Paul Sauvé et son mot d'ordre « Désormais », le décès de ce dernier le et enfin le gouvernement d'Antonio Barrette. La législature est dissoute le ; les élections générales du portent au pouvoir le Parti libéral du Québec de Jean Lesage et ouvrent la Révolution tranquille.

Contexte politique Élections de 1956 vignette|Georges-Émile Lapalme, chef du Parti libéral du Québec, dirige l'opposition en chambre pendant toute la législature, même après son remplacement par Jean Lesage à la tête du parti en 1958. Les élections générales québécoises de 1956, tenues le , reconduisent l'Union nationale de Maurice Duplessis pour un quatrième mandat consécutif, un record dans l'histoire politique du Québec. Le parti gouvernemental fait élire 72 députés et recueille 51,8 % des voix, contre 20 députés et 44,9 % pour le Parti libéral du Québec et un indépendant. Le taux de participation atteint 78 %...

Composition de la Chambre À l'ouverture de la , le , l'Assemblée législative compte 72 députés unionistes, 20 libéraux et un indépendant (Frank Hanley, de Montréal-Sainte-Anne), pour un total de 93 sièges. Maurice Tellier, député de Montcalm, est réélu à l'unanimité président de l'Assemblée, poste qu'il occupe depuis ; Germain Caron, député de Maskinongé, agit comme président suppléant à compter de 1958...

Le chef libéral Georges-Émile Lapalme, malade, est absent à l'ouverture de la et remplacé par intérim par René Hamel. Contesté au sein de son parti, Lapalme annonce en son retrait de la direction du Parti libéral du Québec; Jean Lesage lui succède au congrès du . Comme Lesage n'a pas de siège à l'Assemblée, Lapalme demeure chef de l'opposition en chambre jusqu'à la fin de la législature..

Le cabinet de Maurice Duplessis, au pouvoir sans interruption depuis le , est reconduit dans sa quasi-totalité. Les principaux changements de la législature découlent de départs : Onésime Gagnon, ministre des Finances, démissionne le pour devenir lieutenant-gouverneur du Québec le , et Albiny Paquette quitte la Santé la même année..

Sessions parlementaires vignette|gauche|Au pouvoir sans interruption depuis 1944, Maurice Duplessis (ici en 1947) domine les travaux de la Chambre jusqu'à sa mort, en . Les quatre sessions de la législature se tiennent toutes durant la période hivernale. Les trois premières illustrent l'emprise de Duplessis sur les travaux parlementaires : le premier ministre présente lui-même la plupart des projets de loi et l'opposition libérale, longtemps réduite à l'impuissance, ne retrouve une réelle combativité qu'après l'arrivée de Jean Lesage à la tête du parti. La quatrième session, tenue après la mort de Duplessis, se déroule dans un climat de transition.

Première session (novembre 1956 - février 1957) La se déroule du au . Le , le gouvernement dépose le rapport de la commission Tremblay, qui recommande une nouvelle répartition des champs fiscaux sans modification de la Constitution. Le bill 4 prolonge jusqu'en 1961 l'impôt provincial sur le revenu institué en 1954, réaffirmant l'autonomie fiscale du Québec; les députés libéraux quittent la chambre en bloc avant deux votes sur la mesure, un geste sans précédent depuis 1937. Le gouvernement fait aussi adopter le bill 5, par lequel il assume la moitié de la dette des commissions scolaires (140 millions de dollars), une hausse de 70 % des allocations aux mères nécessiteuses (bill 6, votée à l'unanimité) et les « plans Dozois » de rénovation urbaine à Montréal (bills 27 et 58). La session est ponctuée d'expulsions de députés de l'opposition, dont celles d'Émilien Lafrance et d'Oswald Parent.

