Donjon est une série de bande dessinée créée par Lewis Trondheim et Joann Sfar en 1998 et publiée chez Delcourt. Parodie d'heroic fantasy à plusieurs niveaux de lecture, elle s'inspire notamment de l'univers du jeu de rôle Donjons et Dragons, et elle relate les aventures liées au destin d'un donjon, depuis sa construction à sa destruction.
La série, comportant 68 albums à ce jour répartis en huit sous-séries, se démarque par son rythme de parution, alors exceptionnel pour une série française, dans la grande variété de tons et de styles d'un album à l'autre, et dans l'ambition démesurée des deux scénaristes Lewis Trondheim et Joann Sfar de prétendument publier 300 tomes, ambition qui relève a priori plutôt de la blague mais donne la mesure du caractère d'épopée recherché par la série :.
Historique
C'est Joann Sfar qui est à l'origine de la série. En effet, alors que Lewis Trondheim quitte l'Atelier Nawak où ils travaillaient tous deux en 1994 pour aller s'installer dans le Sud de la France, Joann Sfar garde le contact en lui proposant plusieurs idées de collaborations, que Trondheim refuse systématiquement, jusqu'à ce que Sfar lui envoie finalement par fax le début de Donjon . Lewis Trondheim propose de faire de cette idée la base d'un épisode de sa série Lapinot mais Sfar refuse, prétextant que Lapinot ne l'intéresse pas car il est « un peu chiant et de droite ». L'alliance des deux auteurs se scelle ainsi et il est entendu que Trondheim dessinera Donjon, sur des scénarios écrits à deux.
Au départ, il n'est question que d'un seul album sans suite mais le projet enfle bientôt car dès le deuxième album, Le Roi de la bagarre, Sfar se dit frustré de ne pas dessiner lui aussi (d'autant qu'il envoie par fax à Trondheim des croquis en couleur à l'aquarelle pour donner corps à son scénario et servir de base aux planches finales) et propose de faire une histoire qui se déroule dans le futur du Donjon. C'est la naissance de la sous-série Donjon Crépuscule. Comme une blague, Trondheim propose alors de faire aussi une série qui se déroule dans le passé mais Sfar le prend au mot et c'est ainsi que naît Donjon Potron-Minet. Le monde de la série se crée ainsi petit à petit, sans avoir été prémédité. D'ailleurs les auteurs n'ont pas établi de bible et avouent qu'ils ont souvent .
La série grandit ainsi progressivement et fait vite appel à d'autres dessinateurs, en premier lieu Christophe Blain pour Potron-Minet (qui remplace Manu Boisteau initialement pressenti), ce qui permet aux auteurs de tenir un rythme de publication soutenu, produisant en onze ans 34 albums divisés en six sous-séries, avant que la série marque une pause en . Il est entendu que Joann Sfar ne peut plus se consacrer à la série parce qu'il est accaparé par ses projets audiovisuels. Pourtant, il commence seul une nouvelle histoire d'heroic fantasy, L'Ancien Temps, dont le premier tome paraît en 2009 (et que Sfar bouclera finalement en deux tomes seulement, au bout de dix ans). , Trondheim décide alors de créer lui aussi une nouvelle série d'heroic fantasy en solitaire : cela deviendra Ralph Azham, dont le premier tome paraît en 2011 et qui comptera 12 volumes au total.
En 2012, les deux auteurs se retrouvent dans l'idée de boucler les intrigues de la série laissées en suspens : deux épisodes sont scénarisés et storyboardés et censés être dessinés l'un par Sfar et l'autre par Trondheim mais les deux auteurs tardent à s'y mettre et préfèrent finalement confier le dessin à Mazan et Alfred. Ainsi deux albums sont publiés simultanément en , Haut Septentrion et La Fin du Donjon, servant de conclusion à la série. Les créateurs de Donjon expliquent vouloir se consacrer à d'autres projets, sans écarter pour autant toute possibilité de reprendre un jour la série : En effet, Sfar est alors pris par son travail pour le cinéma..
