Le Pluvier doré (Pluvialis apricaria) est une espèce d'oiseaux Charadriiformes de la famille des Charadriidae. C'est un limicole paléarctique qui niche de l'Islande à la Sibérie et migre en Europe de l'Ouest et dans le bassin méditerranéen pour l'hiver.

C'est un limicole de taille moyenne au plumage changeant selon la saison. Plutôt terne en période hivernale, le dessus du plumage moucheté de doré et de noir et le dessous beige ou blanchâtre finement rayé, il prend en période nuptiale un plumage bien plus contrasté. Il est alors noir de la face au ventre, avec une épaisse ligne blanche sur le front, les côtés du cou et les flancs. Cette partie noire est plus ou moins mêlée de blanc selon les individus, une variation qui était auparavant considérée comme un critère de différenciation entre deux sous-espèces, Pluvialis apricaria apricaria et Pluvialis apricaria altifrons. Cependant, ces variations sont trop aléatoires et les analyses morphométriques montrent qu'il n'existe pas deux sous-espèces bien distinctes.

De toutes les espèces du genre Pluvialis, le Pluvier doré est celui qui a la migration la plus courte : de l'Arctique où il se reproduit, il migre jusqu'en Europe de l'Ouest et du Sud, en Afrique du Nord et rarement jusqu'en Afrique de l'Ouest. Certaines populations des Îles Britanniques n'effectuent que de très courts trajets et sont quasiment sédentaires.

En période hivernale, la majorité des effectifs peuvent être observés au Royaume-Uni, en Irlande et sur la côte atlantique de France, d'Espagne et du Portugal. Il est très souvent vu en compagnie du Vanneau huppé (Vanellus vanellus).

Les couples sont monogames et les deux parents participent à la couvaison. Couvés à même le sol, dans un nid légèrement creusé et garni de végétaux, les œufs éclosent au bout de , puis les petits prennent leur envol entre .

Bien qu'il soit affecté par la modification de son habitat due à l'afforestation, au drainage agricole et au changement climatique, le Pluvier doré est largement répandu en Europe et n'est pas menacé. L'Union internationale pour la conservation de la nature le considère comme une espèce de préoccupation mineure. Il est chassé dans plusieurs pays d'Europe.

Taxonomie alt=Illustration représentant un Pluvier doré en plumage nuptial, dans un décor végétal, avec une légende en anglais : .|vignette|Illustration de la fin du représentant un Pluvier doré. Le Pluvier doré fait partie du genre Pluvialis, qui compte trois autres espèces : le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola), le Pluvier bronzé (Pluvialis dominica) et le Pluvier fauve (Pluvialis fulva). Son nom binominal est composé de Pluvialis, qui fait référence à la pluie, et apricaria, terme latin qui signifie ou .

Il est décrit par Carl von Linné en 1758 dans son ouvrage Systema naturae, sous le nom Charadrius apricarius. Il a eu pour autres noms scientifiques Charadrius pluvialis, Pluvialis viridisViridis signifie vert en latin (Jobling 2010, P. 403). (Palmer, 1836), Charadrius campestrisCampestris signifie champêtre en latin (Jobling 2010, p. 87). (Nilsson, 1814) et Pluvialis minor nigroflavusNigroflavus mêle nigro signifiant sombre et flavus signifiant jaune ou doré en latin (Jobling 2010, p. 162 et 170).. L'ornithologue Mathurin Jacques Brisson le place dans le genre Pluvialis, qu'il crée en 1760, sous le nom Pluvialis aurea (Brisson 1760)Aurea signifie doré en latin (Jobling 2010, p. 61)...

Son ancien nom en suédois est , ce qui signifie littéralement . Linné écrit dans ses notes : Citation originale : ..

