Hispaniola ( ; ) est une île de la mer des Caraïbes dans l'archipel de même nom et l'ancien nom employé pour la désigner. L'île est aujourd'hui divisée en une partie occidentale, Haïti (en taïno : ), et une partie orientale, la République dominicaine. Hispaniola est rebaptisée au Saint-Domingue par les Français qui occupent sa partie occidentale, après l'abandon de la souveraineté espagnole sur cette partie du territoire. Cette île est la plus peuplée, parmi les îles des Antilles, avec d'habitants en 2015 et sa superficie de est la deuxième plus importante après l'île de Cuba (avec une superficie de , soit 37 % de plus)Le Petit Larousse illustré -- Édition 2005. Elle est en outre la grande île du monde. Le partage d'Hispaniola entre les deux pays qui l'occupent est presque identique en population, mais inégal en superficie : Haïti abrite d'habitants sur 36 %. de la superficie de l'île et la République dominicaine, d'habitants sur 64 % de la superficie totale de l'île (soit une proportion territoriale d'environ un tiers/deux-tiers).

Saint-Domingue, la capitale de l'actuelle République dominicaine, est la plus grande ville d'Hispaniola avec d'habitants en 2010..

D'abord peuplée par des populations amérindiennes de la famille des Arawaks (les Lucayens, les Ciguayos, les Taïnos et les Caraïbes), elle est colonisée par les Espagnols avant de passer sous contrôle français. L'île fut aussi nommée « Santo Domingo » ou « Saint-Domingue »Articles Saint-Domingue et Hispaniola de ce dictionnaire, disponible sur le site de gallica, par extension du nom de la ville fondée en 1502 au sud de l'île, devenue capitale lors de la fondation de la République dominicaine.

Toponymie

Lorsque Christophe Colomb se renseigne sur le nom de l'île, trois noms lui auraient été donnés par les indigènes. Retranscrits en français cela donne : Bohio, Quisqueya (ou , d'où l'hymne officiel de la République dominicaine : Quisqueyanos valientes) et Ahatti (« pays montagneux » en taïno, qui a donné Haïti, nom du pays qui occupe le tiers ouest de l'île).

À son arrivée sur le sol de l'île, en 1492, Christophe Colomb fut étonné par la ressemblance de certains paysages avec l'Espagne. Il lui donna comme nom (« L’Espagnole »), qu'il indiqua sur la première carte qu'il dessina. Ce nom fut ensuite latinisé en HispaniolaPetit Robert des noms propres, 2007.Le Grand Larousse encyclopédique de 1962 indique que le nom espagnol, dans sa graphie latinisée, commence à être de nouveau utilisé en français. Finalement, l'édition 2005 indique Hispaniola comme l'un des noms de l'île, au même titre que Haïti. et passa ainsi dans la langue françaiseHispaniola se retrouve dans la littérature française notamment sous la plume de Simon-Nicola-Henri Linguet, l'abbé Prévost et Voltaire (1756, Essay sur l'histoire générale et sur les mœurs et sur l'esprit des nations : « …Hispaniola nommée aujourd'hui St Domingue. »)..

Alternativement sous contrôle espagnol et français, l'île fut aussi nommée « Santo Domingo » ou « Saint-Domingue », par extension du nom de la capitale fondée en 1502 au sud de l'île.

Géographie Situation géographique de l'île d'Hispaniola L'île d'Hispaniola est située au centre des Grandes Antilles, à à l'est-sud-est de Cuba, à à l'ouest-nord-ouest de l'île de Porto Rico, et à au sud de South Caicos, aux Îles Turks-et-Caïcos. L'île est comprise entre les parallèles 17° et 20° de latitude nord et les méridiens 68° et 75° de longitude ouest du méridien de Greenwich. Dans certains cas incluse dans l'Amérique du Nord, elle n'en fait pourtant pas partie du point de vue géologique. En effet, l'île appartient à la plaque caraïbe, qui comprend entre autres ses voisines la Jamaïque et Porto Rico. Les mouvements tectoniques entre cette plaque et celle d'Amérique du Nord ont été la cause directe du séisme de 2010 en Haïti.

