Cesare Battisti, né le à Cisterna di Latina (province de Latina), est un militant politique, terroriste et écrivain italien.

Durant les « années de plomb », il est membre du groupe des Prolétaires armés pour le communisme (PAC), classé comme terroriste par la magistrature italienne. À ce titre, il est condamné par contumace à la prison à perpétuité pour sa responsabilité dans quatre assassinats et dans des vols commis durant cette période.

Il se réfugie en France, où il est protégé pendant quatorze années par François Mitterrand, au titre de la doctrine énoncée par ce dernier. Il y devient gardien d'immeuble et écrivain, publiant plusieurs romans policiers. Il reçoit le soutien d'intellectuels et de personnalités de gauche, qui pensent qu'il est innocent ou que ses procès sont arbitraires. En 2004, sous Jacques Chirac, la France acceptant de l'extrader vers l'Italie, il se réfugie au Brésil. Après une longue controverse politique et judiciaire, le président brésilien Lula refuse son extradition en 2010, mais le président Michel Temer signe en 2018 son acte d'extradition vers l'Italie. En 2019, il est arrêté en Bolivie et extradé vers l'Italie. Après avoir reconnu ses crimes et déclaré avoir trompé les personnalités l’ayant soutenu, il est condamné à un emprisonnement à perpétuité.

Biographie

Origines et formation Inscrit au lycée, Cesare Battisti abandonne vite l'école« Battisti: una vita tra carcere e fughe » sur ansa.it. et commet des délits de rapine et séquestration de personnes entre 1972 et 1974« Brasile deve dare Battisti » sur iltempo.it..

Emprisonné en 1979 et condamné en 1981 pour appartenance à une bande armée, il s'évade et se réfugie alors au Mexique. En 1988, il est jugé par contumace par la cour de Milan et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat du surveillant de prison Antonio Santoro (Udine, 1978) et de l'agent de police Andrea Campagna (Milan, 1979), ainsi que pour complicité dans les assassinats le du boucher Lino Sabbadin (Santa Maria di Sala, Vénétie) et du bijoutier Pierluigi Torregiani (Milan). vignette|gauche|Cesare Battisti en dédicace au Festival international de géographie en 1996. Il s'installe en France en 1990. Une demande d'extradition vers l'Italie est refusée en 1991. Il séjourne librement en France, devient gardien d'immeuble et publie plusieurs romans noirs à partir de 1993.

Battisti déclarait en 2001, à propos des crimes lui ayant valu sa condamnation : Il commence à affirmer son innocence à partir de 2004, quand la situation judiciaire lui devient défavorable en France« Pourquoi Battisti n'a-t-il pas dit son innocence plus tôt ? » par Fred Vargas.Résumé de l'argumentaire officiel de Cesare Battisti : « Cesare Battisti, 'Je n'ai pas tué' », 6 août 2004..

En 2004, le gouvernement français s'apprête finalement à l'extrader en Italie, ce qui nourrit un débat français sur l'opportunité de cette extradition. Battisti est alors en fuite, jusqu’à son arrestation au Brésil, le .

Période italienne Faits Dès 1968, il entre en contact avec la contestation étudianteCesare Battisti, « Cesare Battisti : biographie », dans Via Libre 5, Cesare Battisti (dir.), .

Il vit de menus larcins et fait des séjours réguliers en prison à partir de 1971 pour des délits mineurs. Il devient progressivement un délinquant : il est arrêté et condamné à six ans de prison pour vol à main armée en 1974. C'est lors de ses séjours en prison, qu'il entre en contact avec des militants d'extrême gauche qui influeront sur son évolution. Il est libéré puis poursuivi à nouveau en 1976 ; il rejoint alors la clandestinité et la lutte armée dans le cadre du groupuscule Prolétaires armés pour le communisme (PAC), dont l'organisation dite « horizontale » est peu structurée, contrairement aux Brigades rouges.