Sous-espèces Traditionnellement, deux sous-espèces étaient distinguées et le sont toujours dans les listes de référence de Birdlife International (version 2024), The Clements Checklist of Birds of the World (version 2024), Howard and Moore Complete Checklist of the Birds of the World (sixième édition, 2013) et le Handbook of the Birds of the World. : Pluvialis apricaria apricaria, qui se reproduit dans les îles Britanniques, aux Pays-Bas, en Allemagne, au Danemark, au sud de la Scandinavie et des pays baltes ; Pluvialis apricaria altifrons (Brehm, 1831), qui se reproduit à l'est du Groenland, en Islande, dans les îles Féroé, au nord de la Scandinavie, au nord-ouest de la Russie et à l'ouest de la Sibérie.

Néanmoins, ces sous-espèces ne sont pas reconnues par l'Union internationale des ornithologues dans sa classification de référence (version 15.1, 2025). Dans cette taxonomie, le Pluvier doré est donc considéré comme une espèce monotypique (non subdivisée en sous-espèces). La distinction entre ces sous-espèces se base sur des différences dans le plumage et la chronologie de la mue, mais les analyses morphométriques montrent des variations géographiques trop aléatoires et que ce critère ne permet pas de distinguer deux populations.

Description Dimensions et plumage Le Pluvier doré est un limicole de taille moyenne, qui mesure entre de long pour un poids compris entre et une envergure de . L'aile mesure environ , le tarse , la queue et le bec entre . Les femelles sont généralement légèrement plus lourdes que les mâles. Le bec et les pattes sont noirs.

Le Pluvier doré présente un plumage très différent selon la saison. Le plumage nuptial, entre mai et juillet, est noir sur le dessous, de la face au ventre, avec des variations selon les individus, dont certains ont la face et le cou mouchetés de clair. Au-dessus, sur le sommet de la tête, le dos et les ailes, le plumage est sombre et moucheté de taches dorées. Un trait blanc part du sourcil jusqu'aux flancs, séparant le dessus et le dessous. Ce trait est plus visible chez le mâle que chez la femelle. La distinction des mâles et des femelles est très difficile si les deux individus d'un même couple ne sont pas comparés en même temps. Les femelles ont le dessous un peu moins noir, avec un mélange de plumes brunes ou blanches.

Entre juillet et fin septembre, une mue laisse apparaître le plumage internuptial, beaucoup moins contrasté : le dos est moucheté de brun sombre, de noir et de doré, assez similaire au plumage nuptial, mais le dessous est clair, beige ou gris-brun, avec de fines rayures sur la poitrine et le cou. Le ventre est blanchâtre. En vol, le dessous apparaît clair. Au-dessus, les rémiges marron foncé ont un fin liseré clair. Le croupion et le dessous de la queue sont blanchâtres, légèrement marqués de chevrons brun clair.

On observe des variations de plumage selon les zones géographiques, qui définissaient auparavant les sous-espèces P. a. apricaria au sud et P. a. altifrons au nord. Au sud de son aire de nidification, du centre de la Scandinavie à l'Estonie, le Pluvier bronzé a généralement la face et le cou moins noirs. Les femelles peuvent avoir la gorge et les côtés du cou blancs. Plus au nord, de l'Islande à la Russie, la face est plus noire. Il existe cependant des individus au plumage intermédiaire entre ces deux formes, qui sont elles-mêmes variables selon les années et les localités.

Les juvéniles ont un plumage très semblable au plumage internuptial, avec des mouchetures plus fines et ternes. Les plumes du ventre et des flancs ont une fine barre terminale noire, et les plumes de la poitrine et des ailes ont un triangle sombre à la pointe. En premier plumage nuptial, le dessous peut être moins uniformément noir que chez les individus plus âgés, avec le noir restreint à la pointe des plumes.

Voix

Le chant le plus fréquent est un sifflement flûté et traînant : tuh… puh… ou huih… pluih… Le Chevalier gambette (Tringa totanus) émet un cri similaire, mais plus énergique. En période de reproduction, les Pluviers dorés émettent des cris longs en deux syllabes, de tonalité mélancolique, avec la deuxième syllabe plus longue et plus haute que la première : tloû ou tirr-piou.. Ils émettent aussi des chants en trille, qu'on peut entendre en France à la fin de la période d'hivernage. En hiver ou lors des migrations, les groupes de Pluviers dorés en vol émettent des cris flûtés isolés, parfois répétés.