Deuxième session (novembre 1957 - février 1958) La se déroule du au . Elle suit les élections partielles du , où l'Union nationale rafle les quatre sièges en jeu; à Vaudreuil-Soulanges, l'unioniste Loyola Schmidt défait le libéral Paul Gérin-Lajoie. Le bill 42 augmente le rendement de l'impôt provincial sans alourdir le fardeau des contribuables. Le ministre des Finances Onésime Gagnon démissionne le , tandis que Paul Sauvé, dauphin désigné de Duplessis, prononce son premier grand discours le . L'éducation domine les débats, l'opposition réclamant des octrois statutaires aux universités et aux commissions scolaires.

Troisième session (novembre 1958 - mars 1959) vignette|Animateur à la Société Radio-Canada, René Lévesque est propulsé sur la scène publique par la grève des réalisateurs de Radio-Canada, déclenchée en . La se déroule du au , dans un contexte de récession et de montée du chômage. Le bill 29 fait passer de 200 à 300 dollars les bourses aux étudiants pensionnaires. L'opposition libérale, réorganisée depuis l'arrivée de Lesage, multiplie les questions et les motions, dont le nombre passe d'une cinquantaine à plus de deux cents. Le scandale du gaz naturel, révélé par Le Devoir en , domine plusieurs débats de la session. La grève des réalisateurs de Radio-Canada, déclenchée le et longue de 68 jours, se déroule pendant la session et fait connaître René Lévesque.

Quatrième session (novembre 1959 - mars 1960) La , dernière de la législature, se déroule du au , après la mort de Maurice Duplessis et l'accession de Paul Sauvé au poste de premier ministre. Le discours du trône annonce un nombre record de 37 projets de loi. Sauvé fait adopter la création d'un Journal des débats (Hansard), règle le litige sur les subventions fédérales aux universités et adopte plusieurs mesures ouvrières et sociales. Il meurt subitement le , après 114 jours au pouvoir; Antonio Barrette lui succède le et termine la session, mais peine à s'imposer en chambre face à Georges-Émile Lapalme. La session est prorogée le et la législature dissoute le .

Scandale du gaz naturel

Le , Le Devoir titre en première page sur un « scandale à la corporation du gaz naturel du Québec ». Le journal révèle que le réseau de distribution gazière d'Hydro-Québec, vendu au printemps 1957 à une société privée, la Corporation de gaz naturel du Québec (future Gaz Métropolitain), a été cédé à un prix jugé dérisoire et que plusieurs ministres et hauts fonctionnaires ont acheté des actions de l'entreprise avant son entrée en Bourse. Sont notamment mis en cause les ministres Antonio Barrette, Antonio Talbot, John Samuel Bourque, Daniel Johnson et Paul Dozois, ainsi que le lieutenant-gouverneur Onésime Gagnon. Maurice Duplessis refuse toute enquête et poursuit Le Devoir en diffamation. L'affaire contribue à discréditer le régime dans ses dernières années..

Fin du régime : trois premiers ministres Mort de Maurice Duplessis vignette|Paul Sauvé, successeur de Duplessis, associé au mot d'ordre « Désormais », meurt après 114 jours au pouvoir. En tournée dans la région minière de Schefferville, Maurice Duplessis est frappé d'une série d'hémorragies cérébrales à compter du et meurt sur place le , à l'âge de 69 ans. Premier ministre du Québec depuis 1936, sauf pendant le mandat libéral d'Adélard Godbout (1939-1944), il aura dominé la vie politique québécoise pendant près d'un quart de siècle. Ses funérailles, les premières télédiffusées au pays, rassemblent des dizaines de milliers de personnes à Québec et à Trois-Rivières...

Gouvernement Sauvé

Le caucus unioniste choisit Paul Sauvé, ministre du Bien-être social et de la Jeunesse depuis 1946 et député de Deux-Montagnes, comme chef du parti et premier ministre; il est assermenté le . Son passage au pouvoir, resté célèbre sous le nom de « Cent Jours » (114 jours en réalité), est associé au mot « Désormais », que les journalistes lui prêtent pour marquer la rupture avec l'ère duplessiste. Sauvé rétablit le dialogue avec la presse et l'opposition, crée un Journal des débats, dénoue le litige des subventions fédérales aux universités et fait adopter une soixantaine de lois. Il meurt d'une crise cardiaque à Saint-Eustache le , à 52 ans..