L'organisation des Prolétaires armés pour le communisme a commis des hold-up et quatre meurtres ont été revendiqués au nom des PAC : ceux du gardien de prison Antonio Santoro ( à Udine), du bijoutier Pierluigi Torregiani ( à Milan), du boucher Lino SabbadinL'écrivain italien Gilda Piersanti rappelle que ce n'est pas pour leurs sympathies d'extrême droite que ces commerçants furent assassinés mais pour s'être défendu face à un braquage des PAC. Ces derniers « les ont revendiqués comme exemple de justice prolétaire contre deux commerçants coupables d’avoir tiré, pour se défendre, sur les braqueurs armés de ces mêmes PAC. » (Lettre ouverte à Fred Vargas par Gilda Piersanti). Ces propos sont confirmés par le procureur adjoint de Milan dans L'Express (le même jour près de Mestre) et du policier Andrea Campagna (le à Milan), en tirant plusieurs fois au visage. Lors de la fusillade contre Pierluigi Torregiani, une balle perdue, tirée par Torregiani lui-mêmeLa balle perdue qui a rendu paraplégique le fils du bijoutier a été tirée par son père in Guillaume Perrault, Génération Battisti. Ils ne voulaient pas savoir, février 2006 , a blessé son jeune fils Alberto Torregiani, avec qui il se promenait ; ce dernier en est resté paraplégique. Les quatre tireurs, Gabriele Grimaldi, Giuseppe Memeo, Sebastiano Masala et Sante Fatone, ont été identifiés et condamnés en 1981Fred Vargas, « Et si Battisti était vraiment innocent ? » dans Le Monde, 13/11/2004 .

Dans plusieurs textes publiés des années plus tard, Cesare Battisti indique avoir renoncé à la lutte armée en 1978, à la suite de l'assassinat d'Aldo Moro et se dit innocent des quatre assassinats revendiqués par les PAC.

Il est arrêté le et condamné en 1981 à treize ans de réclusion pour appartenance à une bande armée, grâce notamment aux témoignages de repentisFred Vargas, « Cesare Battisti : À la recherche de la justice perdue », dans La Règle du Jeu, (janvier 2006), .

Le des membres de PAC organisent son évasion de la prison de Frosinone et Cesare Battisti s'enfuit d'Italie pour rejoindre la France puis le Mexique en 1982.

Pietro Mutti, un des chefs des PAC recherché pour le meurtre de Santoro (condamné par contumace), est arrêté en 1982 ; à la suite de ses déclarations, Cesare Battisti est impliqué par la justice italienne dans les quatre meurtres commis par les PAC, directement pour les meurtres du gardien de prison et du policier et pour complicité dans ceux des deux autres victimes. Le procès de Cesare Battisti est donc rouvert en 1987, et il sera condamné par contumace en 1988 pour un double meurtre (Santoro, Campagna) et deux complicités d'assassinat (Torregiani, Sabbadin). La sentence est confirmée le par la d'assises d'appel de Milan, puis après cassation partielle, le par la d'assises d'appel de MilanConseil d'État, Assemblée du contentieux, , n, Publié au Recueil Lebon ; Lire également le communiqué de presse et l'analyse de la décision sur http://www.conseil-etat.fr/. Il en résulte une condamnation à réclusion criminelle à perpétuité, avec isolement diurne de six mois, selon la procédure italienne de contumace.

Débats Dans son livre sur le sujet, Guillaume Perrault fait la liste des éléments que la cour d'assises a recensés comme preuve : analyses balistiques, documents retrouvés dans la planque de 1981 et recoupements de témoignages extérieurs et de repentis des PACGuillaume Perrault, Génération Battisti. Ils ne voulaient pas savoir, février 2006, 32.. Selon Fred Vargas et d'autres personnalités (Valerio Evangelisti« Valerio Evangelisti répond à 50 questions » (traduit de l'italien pour bellaciao.org par Karl et Rosa)., Bernard-Henri LévyCesare Battisti, Ma Cavale, 27/4/2006, en préface ., Lio, Philippe Sollers, Guy Bedos, Jacques Higelin, Sapho, Pierre Vidal-Naquet, Dan Franck, Miou-Miou, Georges Moustaki, François Guérif, Jacques Remiller, Danielle Mitterrand« Le bras d'honneur de Cesare Battisti aux intellos qui l'ont soutenu », Marianne, 25 mars 2019...), aucune preuve matérielle n'incrimine Cesare Battisti (y compris les analyses balistiques) et ce procès a été entaché d'irrégularités. Guillaume Perrault juge indigne cette complaisance de plusieurs intellectuels français avec la violence, présentant Cesare Battisti comme , complaisance qui suscite une forte réprobation en Italie, à droite comme à gauche, le Parti communiste ayant lui aussi été la cible des Brigades rougesGuillaume Perrault, « Cesare Battisti, symbole de la fascination française pour la violence », Le Figaro Magazine, semaine du 18 janvier 2019, p. 29..

