Le comté de Nice ( ; en niçois : la Comtat de Niça ou la .) est un ancien État de Savoie. Créé en 1388 par la dédition de Nice à la Savoie, dans le cadre de la guerre de succession de ProvencePaolo Casana Testore dans Rosine Cleyet-Michaud (dir.), 1388, la dédition de Nice à la Savoie : actes du Colloque international de Nice, Publications de la Sorbonne, Paris, 1990 , ., sa cession à la maison de Savoie est ratifiée en 1419, comme fief impérial du Saint-Empire. Jusqu'en 1526, cette acquisition territoriale est désignée sous le nom de « Terres neuves de Provence ». qui comprennent les vigueries de Nice, du val de Lantosque, du comté de VintimilleComté alors réduit aux seuls districts de Tende, La Brigue, Castellaro, Saorge, Breil, Pigna, Rocchetta, Prelà, Gorbio, Castiglione, Limone Piemonte, Vernante, et sur la mer, Roccabruna, Sant'Agnese et Bussana, ainsi qu’une partie du val de Lantosque. La ville de Vintimille fait alors partie de la république de Gênes., de la viguerie de Puget-Théniers, outre la baillie de Barcelonnette et la baronnie de BeuilLa viguerie de Barcelonnette se place sous la protection du comte de Savoie dès 1385. Les communautés de la vallée de l'Ubaye sont rattachées administrativement au Comté de Nice, en 1388, lors de la dédition de Nice à la Savoie. Elles seront cédées à la France au traité d'Utrecht, en 1713, tout comme la communauté du Mas, de la haute vallée de l'Estéron.. Au , s’y ajoutent la seigneurie de Dolceacqua (1524) et le comté de Tende (1581). En 1793, le comté occupé devient partie intégrante de la République française comme , dénommé Alpes-Maritimes. Redevenu sarde en 1814, le comté devient la division de Nice en 1818, dans le cadre de la réorganisation du royaume de Sardaigne, puis en 1860, la majeure partie de son territoire est annexée à la France, après plébisciteRalph Schor (dir.), Dictionnaire historique et biographique du comté de Nice, Nice, Serre, 2002 , ..
Au fil du temps, les frontières du comté de Nice ont quelque peu évolué« Le comté de Nice ».. Il correspond aujourd'hui à peu près à l'arrondissement de Nice, dans le département des Alpes-Maritimes, et reste une région culturelle désignée sous le nom de Pays niçois.
Histoire Dédition de Nice à la Savoie
thumb|upright=1.7|Evolution territoriale du comté de Nice de 1388 à 1818. vignette|left|Carte de l'Italie du Nord en 1402. En 1380, la comtesse (1348-1382) — mieux connue sous le nom de reine Jeanne —, sans enfants, adopte Louis d'Anjou, le frère du roi de France . Le duc Charles de Duras (ou Durazzo), cousin de Louis, mène alors l'Union d'Aix, le parti provençal anti-angevin, et assassine Jeanne, entraînant une guerre de succession qui se terminera par la victoire du parti d'Anjou. Prenant avantage des troubles, le comte de Savoie , qui souhaite avoir un accès vers la mer, négocie avec Jean Grimaldi de Beuil. Celui-ci, baron de Beuil, gouverneur de Nice et sénéchal, a en effet la volonté de soustraire à la suzeraineté du comté de Provence sa partie orientale située en rive gauche du Var et de l'Estéron.
vignette|upright=0.9|Borne frontière entre les États de Savoie (croix de Savoie) à l'est et la France (fleur de lys) à l'ouest, au col des Champs à Entraunes.