L'île entière a une superficie de , et mesure environ d'est en ouest, et sa plus grande largeur du nord au sud est de .

Elle a une population de près de , ce qui fait une densité de population d'environ . Deux pays souverains se partagent l'île d'Hispaniola : la république d'Haïti à l'ouest et la République dominicaine à l'est. 280px|vignette|La limite de déforestation entre Haïti (à gauche) et la République dominicaine (à droite).

Le géographe américain Jared Diamond a fait le constat dans son célèbre essai Effondrement que les évolutions politiques complètement divergentes des deux pays se partageant l'île se sont traduites aujourd'hui par un degré de conservation de la forêt originelle fort dissemblable selon le pays. Une différence si nette qu'elle est visible depuis l'espace ; la République dominicaine ayant su conserver sa forêt, tandis que dans l'État failli d'Haïti, la déforestation a été quasi totale, aggravant ainsi les catastrophes naturelles sévissant dans ce pays.

Les côtes

Les côtes de l'île d'Hispaniola, très découpées, sont baignées au nord et à l'est par l'océan Atlantique ; au sud et à l'ouest par la mer des Antilles. Elles sont très poissonneuses. Des abîmes marins bordent principalement le nord-est de l'île : la profondeur descend à au large de la péninsule de Samaná, dans la fosse de Porto Rico.

Les reliefs Si les indigènes Taïnos appelaient cette île Ayiti, c'est-à-dire « terre de montagnes » en langue taïnoTimothy DeTellis, Haiti: Past, Present, Future, Primedia E-launch LLC, 2013, p.7., c'est parce qu'elle est dominée par un ensemble compliqué de plissements montagneux.

Les montagnes du nord s'étendent depuis la presqu'île dominicaine et l'Engano jusqu'à la presqu'île haïtienne du sud. Les plus hauts sommets dépassent mètres, culminant au Pico Duarte (), altitude qui n'est atteinte dans aucune autre des Antilles. Entre les grandes chaînes de montagnes de l'île et en bordure de la mer s'étendent de riches plaines abondamment arrosées.

Le sud-ouest de l'île se présente sous la forme de deux bandes montagneuses principales, l'une au nord, l'autre au sud, séparées par la plaine du Cul-de-Sac et l'étang Saumâtre en Haïti, par le lac Enriquillo, la plaine de Neiba et la lagune del Rincon en République dominicaine. Cette plaine correspond à un ancien bras de mer qui découpait Hispaniola en deux îles distinctes. Les diverses étendues d'eau en sont des reliques, elles sont salées, se trouvent à un niveau inférieur à celui de la mer et n'ont pour seul exutoire que l'évaporation.

Le climat Le climat de l'île d'Hispaniola est tropical. Cependant, grâce à son relief, elle ne manque pas de régions où la fraîcheur favorise l'activité humaine. En République dominicaine, la vallée de Constanza est renommée pour son heureux climat. En la République d'Haïti, on vante l'agréable fraîcheur de Pétionville ( d'altitude), de Kenscoff, de Furcy () ou de La Vallée-de-Jacmel ().

Sur les villes côtières, souffle régulièrement une brise fraîche qui tempère un climat sans cela assez torride ; la brise de mer souffle durant le jour, et celle de terre durant la nuit.

La température, à l'ombre, varie aux environs de 30 °C en été, de 20 à 26 °C en hiver. Entre mai et novembre, les pluies d'orage sont fréquentes dans l'île. Les vents y sont plus ou moins secs et plus ou moins violents. Dans certaines régions, le vent d'Est provoque la sécheresse.

Histoire Occupation précolombienne et découverte par Christophe Colomb vignette|300px|Carte des caciquats d'Hispaniola.

La Grotte Marie-Jeanne (commune de Port-à-Piment) révélerait « des traces archéologiques et des signes gravés sur les parois de calcaire et de silice, de même que des symboles et des hiéroglyphes, qui dateraient de la période précolombienne »..