Dans les publications issues de l'affaire de 2004, les indications divergent sur la façon dont Cesare Battisti a été défendu lors de ces procès en Italie à partir de 1987. Ce dernier affirme qu'il n'a pas eu de communication avec sa défense, tandis que le gouvernement italien indique qu'il menait sa défense secrètement depuis sa fuite. Ce point semble important dans la perspective de l'affaire en France, car ce n'est que dans le cas où il est réputé avoir pu mener sa défense lui-même, que la contumace italienne, qui ne permet pas de nouveau procès, peut être compatible avec les règles françaises de l'extraditionFred Vargas écrit : . Sur ce point, Guillaume Perrault, journaliste au Figaro, rappelle à son tour qu' Il rappelle en outreElle « respectait pleinement le principe du débat contradictoire » que cette procédure de contumace a été approuvée, le , par le comité des ministres du Conseil de l'Europe, instance politique chargée de l'application des décisions de la Cour européenne des droits de l'homme, bien que, comme l'indique la défense de Cesare Battisti, les décisions judiciaires de la Cour de Strasbourg en elles-mêmes aient plusieurs fois contesté la condamnation par contumace italienneMémoire de la défense de Cesare Battisti présenté à la Chambre de l'instruction de la Cour d’appel de Paris : Maître Irène Terrel, Maître Jean-Jacques de Félicie (collectif), « Mémoire n°II - in limine litis et en réplique au fond », (10/5/2004), Paris, dans Via Libre 5, Sandra Vinciguerra, « Par ricochet, la Cour européenne change le destin de Battisti », (20/11/2004), dans Le Courrier, Genève, , Cour européenne des droits de l’homme, « Arrêt de chambre - Sejdovic C. Italie », (10/11/2004) , requête nº 56581/00..

Cavale

1982-1990 : au Mexique Après être passé par la France en 1981, il arrive au Mexique en 1982 et y reste pendant neuf années« Joëlle Losfeld : " Les romans de Cesare Battisti ne sont pas extrémistes" », Le Figaro, 13 mars 2015.. Il travaille alors dans des restaurants. Il crée une revue littéraire (via Libre en 1986, dont une version électronique existe encore aujourd'huiVia Libre 5, Cesare Battisti (dir.), ), participe à la création du Festival du livre de Managua, organise la première Biennale d'Arts Graphiques à Mexico. Il commence à écrire sous l'impulsion du romancier Paco Ignacio Taibo II, il collabore à plusieurs journaux.

1990-2004 : en France En 1985, le président François Mitterrand s’engage à ne pas extrader les anciens activistes italiens ayant rompu avec la violence, à l'exclusion des crimes de sang. C'est la doctrine Mitterrand. Sur la base de cet engagement politique, Cesare Battisti revient en France en 1990. Étant réclamé notamment pour homicide volontaire aggravé d'autres faits de violences graves, Battisti n'était pas protégé par cette doctrine, mais dans les faits jouit de la même protectionLe Point.Le Figaro..

Il y est cependant arrêté à la demande de l'Italie en 1991. Il passe cinq mois à la prison de Fresnes. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris rejette la demande d'extradition le , par deux arrêts ; à l’époque, la justice française estime que les lois adoptées en Italie contre le terrorisme Jacques Vallet, « À propos de Cesare Battisti », dans Le Monde libertaire, Bernard Touchais (dir.), (27/5/2004) ., notamment en appliquant le principe non bis in idem, selon lequel on ne peut être jugé deux fois pour les mêmes faitsChristophe Kantcheff, « Cesare Battisti : l’État français aux ordres de Berlusconi », Politis, 19 février 2004..