Pour sa part, le comte de Savoie voit dans la réalisation d'une dédition de Nice à la Savoie l'occasion d'élargir ses terres avec un débouché sur la mer Méditerranée. Sous l'influence de Jean Grimaldi de Beuil, qui commande la garnison de Nice, les Niçois se soumettent en échange de protections face au pro-angevins. L'accord est scellé à l'abbaye Saint-Pons le , suivant lequel la ville de Nice et sa viguerie, la viguerie de Puget-Théniers et les vallées du Haut-Var« Une communauté aux libertés communales confirmées en 1388 par la maison de Savoie » dans la rubrique Histoire de la commune d'Entraunes : (hormis Guillaumes), du Cians (avec Beuil), de la Tinée et de la Vésubie sont incorporées aux États de Savoie. Division qui englobera aussi la vallée de l'Ubaye. Au total, la nouvelle entité rassemble quatre vigueries : celle de Nice, celle du val de Lantosque, celle de Puget-Théniers et celle de Barcelonnette. En 1388 la commune de Nice se détache de la Ligurie pour être mise sous la protection des comtes de Savoie guidé par Amédée VII de Savoie : .
Le comté de Savoie est à l'époque un État puissant, doté d'une importante force armée, prospère et bien administré, contrairement à la Provence. Avec l'accord des populations, l'armée savoyarde s'installe alors dans ces terres neuves et Nice en devient la capitale sous l'autorité civile et militaire d'un gouverneur savoyard. En 1388, cette prise de possession de Nice par la maison de Savoie n'est faite qu'à titre provisoire. Elle est confirmée en décembre 1391 quand les syndics de Nice firent hommage et prêtèrent serment de fidélité au représentant du comte de Savoie. Si les descendants de Charles de Duras renoncent à protester contre cette annexion, il n'en est pas de même pour la maison d'Anjou. Ce n'est qu'en 1419 que la veuve de , la reine Yolande, renonce au nom de son fils, , à ses droits sur Nice. La même année Sigismond de Luxembourg ratifie la cession du comté à la maison de Savoie en tant que fief impérial du Saint-Empire romain germanique.
Les grands féodaux, à l'exception de quelques familles : les Grimaldi, les Berre, les Lascaris, émigrent sur la rive droite du Var, de façon à rester provençaux. Quoique située sur la rive droite, Gattières sera aussi arrachée à la Provence à la même époque. lance la création d'une nouvelle noblesse, qui se développera surtout aux , et Jean Grimaldi reçoit une vingtaine de fiefs en reconnaissance de son action.
Monaco, alors génoise, mais détenue par les Grimaldi depuis 1297 se voit reconnaître son indépendance en 1489, par le roi de France et le duc de Savoie. Entre-temps, dans le reste de la Provence, le roi René s'avère être également le roi dont la faiblesse fait tomber la Provence entre les mains des rois de France. En effet, lui fait comprendre que son héritage lui conviendrait. Le roi déshérite son successeur naturel, , au profit de . En 1481 ce dernier, sans successeur, est disposé à donner ses terres à Louis qui remporte ainsi une grande victoire sans aucune bataille. devient donc Comte de Provence entre 1481 et 1486 via une procédure par laquelle il reconnait son 'indépendance qu'il s'engage à respecter, tout comme ses successeurs jusqu'en 1789 (elle n'est rattachée par héritage qu'à la couronne et pas au royaume de France).
Époque moderne ( - ) vignette|left|Carte de l'Italie en 1494. Au , les rois de France , et François ) dirigent des guerres en Italie. René de Savoie, seigneur de Villeneuve-Loubet, se marie en 1498 avec Anne Lascaris, comtesse de Tende. Il appuie les intérêts du roi de France pendant qu'il rétablit le son autorité sur Gênes. Il va s'appuyer sur Georges Grimaldi, baron de Beuil, et Jean Grimaldi, seigneur de Levens. Georges Grimaldi refuse l'hommage au duc de Savoie et se propose de livrer Nice au roi de France. Le complot des Grimaldi ayant été dénoncé au duc de Savoie, ce dernier entre dans la Ligue de Cambrai pour se faire un allié de . Il fait alors un procès à Georges Grimaldi qui se retire dans son château où il est finalement assassiné par son valet de chambre, le . Le seigneur de Levens trouve refuge en Provence. Après avoir été banni à perpétuité, il obtiendra sa grâce en 1515 à la demande du roi de France, . ne réussit pas à s'emparer du comté de Nice. Après la mort de , François d'Angoulême devient roi de France sous le nom de . Il est le neveu de René de Savoie qu'il nomme gouverneur de Provence, le , grand maître de France et grand-amiral de Méditerranée. Il rejoint le roi pour participer à la bataille de Marignan. Le retour de troupes d'Italie par le comté de Nice entraîne des dégâts importants à Sospel et à Beuil à leur passage.