La série reprend à partir de , avec de multiples albums publiés dans les sous-séries existantes et la création de deux nouvelles sous-séries..
Sous-séries L'histoire se décompose en trois époques phases, la formation, l’apogée, et le déclin du Donjon, qui correspondent à trois séries Potron-Minet, Zénith et Crépuscule. Celles-ci sont complétées par des séries annexes : Parade, Monsters, Antipodes −, Antipodes +, et Bonus. Ces séries sont abrégées respectivement dans la suite de l'article en , , , , , , , et . Les albums sont numérotés de à plus de , le numéro s'appelant « niveau » et formant la chronologie de l’histoire, la majorité des tomes se déroulant entre les niveaux et un peu plus de 100..
Pour chaque série les titres se finissent par le même son décrit selon l'API : /ɥi/ pour , /ar/ pour , /ɔ̃/ pour , /o/ pour , /œr/ pour , /ane/ pour , /am/ pour à l'exception du 1er tome, et enfin /ɛ̃/ pour .
Donjon Potron-Minet
L'époque Potron-Minet (niveaux -99 à 0) raconte la formation de Hyacinthe de Cavallère (l'expression française « potron-minet », tombée en désuétude, signifie « la pointe du jour »), qui deviendra plus tard le Gardien du Donjon. On l'y voit arriver en ville jeune, idéaliste, amoureux et courageux et se transformer en justicier désabusé et vengeur dénommé « La chemise de la nuit ».
On peut trouver des éléments des trois mousquetaires dans cette série d'albums décrivant l'initiation et l'arrivée dans la vie adulte d'un jeune noble des campagnes. L'ambiance est celle des histoires de cape et d'épée, dans une ville violente et corrompue.
Le dessin est de Christophe Blain pour les quatre premiers albums, Christophe Gaultier et Stéphane Oiry prenant le relais pour les suivants.
Donjon Zénith
L'époque Zénith (niveaux 1 à 100) raconte comment Herbert est entré en possession des différents objets du destin. C'est l'apogée du Donjon, qui est alors un lieu où tous les aventuriers viennent tester leur force, chercher la fortune, connaître la renommée — il s'agit d'une parodie des premiers scénarios de Donjons et Dragons et de la fameuse trinité « porte-monstre-trésor ». Exceptionnellement, le point de vue choisi est celui du Gardien du Donjon et de ses monstres. Le Gardien doit gérer le Donjon à la façon d'une entreprise : « publicité », gestion des employés (les monstres), logistique (nourriture), difficulté des quêtes proposées…
Cette série marque le début du déclin du monde vers un univers plus sombre et obscurantisteLe maître de Marvin, dans l'épisode de Donjon Zénith 2, Le Roi de la bagarre, en est un exemple. Il s'oppose à la vision scientifique et « évoluée » du monde par ses croyances et superstitions : « Je leur ai ensuite parlé des démons qui envahissent nos esprits si le nombre de nos respirations est impair trois jours de suite. ». Cependant, l'humour y est très présent, car cette période est une parodie des archétypes de l'Heroic fantasy classique et des jeux de rôle. Herbert est un anti-héros par excellence et Marvin, s'il est plus sérieux, possède des éléments comiques, comme le fait d'être végétarien malgré sa férocité.
Le dessin est de Lewis Trondheim pour les quatre premiers albums, puis de Boulet pour les suivants.
Donjon Crépuscule
On suit, pendant l'époque Crépuscule (niveaux 101 et plus), le personnage de Marvin Rouge. Le monde est vieux et fatigué, violent et barbare. Il s'est arrêté de tourner et est dirigé d'une main de fer par un tyran, chef politique et religieux de Terra Amata : le Grand Khân. Il règne dans son château, l'ancien Donjon, rebaptisé la Forteresse noire. Ses habitants survivent dans la mince bande de crépuscule située entre le grand désert où il fait perpétuellement jour, et le côté obscur et froid de la planète, plongé dans la nuit. Cette série retrace la fin du mécanisme de déclin amorcé dans Donjon Zénith en un univers effrayant et figé.