Gouvernement Barrette

vignette|gauche|Antonio Barrette, dernier premier ministre unioniste de la période, dirige le gouvernement du jusqu'à la défaite du parti en juin. La succession de Sauvé est beaucoup plus difficile que celle de Duplessis. Le , le caucus porte à la direction Antonio Barrette, ministre du Travail et député de Joliette, qui est assermenté premier ministre le lendemain. Le grand argentier du parti, Gérald Martineau, refuse de le reconnaître et se retire. Affaibli, Barrette perd le contrôle de la chambre pendant la dernière session. Il déclenche des élections générales pour le , que l'Union nationale perd au profit du Parti libéral du Québec de Jean Lesage, mettant fin à seize années de pouvoir unioniste et ouvrant la Révolution tranquille..

Lois marquantes 1956 : Loi prolongeant l'impôt provincial sur le revenu jusqu'en 1961 (bill 4) 1956 : Loi par laquelle le gouvernement assume la moitié de la dette des commissions scolaires (bill 5) 1956 : Loi augmentant les allocations aux mères nécessiteuses (bill 6) 1956 : Lois autorisant les « plans Dozois » de rénovation urbaine à Montréal (bills 27 et 58) 1959 : Loi augmentant les bourses aux étudiants (bill 29) 1959 : Loi créant le Journal des débats de l'Assemblée législative

Chronologie 1956 : ; l'Union nationale de Maurice Duplessis est reconduite avec 72 sièges sur 93; : ouverture de la ; Maurice Tellier est réélu président de l'Assemblée; : dépôt du rapport de la commission Tremblay.

1957 : discours du budget; : prorogation de la ; : élections partielles; l'Union nationale remporte les quatre sièges, Loyola Schmidt défaisant Paul Gérin-Lajoie dans Vaudreuil-Soulanges; : ouverture de la .

1958 : démission du ministre des Finances Onésime Gagnon; : Onésime Gagnon devient lieutenant-gouverneur du Québec; : prorogation de la ; : Jean Lesage est élu chef du Parti libéral du Québec en remplacement de Georges-Émile Lapalme; : Le Devoir déclenche le scandale du gaz naturel; : ouverture de la ; : début de la grève des réalisateurs de Radio-Canada.

1959 : prorogation de la ; : mort de Maurice Duplessis à Schefferville; : Paul Sauvé est assermenté premier ministre; : ouverture de la .

1960 : mort de Paul Sauvé à Saint-Eustache; : Antonio Barrette est assermenté premier ministre; : prorogation de la ; : dissolution de la ; : ; victoire du Parti libéral du Québec de Jean Lesage.

Conseil exécutif Cabinet Duplessis (1956-1959)

Reconduit en bloc au lendemain de l'élection, le cabinet de Maurice Duplessis s'inscrit dans la continuité du mandat exercé depuis le ..

Premier ministre, président du Conseil exécutif et procureur général : Maurice Duplessis Finances : Onésime Gagnon (1956-1958), John Samuel Bourque (1958-1959) Secrétaire de la province : Roméo Lorrain (1956), Yves Prévost (1956-1959) Agriculture : Laurent Barré Colonisation : Joseph-Damase Bégin Travail : Antonio Barrette Travaux publics : Roméo Lorrain Voirie : Antonio Talbot Terres et Forêts : John Samuel Bourque (1956-1958), Jean-Jacques Bertrand (1958-1959) Ressources hydrauliques : John Samuel Bourque (1956-1958), Daniel Johnson (1958-1959) Chasse et Pêcheries : Camille-Eugène Pouliot Mines : William McOuat Cottingham Affaires municipales : Yves Prévost (1956), Paul Dozois (1956-1959) Industrie et Commerce : Jean-Paul Beaulieu