Un oiseau de mer, ou oiseau marin (anglais : ), est un ensemble de appartenant à huit familles, entretenant avec le milieu marin des relations de dépendance plus ou moins strictes pendant une partie importante de leur cycle annuel.
Au-delà de l'extraordinaire variété des tailles, des structures ou des modes d'alimentation, les oiseaux marins partagent un certain nombre de caractéristiques communes imposées par la vie dans les milieux aquatiques salés, sous des conditions climatiques parfois rudes, sans qu'il leur soit souvent possible de s'y soustraire : structure particulière du plumage, aptitude au déplacement sur et dans l'eau, fécondité et maturité sexuelle tardive compensées par une longévité élevée, propension à former des colonies denses sur le littoral, etc.
Certains de ces oiseaux sont considérés comme des bioindicateurs la qualité de leur environnement, et sont suivis comme tels, pages "indicateurs" (voir rubrique "nature et biodiversité" de l'observatoire du littoral.
Espèces concernées Incertitude L'incertitude sur le nombre total d'oiseaux de mer a deux origines. Des divergences sur le statut spécifique de telle ou telle forme. Par exemple, selon que l'on considère certains albatros comme des espèces à part entière ou comme des sous-espèces d'autres albatros (albatros hurleur, albatros royal, albatros à sourcils noirs, albatros à cape blanche et albatros à nez jaune de l'océan Atlantique), le nombre d'espèces dans cette seule famille varie de 13 à 21. L'intégration ou non de certains genres ou familles (phalaropes, canards marins, plongeons, etc.) dans la catégorie des oiseaux de mer.
Une définition possible d'un oiseau de mer est la suivante : un oiseau qui tire tout ou partie de son alimentation de la mer. Une telle définition n'est toutefois pas universellement valide puisque certaines espèces classées dans le groupe ne s'alimentent en mer que de façon marginale ou pas du tout (certains Laridae notamment), alors que des oiseaux passant de longues périodes de leur cycle annuel en milieu marin n'y figurent pas (plongeons, canards marins).
Sur cette base, on constate que tous les oiseaux marins appartiennent aujourd'hui à l'ordre des Ciconiiformes de la classification de Sibley-Ahlquist). Le degré de dépendance des différentes familles vis-à-vis des habitats océaniques est toutefois très variable. Les familles des Phaethontidae des Sulidae, des Fregatidae des Spheniscidae et des Procellariidae ne comportent que des espèces marines. Dans la famille des laridés, les labbes (Stercorariidae), les bec-en-ciseaux (Rynchopinae) et les alcidés sont eux aussi exclusivement marins. Trois familles comportent à la fois des espèces marines et continentales. Bien que fréquentant surtout les eaux douces ( seulement sont strictement marines), les pélicans sont intégrés aux oiseaux de mer. Les cormorans, eux, sont très majoritairement marins ( sur une quarantaine). Ce sont les laridés qui présentent la situation la plus complexe. Dans le groupe des goélands et des mouettes (Larinae), la plupart sont maritimes ou marins, au moins partiellement ou hors période de reproduction ; quelques espèces sont toutefois strictement continentales. Dans la sous-famille des Sterninae, les noddis sont strictement marins alors que les guifettes sont presque exclusivement continentales ; les sternes au sens strict comptent plus d'espèces marines que d'espèces cantonnées aux eaux douces.
Famille Subdivision Représentants Image EspècesLaridés Stercorariidae labbes ou skuas 50px 6/8 Rynchopinae bec-en-ciseaux 50px 3 Larinae goélands, mouettes 50px recompter Sterninae sternes, guifettes, noddis 50px recompter Alcidae pingouins, guillemots/marmettes, macareux 50px 22/24 Phaethontidés phaétons/pailles-en-queue 50px 3 Sulidés fous 50px 7/9 Phalacrocoracidés cormorans 50px 27/38 Pélécanidés pélicans 50px 7/8 Frégatidés frégates 50px 5 Sphéniscidés manchots 50px 16/17 Procellariidés Procellariinae pétrels, puffins, fulmars, 50px 59/79 Diomedeinae albatros 50px 13/14 Hydrobatinae océanites 50px 20/21
Paradoxe océanique vignette|upright=1.5|Évolution des vertébrés selon un diagramme axial représentant les cinq grandes classes (poissonsAvec plusieurs clades : Agnathes (lamproies), Chondrichthyens (requins, raies), Placodermes (fossiles), Acanthodiens (fossiles), Osteichthyens (poissons osseux)., amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères). La largeur des axes indique le nombre de familles dans chaque classe (les téléostéens, poissons à squelette complètement osseux et à nageoires rayonnantes, représentent 99,8 % des espèces de poissons, et près de la moitié des espèces de vertébrés)« Systématique : ordonner la diversité du vivant », Rapport sur la Science et la technologie N°11, Académie des sciences, Lavoisier, 2010, p. 65. Le paradoxe océanique est qu'à peine plus de 3 % des oiseaux sont marins alors que les océans recouvrent les deux tiers du globe, et que les premières formes « vivantes » sont apparues il y a d'années dans l'océan primitif. Sur les d'oiseaux recensées dans le monde, 305 sont des oiseaux marins. Alors que l'océan mondial abrite la majorité des espèces vivantes sur Terre (50 à 80 % selon les estimations). ., seulement 3 % des espèces d’oiseaux recensées sur la planète l'ont colonisé. Ce rapport paradoxal est imputable à l'action combinée de trois principaux facteurs limitants : uniformité du milieu marin qui offre une gamme limitée de niches écologiques (principe d'exclusion compétitive), manque de sites disponibles pour la nidification, grande mobilité de ces oiseaux, ce qui favorise leur dispersion à grande échelle et freine les processus de spéciation.