Espèces ressemblantes alt=Photographie d'un Pluvier argenté en plumage hivernal, tacheté de gris plus ou moins foncé, marchant dans l'eau.|vignette|Un Pluvier argenté en plumage hivernal. Cette espèce est plus grande et trapue, sans mouchetures dorées, et porte une tache noire visible quand les ailes sont déployées. Dans son aire de répartition, le Pluvier doré ne peut être confondu qu'avec le Pluvier argenté, mais ce dernier est plus gros, plus gris, et porte une tache noire caractéristique sous l'aile. Le Pluvier argenté n'a pas de mouchetures dorées sur les ailes comme le Pluvier doré, qui est aussi plus fin, avec un bec plus court.

Distribution et habitat Migration alt=Carte de répartition du Pluvier doré.|gauche|vignette|Carte de répartition du Pluvier doré. alt=Photographie d'un groupe d'oiseaux en forme de V, en train de voler.|gauche|vignette|Un groupe de Pluviers dorés en vol. Le Pluvier doré est un oiseau paléarctique, essentiellement du Paléarctique occidental, où hivernent ses populations, jusque dans le bassin méditerranéen, ainsi qu'en Afrique de l'Ouest pour de rares individus.

Dans le genre Pluvialis, le Pluvier doré est l'espèce qui niche le plus au sud et qui effectue la migration la plus courte. Les individus des îles Britanniques sont partiellement migrateurs et n'effectuent que de petits trajets. Ceux qui se reproduisent dans l'Arctique n'y restent que quelques mois et rejoignent leur aire d'hivernage parfois dès juillet mais plus souvent en septembre. Ils effectuent des haltes migratoires qui peuvent rassembler des milliers d'individus, notamment en mer des Wadden. La migration vers le nord démarre à la mi-février. Les Pluviers dorés forment des essaims variables, parfois en V ou en ligne, voire en groupes désordonnés. Ils peuvent atteindre la vitesse de . Les vagues de froid peuvent provoquer des déplacements massifs et perturber la migration. On observe alors des reflux de migrateurs qui reviennent sur les sites côtiers plus au sud, moins sujets au gel, afin de se nourrir.

Aires de nidification alt=Photographie avec au premier plan un Pluvier doré vu de dos, en plumage nuptial, debout sur un promontoire rocheux avec un peu de végétation. À l'arrière-plan, une montagne.|vignette|Un Pluvier doré photographié en Islande, dans son aire de reproduction. Le Pluvier doré se reproduit dans le nord de l'Europe, de l'Islande à la Sibérie en passant par les îles Britanniques, l'Écosse, la Scandinavie, les îles Féroé et les pays baltes. Il existe quelques rares cas de reproduction en Haute Belgique, au Danemark et en Allemagne. Son aire de reproduction s'étendait anciennement plus au sud, en Belgique, aux Pays-Bas, dans le sud de l'Irlande et de l'Angleterre, mais ces régions ne sont plus utilisées aujourd'hui ou de façon relictuelle, probablement à cause du réchauffement climatique et de la transformation de son habitat par l'afforestation et le drainage agricole..

Il niche de préférence dans la toundra ou les tourbières, mais peut aussi s'installer dans des sites alpins à végétation rase, des brandes, des hummocks, des marais ou des zones humides où le lichen et les sphaignes sont abondants. Il préfère les zones de végétation rase, notamment celles entretenues par écobuage. Il niche aussi bien sur des reliefs qu'en plaine.

Aires d'hivernage alt=Photographie d'un Pluvier doré en plumage hivernal, vu de dos, debout sur un rocher avec de l'eau en arrière-plan.|vignette|Un Pluvier doré au bord de l'eau, en Espagne.