L'île était peuplée par quatre ethnies différentes de la famille des Arawaks (les Lucayens, les Ciguayos, les Taïnos et les Caraïbes), qui nommaient l'île « Bohio » ou « Ayiti » (c'est-à-dire « la Terre des hautes montagnes »). Ces populations amérindiennes se livraient à l'agriculture et à la pêche. Ils connaissaient également la poterie. Leur répartition géographique est aujourd'hui pratiquement impossible à déterminer du fait que ces tribus étaient très mobiles, qu'elles furent décimées très rapidement après l'arrivée des Européens et , mais on peut considérer que Hispaniola était divisée en cinq domaines indigènes (« Cacicazgo »), à la tête des desquels se trouvait un cacique.

Les indigènes accueillirent Christophe Colomb et ses hommes qui, arrivant de Cuba, venaient d'accoster le au « Môle Saint-Nicolas » au nord-ouest de l'île. Le navigateur continua son parcours et longea alors la côte nord. Les autochtones les aidèrent même à construire le fort de La Navidad (située non loin de l'actuelle ville de Cap-Haïtien), avec les débris de la Santa Maria, naufragée dans la nuit de Noël de l'année 1492. Colomb repart en janvier 1493, laissant sur place qui, avant son retour, seront tous tués par les indigènes excédés par les exactions des colons espagnols.

Début de colonisation espagnole vignette|Carte d'Hispaniola de 1723. La colonisation planifiée de l'île ne commença que plusieurs mois après le , lors du deuxième voyage de Colomb, financé par la couronne espagnole. Cette fois-ci, l'« Amiral de la Mer Océane » est à la tête d'une expédition de dix-sept navires, transportant (dont et douze missionnaires), ainsi que des chevaux (les premiers importés sur le continent américain), des bêtes de somme et du bétail.

La nomination au poste de gouverneur de Bartolomeo Colomb, frère de Christophe, aura un impact important sur la colonisation de l'île, il sera un temps secondé par son frère ainé Giacomo. Hispaniola va alors devenir pour plusieurs années le point d'appui pour les expéditions exploratrices et colonisatrices espagnoles aux Amériques.

Le , les Espagnols fondent au nord de l'île, la ville de La Isabela, en l'honneur de la reine Isabelle la Catholique (actuellement localisée près de la ville Dominicaine de Puerto Plata). Mais l'emplacement n'est pas adapté : si les carrières de pierre sont proches et les terres fertiles, la région manque d'eau potable et le mouillage pour les vaisseaux n'y est pas favorable. De plus, les forts vents venant du nord laissèrent croire aux colons qu'ils étaient la cause des nombreuses épidémies, dont les Européens étaient atteints, la colonie fut alors abandonnée.

Une deuxième colonie fut aussi construite la même année, dans la vallée du Cibao (particulièrement riche en gisements d'or) et fut baptisée « Concepción de La Vega ».

Puis, l'année suivante, fut érigée une troisième colonie, toujours située dans la vallée du Cibao : « Santiago de los Treinta Caballeros » (Saint-Jacques des Trente Gentilshommes) parce que les premiers fondateurs de la ville (aujourd'hui appelée simplement « Santiago de los Caballeros ») étaient au nombre de trente.

Le , fut édifiée sur la rive orientale du fleuve Ozama sur la côte sud, une quatrième colonie en remplacement de « La Isabela » et prit le nom de « Nueva Isabela ».

Mais en 1500, Francisco de Bobadilla est nommé nouveau gouverneur de l'île. Aussitôt arrivé d'Espagne, il accuse les frères Colomb de mauvaise gestion dans la colonie, et les fait jeter tous les trois en prison.

Développement colonial

En 1502, un cyclone tropical ravage la ville « Nueva Isabela », principalement constituée de maisons en bois. Elle est alors remplacée par une nouvelle cité, construite sur l'autre rive du fleuve par le successeur fraichement nommé de Bobadilla, Nicolás de Ovando, et est baptisée Santo Domingo de Guzmán (aujourd'hui la « Zone coloniale » de la ville de «Saint-Domingue»). Des bâtiments « précurseurs » aux Amériques y furent érigés tels que la première cathédrale, le premier hôpital et la première université.