Distribution La distribution des oiseaux marins est en grande partie conditionnée par la température de surface des océans : se répartissent dans les zones tempéréesLes eaux tropicales sont les plus abondantes en nutriments en raison d'une teneur moins forte dioxyde de carbone dissous (base de la photosynthèse phytoplanctonique), et d'eaux fortement stratifiées., 81 dans les zones tropicales et 29 dans les zones polaires. Si l'écologie des oiseaux des zones arctiques et antarctiques explique leur faible biodiversité (éloignement des sources de nourriture dû à la banquise, climat rude imposant des adaptations spécifiques), les effectifs au sein de chaque espèce peuvent toutefois être importants : colonies de manchots qui peuvent atteindre le million de couples avec une population totale évaluée entre quarante et quatre-vingts millions d'individus, les Mergules nains sont les oiseaux marins les plus abondants de l'Arctique..
Histoire évolutive
Si les oiseaux fossiles sont relativement rares dans certaines formations géologiques, cela tient à leur mode de vie, à leur squelette doté d'os creux et délicats (« os pneumatisés »), à la tectonique ou l'érosion qui ont détruit ces fossiles au fil du temps. Par contre, les oiseaux aquatiques sont relativement bien représentés à l'état fossile, leurs ossements ayant pu se conserver assez facilement dans les sédiments marins..
Les fossiles d'oiseaux primitifs les plus anciens connus sont ceux d'oiseaux de mer inaptes au vol du Crétacé il y a d'années. Faisant partie du clade des Hesperornithes, ils ont des mâchoires garnies de dents et sont sans doute la plupart des oiseaux plongeurs grâce à leurs ailes atrophiées comme les manchots actuels.
Une hypothèse spéculative propose que la aurait été inventée par un ancêtre marin, considérant ainsi que les oiseaux ont colonisé les océans avant même de maîtriser le vol aérien.
Au Miocène, à la suite de changements de facteurs environnementaux externes (température, oxygène), une radiation évolutive conduit à une explosion de biodiversité et à l'apparition de toutes les grandes familles d'oiseaux marins modernes il y a d'années.
Caractéristiques des oiseaux de mer
Quel que soit leur degré de dépendance vis-à-vis du milieu marin, les oiseaux de mer ne peuvent à proprement parler être considérés comme des organismes aquatiques. Ils font en effet partie des quelques groupes de vertébrés tétrapodes qui ont évolué pour prélever préférentiellement ou exclusivement leur alimentation en pleine eau. Aucun de ces animaux d'origine terrestre, tortues marines, serpents Hydrophiidae, oiseaux d'eau et mammifères marins, n'a en fait acquis la possibilité de respirer dans l'eau ; ils ont tous conservé leurs poumons, et dépendent donc de la surface pour leur respiration. Par ailleurs, parmi ces animaux, seuls les cétacés et les siréniens sont devenus totalement indépendants du milieu terrestre, ne sortant jamais de l'eau, même pour la parturition. Comme les phoques et comme les animaux ovipares (tortues, serpents), les oiseaux de mer doivent nécessairement regagner la terre ferme pour la ponte. Enfin, de tous ces animaux, ils sont ceux qui sont le plus dépendants du milieu terrestre puisque, contrairement aux serpents et aux tortues, ils doivent assurer eux-mêmes l'incubation des œufs et l'élevage des poussins jusqu'à leur indépendance. Pour cette raison, ils sont contraints de séjourner à terre pour des périodes souvent très longues.
Description
L'éventail des tailles des oiseaux marins est extrêmement étendu. Alors que le plus petit, l'océanite minute (Oceanodroma microsoma) mesure moins de pour un poids légèrement inférieur à , l'albatros hurleur (Diomedea exulans) peut atteindre pour un poids dépassant chez certains mâles ; cet oiseau détient également le record d'envergure pour les oiseaux actuels, avec plus de .
Le plumage
Coloration vignette|Les couleurs vives sont généralement portées par le bec ou les pattes (macareux cornu). vignette|Le bon camouflage du prion de la Désolation lui permet d'échapper à la vigilance de ses prédateurs en mer (labbes, pétrels).
La caractéristique la plus évidente du plumage des oiseaux de mer est l'absence générale de couleurs vives et de dichromatisme sexuel.. Quelques espèces sont certes colorées, mais les couleurs vives sont des caractères sexuels secondaires (colorations céphaliques le plus souvent portées par le bec , des plumes ornementales ou une plaque orangée disposée de chaque côté de la mandibule inférieure chez le manchot royal et le manchot empereur ; les pattes chez les fous ou les mouettes) ou des structures particulières comme la poche gulaire — dépourvue de plumes — des frégates. Le plumage proprement dit est presque systématiquement une combinaison de teintes blanches, noires, grises ou brunes (telles que l'on peut le voir sur les pingouins), présentant une dissymétrie (noir-gris sur le dos, blanc en dessous) qui résulte de convergences évolutives R.W. Storer, Evolution in the diving birds. Proceedings of the XII International Ornithological Congress, (eds. G. Bergman, K.O. Donner and L.V. Haartman), 1958, p. 694-707. Les rares exceptions à cette règle concernent de petits toupets de plumes dorées sur la tête de certains manchots (gorfous) ou alcidés du Pacifique (macareux huppé).