Après l'explosion de la planète, le monde devient un archétype d'univers post-apocalyptique, où se mène un combat primaire du bien contre le mal. La fin d'un monde n'est alors pas vue comme un événement forcément négatif car il annonce la naissance d'un nouveau monde et de l'espoir que celui-ci soit meilleur, moins vicié, corrompu ou pollué que l'ancien. Cette idée est fréquente dans les récits de Science-fiction post-apocalyptique.
Le dessinateur est Joann Sfar pour les trois premiers albums, puis Kerascoët pour les deux suivants, Obion pour le sixième, Alfred pour le septième et Mazan pour le huitième, puis Obion à nouveau.
Donjon Parade La série Parade décrit les aventures des amis Herbert et Marvin. Chronologiquement, cette série se place entre les niveaux 1 et 2 des Donjon Zénith. Un peu à part dans l'univers de Donjon, Donjon Parade présente des histoires courtes et humoristiques sans lien avec la trame scénaristique globale.
Le nom de la série (Parade) fait explicitement référence aux Mickey Parade et Pif Parade qui étaient publiés dans les années 1970 : de la bande dessinée à lire par pur plaisir, sans souci de chronologie. Les couvertures des quatre premiers albums sont dans le même esprit: des gags visuels n'ayant qu'un rapport lointain ou inexistant avec l'histoire racontée. Les Parade ont un nombre de pages moins important que les autres albums de la série. L'idée de départ de la série vient d'un projet de Sfar et Trondheim de décliner la série-mère Donjon en série télé d'animation (non feuilletonnante) pour enfants mais très vite les auteurs se rendent compte de la masse de travail nécessaire à la production d'un tel programme et préfèrent en tirer une série de bande dessinée.
Les albums sont d’abord dessinés par Manu Larcenet jusqu’au tome 5 compris, puis par divers artistes : Alexis Nesme, Tébo, Erwann Surcouf, Delaf, Willy Ohm, Thibaut Soulcié, Mathieu Burniat.
Donjon Monsters La série Monsters est une série qui se place en parallèle des trois séries principales. Elle est composée d'albums qui se centrent non pas sur l'intrigue générale, mais sur des personnages, secondaires ou non. Ainsi, les épisodes sont situés à différents moments des trois séries principales, et parfois même très longtemps dans le passéLe Donjon Monster 11, le Grand animateur se déroule au niveau -400, des années avant les premiers événements de Potron-Minet. Les séries se complètent donc en offrant différents points de vue. Chaque album est d'ailleurs réalisé par un dessinateur différent.
Les numéros « officiels » des albums de la série Donjon Monsters (ceux imprimés sur la tranche de l'album) correspondent à l'ordre dans lequel ils ont été publiés, mais il existe aussi un numéro de niveau, imprimé sur la page 1 (entre parenthèses sous le titre) qui informe sur leur emplacement dans le déroulement de la série. Par exemple, le Monsters correspond au niveau 40, l'histoire se déroule donc vers le milieu de la période Zénith.
Donjon Antipodes Deux séries supplémentaires s’intéressent au passé distant et au futur lointain de l’univers des autres séries. Donjon Antipodes −, avec Grégory Panaccione au dessin, démarre au niveau . Donjon Antipodes +, dessiné par Vince, se déroule à partir du niveau .
Donjon Bonus La série Bonus comprend Clefs en main et Dynastie et magiciens, des jeux de rôle sur table conçus par Arnaud Moragues, ainsi que Création et parchemins, un recueil de documents retraçant la création de Donjon sorti à l’occasion des 25 ans de la série.
Albums
Donjon comprend publiés à ce jour, entre 1998 et 2026 :
Ordre de lecture Les différents tomes peuvent se lire de différentes manières, soit par série, soit par ordre chronologique du Donjon ou soit par ordre de parution. Lire les tomes par séries permet de s'habituer au style de narration et du style du dessin qui diffèrent d'une série à l'autre et de ne pas perdre le fil des aventures du héros. Lire les tomes par ordre chronologique du Donjon permet de suivre l'évolution du Donjon et celle des personnages et de comprendre les différentes implications entre les époques.