En 1519, Charles Quint est élu empereur. Le connétable de Bourbon trahit le roi de France et passe au service de Charles Quint qui le nomme général de ses armées du midi. , malgré le traité de Lyon signé avec , le , s'allie avec Charles Quint. Le , les troupes, comprenant , commandées par le connétable de Bourbon arrivent à Nice après être passées par le col de Tende. Elles campent dans la plaine du Var. L'armée passe le Var, arrive à Draguignan le , et campe devant Marseille le . L'arrivée des troupes commandées par et Anne de Montmorency l'obligent à quitter Marseille le , à repasser le Var le . Le , c'est le connétable de Montmorency qui est devant Nice. Mais le connétable poursuit sa route pour aller rejoindre le roi en Italie où la campagne s'achève par la bataille de Pavie et la défaite des troupes françaisesAbbé E. Tisserand, Histoire civile et religieuse de la cité de Nice et du département des Alpes-Maritimes, Tome 2, Librairies Visconti et Delbecchi, Nice, 1862 (lire en ligne)..
En 1539 le duc de Savoie décide de la création de la darse de Villefranche-sur-Mer, port militaire du comté de Nice et, plus généralement, du duché de Savoie.
vignette|droite|Le comté de Nice dans l'Atlas de Johannes Blaeu en 1664.
En 1543, Nice est assiégée par les troupes françaises du comte d'Enghien et la flotte ottomane de Khayr ad-Din Barberousse, le bey de Tunis, résultat de l'alliance de et de Soliman le Magnifique contre l'empereur Charles Quint. La ville est prise après vingt jours, mais à la suite de la résistance des derniers défenseurs du château, la flotte se retire. C'est là que se place l'épisode légendaire de Caterina Segurana. Le duc , en 1614, fait de Nice un port franc et y établit un sénat. La révolte du comte de Beuil est arrêtée en 1621. Le comté de Nice connaît la stabilité, contrairement à la partie orientale de la Provence où les révoltes sont fréquentes. S'inspirant du modèle des intendants des généralités établis en France, les ducs de Savoie vont établir des intendants généraux dans les différents provinces de leur État. Pour le comté de Nice, le premier texte citant un intendant général de Nice apparaît en 1689 dans des instructions de la Chambre des comptes adressées au chevalier Louis Morozzo nommé à l'intendance de Nice le Henri Costamagna, « L'intendance de Nice et ses crises (1688-1722) », 17-27, Les cahiers de la Méditerranée, 2007 Lire en ligne.. Cependant, la guerre entre la France et la Savoie reprend au cours du , et le comté de Nice est occupé par la France de 1691 à 1697 et de 1707 à 1713.
En 1713, le traité d'Utrecht détache la vallée de l'Ubaye du comté de Nice et donc de la Savoie en faveur du royaume de France en compensation de la perte de vallées alpines du Piémont. Administrativement, la vallée de l'Ubaye fut rattachée à la Provence.
Par le traité de Paris du , , roi de Sicile et duc de Savoie, cède Le Mas, dans la vallée de l'Estéron, à Philippe d'Orléans, régent. En échange, celui-ci lui cède Entraunes et Saint-Martin-d'Entraunes.
Par le traité de Turin du , , roi de Sardaigne et duc de Savoie, cède Gattières, Fougassières, Dos Fraires, Bouyon, Les Ferres, Conségudes, Aiglun, la majeure partie de Roquestéron et les plans de Puget-Théniers à , roi de France. En échange, celui-ci lui cède Cuébris, Saint-Antonin, La Penne, une partie de Saint-Pierre, Puget-Rostan, Auvare, La Croix, Daluis, une partie de Saint-Léger ainsi que la place-forte de Guillaumes, préalablement démantelée.
Époque contemporaine () Première annexion française vignette|Carte anglaise du Nord-Ouest de l'Italie avec les régions du royaume de Sardaigne en 1799.